mardi 30 novembre 2021

La femme au manteau bleu (Deon Meyer)

[...] Vous avez déjà entendu parler de Rembrandt ?

Avec ses gros thrillers, Deon Meyer est une valeur sûre du roman sudaf et plus largement du rayon polar.
Le voici qui nous offre un petit (moins de 200 pages) interlude.
La femme au manteau bleu nous emmène toujours en Afrique du Sud, au Cap, où le duo d'enquêteurs habituels, les "Hawks" Cupido et Griessel, hérite du cadavre d'une femme blanche retrouvée nue au bord d'une route et lavée à l'eau de Javel.
Les premiers éléments de l'enquête montre que la dame était une britannique, spécialiste du marché de l'art, venue au Cap pour un tableau d'un peintre hollandais du XVII°, Carel Fabritius, élève de Rembrandt et plus tard maître de Vermeer, le peintre du célèbre Chardonneret (oui, celui de Donna Tartt).
[...] - Qui ? demande Cipido.
- Fabritius, dit le professeur, légèrement déçu.
- Nous ne savons pas de qui il s'agit, reconnaît Griessel.
- Le Chardonneret ?" insiste Wilke encore plein d'espoir.
Ils secouent la tête.
"Donna Tartt ?" murmure le professeur, dont le ton suggère qu'il s'attend à leur réaction.
Leurs visages indiquent que ce nom ne leur dit rien.
"Vous avez déjà entendu parler de Rembrandt ?
- Naturellement." La mine de Cupido s'éclaire. "Tout le monde connaît Rembrandt.
- Eh bien ! Carel Fabritius était un de ses élèves. A vrai dire, c'est le seul de ses élèves à avoir développé un style propre. Si vous me posez la question, je vous dirais que c'était le meilleur des élèves de Rembrandt.
Les héros de Deon Meyer, Cupido et Griessel, étaient plutôt coutumiers jusqu'ici des luttes fratricides et des corruptions galopantes qui gangrènent la nouvelle nation arc-en-ciel d'aujourd'hui : le monde de l'art n'est pas vraiment leur tasse de thé, l'histoire des colons hollandais non plus mais une enquête reste une enquête et ils mèneront rapidement celle-ci à son terme.
Deon Meyer s'offre une petite récréation sympathique et sans prétention.

Pour celles et ceux qui aiment la peinture hollandaise.
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lundi 29 novembre 2021

La nuit tombée sur nos âmes (Frédéric Paulin)


[...] Il ne reviendra pas de Gênes comme il y était venu.

    L'auteur, le livre (288 pages, 2021) :

Chroniques d'une catastrophe annoncée.
Frédéric Paulin quitte ses mémoires algériennes [1] pour se rapprocher un peu plus du jour d'aujourd'hui et nous rappeler les tragiques événements de 2001, lors du sommet du G8 à Gênes.
Mieux vaut réviser un peu son Histoire très contemporaine avant d'attaquer La nuit tombée sur nos âmes, pour pouvoir profiter pleinement du bouquin [2] [3] [4].

    On aime :

❤️ Un thriller passionnant comme on les aime, appuyé par une rigoureuse enquête de journaliste comme on les aime : que du bonheur pour ce salutaire travail de mémoire contemporaine.
❤️ Un devoir de mémoire indispensable parce que quelques semaines plus tard, le monde entier oubliera Gênes lorsque deux tours s'écrouleront à New York.
❤️ Un rappel salutaire : c'était hier tout juste et l'actualité nous montre que le fascisme n'est jamais aussi loin qu'on voudrait bien le croire.

      Le contexte :

En 1999, état d'urgence et couvre-feu s'abattent sur ce qu'on a carrément appelé la bataille de Seattle lors du sommet de l'OMC et la planète découvre la détermination altermondialiste (... et celle de l'autre camp).
En 2000, le sommet du FMI à Prague cristallise à nouveau manifestations et répression.
En juin 2001, à Göteborg le sommet européen se solde par un mort par balle (ce sera le sommet de l'angoisse dans la soi-disant si tranquille démocratie suédoise).
Ce sont les années de la naissance des fameux black blocs, du moins de leur naissance médiatique.
Autant dire que quelques semaines après la Suède, en juillet 2001, les puissants sont sur les dents et pètent de trouille à l'approche du sommet gênois : l'escalade de la violence et de la répression est à son paroxysme et chacun des camps affute ses armes pour en découdre, au sens propre souvent.
George Bush dormira même sur un navire de l'US Navy ancré dans la baie.
Frédéric Paulin était sur place à Gênes et en est revenu bouleversé par des scènes dignes des dictatures fascistes sudaméricaines : la boucherie de l'école Diaz, les tortures de la caserne de Bolzaneto et bien sûr le décès de Carlo Giuliani abattu par un carabinier pris au piège.

