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mercredi 16 avril 2025

Moneda (Stéphane Keller)


[...] Aux autres de pleurer…

Chronique d'un coup d'état annoncé : ambiance de fin de règne à Santiago du Chili à la veille du putsch de Pinochet.

❤️❤️🤍🤍🤍

L'auteur, le livre (544 pages, septembre 2024, en poche mai 2025) :

Dans ses romans, l'écrivain-scénariste Stéphane Keller explore la période des années 60-70 au cours de laquelle les états se montraient coupables des pires compromissions pour maintenir leur pouvoir et leur emprise sur d'autres nations et colonies. 
Ce fut notamment Rouge parallèle (2018) qui nous emmenait d'Alger à Dallas, Telstar (2019) qui nous plongeait au cœur de la Bataille d'Alger et Mourir en mai (2023) dans l'après-guerre.
Des romans qui entremêlent petite et grande histoire.
Avec Moneda, l'auteur nous emmène en 1973 au Chili pour cette chronique d'un coup d'état annoncé, des événements qui ont marqué profondément ma génération.

Les personnages :

Stéphane Keller a l'élégance de mêler à ce nouveau roman quelques personnages venus de ses précédents ouvrages.
Comme ce Sébastien Desboz, nouveau nom d'emprunt du cynique Paul-Henri de la Salles, un ancien de la sinistre division Charlemagne mais désormais retraité des 'affaires', qui tient désormais Le Bar du Suisse en plein centre de Santiago du Chili, non loin de "la grand-place, celle-là même où se dressait le Palacio de la Moneda, ce palais de la Monnaie qui, depuis le milieu du dix-neuvième siècle, servait de résidence aux présidents de la République. Le Bar du Suisse était à quelques centaines de mètres à peine".
L'inspecteur Alejandro Vega-Pirri vient y prendre son café.
Il y a là aussi le sombre lieutenant Yanez-Vidal, un soldat chilien du 1er régiment qui tourne autour des jolies serveuses du café.
Dans le bar du faux suisse, le lecteur pourra même assister à la rencontre surprise du faux Sébastien Desboz et du journaliste Guillermo Calderón venu de Madrid pour couvrir les événements qui se préparent.
Mais un bon coup d'état ne se prépare pas sans l'aide active des américains : il nous faut donc également un général deux étoiles, comme Lee Preston Beaulieu, l'homme tout puissant des services secrets de l'armée US. 
Aux côtés de ces personnages de roman, on évoquera d'autres personnalités véridiques comme Paul Aussaresses et le colonel  Charles Lacheroy venus apporter aux américains leur expérience de la guerre insurrectionnelle et de la torture, un savoir-faire précieux acquis en Indochine et en Algérie.
Le lecteur va même croiser Henry Kissinger, futur prix Nobel de la Paix, ou encore Richard Nixon, le président empêtré dans les eaux troubles du Watergate.

Le canevas :

Nous sommes donc au Chili en 1973, à l'aube du coup d'État militaire du général Augusto Pinochet, qui s'apprête à renverser le président Salvador Allende et son gouvernement d'Union Populaire.
[...] — Avec ce qui se prépare…
— Et qu’est-ce qui se prépare… ?
— Allons, Don Sebastian. Vous devez bien deviner. Monsieur Allende ne verra pas le nouvel an.
Les services de renseignement de l'armée US et l'équipe du général Beaulieu s'affairent à entraîner les militaires chiliens en vue du putsch.
Dans le même temps, la CIA s'occupe activement de semer le chaos au sein de la population civile : elle met sur pied quelques assassinats ciblés, accuse les rouges, finance et orchestre les grèves (comme la fameuse grève des camionneurs), organise la pénurie, ...
[...] La situation économique du pays était désespérée. Le travail de sape effectué depuis trois ans par les USA allait porter ses fruits. Les trois millions de dollars alloués par Nixon à la CIA n’avaient pas été jetés par la fenêtre.
En marge de ces préparatifs politico-militaires, Stéphane Keller déroule une intrigue policière : un tueur en série s'en prend sauvagement aux jeunes femmes qui ont le malheur de marcher seule le soir dans les rues sombres de Santiago.

♥ On aime un peu :

 J'avoue ne pas avoir été vraiment emballé par les imbrications entre les nombreuses intrigues qui nous permettent de suivre les différents personnages. Il y a plusieurs histoires dans l'Histoire, beaucoup de portes ouvertes et l'auteur en referme même plusieurs au fil de son roman. 
Certains personnages sont à la limite de la caricature, le trait vraiment forcé, et aucun n'est vraiment sympathique. Quelques femmes peut-être. 
L'intrigue policière manque un peu de piquant et le thriller politico-militaire est un peu convenu : on n'en apprend pas assez sur ce coup d'état (les curieux d'Histoire resteront sur leur faim) et tout cela ne suffit pas pour captiver le lecteur.
 Il s'agit plus d'un roman d'ambiance que d'un véritable thriller et le côté réussi du bouquin, c'est justement la description de l'atmosphère de fin de règne, de fin d'un monde, qui baigne Santiago (mais aussi les États-Unis où l'ambiance est tout aussi délétère). 
Les personnages sont tous plus désenchantés et cyniques les uns que les autres, et ils semblent errer comme des fantômes, perdus dans ce monde crépusculaire.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions du Toucan (SP).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.

mardi 25 octobre 2022

Les saisons inversées (Renaud S. Lyautey)

[...] Des gens qui avaient à en connaître.

