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dimanche 30 mai 2021

Un homme seul (Antonio Manzini)


[...] Et ainsi fit-il.

    L'auteur, le livre (352 pages, 2018, 2015 en VO) :

Antonio Manzini nous livre ici avec Un homme seul, la suite de l'épisode précédent (Maudit Printemps) et, pour une fois, il faut les lire dans l'ordre.

    On aime :

❤️ Une prose efficace et agréable, un humour sarcastique et grinçant, des personnages bien dessinés que n'éclipse pas complètement l'inénarrable sous-préfet Schiavone, bref une série dont chaque épisode est la garantie d'un très bon moment de lecture.

      L'intrigue :

L'enlèvement de la petite Chiara a été résolu par le sous-préfet Schiavone, sans aucun doute le meilleur personnage de flic italien du moment, mais visiblement tous les comptes ne sont pas soldés et Schiavone se retrouve même la cible d'un assassin ...
[...] J’ai l’impression que l’histoire n’est pas terminée. Ça ne tourne pas rond.
Malheureusement, l'intrigue semble avoir bien du mal à se relancer, comme si Manzini hésitait entre terminer la suite de l'épisode précédent et ouvrir une nouvelle enquête.
Le lecteur ne sait plus trop où focaliser son attention et c'est assurément le moins réussi de la série, qui rappelons-le encore, mérite un gros coup de cœur pour les autres volumes.
[...] — Je suis certain que quelque chose m’échappe. 
— La nuit porte conseil. Demain, tu auras les idées plus claires.

Pour celles et ceux qui aiment les flics bougons.
D’autres avis sur Bibliosurf.

dimanche 16 mai 2021

Maudit printemps (Antonio Manzini)


[...] Un emmerdement de dixième degré.

    L'auteur, le livre (352 pages, 2018, 2015 en VO) :

Ah quel plaisir de retrouver avec Antonio Manzini, son sous-préfet Schiavone, sans aucun doute le meilleur personnage de flic italien en ce moment et peut-être même de l'Europe policière.
On avait d'ailleurs déjà épinglé des coups de cœur lors des épisodes précédents, voici le Maudit printemps.

    On aime :

❤️ Une prose efficace et agréable, un humour sarcastique et grinçant, une intrigue solide et bien ancrée dans la région, des personnages bien dessinés que n'éclipse pas complètement l'inénarrable sous-préfet, bref une série dont chaque épisode est la garantie d'un très bon moment de lecture.

      Le contexte :

On retrouve le sous-préfet Schiavone, toujours aussi bougon, toujours aussi furax de se retrouver muté (une sanction pour on ne sait trop quelle raison) depuis sa Rome capitale préférée dans ce trou perdu qu'est la province du Val d'Aoste, région froide et inhospitalière, peuplée de montagnards abrutis. 

      L'intrigue :