      L'intrigue :

Paulin s'empare de ces événements et les met en perspective dans un sacré roman.
Aux côtés des 'vrais' protagonistes de l'époque, il développe tout son art pour camper une galerie de personnages de tous bords et nous faire (re-)vivre de l'intérieur ces événements que l'on a oubliés seulement vingt ans après.
Nous voici donc en Italie en compagnie d'un couple de jeunes altermondialistes qui écument les sommets, celui de Gênes après celui de Göteborg.
Un militant du MSI italien devenu conseiller en sécurité du nouveau gouvernement de Berlusconi compromis avec les néo-fascistes.
[...] Carli sait que ses chefs sont pour la plupart incompétent, que sans le retour au gouvernement de Berlusconi ils n'auraient jamais pu se retrouver à gérer un tel événement. Pour lui, le choix de Gênes, une ville aux ruelles tortueuses construite sur un terrain escarpé, est une aberration. Seule la zone de réunion des huit chefs d'état a d'ailleurs été sécurisée. Les autres quartiers ont été abandonnés. Les émeutiers, les rouges, les noirs et tous les étrangers réduiront la ville en miettes si bon leur semble.
Un jeune conseiller en communication du cabinet Chirac. 
[...] La guerre froide est terminée, les antagonismes est-ouest se sont dissipés. Maintenant, le temps de l'opposition nord-sud est venu. Et ça, ça fascine Chirac.
Un duo de flics de notre DST. Une journaliste qui voulait jouer les reporters de guerre.
Tout le monde est en place pour trois jours de violence déchainée et l'on tourne tourne les pages sans pouvoir reposer le bouquin.
On peut aussi, pour se mettre dans l'ambiance, jeter un œil sur le film américain inspiré des événements de Seattle (qui n'arrive pas à la cheville du bouquin de Paulin).
Un livre qui éclaire également les violences policières plus récentes et l'incapacité (plus ou moins assumée) de nos polices à préserver la sécurité en même temps que la liberté de manifestation.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
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dimanche 28 novembre 2021

Les heures furieuses (Casey Cep)


[...] Qu'était-il advenu du livre de Harper Lee ?

    L'auteur, le livre (400 pages, 2021, 2019 en VO) :

Casey Cep est une journaliste américaine et Les heures furieuses est son premier roman. Dans le style "non-fiction" elle s'attaque à un mythe littéraire : Harper Lee !

    On aime :

❤️ La prose de Casey Cep, éclairante et méticuleuse, adossée à un gros travail patient de journaliste ce qui nous donne quelques belles digressions sur l'Histoire des États-Unis : les débuts de l'assurance-vie, la diffusion du culte vaudou, et cette ségrégation que les états du sud tardent un peu à abandonner ....

      Le contexte :

Comme celui de la page blanche, le syndrome Harper Lee est bien connu : le premier roman de l'auteur est un best-seller qui connait un grand succès. Mais ce premier roman sera le dernier de l'écrivain désormais incapable de produire une autre ligne, sans doute étouffé par un succès trop rapide ou trop précoce.
C'est ce qui arriva donc à Harper Lee après son trop célèbre roman Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.
Avec Les heures furieuses, la journaliste Casey Cep prend le sujet par un autre angle, celui d'une enquête : Harper Lee a forcément écrit un autre manuscrit, d'autant que quelques années après son premier roman à succès, elle avait bien pris soin d'assister à un autre grand procès à la fin des années 70 toujours en Alabama, un sujet en or et donc la trame idéale pour ce fameux second roman.

      L'intrigue :