Renaud S. Lyautey (de son vrai nom Salins, Lyautey est le nom de sa mère pris comme nom de plume) est un "vrai" diplomate du Quai d'Orsay pour lequel il fut ambassadeur au Moyen-Orient et en Géorgie.
Autant dire que c'est le guide idéal pour nous faire découvrir les coulisses de la machinerie diplomatique française au milieu de tous les agents qui ont embrassé "la Carrière", comme ils disent.
[...] La Carrière imprime sa marque, d’une façon ou d’une autre, sur chaque agent.
L'intrigue commence avec la découverte du cadavre d'un haut diplomate français, assassiné à son domicile parisien : le modus operandi rappelle l'exécution de Chapour Bakhtiar, le premier ministre iranien, par les services secrets de son pays à Suresnes en 1991.
Une ambiance méconnue et bigrement intéressante qui serait un peu comme une version "civile" du Bureau des Légendes.
Mais c'est surtout un excellent prétexte que saisit Renaud Lyautey pour revisiter l'Histoire récente et nous donner sa lecture très personnelle de la diplomatie française avec quelques propos très incisifs et bien sentis concernant les "gloires" de l'arrogante diplomatie française.
Bien sûr tout le monde se rappelle le désormais célèbre discours de Villepin à l'ONU face aux US qui s'apprêtaient à envahir l'Irak sous un faux prétexte : cette intervention est glorifiée comme un haut fait de la diplomatie française, cocorico. Un sinistre échec selon l'auteur.
[...] En contraignant un membre permanent du Conseil de sécurité à frapper en dehors de toute légalité internationale, nous allions créer un périlleux précédent. Il se montrait particulièrement inquiet des leçons qu’en tirerait à l’avenir, par exemple, un autre membre permanent comme la Russie.
[...] Personne n’a pu dissuader un membre permanent du Conseil de sécurité de s’en prendre à un petit pays. L’ONU a démontré sa totale impuissance. C’est un échec absolu du système de sécurité collective mis en place en 1945.
[...] Turpin admit intérieurement qu’il n’avait jamais envisagé l’affaire irakienne sous cet angle. Jusqu’à cet instant, il avait toujours fait sienne l’idée répandue selon laquelle la France avait traité ce dossier avec panache et perspicacité.
D'autres contextes géopolitiques seront également épinglés par l'auteur au fil des pages : l'Iran, la Palestine (et les innombrables plans de paix français), et même le Chili de Salvador Allende.
L'intrigue policière qui sert de prétexte au bouquin et à la visite des coulisses du Quai d'Orsay est un petit peu décevante ou en tout cas elle peine un peu à se mettre en place et n'arrive à nous captiver que dans la dernière partie du roman.
Peu importe, ce premier roman n'était que le prélude à un second, beaucoup plus prometteur : La baignoire de Staline qui nous emmènera en Géorgie.
[...] La Géorgie… Peut-être se renseignerait-il en vue du prochain poste. Ça n’avait pas l’air si sinistre que ça…
Vite, vite, préparons notre valise (diplomatique).

Pour celles et ceux qui aiment les secrets.
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lundi 7 juin 2021

À l'aveugle (Lance Hawvermale)

[...] Ce désert est plein de secrets.

Le texan Lance Hawvermale nous invite à parcourir le désert d'Atacama (entre Chili et Bolivie) en compagnie d'une drôle d'équipe : un futur docteur es-étoiles atteint de prosopagnosie (il ne différencie pas les visages), un écrivain de SF en panne d'inspiration, des jumeaux frère et sœur dont l'un est atteint du syndrome de Down (il est trisomique), et quelques chercheurs et scientifiques qui hantent le désert le plus haut, le plus aride et le plus pur du monde pour préparer une expédition sur Mars.
L'histoire de À l'aveugle commence avec la découverte d'un sac à dos contenant un cadavre découpé en morceaux, chose pour le moins étrange dans ce désert loin de tout ...
[...] On dit que ce désert est plein de secrets qui n'attendent que d'être exhumés.
Débute alors une drôle d'enquête, de curieuses investigations, des équipées en 4x4, des ennuis avec des des flics plus ou moins militaires, puis des militaires plus ou moins flics, bref une aventure à la façon de Alice détective au cœur de l'Atacama (Caroline Quine est d'ailleurs citée dans le bouquin).
Les fantômes qui hantent ce désert semblent sortir des heures sombres du Chili quand la DINA de Pinochet se livrait aux pires exactions : un décor bien sombre pour notre fine équipe que l'on suit agréablement comme de grands enfants que nous sommes restés.