Selon le calendrier le Maudit printemps devrait être déjà là, mais la météo du coin en a décidé autrement.
[...] Plusieurs mois de froid intense, de neige, de pluie et de gel qui lui avaient coûté pas moins de dix paires de Clarks, les seules chaussures qu’il utilisait.
[...] Dehors, il pleuvait encore. « Mais ça ne s’arrête plus ?
— Vous savez que l’année dernière, il a neigé en mai à Aoste ?
— Tu sais que si ça se reproduit cette année, je commets un homicide ? »
[...] Que Dieu et tous les saints maudissent cette ville, la pluie, le vent et ce putain de froid !
On comprend mieux pourquoi il a besoin de se fumer un petit joint pour démarrer sa journée ... Quel personnage !
[...] — Il est toujours comme ça ? 
— Non. Aujourd’hui, il est calme.
[...] — Et cette histoire avec le joint ? demanda-t-il à Rocco. 
— Ça me fait du bien. Ça ouvre les centres nerveux, ça me réconcilie avec une journée de merde et ça me donne la force de continuer. Ça te suffit ? 
— Oui », répondit Italo.
Pour compliquer encore les affaires du sous-préfet Schiavone, une drôle d'affaire lui tombe sur les bras, des emmerdements de classe dix selon sa classification.
[...] Le sous-préfet avait une échelle très personnelle de ce qu’il appelait les emmerdements.
[...] Au neuvième degré, les intempéries, froid neige vent tempête et grêle, les crétins, aller voter et les caries. Au dixième degré, souverain et impérial, figurait le plus bel emmerdement que la vie pouvait lui réserver : une affaire sur le râble.
Une affaire apparemment bien tordue, l'enlèvement d'une jeune fille alors même que la famille (des notables du coin) n'a pas appelé la police ...
Le sous-préfet Schiavone va devoir lutter contre le temps compté à la jeune fille séquestrée on ne sait où. Il va pouvoir compter sur ses intuitions dignes d'un Adamsberg vargassien.
[...] — À ce train-là, tu sais combien de temps on va mettre ?
— Toute la nuit s’il le faut, Antonio. Toute la nuit s’il le faut.
Pour le fun, on notera au passage ce que cet impayable sous-préfet pense du golf et du yoga pratiqués par son copain légiste :
[...] — J’en ai rien à foutre du golf. Ce n’est pas un sport.
— Comment ça, ce n’est pas un sport ? s’indigna le médecin.
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle, tu appelles ça un sport ?
— Et comment tu appellerais ça ?
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle.
[...] — Et que vas-tu faire de beau ?
— Du yoga.
— Ce truc où tu te fais des nœuds et après il faut la scientifique pour te décoincer ?
— Quand on sera vieux, que je serai agile et huilé et que tu ne pourras même pas te baisser pour ramasser tes clés, on en reparlera.
On ne va pas épingler un troisième coup de cœur ici, mais c'est toute la série que le mérite et on s'en réjouit d'avance puisqu'il y a encore plusieurs épisodes déjà parus en italien.

Pour celles et ceux qui aiment les flics bougons.
D’autres avis sur Bibliosurf.

jeudi 14 avril 2016

Froid comme la mort (Antonio Manzini)


[...] Tu sais quoi, Italo ? Les femmes ne devraient pas vieillir.

    L'auteur, le livre (304 pages, 2016, 2014 en VO) :

Coup double.
Après un premier coup de cœur l'an passé avec Piste noireAntonio Manzini récidive avec ce Froid comme la mort, deuxième enquête du commissaire, pardon : du sous-préfet Rocco Schiavone.
Et c'est avec graaaand plaisir que l'on retrouve cet italien bougon et sympa, toujours chaussé de ses Clarks trempées, aussi peu adaptées que lui (qui vient de Rome) au rude climat de la vallée d'Aoste.
Des chaussures qui seront bientôt aussi célèbres que la pipe de Maigret ou les moustaches d'Hercule Poirot.
[...] Vous devriez vous acheter une paire de bonnes chaussures, pour quand il neige. Rocco regarda la femme.
— Vous savez quoi ? Ce n’est pas la première fois qu’on me donne ce conseil.

    On aime :

❤️ La prose humaniste et l'humour finaud de Manzini qui nous donne quelques très belles pages sur les femmes.
❤️ L'excellent personnage du sous-préfet Rocco Schiavone, bougon infréquentable et veuf inconsolable.

      Le contexte :

Cette fois, on en apprendra un peu plus sur le passé de Rocco Schiavone et notamment sur la mystérieuse affaire romaine qui lui a valu de se retrouver exilé dans ces vallées de montagne qu'il exècre, comme une sorte de Hasbrouck italien.