Le 18 juin 1977, le révérend noir William Maxwell est abattu de trois balles de revolver devant des centaines de témoins réunis pour les obsèques d'une victime du révérend.
Le "pieux révérend" était quand même soupçonné de plusieurs meurtres et une rumeur persistante lui attribuait des pouvoirs vaudous.
[...] Trois cent personnes avaient assisté à la scène. La plupart étaient présentes aujourd'hui à son procès, non pour découvrir les raisons de son acte - tout le monde les connaissait, et certains s'étonnaient que personne ne l'ait commis plus tôt - mais pour comprendre la troublante série de décès qui avaient précédé celui dont ils avaient été témoins.
Malgré la quantité de témoins, l'assassin avéré du révérend diabolique sera finalement acquitté !
Casey Cep s'attaque donc à un double mystère : ces procès aux verdicts surprenants et ce qu'aurait pu être le second roman d'Harper Lee sur ces procès.
[...] Si la question qui captivait la salle d'audience ce jour-là était de savoir ce qu'il adviendrait de l'homme qui avait abattu le révérend Willie Maxwell, un autre mystère captiverait les esprits des décennies encore après le verdict ; qu'était-il advenu du livre de Harper Lee ?
C'est dense, copieux mais jamais indigeste grâce à une écriture fluide et agréable : l'auteure visiblement passionnée, réussit à nous inviter comme des jurés aux procès et à nous intéresser à ses (vrais) personnages, à l'histoire de cet Alabama ségrégationniste et rétrograde, et pour finir à la romancière Harper Lee.
Une première partie du bouquin est consacrée à l'énigmatique révérend noir soupçonné d'avoir tué ses épouses et plusieurs de ses proches pour toucher leurs assurances-vie, un serial-killer avant l'heure.
[...] La mort du révérend Maxwell : trois mariages, cinq parents décédés dans des circonstances étranges, aucune condamnation, et un homme qui avait finalement mis un terme à tout ça dans la chapelle ce jour-là.
La seconde partie nous donne rendez-vous avec l'avocat Tom Radney, un blanc progressiste (un profil rare en Alabama !) qui avait obtenu les fameux acquittements du révérend ... et qui, à la surprise générale, obtiendra également celui de son assassin ! Un procès encore plus surprenant que ceux imaginés par les meilleurs romanciers.
Ces deux histoires (celle du révérend et celle de l'avocat) sont savoureuses et fort bien racontées mais avouons que l'on est venu là pour Harper Lee tout de même : c'est donc le sujet de la seconde moitié du bouquin enfin consacrée à l'auteure et son mystérieux deuxième roman.
C'est une véritable biographie de Nelle Harper Lee, depuis son enfance avec un petit voisin nommé Truman Capote. On découvrira d'ailleurs qu'Harper Lee fut l'assistante de Capote pour son enquête sur le true-crime De sang froid et que la contribution de la dame fut essentielle à ce monument littéraire.
On y apprend beaucoup de choses sur l'écriture du roman de T. Capote (de quoi donner une furieuse envie de le ressortir de la bibliothèque) et sur celle de l'Oiseau Moqueur bien sûr, mais aussi sur la dépression d'Harper Lee qui suivit son immense succès et enfin sur la genèse d'un second roman qui ne verra jamais le jour.
[...] Pour quiconque la connaissait, c'était depuis longtemps une évidence. Lee n'éprouvait pas seulement des difficultés à écrire son deuxième roman; elle éprouvait des difficultés à vivre.
[...] Pendant dix-sept ans après la publication de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, les lecteurs se demandèrent ce que Lee écrirait ensuite; au cours des années qu'elle passa à frapper aux portes des habitants du lac Martin, certains savaient précisément ce
qu'elle écrirait, mais se demandaient quand. Beaucoup connaissait le titre. Une femme déclara même avoir vu une jaquette de livre.
[...] Finalement, les rumeurs au sujet du révérend s'apaisèrent, comme elles l'avaient toujours fait. À ce moment-là, après tout, il était mort depuis près de quatre décennies, et son avocat depuis cinq ans. Et bientôt, la femme qui essaya d'écrire leur histoire s'éteindrait aussi.
C'est le premier roman de la journaliste Casey Cep et il connait un grand succès, bien mérité. Aïe aïe aïe, espérons que cette jeune auteure ne sera pas victime à son tour du syndrome Harper Lee !

Pour celles et ceux qui aiment les procès et la littérature.
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mercredi 24 novembre 2021

Nous ne négligerons aucune piste (Lucien Nouis)

[...] Des suspects parfaits pour une partie de Cluedo.

