lundi 8 mars 2010

Cinoche : Ghost writer

Tony Blair était-il un agent de la CIA ?

Pendant que Madame poussait la chansonnette, Monsieur faisait son cinéma : voici The ghost writer de Roman Polanski. Film attendu par beaucoup et encensé par tous, à juste titre, récompensé par plusieurs nounours à Berlin, à juste titre toujours.
L'intrigue politico-affairo-militaire rappelle un peu le film de l'été dernier avec Russel Crowe : Jeux de Pouvoir, ... où il était déjà question d'écriture.
Avec les mêmes jeux de pouvoir et au centre de l'embrouille, la société Blackwater, la société Halliburton, la société Hatherton et cette fois, le scandale des vols secrets de la CIA qui souhaitait torturer de suspectés terroristes en dehors du territoire US.
C'est sur cette trame qu'est construit le bouquin de Robert Harris, The ghost, qui avait longtemps fréquenté et interviewé Tony Blair et qui reconnait s'être inspiré de lui pour le personnage d'Adam Lang dans le film.
Un scénario en or pour un cinéaste aux doigts de fée.
C'est cette même trame que reprend le film de Roman Polanski : The ghost-writer, le nègre, puisque Ewan McGregor incarne le rôle du sous-fifre chargé de ré-écrire les mémoires du ministre Adam Lang, mémoires insipides au plan littéraire mais que certains tiennent pour explosives au plan politique ...
Ce nouveau "nègre" vient remplacer au pied levé le "ghost" précédent ... qui a fini noyé pour être "tombé" du ferry !
Véritable fantôme, le personnage d'Ewan McGregor n'a pas de prénom et n'est même pas crédité d'un nom au générique ! Cet homme de l'ombre(1) finira-t-il par faire la lumière sur la carrière du politicien ?
Et c'est là tout l'art de Polanski car, franchement, le JT de 20h raconte déjà très bien les magouilles militaro-politiques qui nous entraînent dans de sales guerres, alors ?
Alors, Polanski construit son film autour du personnage d'Ewan McGregor, le ghost, gentil garçon embringué malgré lui, et nous avec, dans une affaire qui le dépasse et qui va le secouer un peu, et nous avec.
La mort aux trousses, va-t-il connaître le sort peu enviable du ghost précédent(2)? Découvrira-t-il le fin mot de l'histoire, les véritables secrets des uns et des autres, et donc finalement qui manipule qui ?
Il ne faut que quelques secondes à Polanski avec la scène d'ouverture(3) pour nous plonger au cœur d'une ambiance sombre, angoissante et glauque.
Le suspense et la tension sont sans cesse relancés dans un décor où Polanski a donné libre cours à ses fantasmes de huis-clos : l'île battue par les vents, les flots et la pluie, le ferry, l'enseigne grinçante de l'hôtel dont le ghost est le seul client, la maison high-tech aux grandes verrières où les protagonistes se voient en direct aux infos de la télé, ...
Même un simple taxi finit par devenir inquiétant.
Jusqu'à une fin elliptique superbe : du grand grand cinoche !
De quoi nous consoler de l'adaptation décevante par Scorcese de Shutter Island.
Notons au passage avec humour(4) quelques vacheries de Polanski à l'intention de ses "amis" américains qui voudraient bien l'extrader de Suisse : entre autres, le film nous rappelle que les États-Unis sont en effet l'un des rares pays où peuvent se réfugier les criminels de guerre recherchés par la Cour de La Haye ... à bon entendeur, salut !

(1) : c'est le titre du bouquin de Robert Harris en français
(2) : un fantôme à la poursuite d'un autre fantôme ...
(3) : cette scène où la voiture vide encombre l'entrepont du ferry restera dans les annales !
(4) : même si le film a été tourné avant les rebondissements récents du procès de Polanski.


Pour celles et ceux qui aiment les traversées en ferry.
Dasola en parle, Céline, Kathel aussi, Pascale bien sûr. Nico dévoile la fin.
L'intéressant article du Monde.

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