      L'intrigue :

Comme il se doit, l'affaire commence avec la découverte d'un cadavre, celui d'Ester, une femme pendue chez elle et que on aurait peut-être bien aidée à se pendre.
[...] Il régnait l’odeur habituelle d’œuf pourri mélangé à du désinfectant et à de la vieille urine. Au loin un robinet gouttait, scandant le temps, unité de mesure qui ne concernait que Rocco, Italo et le docteur Fumagalli. Pour les autres, glissés dans des tiroirs de la morgue comme des vêtements hors saison, le temps n’avait plus aucun sens ni aucune valeur. Sur la table centrale, le corps d’Ester Baudo était couvert.
On ne vous en dit pas plus sur l'enquête : il faudra se montrer patient et obstiné, à l'image du sous-préfet Schiavone qui, une fois de plus, en dépit de ses supérieurs et de ses subordonnés, réussira à dénouer les fils de l'intrigue ... dans un cimetière en présence d'un curé (décidément ! rappelons que l'enquête précédente se terminait également avec un curé mais dans une église ! c'est l'Italie sans doute).
À moins qu'un retournement de dernière minute ne vienne encore tout chambouler ?
Disons juste qu'il sera question de violences faites aux femmes.
[...] Je n’accoucherai jamais. Parce que ce sera une fille. Et elle ne le mérite pas. Sa mère suffit.
[...] Il n’existe pas de crime parfait. Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils ont été commis. Ça suffit. Au mieux il existe des coupables très chanceux.
Comme dans tout bon polar, l'enquête policière n'est là que comme un référentiel de codes auxquels se conforment les personnages et le roman.
On n'est pas venus jusque dans la vallée d'Aoste pour trembler sous le couteau d'un serial-killer mais juste pour le plaisir de fréquenter cet infréquentable Rocco Schiavone, veuf toujours inconsolable.
[...] On sait qu’il va arriver, et ces minutes d’attente sont les plus belles. On est couvert mais on sent dans ses os que tout va changer. Que le printemps arrive. Ensuite on se tourne et on s’aperçoit que les femmes l’ont déjà perçu. Le printemps. Elles le savent bien avant nous. Un beau jour on se réveille, on sort de chez soi et on les voit. Partout. On chope un torticolis, à force de les regarder. On ne comprend pas où elles étaient, avant. Elles sont comme les papillons. Elles sortent de leur léthargie et explosent d’un coup, à nous faire tourner la tête. Au printemps tous les schémas sautent. Il n’y a plus de maigres, de grosses, de sensuelles ni de belles. À Rome, au printemps, il faut juste observer le spectacle en silence. Profiter. On s’assoit sur un banc et on les regarde passer en remerciant Dieu de nous avoir faits hommes. Tu sais pourquoi ? Parce que, nous, on n’arrivera jamais à ce niveau de beauté, et en vieillissant on n’a plus rien à perdre. Mais elles si.
Si vous ne connaissez pas encore le sous-préfet Rocco Schiavone, précipitez-vous sur ces deux savoureux épisodes préparés par le dottore Antonio Manzini.

Pour celles et ceux qui aiment les femmes, italiennes ou pas, jeunes ou pas.
D'autres avis sur Babelio.

lundi 24 août 2015

Piste noire (Antonio Manzini)


[...] Le sous-préfet regarda ses pieds.

    L'auteur, le livre (256 pages, 2015, 2013 en VO) :

Hmmm ...
Joli petit coup de cœur pour ce petit polar à déguster cet hiver au coin du feu entre une polenta et un vin chaud parce que cela se passe dans une station de ski du Val d'Aoste.
Décidément l'Italie n'a pas fini de nous surprendre au rayon polars : après les péripéties juridiques de l'avocat des Pouilles de Gianrico Carofiglio, après les saisons napolitaines de Maurizio de Giovanni, après le florentin Marco Vichi, voici donc une nouvelle série d'Antonio Manzini qui démarre la saison d'hiver avec son commissaire Rocco Schiavone : Piste noire.

    On aime :

❤️ L'un des meilleurs personnages du polar italien.
❤️ L'écriture de Manzini fluide et agréable, le bouquin se lit rapidement et l'on se marre franchement car c'est fortement assaisonné d'un humour féroce et sarcastique.