Joli plaisir de lecture que celui de découvrir un auteur bien de chez nous au rayon polar.
Un auteur du "terroir" comme on dit, d'Occitanie, un auteur cévenol pour être précis.
Pour autant, Lucien Nouis n'a rien d'un écolo gnangnan des campagnes : le bonhomme est quand même prof de littérature et de philo aux US !
Avec Nous ne négligerons aucune piste, alors oui, grand plaisir que celui de découvrir une très belle plume bien taillée et parfois acérée quand elle s'attaque au microcosme d'un petit village cévenol.
[...] Ça sentait la droite ultraconservatrice. Bordarier se demanda comment un couple gay avait réussi à y trouver sa place.
Alors oui, grand plaisir que celui de découvrir un nouveau flic récurrent (le second épisode est déjà paru), un flic qui nous change un peu des olibrius disjonctés et hallucinés habituels.
Le commissaire Bordarier, père presque tranquille façon Maigret, est un flic à l'ancienne, bon vivant et philosophe : si l'on veut tenter un cousinage contemporain, Bordarier serait plutôt un lointain parent du sud de la famille du norvégien William Wisting plus que de celle de Harry Hole pour rester en Norvège.
Ou encore, pour continuer les rapprochements géographiques hasardeux, un cousin lumineux du sombre islandais Erlendur avec qui il partage les soucis que peut causer une fille difficile.
[...] Bordarier reprit seul le chemin de l’hôtel, méditant sur le groupe qu’il venait de découvrir et se disant qu’ils auraient été des suspects parfaits pour une partie de Cluedo.
Même les collègues flics de Bordarier sont plutôt atypiques : l'un est un ancien moine tibétain, l'autre une éleveuse de chiens ! C'est dire si on est là pour s'amuser !
Une sympathique enquête de province (ou dans les territoires, comme l'on dit désormais).

Pour celles et ceux qui aiment l'Occitanie.
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lundi 8 novembre 2021

Artifices (Claire Berest)

[...] On n'est pas dans un polar.

Nouvelle découverte que celle d'Artifices, de Claire Berest.
Les dieux du polar savent qu'on a fréquenté pas mal de flics disjonctés, azimutés, hallucinés, mais son héros Abel Bac tient le pompon (ou la queue du Mickey pour paraphraser l'auteure).
Suspendu de ses fonctions depuis quelques semaines (lui-même ne semble pas trop savoir pourquoi, ou bien fait semblant de ne pas), il s'est réfugié dans son appartement, ne sort que la nuit pour errer dans les rues et acheter de la lotion anti-poux, et passe ses journées entouré de ses orchidées qu'il arrose de Doliprane et nettoie au coton-tige quand les angoisses deviennent trop pressantes.
[...] Abel fait peur. Ce n'est pas son visage, mais ce qui ne voit pas. Ce n'est pas cette paire d'yeux lavables en haute mer.
[...] Son champ d'orchidées.
Il en possède quatre-vingt-treize, qui s'épanouissent sur la totalité du salon. À même le sol, juchées sur les rares meubles, sur les rebords des fenêtres, dans les pots suspendus au plafond. Bientôt cent. Si aucune ne meurt.
[...] Personne n'est sans histoire, foutre merde, ou alors c'est que c'est une putain de plante en pot !
[...] - T'as quoi, quarante-cinq ans à tout péter ? La vie n'est pas finie, mon frère. Ça va être encore long et chiant à te planquer à rien foutre dans ton appart.
- Trente-neuf ans. J'ai trente-neuf ans.
- Tu fais plus, désolée.
Il faut quelques pages pour s'habituer à ces petites phrases courtes et sèches, à cette écriture hyper moderne, au risque de paraître datée dans quelques années mais tant pis. Quelque chose qu'on écoute comme des dialogues ou plus souvent des monologues intérieurs, mais certainement pas comme une belle histoire racontée par une auteure classique.
Pour autant, Claire Berest affiche crânement son côté intello : on scande les épigraphes des chapitres avec une fable de La Fontaine, on cite des mots latins, on emploie des mots chics à la mode comme coruscation, et parfois on s'égare jusqu'à expliquer au lecteur ignare ce qu'est un MacGuffin.
Un côté intello et parisien assumé, d'autant plus que le roman nous invite dans le monde de l'art contemporain : il est fait référence à l'artiste serbe Marina Abramovic et ses troublantes performances des années 70.
Le pseudo-mystère policier débute avec un beau cheval blanc retrouvé une nuit dans une salle de Beaubourg : une performance artistique, un happening ? Peut-être mais alors de ceux qui ravivent de très mauvais souvenirs dans l'esprit torturé d'Abel.
Voilà un point de départ qui n'aurait pas déplu au commissaire Adamsberg de Fred Vargas.
Autour de l'intrigue, gravitent quelques femmes.
Camille la collègue flic, qui cherche désespérément à renouer le contact avec Abel pour le sortir de son enfer.
Elsa la voisine du dessus, étudiante en arts, qui cherche désespérément à nouer le contact.
Mila, une artiste qui a le sens de la provocation et de la performance, une artiviste dont on ne comprend pas tout de suite le lien avec tout cela.
C'est elle, Mila, qui nous vaudra les plus belles pages, en fin de bouquin, lors de son séjour parisien chez Carole.
[...] Mila avait dix-huit ans et elle survivait, se forgeant pour elle-même une vie assez proche de celle d'un poisson d'aquarium gagné dans une fête foraine. Elle se nourrissait en attrapant des choses comestibles et prêtes à l'emploi dans le frigidaire de Carole. Elle tournait en rond.
[...] C'est rare. On n'est pas dans un polar.
Non effectivement, on n'est pas dans un polar classique et les puristes du genre seront peut-être déçus.
Plutôt dans un roman parisien, une galerie d'art ou un café littéraire, une peinture moderne où se croisent quelques beaux personnages bien dessinés.
Dans ce titre Artifices il y a donc de l'art, des masques et du 14 juillet.
[...] - Quel était le but exactement ?
- Je vous demande pardon ?
- C'est quoi le but de tout ça ?
- Eh bien ... c'est l'art.
- OK, madame, on va tout reprendre du début.
Allez, on quitte Claire Berest avec un dernier clin d'œil de Camille, la fliquette :
[...] C'est paradoxal : il n'y a jamais eu autant de séries policières proposées sur les plateformes de streaming, et une telle détestation viscérale de sa profession.