Pour celles et ceux qui aiment les traversées du désert.
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vendredi 12 mars 2021

Negra Soledad (Ramòn Dìaz Eterovic)

[...] – Faites vos bagages et retournez à Santiago.

Encore des retrouvailles, cette fois avec le chilien Ramòn Dìaz Eterovic qui nous avait régalé avec les enquêtes de son détective privé Heredia, l'amateur de courses hippiques qui dialogue avec son chat Simenon [clic].
Nous revoici donc à Santiago où Heredia se retrouve à enquêter sur l'assassinat d'un ami d'enfance, un avocat qui avait mis son nez là où il ne fallait pas.
Manifestement il ne fait pas bon fouiller dans les affaires d'un trust minier en train d'empoisonner toute une vallée ...
[...] - Nous n'avons pas pu empêcher la construction du barrage, mais nous avons l'espoir d'obtenir l'arrêt de son exploitation ou au moins l'adoption de mesures de sécurité. Nous avons demandé l'ouverture d'une procédure au sujet des eaux polluées et la construction d'un mur de protection entre le barrage et le village. Ce serait un moyen d'éviter que les déchets nous tombent dessus en cas d'infiltrations ou de fissures.
Heredia va donc enquêter sur ce meurtre et les nervis de la compagnie minière. Une enquête patiente et laborieuse pour découvrir une vérité bien protégée.
[...] - Je vais vous donner un bon conseil. Faites vos bagages et retournez à Santiago.
Mais il en faut plus pour désarmer la ténacité bougonne de l'ami Heredia.
[...] C'était mon travail, comme me l'avait dit un policier en retraite : il n'y a pas de crimes parfaits, juste de mauvaises enquêtes ou de mauvais détectives.
Dans cet épisode Heredia semble bien contrarié : l'enquête piétine, les suspects défilent, la vérité se dérobe. Même les affaires de cœur de notre détective tournent en rond.
[...] - Je suis de mauvaise humeur aujourd'hui.
- Ça se voit de loin. Méfiez-vous don. Vous êtes en train de devenir un vieux ronchon.
Et peu à peu la mauvaise humeur d'Heredia semble contaminer le lecteur : l'enquête piétine, le sujet écolo n'est pas des plus nouveaux, et l'on finit par s'ennuyer quelque peu.
Assurément ce n'est pas le meilleur épisode et l'on ne peut que vous conseiller les précédents.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes écolos.
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samedi 15 décembre 2018

La légende de Santiago (Boris Quercia)

Overdose.

Aaaargh ! Quelle déception que ce troisième ouvrage de Boris Quercia.
Les deux précédents, Les rues de Santiago et Tant de chiens, avaient pourtant mérité un coup de cœur.
Certes l'auteur nous avait habitué à un flic désabusé, en perdition, maladroit en amour et borderline en police. Mais là, trop c'est trop.
Certes nous savions déjà le flic Santiago adepte d'une petite ligne de coke de temps à autre, histoire de remonter à la surface de son désespoir.
Mais là, trop c'est trop, à la page 120 le lecteur commence à avoir les narines irritées et les gencives qui saignent.
[…] La pluie n’arrête pas de tomber et le métro est plein d’animaux mouillés en route vers l’abattoir.
[...] Je viens d’un autre monde, d’un monde froid et compact comme du goudron. Même si je le voulais, je n’arriverais pas à faire remuer le cadavre que je suis devenu.
[...] Jusqu’à ce qu’on soit tous entassés dans le même trou. Qui mérite son sort ? La roue des coups durs n’arrête pas de tourner et chacun aura un jour le numéro perdant. On ne mérite pas cette fin.
Et nous, on ne méritait pas ce troisième épisode, ni fait ni à faire : La légende de Santiago.
Alors pourquoi en parler ? Pour rappeler à l'ordre ceux qui n'ont pas encore découvert les deux premiers épisodes : deux excellents polars sud-américains, du noir de chez noir, mais ça vous aviez déjà compris.

Uniquement pour celles et ceux qui aiment la coke.
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mardi 19 avril 2016

Condor (Caryl Férey)

[...] Hostile. Le monde était devenu hostile.