      Le contexte :

Le commissaire Rocco (pardon : le sous-préfet Rocco, on ne dit plus commissaire parait-il) est un sacré personnage comme on en rencontre rarement sur nos étagères : imbu de lui-même, méprisant avec ses subordonnés, insolent avec ses chefs, séducteur macho avec les dames, arrogant avec les montagnards de province, odieux, corrompu, violent, et j'en passe.
Pour faire bonne mesure, Rocco ne décolère pas après cette mutation au fin fond du Val d'Aoste, en province donc, lui qui ne jure que par sa capitale romaine (un parisien de la botte quoi !). Une mutation plus ou moins disciplinaire, on ne sait pas trop encore (il faudra attendre les prochains épisodes pour en savoir plus) mais on se doute que Rocco a fait une grosse bêtise à la grande ville.
[...] L’étoile de Schiavone avait déchu, précipitée par un transfert disciplinaire rapide et discret dans le val d’Aoste.
[...] Caterina Rispoli penchait pour une indélicatesse. « Il aura marché sur les pieds de quelqu’un de haut placé. C’est facile, à Rome. » Deruta était sûr qu’il dérangeait parce qu’il était trop bon et pas pistonné. D’Intino soupçonnait une liaison. « Peut-être qu’il a touché une femme qu’il ne fallait pas toucher. »
Bref, le sous-préfet Rocco Schiavone qui a une conception très particulière des contrôles douaniers et utilise des méthodes très personnelles de prélèvement sanguin pour son enquête, est de ceux que l'on préfère ne pas croiser sur son chemin. Mais nul doute que l'on va se précipiter sur le prochain épisode dans notre hâte de retrouver cet affreux et exécrable bonhomme ... tant nous nous y sommes attachés !

      L'intrigue :

Rocco débarque donc au Val d'Aoste en plein hiver avec son loden sur le dos et ses clarks aux pieds : des chaussures de ville bien vite trempées comme des serpillères mais qu'il se refuse à changer pour de disgracieux croquenots de plouc de montagne.
[...] Le sous-préfet regarda ses pieds. Ses Clarks étaient déjà complètement mouillées, le daim était imbibé d’eau et l’humidité pénétrait dans ses chaussettes. « Monsieur, je vous avais dit qu’il fallait vous acheter une paire de chaussures adaptées.
— Pierron, ne me casse pas les couilles. Moi vivant, je ne mettrai pas ces bétonnières que vous portez aux pieds. »
[...] À présent, ses pieds ressemblaient à deux filets de sole surgelés.
Pour l'accueillir, un beau soir de lune, les dameuses vont découvrir écrabouiller un cadavre sur une piste noire. Bonjour la scène de crime.
[...] J'ai vu des hérissons en meilleur état sur l'autoroute.
Dans ce petit village où tout le monde se connait et se retrouve plus ou moins apparenté, l'enquête plutôt pépère (on s'y intéresse moyennement, attachés que nous sommes aux clarks de Rocco) l'enquête nous change agréablement des trépidations politico-sociales habituelles dont est devenu coutumier le genre polar.
[...] — Les rumeurs circulent. Vous savez pourquoi je vous dis ça ? Nous sommes tous un peu parents. Ce n’est pas comme à la ville. Tout le monde sait presque tout sur tous.
Loin de nos Harry's habituels (Harry Bosch ou Harry Hole), Rocco serait plutôt un fils spirituel de Sherlock Holmes ou d'Hercule Poirot, ce qui nous vaut d'ailleurs un dénouement pas piqué des hannetons dans l'église du village où Rocco déboule le jour même de l'enterrement de la victime, armé de son mandat d'arrêt !
Rocco ne respecte personne, pas plus les curés que les autres !
[...] Vous, les Romains, vous êtes trop sympas !
— Tu trouves ?
— Oui. Vous avez l’air fermés et méchants, mais en fait vous êtes tout le temps en train de blaguer.
— Si tu vois ça comme ça.
C'est le premier épisode traduit en français et l'on attend les suivants avec impatience, pressés de retrouver ce 'drôle de personnage'.
Mais cette fois le coup de cœur, lui, n'attendra pas.

Pour celles et ceux qui aiment les sports d'hiver.
D'autres avis sur Babelio et le billet de JML qui nous avait mis sur cette piste noire.