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vendredi 16 janvier 2026

La maison aux neuf serrures (Philip Gray)

[...] À partir du moment où on sait ...


De bons personnages, une bonne histoire, dans ce roman policier à énigme déguisé en romance à l'eau de rose : Philip Gray joue les faux-monnayeurs et nous offre une lecture facile et 100% plaisir qui devrait plaire au plus grand nombre.

❤️❤️❤️❤️🤍

L'auteur, le livre (624 pages, septembre 2025) :

Oops, un petit retardataire de la rentrée d'automne 2025 : La maison aux neuf serrures du britannique Philip Gray, un auteur particulièrement féru d'Histoire (il produit des documentaires) qui avait déjà fait parler de lui avec son précédent roman Comme si nous étions des fantômes (pas lu ici).

Le pitch et les personnages :

La Belgique flamande des années 50. Deux fils narratifs qui se tissent en parallèle (mais on sait bien qu'en littérature, les parallèles finissent toujours par se rejoindre).
D'un côté, l'adolescence d'une jeune fille, Adélaïs de Wolf, handicapée (une patte folle, la polio), qui grandit dans une famille impécunieuse qui ne semble pas marcher tout à fait droit non plus : la mère patauge comme une grenouille dans un bénitier, le père préfère se noyer dans son verre de gnôle et l'oncle Cornelis est le seul qui aaadore Adélaïs mais c'est aussi le mal-aimé de la famille. 
Bon, faut croire qu'il y a quelques non-dits entre eux.
D'un tout autre côté, la patiente et laborieuse enquête policière du commandant Salvator De Smet (un flic aux méthodes peu orthodoxes qui « avait résolu plus d’une affaire corsée au fil des ans ») qui est à la poursuite d'un faux-monnayeur, le « Faussaire de Tournai ».
Aucun lien bien sûr entre ces deux histoires.
Du moins jusqu'à ce que l'oncle Cornelis disparaisse et laisse en héritage à sa très très chère nièce, une maison dans un bas quartier de Gand et le trousseau de neuf clés qui va avec.
« Elle considéra le trousseau posé devant elle. Elle compta neuf clés : quatre pour des loquets, cinq pour des verrous. Elle n’avait pas envie de les ramasser. Si elle les ramassait, le piège se refermerait sur elle. « Quel genre d’endroit est-ce ? demanda-t-elle. Quel genre de maison possède neuf serrures ? »
Et puis quelques personnages secondaires attachants qui tournent comme des satellites autour du soleil d'Adélaïs : Saskia, sa meilleure amie et sa compagne de jeux, Hendryck, soutien indéfectible de la jeune femme, Sebastian, jeune et beau jeune homme, ...

♥ On aime beaucoup :

 Le bouquin est assez long (plus de 600 pages) et Philip Gray prend tout son temps pour installer l'époque, les histoires et les personnages.
À tel point que durant la première longue partie du bouquin, le lecteur se demande s'il ne s'est pas trompé de roman : qu'est-il venu faire dans la vie de cette jeune fille modèle et bien méritante à qui tonton a offert un vélo à bras pour lui permettre de se déplacer malgré son handicap ? Une jeune fille parfaite : volontaire, intrépide, combative, et bientôt amoureuse ... 
Mais quel peut être le sens caché de ce récit sentimental à l'eau de rose ?
Sauf que c'est super bien écrit, la prose de Philip Gray est légère, élégante, soignée : alors on savoure.
Sauf que l'on se doute bien que l'auteur prend plaisir à manipuler son lecteur (qui se laisse faire volontiers) : alors on patiente.
Et puis on a été prévenu : « à partir du moment où on sait quelque chose, on ne peut plus revenir en arrière. Or parfois, on aimerait ».
Du coup chaque soir (le livre est généreux !), on se replonge avec gourmandise dans cette bonne histoire, racontée avec malice, ravi de retrouver des personnages qu'on aurait voulu ne pas quitter la veille.
 Oui, au-delà de la belle écriture, la force de ce roman réside surtout dans ses personnages.
Le flic De Smet est un homme taciturne, secret mais particulièrement obstiné.
Au fil des années, la traque du commandant à la poursuite du faux-monnayeur ressemble de plus en plus à la quête obsessionnelle d'un capitaine Achab.
« Il voulait croire que la chasse allait reprendre, qu’il pourrait encore gagner. Ça n’avait rien à voir avec l’ordre et la loi, ou la justice. Cela répondait à un besoin, un besoin personnel. »
De l'autre côté, comment ne pas se prendre d'empathie pour Adélaïs, cette jeune femme, marquée par la vie, par sa famille, mais qui fait preuve d'une louable combativité. 
Et bien sûr, le lecteur suppose que la rencontre de ces deux personnages, de ces deux trajectoires, va se conclure par ... une valse, pourquoi pas, puisqu'il est souvent question de danse, voire de pas de deux ou même de trois. Mais chut !
 Et puis il y aura quelques beaux moments de pure poésie, comme quand apparaît la belle Comtesse.
« La Comtesse a une allure époustouflante. Personne dans la pièce, hommes et femmes confondus, ne peut détourner les yeux lorsqu’elle s’avance sur la piste.
[...] La plupart des soirs, à 22 heures, heure à laquelle jouent les musiciens, elle pénètre dans la salle de bal, vêtue de soie : veste chinoise brodée avec un pantalon fuselé, ou longue jupe droite qui tombe jusqu’au sol. Il y a toujours une flûte de champagne qui l’attend. »
 Enfin, reconnaissons que Philip Gray est un sacré conteur d'histoires. Malicieusement, il s'arrange pour que le lecteur soupçonne toujours un peu ce qui l'attend, anticipe une partie de ce qui se profile dans les prochains chapitres. De péripétie en rebondissement, le lecteur ne va pas de surprise en surprise, mais plutôt de satisfaction en satisfaction, façon "ah bien sûr, ça je m'en doutais bien" ou encore "ah, oui, celle-là je m'y attendais". C'est plutôt malin de sa part, très bien construit, et le lecteur se croit vite intelligent !
 De bons personnages, une bonne histoire, ... on aimerait que cela ne s'arrête jamais. C'est aussi ce que devait se dire Philip Gray qui peine un peu à conclure son récit : le bouquin s'étire en longueur, les procédés finissent par se montrer un peu répétitifs, et le dénouement se précipite de façon un peu rocambolesque ... tout en préservant encore quelques zones d'ombre, peut-être pour une suite !
 Alors dire qu'il s'agit d'une romance à l'eau de rose, voilà qui serait vraiment offensant.
Quant à dire que c'est un policier à énigme, ce serait beaucoup trop réducteur.
Alors que faut-il dire de ce bouquin, finalement plus original qu'il ne le paraissait de prime abord ? 
Et bien qu'il faut le lire, tout simplement, car cette lecture-plaisir pourra satisfaire le plus grand nombre.
Une histoire amorale me dit-on ? Oui, bien sûr, mais c'est peut-être aussi justement ce qui nous donne quelques petits frissons.