Pour celles et ceux qui aiment les orchidées et l'art contemporain.
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samedi 6 novembre 2021

Trop de morts au pays des merveilles

[...] Je veux savoir toute la vérité. Ça restera entre nous.

On avait bien aimé l'escapade que nous avait proposée le breton Morgan Audic lorsqu'il nous avait transporté en classe polar du côté de Tchernobyl avec De bonnes raisons de mourir.
Enfin suffisamment pour se pencher avec bienveillance sur son premier roman : Trop de morts au pays des merveilles.
Malheureusement le plaisir n'est pas au rendez-vous et l'on est tombé dans un roman de gare, façon Harlan Coben, vite écrit, vite lu, vite oublié.
Le personnage principal est un avocat qui vient de perdre sa femme et la mémoire (un accident après la disparition de sa femme). Est-ce lui qui a tué sa chérie ou bien un affreux serial-killer qui sévit dans le coin ?
Ah, quel mystère !
En tout cas les flics sont persuadés qu'il est coupable, faut dire que tout l'accuse.
[...] Tout le monde vous a cru, quand vous avez affirmé être amnésique. Et au fond, vous l’êtes peut-être réellement. Peut-être que vous avez oublié le meurtre. Mais ça, je m’en contrefous. Les faits sont là. Vous avez assassiné votre femme, monsieur Andersen.
Le personnage de l'avocat n'est absolument pas crédible et les seconds rôles sont dessinés à l'emporte pièce.
Le dernier tiers du bouquin s'emballe dans des péripéties rocambolesques encore moins plausibles.
Bref, c'est plutôt raté et on vous conseille d'oublier cet épisode pour garder l'envie de découvrir plutôt celui de Tchernobyl.
On relèvera juste une anecdote historique sur l'orphelinat d'Orgemont qui appartenait à la CGT, et qui connut, dans les années 70, une fin peu glorieuse dont le syndicat ne doit pas être très fier.

Pour celles et ceux qui aiment Alice.
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vendredi 5 novembre 2021

Denali (Patrice Gain)

[...] La nuit s'était posée sur la rivière.

On continue de parcourir les aventures racontées par Patrice Gain qui cette fois, nous emmène aux US au pied du Denali.
Le Denali c'est le McKinley, 6200 mètres et plus haut sommet d'Amérique du nord, un sommet qui a repris son nom indigène il y a quelques années.
À quinze ans, le jeune Matt se retrouve quasi orphelin : son père est décédé dans l'ascension du Denali, sa mère ne s'en remet pas et se retrouve internée en psychiatrie, son frère bascule dans la délinquance et, pour faire bonne mesure, sa grand-mère qui l'avait pris en charge vient de passer l'arme à gauche. 
Pas cool, la vie de Matt perdu dans un chalet au pied des Bitterroots mountains.
Et justement on trouve que l'auteur en a fait un petit peu trop dans le registre du pauvre orphelin pris dans l'engrenage terrible d'une vie impitoyable.
Il reste quand même un bel exercice de style auquel Patrice Gain excelle : le frenchy sait faire du nature-writing comme les meilleurs américains.
[...] J'ai cherché une zone facilement accessible et je me suis installé. J'ai fait un trou dans la glace, allumé un feu à côté, puis j'ai monté une mouche sur une soie que j'ai laissée flotter à la surface de l'eau. La nuit s'était posée sur la rivière. Seules les cîmes étaient encore baignées d'une pâle lumière rose. Les truites sont venues se positionner sous le halo du feu et en une demi-heure j'avais effectué trois belles prises. Je les ai fait cuire en écoutant la nuit et le craquement du bois. Des oies cherchant un abri s'étaient présentées dans l'axe de la rivière à basse altitude. J'étais apaisé et pleinement conscient de ce que je vivais. La rivière.
Roman noir, roman d'apprentissage, pêche à la mouche et randonnée, mauvaises fréquentations, secrets de famille, ... l'auteur ratisse large mais tout comme Le décevant Scorpion, c'est loin d'être le meilleur bouquin de Patrice Gain.