Notre auteur national d'ethno-polars Caryl Férey, continue son tour d'Amérique du Sud et après son Mapuche argentin, nous emmène au Chili où l'on se doute qu'avec un tel guide, ce ne sera certainement pas une promenade de santé.
Il sera encore question ici d'indiens mapuche et bien sûr du sombre passé d'un pays qui a bien du mal à gérer l'héritage de violence économique et sociale : Caryl Férey a convoqué les dictatures et la tristement célèbre Opération Condor [clic] qui sert de décor à un thriller très actuel.
En fait, Caryl Férey convoque un peu tout de le monde et nous sert un best-of d'empenadas à la chilienne.
Plusieurs passages nous évoqueront par exemple Les évadés de Santiago ou encore le No du référendum.
[...] La dérégulation tous azimuts que les Chicago Boys expérimentaient au Chili était une nouvelle forme de capitalisme où l'État non seulement se désengageait de l'économie et des services publics, mais bradait le pays entier au secteur privé.
[...] « Ils » avaient privatisé la santé, l'éducation, les retraites, les transports, les communications, l'eau, l'électricité, les mines.
[...] Les Chicago Boys de Guzmán avaient passé le pays au tamis de la cupidité.
[...] Le monde avait changé. Les défenseurs du « Non » lors du référendum ne s'y étaient pas trompés : personne ne voulait revoir les images de la Moneda en flammes, la répression, la torture. Trop anxiogène.
Sans compter que ça démarre à la Zulu avec de pauvres gosses d'un bidonville décimés par une nouvelle drogue et que la cavale qui s'ensuivra rappelle bigrement celle de Mapuche. Autant dire que les empenadas sentent un peu le réchauffé.
[...] On a eu le résultat des analyses tout à l'heure, annonça-t-elle. La cocaïne est quasi pure. Quatre-vingt-dix-huit pour cent, d'après le flic des narcotiques.
— La coke d'El Chuque ?
— Mm, mm, fit-elle, la bouche pleine.
— Comment cette petite racaille peut se trimballer avec un produit pareil dans les poches ? s'étonna Stefano.
— C'est aussi la question qu'on se pose. Et d'après le copain flic d'Esteban, cette coke est un vrai danger public. On n'a pas de preuves pour le moment, mais ça expliquerait l'hécatombe parmi les jeunes de La Victoria.
[...] — Ça n'explique pas le lien entre la cocaïne et l'achat de terres dans la région, dit-il. Jamais Edwards ne se serait fourvoyé dans une histoire de drogue. Il y a autre chose, forcément, un business avec Schober…
— Sa nouvelle société minière ? avança Stefano.
Ajoutons à cela qu'au fil des années, la prose de Férey se fait de plus en plus prétentieuse et alambiquée : le vol de ce Condor multiplie les passages en voltige, au style pompeux gorgés d'effets ampoulés ou au lyrisme poétique qui finissent par irriter.
[...] Même les courants d'air faisaient figure de survivants.
[...] Un nuage blanc passa dans son esprit. Une série d'anamorphoses au brouillard aveuglant qui la tinrent en haleine.
Et puis soudain, au détour d'un chapitre, comme si l'oiseau se laissait rattraper par la puissance et la  violence de son histoire, on plonge en piqué pour un thriller prenant et efficace : Caryl Férey n'a pas perdu la main.
Un bouquin très inégal qui n'apporte finalement rien de bien nouveau depuis Mapuche.
Une déception après les auteurs chiliens lus récemment [clic] comme Boris Quercia ou Ramón Díaz Eterovic.
Ah, petit coup de cœur personnel de MAM & BMR pour la fin du parcours qui emmène le lecteur jusqu'à San Pedro de Atacama, au bord du désert trop salé du même nom - un de nos plus beaux voyages [clic] - pour un final aux allures de western.
[...] Manque plus qu'une attaque d'Indiens à cheval, ironisa Porfillo pour détendre l'atmosphère.
Ah encore, on ne peut résister au plaisir de deux autres petites citations :
[...] Le carabinier avait quarante-neuf ans, une vingtaine d'hommes sous ses ordres, dont la moitié était aussi corruptible qu'une banque d'investissement.
[...] Autant croire au protocole de Kyoto.

Comme d'habitude avec cet auteur : pour celles et ceux qui aiment voyager, y compris dans le passé récent.
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lundi 30 novembre 2015

Tant de chiens (Boris Quercia)


[...] Elle me dit : « J’ai besoin de tuer quelqu’un. ».

    L'auteur, le livre (208 pages, 2015) :

Ne manquez pas Boris Quercia, c'est très clairement la révélation polar de cette année 2015.
Saluons au passage les éditions Asphalte pour la découverte de cet auteur, les titres à double sens et le prix modique d'une édition électronique de qualité, à bon entendeur ...
Avant Tant de chiens, c'est en début d'année que l'on avait découvert Les rues de Santiago (sans qu'on sache tout à fait s'il s'agissait de celles de la ville ou de celles arpentées par le héros homonyme) et l'on avait voulu attendre un peu avant d'épingler un coup de cœur au revers du veston de Quercia. 
Pas obligatoire de lire dans l'ordre, mais ce serait dommage de laisser passer quelques pages (les bouquins sont pas épais) et le second est encore plus meilleur que le premier.