Pour celles et ceux qui aiment les énigmes.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce à NetGalley et aux éditions Sonatine (SP).
Ma chronique dans les revues CulturAdvisor et ActuaLitté.  

vendredi 8 août 2025

Ommegang 1930 (Weber et Liera)

[...] Vous vous prenez pour Rouletabille ?


Histoire belge : celle de la parade bruxelloise Ommegang de 1549, ressuscitée en 1930 et fêtée chaque été depuis. Un album historique et folklorique pour mieux connaître ce pays.

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Les auteurs, l'album (55 pages, juin 2025) :

Voilà un album bien curieux que ce Ommegang 1930.
Le scénariste Patrick Weber est un historien belge, journaliste et romancier, déjà auteur de plusieurs BD historiques. 
Thomas Liera, fils d'un mineur italien, est un dessinateur formé aux US et en Italie.

Le contexte :

À Bruxelles en 1930, alors que la jeune Belgique s'apprête à fêter son centenaire, quelques passionnés se rassemblent autour de l'historien Albert Marinus pour ressusciter une parade médiévale, l'Ommegang (marcher autour), sur le modèle du fastueux Ommegang de 1549 qui avait été organisé en l'honneur de Charles Quint pour montrer à l'empereur la puissance économique et militaire de Bruxelles.
À l'époque de Charles Quint, la Belgique n'existait pas encore et Bruxelles faisait partie des Pays-Bas Espagnols.
Aujourd'hui, chaque année, l'Ommegang de Bruxelles a lieu en juillet et c'est une tradition folklorique reconnue comme Patrimoine culturel par l'Unesco.
Les auteurs de la BD nous font revivre cet authentique Ommegang de 1930 en imaginant une petite intrigue criminelle.

L'album :

Alors que l'Ommegang s'apprête à revivre en 1930, un des notables de la ville est transpercé d'un carreau d'arbalète. Est-ce que quelqu'un chercherait à saboter la renaissance de cette fête ?
Un jeune journaliste, Stanislas, une sorte de Rouletabille local, va mener l'enquête ... et nous faire visiter les coulisses du spectacle qui se prépare.
« [...] - Vous pensez à tout jeune homme ! À croire que vous avez l'habitude de vous occuper des meurtres et des cadavres. Vous nous inquiétez.
- Non, j'ai seulement couvert beaucoup de faits divers pour mon journal. C'est ma passion. »
« [...] Qui nous dit que vous êtes capable de résoudre ce mystère ? Vous vous prenez pour Rouletabille ? »
Mais les années 30 sont bien troubles et une société secrète semble prête à tout pour déstabiliser le pays et empêcher la renaissance de ces festivités nationales. En ces temps agités, il faut tout envisager : « anarchistes, fascistes, extrémistes » à moins que « la clé de ce mystère se trouve dans l'histoire » car la petite Belgique a toujours attiré la convoitise de ses grands voisins.

♥ On aime un peu :

 Amateurs d'intrigues policières et fans de Rouletabille, passez votre chemin ! L'intrigue criminelle n'est ici qu'un gentil prétexte pour nous faire visiter les coulisses de cette parade bruxelloise et nous faire partager les enjeux historiques autour de cette fête nationale belge.
Les auteurs nous apprennent ainsi beaucoup de choses sur la Belgique, une nation que l'on ne connait finalement pas si bien, et dont l'Histoire mouvementée fut celle d'un petit pays convoité par toutes les grandes puissances européennes.
 Les dessins de Thomas Liera font évidemment honneur à la fameuse ligne claire belge et la reconstitution est particulièrement soignée (vues de Bruxelles, costumes, ancrage historique, ...) : l'album a même été conçu en collaboration avec les organisateurs de l'Ommegang 2025. 
La BD est également assortie d'un dossier documentaire réalisé par le scénariste et historien Patrick Weber.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires belges.
D’autres avis sur BD Gest et Babelio.
Album lu grâce aux éditions Anspach (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

samedi 18 janvier 2025

On a tiré sur Aragon (François Weerts)


[...] Vrai attentat ou simulacre ?

Le belge François Weerts nous plonge dans une Bruxelles des années 60 douloureusement marquée par l'ombre de la guerre. En hommage aux "privés" de la Série Noire, il tisse une intrigue mêlant agréablement histoire et littérature.