Pour celles et ceux qui aiment la pêche à la mouche.
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La captive de Mitterrand (David Le Bailly)

[...] Compagne cachée de chef d’État : drôle de destin.

Avant d'ouvrir La captive de Mitterrand, on savait bien que le journaliste David Le Bailly n'avait jamais obtenu d'Anne Pingeot qu'elle se confie à lui ou même accepte une simple interview. 
[...] – Il n’y a pas à discuter ! Vous trouvez un autre sujet et vous me laissez tranquille ! »
[...] En attendant une hypothétique confession, contentons-nous de menus indices.
Même vingt ans après la disparition de Tonton, Madame Pingeot entend bien rester pour toujours en dehors de l'Histoire.
La fausse biographie ou l'enquête infructueuse risque donc bien de laisser le lecteur sur sa faim.
Mais on avait été emballé par notre lecture précédente : L'Autre Rimbaud et on a quand même voulu tenter une nouvelle aventure avec cet auteur obnubilé par les oubliés et effacés de l'Histoire.
Et on a bien fait car, même en l'absence de scoops ou de révélations, Le Bailly nous a sorti un bon bouquin qui se lit avec avidité pour peu que l'on soit intéressé à revisiter ces fameuses années Mitterrand.
C'est d'ailleurs presque un portrait en creux de Tonton plutôt que de son amoureuse qui voulait rester cachée (ou qu'il voulait laisser cachée).
[...] Compagne cachée de chef d’État : drôle de destin. Romanesque, forcément.
[...] Une personne est demeurée résolument dans l’ombre depuis tout ce temps, et cette personne, c’est vous. « C’est un choix de vie », avez-vous un jour déclaré.
[...] Une personnalité qui, de manière étrange, et presque injuste si elle n’en était la principale responsable, est restée une inconnue pour ses contemporains.
[...] Cette femme a excellé dans l’art de l’effacement ?
[...] Il en faut de l’acharnement pour atteindre ce point de non-existence, se fondre dans le vide, le néant, l’anonymat le plus total lorsque l’on vit si longtemps au côté de l’homme le plus connu de France, le président de la République.
Tous deux avaient vingt-sept ans d'écart et lorsqu'ils se sont connus à Hossegor elle n'était qu'une gamine, une toute jeune fille, lui n'était encore que ministre. Leur amour résistera à tout, tout au long de ces quelques trente années.
[...] Sa cause à elle, sa joie et sa douleur, c’est un homme, celui qu’elle a décidé d’aimer quand elle avait vingt ans, celui qu’elle n’a jamais pu quitter. Le hasard a voulu qu’il devienne président de la République, voilà tout.
Les portraits brossés par Le Bailly sont assez acides : tous deux sont ambitieux, c'est le moins que l'on puisse dire, et ni la trajectoire de Mitterrand parti de la droite lointaine jusqu'à enfourcher finalement et opportunément le cheval socialiste, ni l'arrogance de Dame Pingeot ne plaident en leur faveur.
Le bouquin se termine bien entendu avec la maladie et le décès de Mitterrand et ce fut là un autre secret tout aussi bien gardé que ses amours : il avait appris son cancer quelques mois seulement après sa première élection de 81.
On se demande un peu éberlué, comment de tels secrets ont pu rester cachés aussi longtemps : certes l'époque ne connaissait pas encore twitter ou instagram mais tout de même ...
Une bonne histoire, formidablement racontée comme Le Bailly sait si bien le faire, qui fera le bonheur des nostalgiques des années 80.

Pour celles et ceux qui aiment les années Mitterrand.
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