    On aime :

❤️ Des chapitres courts, comme autant de petites nouvelles, avec un sens consommé de la chute, le petit truc anodin, sans rapport avec l'essentiel du récit, le petit truc qui vous grave au burin la scène en mémoire.
❤️ Un flic comme on les aime : ténébreux et solitaire, dur et maladroit en amours comme en affaires, Santiago Quiñones, un flic qui boit pas mal (sans surprise) et qui même ne dédaigne pas une ligne de coke de temps à autre. En suivant les traces de Quiñones dans les rues de Santiago, on s’intéresse plus au personnage et à ceux qu’il va croiser au gré de ses déambulations, qu'au fil de l'intrigue.
[...] C’est un grand type chauve, un peu voûté, comme souvent chez les gens grands au Chili. C’est un pays qui punit ceux qui dépassent la moyenne, les grands essayent de passer inaperçus et les très grands, comme ce type, se voûtent pour entrer dans le rang.

      L'intrigue :

Il y a un problème avec les bouquins de Boris Quercia.
Un sacré problème : ses bouquins sont plutôt petits, pas très épais.
Dès les premières pages, alors qu'on a déjà surligné de nombreux passages pour citer dans ce blog, l'angoisse monte et on se prend à ne plus regarder les numéros de pages ou le compteur de la liseuse, on sait que le plaisir de la lecture ne durera qu'un temps que d'avance, on sait déjà trop court.
D'un autre côté (on se console comme on peut) on se dit que cette brièveté fait corps avec le style de Quercia, n'est-ce pas ?
Des petites phrases courtes, sèches, shootées à l'humanité, filmées à hauteur d'homme.
[...] Je cherche mes cigarettes et lui en offre une. Il ne fume pas, c’est ce genre-là.
On vendrait ses gosses pour pouvoir écrire une phrase comme celle-ci.
Et puis il en rajoute, le bougre ...
[...] J’aime bien les gens qui savent allumer leurs allumettes malgré le vent et qui font cette espèce de petite maison avec leurs mains autour de la flamme. C’est plutôt mon genre, je me dis.
Avant que l'intrigue policière ne vienne prendre le dessus, on pense (et il n'est peut-être pas de plus beau compliment ici) on pense souvent à John Fante, un Fante où la noirceur chilienne aurait occulté la luminosité italienne. 
Tous les ingrédients sont encore et toujours là, tous ceux de la recette classique du polar noir, hardboiled comme dit désormais chez nous. 
On peut donc reprendre le billet précédent presque mot à mot : embrouilles tordues, balles perdues mais pas pour tout le monde, collègues flics pas très cleans, femme(s) fatale(s) (bon, cette fois on a mis un 's') ... 
Et puis il y a ces femmes fatales : au rayon polar c'est bien entendu plus souvent pour le pire que pour le meilleur et l'on sait désormais que Santiago ne se donne même pas la peine de faire semblant de résister à leurs charmes.
[...] Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, elle me dit : « J’ai besoin de
tuer quelqu’un. » 
Et qui dit femmes, ... voici les polars les plus sexys depuis longtemps où pour une fois, les scènes les plus chaudes ne semblent pas ‘téléphonées’ et écrites pour racoler le gogo mais bien au contraire, elles s’intègrent parfaitement à l’ambiance et au(x) personnage(s).
[...] Ce n’était pas une situation facile, j’avais la maîtresse du mort au téléphone et sa veuve assise en face de moi.
[...] Tire-toi », je lui demande. Mais elle, loin de m’obéir, dégrafe sa robe et reste en face de moi, en petite culotte et talons hauts. « C’est gratuit », elle me dit, mais la vie m’a appris que rien n’est gratuit, et ça encore moins.
L'intrigue de ce second épisode est solidement construite autour d'un sujet difficile et pas cool : Tant de chiens à Santiago et Quercia n'écrit pas des guides touristiques pour nous vanter les mérites chiliens et nous parle plutôt de ceux qui vivent sur le rebord glissant du broyeur à viande.
Et comme il semble être d'usage chez cet auteur, ça commence très fort avec une fusillade qui coûtera la vie à l'un de ses collègues, trop curieux ou trop ripoux, on ne sait pas encore.
[...] Les enterrements, c’est pas mon truc. Je continue à regarder le cercueil, m’attendant à tout moment à voir Jiménez se lever et nous dire que c’était une blague. Il avait son sens de l’humour, mon collègue, il m’a fait le coup une fois à la morgue. Il s’était couché sur une des civières, recouvert d’un drap, vous imaginez la suite… Mais de cette farce-là, il n’en sortira pas. C’est la blague finale, le clou du spectacle, et ce n’est pas drôle. Je ne supporte plus la messe.
[...] Moi, je pense que c’est juste un coup de bol. Mourir, pour un flic, est un accident du travail, comme la silicose pour les mineurs de charbon.
[...] Il semblerait que ton copain Jiménez était allé très loin dans son enquête sur les abus et disparitions dans les foyers de protection pour mineurs.

Pour celles et ceux qui aiment le pisco-sour.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 26 janvier 2015

Les rues de Santiago (Boris Quercia)

Les dents du bonheur.