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L'auteur, le livre (448 pages, janvier 2025) :

📖 Rentrée littéraire hiver 2025.
On découvre avec délice cet auteur belge, François Weeters, qui nous invite dans une Belgique un peu déphasée, celle des années 60, avec ce bouquin qui n'aurait pas déparé la fameuse Série Noire.
Bruxelles avait, à cette époque, encore un air de province vue depuis Paris et l'ambiance était toujours plombée par les mauvais souvenirs des années 40.
Avec une intrigue policière prétexte à un rappel à la fois historique et littéraire où se mélangent agréablement faits historiques et inventions romanesques, On a tiré sur Aragon procure un dépaysement certain.

♥ On aime :

➔ On craque pour ce parfum désuet qui colle parfaitement et à l'époque et au style de la Série Noire, celle des Chandler et Hammett. Un mélange d'un peu de sexe, de beaucoup d'alcools et d'un langage plus proche de l'univers de Michel Audiard que de celui de Frédéric Dard.
 On aime le décor historique qui sert de toile de fond à l'intrigue : dans cette Belgique divisée, les blessures de la guerre sont encore loin d'être cicatrisées. 
Les séquelles restent vivaces pour ceux qui ont vécu trahison, collaboration, résistance, épuration, ...
Et quand on est ou a été communiste, à tout cela vient s'ajouter le traumatisme du pacte germano-soviétique.
➔ On aime les portraits sarcastiques que dessine cet auteur belge, plus habile au vitriol qu'au pastel, même si quelques dialogues sonnent parfois un peu faux, trop écrits sans doute, trop explicatifs.

Les personnages :

Viktor Rousseau est un détective privé qui ne dédaigne pas exécuter quelques diverses besognes et enquêtes variées pour ses anciens camarades du Parti Communiste Belge.
Il profite du réseau et de l'entregent de son amie Marie-Claire qui reçoit le gratin bruxellois et diverses célébrités et chanteurs dans son club de cette tour Martini, l'équivalent belge de notre "Chez Castel" parisien.
Viktor va même croiser la nièce de Franquin, la Belgique n'est-elle pas l'une des patries de la BD ?!
Et on aime bien que la fin du roman laisse suffisamment de questions ouvertes pour qu'on puisse espérer une suite où retrouver Viktor, le "privé" belge des sixties.

Le canevas :

1965 Waterloo, un tireur inconnu manque de peu le poète Louis Aragon venu se remémorer ses souvenirs de guerre.
[...] – Vous croyez donc que quelque nazillon cinglé m’a réellement visé, qu’il s’en est fallu de peu ?
– Oui et non. Il est possible que le tireur vous ait manqué délibérément.
– Je ne saisis pas. Un vrai faux attentat ? Vous ne pensez pas que j’ai organisé une opération publicitaire ?
– Jamais de la vie. La solution est ailleurs. Mais où ?
Dans le même temps, un mystérieux poète se vante d'avoir retrouvé le dernier manuscrit de Paul Nizan, mort sur le front en 1940.
[...] Un poète prétend avoir retrouvé les carnets de Paul Nizan, le manuscrit perdu à sa mort. Il affirme également qu’il a été assassiné en réalité par le NKVD. Pour le punir de son refus du pacte germano-soviétique.
L'enquête piétine en rond : les amateurs de thrillers politiques survoltés seront sans doute déçus car François Weerts s'intéresse beaucoup plus à peindre les portraits des acteurs qu'il imagine dans cette époque troublée. Ambiance et personnages font tout le charme de ce bouquin.
[...] Deux histoires qui se chevauchaient mais qui s’emboîtaient mal, comme si les pièces venaient de deux puzzles différents.
[...] Vrai attentat ou simulacre ? Les fachos, les Américains, un rival ou un mari jaloux ? Je patauge.
Les deux écrivains communistes se haïssaient violemment : Nizan fut de ceux qui quittèrent le PC après la signature du pacte germano-soviétique. Aragon fut de ceux qui condamnèrent ce traître à l'idéal socialiste incarné par le camarade Staline.
Une époque où il était très difficile de bien choisir son camp.
Entre un espion venu de RDA, des barbouzes français du SDECE et divers policiers ou malfrats belges, le détective Viktor aura fort à faire pour démêler l'inexplicable vrai-faux attentat contre Aragon : anticommunisme primaire, anciens collabos nostalgiques ou vengeance d'après-guerre ?
Et le dénouement en demi-teinte sera celui du constat un peu amer et désabusé que l'auteur porte sur sa ville et cette époque trouble.

La curiosité du jour :

L'ambiance de cette Belgique des sixties nous a fait penser au Maroc de Melvina Mestre découvert il y a quelques semaines : et la tour Martini de Bruxelles (aujourd'hui remplacée) nous a inévitablement rappelé l'immeuble Liberté de Casablanca.  

Pour celles et ceux qui aiment les sixties.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions du Rouergue (SP)
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.

samedi 27 avril 2024

La pouponnière d'Himmler (Caroline de Mulder)


[...] Notre religion, c’est notre sang.

L'auteure, le livre (288 pages, mars 2024) :

Caroline de Mulder est l'auteure belge de Manger Bambi (un polar féministe qu'on n'a pas lu ici) qui nous revient avec un titre percutant une fois de plus : La pouponnière d'Himmler.

Le contexte :

Le sujet est connu : c'est le Lebensborn (la fontaine de vie en VO), un programme de nurseries initié par Heinrich Himmler dès 1935 pour peupler le nouveau Reich de bons aryens.
Une trentaine de pouponnières furent ouvertes dans le cadre de ce programme (en Allemagne et en Norvège notamment) et près de 10.000 enfants y naquirent.
Le foyer Heim Hochland où se déroule l'essentiel de l'intrigue du livre, fut la première nurserie créée par Himmler à Steinhöring en Bavière, près de Munich, en 1936.
Le foyer français de Lamorlaye dans l'Oise a également existé.
Un système dont certains aspects font écho à la dystopie de Sophie Loubière : Obsolète, parue récemment.

