dimanche 25 septembre 2016

Cinoche : Juste la fin du monde


Le retour du fils prodige.


Xavier Dolan, le jeune petit québécois prodige, nous revient avec une nouvelle aventure cinéma : Juste la fin du monde.
Du haut de son 1m69 et de ses 27 ans, il a réussi à réunir (excusez du peu) : Nathalie Baye, Gaspard Ulliel, Marion Cotillard, Léa Seydoux et Vincent Cassel !
Il y a visiblement plusieurs façons de voir son film, plusieurs niveaux de lecture, ce qui explique sans doute en partie les réactions très contrastées du public.
À l'énoncé du casting on peut évidemment se rendre au rendez-vous d'un énième film 'français' à l'affiche alléchante.
On peut également venir lire une histoire sortie du rayon famille je vous hais à la Arnaud Desplechin : le retour du fils prodigue chez les siens. Le fils était aussi un prodige (auteur de théâtre) qui a grandi et est devenu célèbre loin de chez lui. Le voici donc de retour, venu pour annoncer ... sa mort prochaine (il est gay et atteint du sida, ce sera discrètement évoqué). Il est à la fois très (trop) attendu et pas vraiment le bienvenu : sa mère, sa jeune sœur, son frère aîné et sa femme sont là qui attendent trop de lui après cette longue absence, qui souffrent de leur infériorité et d'avoir été abandonnés, qui voit d'un mauvais œil l'irruption de l'absent venir bouleverser le fragile équilibre qu'ils se sont bâtis quand il était au loin ... À chacun son tour, il leur tend comme un miroir, ne sachant trop lui-même ce qu'il attend d'eux en retour.
Le spectateur aura sans doute du mal à se laisser embarquer dans cette histoire où il ne se reconnaitra guère, une histoire d'une extrême violence.
On peut également venir apprécier un beau moment de cinéma avec des cadrages précis au millimètre, des jeux de couleurs bluffants, des gros plans savamment calculés, une imbrication entre images, dialogues et musiques étonnants et superbes.
Mais même si tout cela est brillant, le spectateur aura sans doute du mal à s'en contenter.
Alors on peut également en profiter pour s'intéresser de près à la langue de Jean-Luc Lagarce, auteur de théâtre à l'origine de la pièce dont est tiré le film. Une pièce en grande partie autobiographique que l'auteur, gay et atteint du sida lui-même, a écrit peu avant sa mort, dans les années 90.
La surprenante langue de Lagarce est construite sur ce qu'on appelle savamment des épanorthoses, ces figures de style où l'on vient sans cesse modifier ce que l'on vient de dire pour l'amplifier, le compléter, le préciser : les personnages du théâtre de Lagarce sont tout simplement incapables de s'exprimer, au sens propre comme au figuré, incapables de dire ce qu'ils ressentent, reprenant sans cesse les mots sortis comme à reculons de leur bouche, croyant ainsi mieux les préciser mais n'atteignant finalement qu'un verbiage de plus en plus flou et de moins en moins signifiant.
La direction d'acteurs par Xavier Dolan fait ici merveille et les gros plans sur les visages mettent en évidence l'effrayant décalage entre les yeux qui voudraient dirent tant et les bouches qui disent si mal.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille.
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