L’Amérique du Sud reste à la une avec cette fois un petit tour au Chili, plus exactement dans Les rues de Santiago.
Boris Quercia nous donne là un excellent et court roman qui combine tout à la fois les valeurs sûres du bon vieux polar à l’ancienne, les saveurs exotiques d’un voyage dans le Chili d’aujourd’hui et une belle écriture moderne, sèche et musclée.
Tous les ingrédients sont là de la recette classique du polar noir : avocat véreux et embrouilles tordues, balles perdues mais pas pour tout le monde, collègues flics pas toujours très cleans mais à l’amitié solide, femme fatale et pognon facilement gagné(s), … enfin, c’est ce qu’on croit toujours …
Boris Quercia met en scène un flic comme on les aime : ténébreux et solitaire, dur en amours comme en affaires.
Son héros, Santiago Quiñones, boit pas mal (sans surprise) et même ne dédaigne pas une ligne de coke de temps à autre.
En suivant les traces de Quiñones dans les rues de Santiago, on s’intéresse finalement assez peu au fil de l’intrigue mais beaucoup au personnage et à ceux qu’il va croiser au gré de ses déambulations.

[…] Personne ne commence en étant déjà flic. Même le plus flic des flics. Ce n’est qu’avec les années que tu le deviens. Et une fois que tu es flic, c’est fini, il n’y a pas de retour en arrière. Même si tu ne tires plus un seul coup de feu et que tu te consacres au jardinage, tu resteras flic jusqu’au bout.

Ce bouquin est plus une histoire d’ambiance, celles des rues de Santiago dont après quelques pages, on ne sait plus trop si ce sont celles de la ville ou celles du héros.
C’est aussi le polar le plus sexy de l’année et pour une fois, les scènes les plus chaudes ne semblent pas ‘téléphonées’ et écrites pour racoler mais bien au contraire, elles s’intègrent parfaitement à l’ambiance et au personnage.

[…] Ces jours pluvieux où l’on marche sous un parapluie en fumant une cigarette sont faits exprès pour penser à des choses tristes.

Faut dire que Quiñones, en plus du pisco-sour et de la coke, Quiñones aime les femmes, surtout celles qui ont les dents légèrement de travers.

[…] Les dents de travers ont plus de personnalité, elles sont vraies. Beaucoup de femmes me plaisent, mais celles qui me plaisent ont presque toujours les dents de travers. Ça dit d’elles qu’elles ne sont pas nées avec une cuillère en argent dans la bouche. Qu’elles sont plus fidèles.

Quand vient à passer l’une de ces créatures, on ne peut s’empêcher de la suivre des yeux, puis de la suivre tout court.
Fatalement, c’est le début des emmerdes.
Un bouquin beaucoup trop court (150 pages) et l’on referme sa liseuse avec surprise : c’est déjà fini ?
On se console en se disant que ce n’est que le début d’une série et qu’il y aura encore d’autres rues à arpenter pour Santiago (et donc on attend la suite pour épingler un coup de cœur).


Pour celles et ceux qui aiment le pisco-sour.
D’autres avis sur Babelio, et celui de Jean-Marc à qui l’on doit cette belle découverte.

mercredi 2 octobre 2013

Le deuxième vœu (Ramon Diaz Eterovic)


Au nom du père.

Dans la série : les bons bouquins lus cet été

Rappelez-vous [clic], c'est Le Monde et Jean-Marc qui nous avaient fait découvrir l'auteur chilien de polars : Ramón Díaz Eterovic.
Après La couleur de la peau, voici donc Le deuxième vœu.
Et un auteur de polar à ranger définitivement aux côtés des meilleurs : Indridason, Nesbo, Mankell, ...
Avec en prime, ce petit côté chilien qui nous éloigne agréablement des rivages nordiques devenus trop fréquentés.
Ce deuxième épisode possède le charme inégalé des bonnes séries : on connait mieux désormais le détective Heredia, un privé vieillissant et attachant aux finances erratiques, son chat Simenon, un bavard impénitent aux aphorismes philosophiques, et leur ami Anselmo, un vendeur de journaux bienveillant aux fructueux paris hippiques, ...  nous voici de nouveau en excellente compagnie, presqu'en famille. Exactement ce qu'il fallait pour confirmer le coup de cœur.
On apprécie la lenteur nonchalante des enquêtes de don Heredia qui se lève rarement avant midi et se couche encore plus rarement avant minuit. Ses lectures et ses bars. Ses nombreuses picoles mémorables ou ses plus rares conquêtes féminines.
Le deuxième vœu dont il est question ici, c'est celui de retrouver un père.
Car Heredia va mener une double enquête : d'un côté, un client qui veut retrouver un père qui semble fuir mystérieusement, d'une maison de retraite à une autre. De l'autre, Heredia qui découvre des vieilles photos qui le mettent sur la piste de son propre paternel (Heredia a grandi à l'orphelinat).
Ce qui nous vaudra encore quelques dialogues surréalistes avec le chat Simenon, comme par exemple ici lorsque le client pressé s’impatiente au téléphone :