♥ On aime beaucoup :

 L'auteure a construit son récit sur trois ou quatre points de vue complémentaires, trois ou quatre destins qui se seraient croisés en 1944 au Heim Hochland de Bavière : une jeune française, une infirmière allemande, une mère inconsolable et un prisonnier des camps. 
 Si le sujet n'est pas nouveau et si Caroline de Mulder a choisi de le romancer du point de vue des femmes, elle n'oublie pas pour autant de rappeler soigneusement les faits : son bouquin est très documenté et les faits terribles suffisent amplement à condamner la violence des hommes.
 C'est un roman empreint d'une profonde tristesse, la tristesse de ces femmes aux destins malmenés par la guerre et aux maternités préemptées par le pouvoir nazi. On ne peut même pas le lire d'une seule traite : on a besoin de pauses pour échapper à cette ambiance désespérée et à cette violence sourde. Une violence très institutionnelle ici. 
[...] À la fin quand ils le lui ont pris il ne pesait plus que trois kilos et des poussières. Chaque fois qu’elle soulève un paquet de sucre ou de farine ou n’importe quoi d’autre, elle pense à lui, à ce qu’il pesait dans ses mains et dans ses bras, au ressenti de ce poids-là. Et elle se demande combien il pèse maintenant, que pèse donc ce qu’il reste de lui. Ça l’obsède, elle ne pense qu’à ça et bien sûr elle n’en dit rien à personne.

Le pitch :

Nous voici en 1944, en Bavière, dans un foyer, un "Heim", pour jeunes mères de bons aryens. 
Himmler en personne est venu célébrer la maternité de ces mamans au sang pur et de leurs beaux bébés blonds.
[...] Grâce à vous, chères mères, qui êtes vom besten Blut, du meilleur sang, et avez su choisir un partenaire de valeur supérieure du point de vue racial, il suffira de quelques générations pour faire disparaître de notre Allemagne toute trace de sang impur. Un siècle tout au plus. Nos Heime sont conçus pour qu’y naissent les plus magnifiques éléments de notre race : vos enfants. Notre religion, c’est notre sang. Aussi, je vous remercie, chères mères. La maternité est la plus noble mission des femmes allemandes.
[...] — Nous aurons, d’ici trente ans, six régiments de plus grâce aux Lebensborn. Mais nous ne pouvons pas accélérer le temps.
— Quelle injustice qu’un soldat meure en un instant et mette seize ans à grandir.
Il y a là, Renée, une française, séduite trop jeune par un beau Waffen-SS dans sa campagne normande et qui, une fois enceinte, a dû fuir les revanchards qui l'ont tondue et la ligne de front qui avançait vers l'est.
Helga, la secrétaire allemande, l'assistante du docteur qui dirige cette pouponnière.
Marek, un prisonnier de Dachau qui travaille au domaine et qui est obsédé par la faim qui le tenaille depuis des mois. 
Et l'inconsolable Frau Geertrui qui vient d'accoucher d'un petit Jürgen qui refuse de se nourrir.

Pour celles et ceux qui aiment les nourrissons.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Gallimard (SP).
Mon billet dans Benzine et dans 20 Minutes.
  

mardi 26 mars 2024

L'horloger (Jérémie Claes)


[...] Cette nuit de réveillon ne lui dit rien qui vaille.

L'auteur, le livre (464 pages, février 2024) :

Le belge Jérémie Claes était jusqu'ici inconnu de nos services. Il a été appréhendé en février avec son premier thriller : L'horloger qui promet de faire voyager le lecteur de Bruxelles (en Belgique) à Neuquén (en Patagonie) en passant par Auschwitz (en 1942).
Avant de commettre ce premier crime, le susnommé Claes était un honnête caviste, amateur de cuisine conviviale et du soleil de Provence : c'est là, à Gourdon dans le village de sa grand-mère, qu'il situe son premier crime bouquin.
[...] La cuisine est rustique et vivante. Avec un évier de faïence ébréché, des placards de bois multicolores, d’innombrables pots d’épices et d’herbes, toute une batterie de cuivre suspendue à des crochets de laiton aux côtés d’un jambon ibérique appétissant et de saucissons faits maison, un antique frigidaire crème et surtout, un fourneau massif, six feux et deux fours, le genre d’outil qu’on devait trouver chez Bocuse ou la mère Brazier. On aime manger, on aime boire, tout le proclame.
Solane sirote son rouge avec componction, en bon épicurien.

On aime un peu :

 On s'amuse de voir mis en scène les puissants du moment, les Castaner, Macron et autres Trump. L'Amérique est même citée comme le pays des présidents barjots et Trump (celui de la saison 1, on est en 2018) est surnommé l'agent orange ! On sait bien que les locataires du pouvoir ne font que passer et que ce bouquin risque ainsi de se démoder bientôt, mais aujourd'hui c'est insolent et même si c'est un peu facile, ça fait du bien de sourire un peu de ce monde trop sérieux. 
 On aime bien le personnage de Bernard Solane, super-flic rangé des voitures de patrouille, un bon vivant épicurien sans doute un double de l'auteur, véritable héros du bouquin et prétexte à une prose pleine de gouaille ironique et insolente.
 On goûte les aimables descriptions de la douceur de vivre à la provençale selon Jérémie Claes qui y est visiblement chez lui, même si le "refuge" semble menacé de toutes parts par les miliciens suprémacistes assoiffés de vengeance plutôt que de bon vin.
 Le grincheux se dit même que notre ami belge aurait dû nous concocter une histoire plus simple dans ce cadre provençal où il se sent si bien, un polar plus classique qui ne serait pas emberlificoté dans un thriller complotiste aux relents de conspiration planétaire trop peu crédible pour être captivant.
[...] On mange royalement autour de la grande table, et des fourneaux se dégagent souvent des odeurs affolantes. Cyril finit invariablement par s’asseoir au piano, il joue une heure, les autres écoutent les yeux mi-clos en souriant et font balancer leur tête sur le swing irrésistible du be-bop. Pierre enfin va se coucher et les trois adultes discutent et rigolent ensuite sur la terrasse jusque tard dans la nuit, en finissant le rouge ou en sirotant un whisky ou un vin d’orange. La vie est douce et s’égrène tranquillement.
L’orage, cependant, ne se calme pas.

Le pitch :

L'universitaire américain Jacob Dreyfus a obtenu le Pulitzer pour une opération d'infiltration "sous couverture" au cœur des milices suprémacistes étasuniennes. Un reportage qui fit tomber quelques têtes dont celle d'un puissant sénateur.
[...] Qu’as-tu fait, Jacob ? Qu’as-tu déclenché ? Pourquoi a-t-il fallu que tu t’attaques à ces fous ? Regarde ce que ton obstination a créé, quel monstre elle a engendré ?
[...] Que croyait-il ? Qu’il allait pouvoir mener sa croisade sans répercussions pour ses proches ?
Menacé de toutes parts, pris en charge par le programme WITSEC, Jacob a depuis été mis au vert ... chez nous en Provence où, sous une nouvelle identité (Jacob est devenu Cyril) il coule des jours presque paisibles avec son jeune fils, entouré de quelques nouveaux amis comme son garde du corps, Solane.
[...] Tu échoues dans le 06 à protéger un Amerloque en exil.
[...] Son boulot, c’était de veiller.
Et pour veiller, dans l’histoire récente, y a pas mieux que Solane. Avant Cyril, il a été l’ange gardien de deux présidents, de cinq ministres, d’une flopée de cols blancs paranos et même d’une star de cinoche espagnole. Inutile de préciser que sa réaffectation sur la Côte d’Azur, il l’a vue comme une occasion de se dorer la pilule au soleil.
[...] Solane porte son SIG-Sauer SP 2022 dans son holster, sous sa veste, c’est son tranquillisant à lui, il ne se soigne pas par les plantes.
Mais cette année-là, le 31 décembre à minuit tapant, au douzième coup de l'horloge, tous les proches de Jacob/Cyril sont mystérieusement assassinés, ceux restés aux US mais aussi son petit garçon en Provence.
[...] Il y a un je-ne-sais-quoi dans l’air de cette nuit de réveillon qui ne lui dit rien qui vaille.
Dix années se sont peut-être écoulées depuis que Jacob/Cyril a mis son nez où il ne fallait pas mais visiblement ses ennemis rancuniers n'ont toujours pas assouvi leur soif de vengeance. L'affaire Dreyfus va réellement commencer, tic tac tic tac ...
Nous voilà partis pour des aventures littéralement incroyables et des péripéties rocambolesques dignes d'une BD avec super-méchants et super-héros.
[...] – Ça sonne comme une sacrée conspiration, j’ai l’impression d’être un fêlé de complotiste. Mais y a un truc qui me chiffonne.

Pour celles et ceux qui aiment les complots.
D’autres avis sur BabelioBibliosurf et 20 Minutes.
Livre lu grâce à 20 Minutes Books et aux éditions H. d'Ormesson.

mardi 27 février 2024

L'éternité n'est pas pour nous (Patrick Delperdange)


[...] Il aurait mieux valu que tout ça n’arrive jamais.

●    L'auteur, le livre (250 pages, 2018) :

Le belge Patrick Delperdange n'est pas un inconnu : on l'avait déjà beaucoup apprécié avec Si tous les dieux nous abandonnent, un roman noir, un "polar rural" comme on dit, même si l'auteur dit avoir horreur des étiquettes. 
Le revoici avec L'éternité n'est pas pour nous, et toujours ce don pour réunir des personnages ordinaires dans une situation pas tout à fait ordinaire.

●    On aime un peu :

❤️ Parmi les personnages improbables que l'auteur a choisi de réunir ici pour le malheur et pour le pire, on aime bien le jeune Danny que son demi-frère vient de sortir de l'asile et qui semble "voir" des choses qui nous sont invisibles, des choses violentes généralement.
[...] Dans l’éclat blafard de la torche, un corps apparut aussitôt, étendu sur le sol. Il s’agissait bien d’une femme, d’une quarantaine d’années. Des taches sombres s’étalaient sur son chemisier, troué et imbibé de sang. Elle était inanimée. « Elle est morte ? demanda Sam.
– Non, dit Danny. Il reste un souffle, et c’est pas celui de la mort.
– Je sais pas comment t’arrives à faire la différence.
[...] – Je suis devenu un guérisseur, Sam. Je peux soigner les blessures et les maladies et les faire partir. » Sam laissa échapper un soupir. Ce gamin avait définitivement perdu la tête.
[...] – T’es dingue, dit Sam avant d’avoir pu retenir ses paroles.
– Je sais, fit simplement Danny.
😕 Après une première partie prometteuse, le bouquin a un peu lâché le grincheux : les perdants qu'affectionne l'auteur, étouffés par leurs vies étriquées, semblent partir en roue libre et il doit y avoir un peu de jeu dans la direction d'acteurs ou dans le script du scénario. La lecture reste agréable mais il nous a manqué le petit quelque chose qui faisait la puissance de son bouquin précédent.
Il va falloir qu'on relise Si tous les dieux ... ou qu'on laisse une prochaine chance à cet auteur.