J’ai fini ma bière et je me suis mis à la fenêtre pour voir passer la vie.
– Si je ne m’abuse, c’est la première fois qu’un client met un terme à ta collaboration avant d’avoir reçu le rapport final, a dit Simenon.
– Il y a toujours une première fois, fouinard de chat. Si tu continues, tu vas prendre ton envol pour le septième étage.
– Ce n’est pas une critique, je me contente de faire appel aux statistiques.
– Gabriel Servilo doit se trouver quelque part dans cette ville, ai-je dit en scrutant l’horizon. Même si Julio Servilo n’y tient pas, je vais continuer à le chercher.
– Ton père aussi, tu dois continuer à le chercher. Ou est-ce que tu comptes passer le reste de ta vie appuyé sur le rebord de la fenêtre ?

Comme tout bon auteur de polar un peu désabusé, Ramòn Dìaz Eterovic a entrepris d'explorer les zones d'ombre de la société contemporaine : après le racisme chilien qui servait de décor à La couleur de la peau, cette double enquête du Deuxième vœu va nous mener sur les traces de ceux qui exploitent la misère du troisième âge, allant jusqu'à rançonner les petits vieux pour faire main basse sur leurs pensions.
Comme d'habitude, les enquêtes policières ne sont ici qu'un prétexte à peine nécessaire : prétexte à côtoyer pendant quelques pages Heredia et ses amis, à découvrir quelque face cachée de notre société, à parcourir les rues de Santiago. En somme, un prétexte pour passer un agréable et intelligent moment.
Ramòn Dìaz Eterovic est assurément la découverte polar de cette année 2013.
Même s'il ne faut pas trop abuser des bonnes choses, on attend avec impatience la suite des enquêtes de don Heredia : Les sept fils de Simenon sont déjà dans la pile à lire ...


D'autres avis sur Babelio. Et celui de Jean-Marc.


samedi 18 mai 2013

La couleur de la peau (Ramon Diaz Eterovic)

Direction le Chili en classe polar.

Un polar chilien ! Belle occasion de compléter le tour du monde en classe polar …
D’autant que l’affiche nous promet un détective privé (Heredia) amateur de littérature et un chat nommé Simenon. Un chat qui parle en plus.
Le voyage est effectivement très sympa et l’auteur, Ramón Díaz-Eterovic, sait nous plonger dans l’ambiance des quartiers de Santiago.
L’auteur est annoncé comme le Maigret chilien (d’où le chat Simenon) mais on pense plutôt à Montalban, un autre hispanique.
Un polar bien sympathique dans les pas d’un privé cool et pas prise de tête.

[…] – Les liquides sont mes seuls vices, tu le sais bien.
– Et aussi les courses de chevaux.
– Ça, c’est plutôt du sport.
– Et les femmes.
– Des clins d’œil du destin.
– Sans oublier les citations pêchées dans vos bouquins.
– Un moyen de m’expliquer la vie.
– Si je ne vous connaissais pas aussi bien, je dirais que vous êtes un saint.

Et les dialogues imaginaires avec le chat sont assez savoureux et fournissent un second degré plein d’autodérision.

[…] Ce sont les miaulements de Simenon qui m’ont réveillé. Allongé sur mon oreiller, tout près de ma tête, le chat attendait que mon corps fatigué par une nuit blanche revienne à la vie par ses propres moyens. Il a gentiment passé sa patte sur mes cheveux. Le soleil maussade de l’après-midi entrait par la fenêtre et j’ai senti dans mon estomac un furieux besoin de café et de tartines.
– Tu as vu l’heure ? La Péruvienne t’a ramolli le cerveau. Qu’est-ce que tu espères ?
– Rien. Je n’espère rien. J’étais seul et elle est arrivée en rêvant d’être ailleurs. C’était juste un petit moment de tendresse, une autre manière de passer le cap de la nuit.
– Ta naïveté est touchante. Hier, deux hommes sont venus pendant ton absence, je les ai entendus marmonner devant l’entrée. Ils ont glissé des lettres sous la porte. Tu as dû perdre deux clients.
– Les notes que j’ai trouvées ce matin le confirment. Il y avait aussi quelques grossièretés mais je ne les répèterai pas pour ne pas blesser tes oreilles, fouille merde de chat.
– Que penses-tu faire ?
– J’ai gagné assez d’argent aux courses pour payer mes vices et les tiens.
– Je faisais allusion au Péruvien et non pas à tes maigres revenus.

Mais le bouquin s’appelle La couleur de la peau et l’histoire est donc bien moins sympathique : une plongée dans un Santiago où les immigrés péruviens n’ont rien à envier à nos africains … et où le racisme des chiliens peut rivaliser avec le notre.