●     L'intrigue :

Il y a Lila qui attend les clients sur sa chaise en plastique, à côté de son combi vw, non loin de la carrière ou du chantier où bossent les ouvriers. Et Lila aimerait bien protéger sa fille des turpitudes de la mauvaise vie que l'on mène dans le coin.
Il y a Danny qui n'y voit presque plus rien et qui est allé récupérer son demi-frère à l'asile, on ne sait pas encore pourquoi.
Il y a deux flics pourris et violents qu'il vaudrait mieux ne pas croiser.
Il y a Julien Saint-André et une bande d'autres gosses de riches qui traînent par là en quête d'un mauvais coup ou de mauvais coups.
Et puis il y a ce revolver qui traîne sur le plancher d'une vieille bagnole.
Bref, il y a tout ce qu'il faut pour que ça se finisse mal.

Pour celles et ceux qui aiment les âmes perdues.
D’autres avis sur Babelio. ou sur Bibliosurf.

jeudi 12 octobre 2023

Devant Dieu et les hommes (Paul Colize)

[...] Avant de savoir, on ne sait pas.

    L'auteur, le livre (320 pages, 2023) :

Le belge Paul Colize (que l'on connait déjà) continue d'explorer avec finesse et intelligence le passé et l'histoire de son pays.
Devant Dieu et les hommes fut d'abord une pièce de théâtre (un faux procès joué au festival Quai du polar à Lyon en 2021) mais jamais éditée. Il fallut l'insistance de ses pairs pour que Paul Colize en transcrive un roman, en y ajoutant un personnage qui sera notre guide dans le procès : une journaliste, une femme dans un monde d'hommes (nous sommes en 1958).

      Le contexte :

Une sombre tragédie : le 8 août 1956, une explosion et un incendie ravagent la mine de Marcinelle, au Charbonnage du Bois du Cazier. Il n'y aura que quelques rescapés et plus de 260 mineurs y laisseront la vie.
Il y avait une majorité d'italiens parmi ces mineurs : à cette époque, les Charbonnages belges avaient littéralement "acheté" des travailleurs à l'Italie qui peinait à se remettre de la guerre.
[...] L’Italie elle devait donner cinquante mille ouvriers. En échange, la Belgique elle devait donner deux cents kilos de charbon par jour et par homme. Tu sais combien c’est, deux cents kilos de charbon ?

    On aime beaucoup :

❤️ On aime la façon dont Paul Colize nous transporte en 1958 à Charleroi : sa prose toujours très visuelle rend parfaitement compte des mœurs de l'époque, du machisme ambiant, du racisme envers les italiens (avec les bars interdits aux chiens et aux macaronis), des conditions épouvantables d'exploitation des mineurs (un esclavage moderne), des circonstances du drame, ...
❤️ On se passionne pour le procès imaginé par l'auteur, aux allures de polar rythmé par de courts chapitres qui rendent la lecture addictive, ménageant le suspense alors même que pour les deux italiens accusés, le verdict semble plié d'avance.
❤️ On apprécie la place faite aux femmes dans ce récit. Des femmes qui n'avaient pas la vie bien facile à cette époque : qu'elles fuient les armées en guerre, qu'elles essaient de tenir leur foyer aux côtés de leur mineur de mari ou qu'elles tentent de se faire une place dans la rédaction d'un grand journal.

      L'intrigue :

Plutôt que de retracer le long et fastidieux procès de l'accident, Paul Colize imagine un autre procès, celui de deux rescapés, deux mineurs italiens, accusés d'avoir profité du terrible accident pour assassiner leur Kapo, leur porion, un salopard notoire.
Notre guide au tribunal sera une jeune journaliste d'origine polonaise (comme l'auteur) dont les parents ont fuit les armées russes en 1944. 
[...] — Comme vous le savez probablement, le procès de Marcinelle s’ouvrira la semaine prochaine à Charleroi. 
— En effet. 
— J’aimerais que vous couvriez l’événement. 
[...]  Elle l’observa d’un œil amusé. — Vous vous demandez pourquoi je fais appel à vous. 
— Je l’avoue. 
[...] La mission était gratifiante, mais les raisons qui avaient poussé Wellens à la lui confier restaient obscures. Elle ne croyait pas à son discours progressiste. Que cachait cette soudaine ouverture à la diversité ?
Notre guide journaliste est encore tourmentée par de sombres images de son passé (ses parents polonais ont fui les armées russes) : un traumatisme qui va bientôt entrer en résonnance avec le drame du Bois de Cazier.
[...] Des montées d’angoisse continuaient à la tenailler. Les images du passé s’estompaient puis revenaient la tourmenter, telle une marée envahissante.
[...] Ni l’Église ni la psychanalyse ne pourraient venir à son secours. Elle seule pouvait exorciser le passé et se libérer de ses ruminations obsessionnelles.

Pour celles et ceux qui aiment les mineurs.
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Mon billet dans 20 Minutes.

lundi 13 juin 2022

Un monde merveilleux (Paul Colize)

[...] La réponse se trouve peut-être au bout du voyage ?

Le belge Paul Colize n'est pas un inconnu [clic] et le voici de retour avec Un monde merveilleux.
Il nous replonge dans les années 70 avec une histoire un peu mystérieuse : Daniel est maréchal des logis, basé en Allemagne et son supérieur le charge de convoyer une dame depuis la Belgique jusqu'on se sait pas trop où, on n'en sait guère plus et ses chefs se sont montrés pour le moins avares d'informations sur cette mission.
Que va faire la belle dame qui répond au prénom sulfureux de Marlène, quel est son histoire et pourquoi a-t-elle besoin d'un chauffeur et pourquoi Daniel, quel est son passé ?
[...] Il prit conscience de l’ampleur de la manipulation. Un véritable travail de fourmi, fait d’intoxications, de mensonges et de dissimulations. Un plan qui avait dû prendre des mois d’élaboration.
Bien assis confortablement au fond de la Mercedes, on va les suivre tous les deux de Bruxelles jusqu'en Espagne au fil d'un parcours au délicieux parfum rétro, un bon vieux bouquin de la série noire ou même un film en noir et blanc avec Jeanne Moreau en belle inconnue et Lino Ventura au volant.
[...] Une heure s’écoula sans qu’un mot ne soit échangé. Ce silence lui convenait. Il s’habituait peu à peu à cette absence de dialogue et la préférait à une conversation animée. Quand bien même, quels thèmes pourraient-ils aborder ? Il se perdit dans ses pensées.
Un roman noir bien agréable à lire et très instructif puisque l'on y découvre le sombre passé de la Belgique des années 30 : le mouvement rexiste de Léon Degrelle et la tuerie de Courcelles ...
[...] Léon Degrelle [..] avait épousé la cause nazie et avait été un grand admirateur d’Hitler. Certains prétendaient qu’il était le Goebbels belge, en plus lâche.

Pour celles et ceux qui aiment les road movies.
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lundi 12 avril 2021

Kerozene (Adeline Dieudonné)

[...] Une station-service le long de l’autoroute.

Histoires belges.
Adeline Dieudonné nous en propose plusieurs d'histoires belges : une bonne douzaine de tranches de vie des différents personnages qui vont se croiser ce soir-là dans une station-service de nuit au bord d'une voie rapide.
[...] 23 h 12. Une station-service le long de l’autoroute, une nuit d’été. Si on compte le cheval mais qu’on exclut le cadavre, quatorze personnes sont présentes à cette heure précise.
Ces histoires sont un peu comme de petites nouvelles réunies sur un fil ténu.
L'histoire d'une instagrammeuse bodybuildée qui n'en peut plus de son mari à toujours bouffer des chips à même le sachet.
L'histoire d'une femme qui déteste l'eau en général et les dauphins en particulier.
[...] Victoire détestait les dauphins.
[...] Avec leur sourire débile, toujours en groupe comme s’ils formaient une espèce de club, à sauter comme des abrutis, avec leurs ricanements ridicules.
L'histoire d'un couple qui héberge une truie sur leur canapé du salon.
[...] Une grande truie rose et glabre se prélassait sur toute la longueur du canapé. Juliette dit : « Elle s’appelle Estelle. Tu peux la caresser. »
L'histoire d'une domestique philippine déposée à la station-service par un couple qui la "prête" à un autre couple d'amis : ils viendront la chercher là un peu plus tard, ça évite à chacun de faire tout le trajet.
Autant de personnages un peu déjantés, autant de portraits un peu décalés. Comme pour mieux jeter quelques lumières sur la vraie vie, les difficultés de nos relations ou les travers de notre société.
Il y a comme une ligne de faille qui traverse la station-service au bord de l'autoroute et les personnages semblent tout prêts de s'y précipiter la tête la première. Eux-mêmes sont un peu fêlés pour laisser passer la lumière comme dit la chanson.
Par delà un air tragi-comique, c'est noir, cru, grinçant.
Comme toujours avec les nouvelles, il y en aura une ou deux un peu en-dessous du lot et c'est ce qui nous retient d'épingler un coup de cœur que le bouquin mériterait pour les autres.

Pour celles et ceux qui aiment faire le plein.
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mercredi 25 mars 2020

La disparue de l'île Monsin (Armel Job)

[...] Elle ne savait pas où Éva se trouvait.

Très agréable roman que ce bouquin de l’écrivain belge Armel Job avec une belle écriture, précise et soignée.
À peine un polar, plutôt la recherche de qui se cache derrière les personnages, un peu à la mode Simenon.
La disparue de l’île Monsin se prénomme Éva.
Elle a été vue pour la dernière fois un soir de neige, sur le pont-barrage de l’île près de Liège.
[...] Elle ne savait pas où Éva se trouvait. Elle était inquiète, elle s’était rendue à la police à Liège. S’ils avaient émis un avis de recherche, c’est qu’ils avaient de bonnes raisons. 
Qu’est devenue Éva ?
A-t-elle été enlevée, s’est-elle enfuie ou même jetée à l’eau ?
Et puis qui était-elle ? Vraiment ?
[...] Je finirais par croire que tout le monde en sait plus long sur ma fille que moi, sa propre mère. 
Laissons-nous bercer par les eaux de la Meuse à la découverte des personnages de l’île Monsin, à la découverte d’Éva et de ceux qui croient l’avoir connue.
[...] Au bout d’une enquête, en effet, qu’est-ce que le flic a devant lui ? Quelques faits sans doute, mais surtout l’énigme impénétrable du comportement des hommes.


Pour celles et ceux qui aiment les polars qui n'en sont pas vraiment.
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lundi 14 mars 2016

Si tous les dieux nous abandonnent (Patrick Delperdange)

[...] J'en ai buté des plus cons, a dit Céline.

Peut-être connaissez-vous déjà l'écrivain belge Patrick Delperdange (ce n'était pas notre cas), un touche à tout aux multiples facettes : littérature jeunesse, scénarios de BD, théâtre, traduction d'auteurs américains, ...
D'ailleurs citons une interview du bonhomme lui-même :
« Assez de cette classification. Mon travail actuel, c'est faire éclater les barrières que l'on pose depuis que la littérature existe. Je n'arrive plus à considérer les genres les uns par rapport aux autres ».
Découvrons l'un de ses talents ici, au rayon polar, ou plutôt roman noir. Ce 'genre' de romans où les américains excellaient, où dès les premières lignes, on sent que tout est là pour que ça parte en vrille, où tout semble écrit dès les premières pages. Ces romans où l'on sait que ça va très mal finir, tout en ne sachant pas trop bien comment ça va très mal finir.
Nous voici donc perdus avec quelques personnages au fin fond d'une campagne désolée que l'on imagine vaguement au nord, à la frontière belge peut-être, mais qui pourrait tout aussi bien nous emporter au cœur des plaines enneigées du Montana.
Il y a là Céline, la jeune femme trop jolie dont le ventre meurtri cache quelque secret et qui fuit on ne sait encore trop qui ou on ne sait encore trop quoi (enfin bon, on devine un peu quand même).
Il y a là Léopold, le vieux qui crache du sang et qui montre beaucoup d'empressement à rendre service aux jeunes femmes en fuite.
Il y a là Josselin, le jeune con au sang chaud et Maurice, son connard de frère flanqué de deux chiens encore plus vicieux que leur maître.
Voilà quelques êtres perdus à tourner en rond au milieu de nulle part, abandonnés des dieux, et dont les destins vont forcément se télescoper avec quelques fracas.
[...] Ils avaient d'une manière ou d'une autre échoué à vivre ailleurs.
[...] La lumière était celle d'un monde où plus rien n'aurait jamais lieu.
[...] Bouddha lui-même m'a beaucoup déçue.
[...] Impossible de revenir en arrière. À cause de ce qu'il m'avait fait et à cause de ce que je lui avais fait.
[...] Qu'est-ce qu'elles ont à être comme ça, les filles ? Elles cherchent les emmerdes, ou quoi ?
Un éclairage blafard de fin du monde, juste après la fin de monde, une fois les dieux partis.
Quelques pages de papier pour une intrigue minimale, quelques arbres de carton pour un décor austère, quelques personnages aux passés troubles et aux pulsions animales, ... Delperdange est vraiment un pro de la mise en scène qui réussit à installer, sans effets ni esbroufe, une ambiance lourde et sombre dont on se souviendra longtemps.
[...] — Je n'ai pas de quoi vous payer, ai-je dit. Je préfère vous prévenir.
— Oh, pour ça, a fait Léopold. Faut pas vous inquiéter. Vraiment. Faut pas vous inquiéter. »
Et au ton de sa voix, je me suis dit qu'au contraire, je ferais bien de commencer à m'inquiéter de ce qui lui arrivait, au vieux Léopold.
Le roman souffrirait presque de l'efficacité de son auteur : la mise en scène est si précise et rapide, la tension s'installe en quelques pages seulement ... et l'on voudrait que les tribulations des uns et des autres s'accélèrent encore, en se demandant qui va bouffer qui ...
Tout est écrit d'avance, l'engrenage inexorable est prévisible et pourtant ...
Un bouquin à lire d'une traite.

Pour celles et ceux qui aiment les ambiances de fin du monde.
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mardi 22 avril 2014

Alice et ses nombreux maris (Francis Dannemark)

Pierre, Vincent, Wilbur, Swami et les autres.

Une histoire belge de l'auteur Francis Dannemark (ah, ah).
L'histoire d'Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un).
L'histoire d'une vieille dame anglaise, de celles qui prennent le thé avec grâce, élégance et raffinement.
L'histoire d'Alice qui, à l'occasion du décès de sa sœur, retrouve son neveu Paul et entreprend de lui raconter sa vie mouvementée, riche en voyages, en anecdotes et en maris.
Au fil de quelques thés et de quelques restos italiens en compagnie de son neveu, la vieille dame très digne défile la pelote de sa vie, de ses voyages (Italie, Canada, Inde, Australie, ...) et donc de ses maris : des maris qui ont une fâcheuse tendance à passer de vie à trépas, alors que notre veuve a une joyeuse tendance à dire ‘oui’ chaque fois qu'on la demande en mariage, toute aussi prompte à oublier son précédent chagrin qu'à s'enthousiasmer pour une nouvelle aventure.
[…] — Quand il a lancé l’idée de se marier, je lui ai dit qu’il fallait que je réfléchisse et il a trouvé que c’était la moindre des choses. Il n’aurait pas dû dire ça si gentiment. J’en ai profité pour ne pas réfléchir du tout et je lui ai dit oui.
— Je n’oserais pas dire que je suis étonné, ai-je dit à Alice
Ou encore :
[…] J’ai eu droit à une séance de massage. Il avait de si grandes mains qu’il a pu me masser la cheville avec l’une et me caresser la nuque avec l’autre. Puis il m’a dit qu’il fallait que je m’allonge un peu et il s’est allongé avec moi… et puis voilà. Nous sommes rentrés à New York ensemble. Il ne m’a pas demandé mon avis. Je me suis laissé faire. C’était bien. Et quand il m’a demandé de devenir sa femme, j’ai dit oui avant qu’il ait fini de poser sa question. Pour ne pas être tentée de réfléchir.
C'est plus facile lorsque l'on vit l'instant présent sans se soucier de ce que nous a donné puis repris le passé, pas plus que de ce que nous réserve l'avenir.
[...] J'avais compris que l'on ne vit qu'un jour à la fois, et plutôt aujourd'hui que demain.
Autant dire que les accidents, les rencontres et les épousailles s'enchaînent pour notre plus grand plaisir !
[…] C’était une citation de Mark Twain : « Let us so live that when we come to die, even the undertaker will be sorry. » Un long silence s’est installé. « Vivons de telle sorte que, lorsque viendra le temps de mourir, même le fossoyeur soit désolé »
Le titre est long mais le petit livre est léger, charmant, divertissant, amusant. En un mot : frivole.
L'écriture de Francis Dannemark est aussi douce et pétillante que sa vieille dame Alice.
Un agréable petit moment de détente qui passe presque trop vite et dont il ne reste peut-être pas grand chose : juste la fugace impression de cette vieille dame aperçue dans le salon d'un grand hôtel de Bruxelles.
À force de légèreté, ce court roman nous a même semblé un peu superficiel.



Pour celles et ceux qui aiment feuilleter les vieux albums photos.
D'autres avis sur Babelio.Yv en parle aussi.