[…] En revenant vers mon bureau je me suis arrêté devant un mur sur lequel quelqu’un avait écrit : “Dehors, les Péruviens.”
J’avais déjà lu ce genre de graffiti, ils accusaient les Péruviens de faire entrer la tuberculose au Chili, d’augmenter la délinquance ou de priver les Chiliens de leur travail.
Certains étaient anonymes, d’autres signés par des groupes néonazis qui exprimaient tous les jours leur nationalisme odieux sur les murs du quartier dans l’indifférence générale.
Rien de nouveau sinon la stupidité vieille comme le monde de croire qu’un nom, la grosseur d’un porte feuille ou la race fait de vous un être supérieur.

C’est Le Monde des livres qui nous avait fait la promo du billet d‘avion pour le Chili et Jean-Marc en parle aussi.
Et il existe d’autres enquêtes du privé Heredia comme Le deuxième vœu.

(1) - lors de notre voyage en Bolivie avec une incursion en territoire chilien on avait pu nous même, constater que les boliviens qui nous accompagnaient n’étaient pas les bienvenus au Chili


Pour celles et ceux qui aiment les chats.
D’autres avis et d‘autres bouquins du même auteur sur Babelio.

vendredi 19 novembre 2010

Les évadés de Santiago (Anne Proenza & Anne Proenza)

La grande évasion.

Avec Les évadés de Santiago, la journaliste Anne Proenza (journaliste à Courrier International, notre hebdo préféré) et le chilien Teo Saavedra nous racontent l'évasion spectaculaire d'une cinquantaine de prisonniers politiques de la prison centrale de Santiago du Chili.
C'était le 29 janvier 1990. Le Chili s'acheminait très lentement sur la voie de la démocratie, Pinochet n'était plus chef de l'état mais restait toujours aux commandes de l'armée et tirait encore les ficelles du pays.
Pour l'essentiel, les prisonniers venaient du Frente Patriotico (“Le Front”), le bras armé du Parti Communiste aux heures les plus sombres de la dictature. Certains d'entre eux avaient été capturés après l'attentat manqué contre Pinochet(1).
Même si l'on en connaît la fin, le bouquin est agencé comme un véritable polar, et même un double suspense.
Les chapitres alternent entre, d'un côté, les longs préparatifs de l'évasion(2) :
[...] - J'ai un plan. Un tunnel. Nous sommes à trente mètres de la rue, nous pouvons avancer d'un mètre et demi par jour. Si nous sommes six personnes à travailler, en un an, au pire en deux, nous sommes sortis.
et de l'autre côté, à rebours, les progrès de l'enquête du juge chargé, après les événements, de tirer au clair cette affaire et les éventuelles complicités dont auraient pu bénéficier les “terroristes” évadés :
[...]  « Nous allons marcher sur des oeufs pourris, monsieur le juge », ne put s'empêcher de murmurer le secrétaire d'Amaya , d'habitude plus réservé, après avoir lu le document officiel définissant leurs nouvelles responsabilités.
Cette construction mêle habilement les événements, les points de vue, tout en ménageant suspense et intérêt.
Ce livre est aussi l'occasion de voir ou réviser notre histoire contemporaine du Chili, de vivre ou revivre ces événements qui auront marqué beaucoup de français (les liens étaient étroits entre nos deux pays).
De découvrir ou re-découvrir certains aspects de la dictature “du Vieux” et de réaliser que, bien avant que la Grèce ne devienne le terrain de jeux de la banque Goldman Sachs, le Chili avait déjà servi de laboratoire d'expérience aux économistes ultra-libéraux : c'étaient l'époque des Chicago Boys de Milton Friedman.
Mais surtout, ce bouquin détaille le quotidien des prisonniers politiques : même mêlés aux détenus de droit commun, ils refusent leur situation et leur statut.
 
Ils ne sont pas là pour  “purger une peine” mais revendiquent d'être toujours en lutte contre le pouvoir et l'oppression, même depuis leur cellule.
Ils refusent la discipline carcérale, ils réclament (et obtiennent !) leurs droits à force de grèves de la faim.
Et bien sûr ils préparent leur évasion, réalisant en cela leur devoir de militants, prêts à reprendre la lutte.
Impressionnante (vraiment impressionnante) est la force collective de ces hommes torturés(3), brimés, bafoués, emprisonnés, qui passeront outre les peurs, les egos et les querelles de chapelle.
Une belle leçon d'histoire, d'engagement politique et de courage collectif.
Plus de vingt ans après, le contexte politique a beaucoup changé, c'est le moins qu'on puisse dire, mais comme ce récit est tout sauf un plaidoyer nostalgique à la gloire des valeureux militants, on tient là un très bon roman.
Une lecture qui nous fait paraître plus intelligent.
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(1) : le 7 septembre 1986, le lance-roquettes embusqué aura le temps de tirer deux charges. Deux voitures seront pulvérisées. Pinochet se trouvait dans la troisième ...
(2) : les prisonniers mettront un an et demi à creuser leur tunnel !
(3) : le livre a su trouvé le juste chemin pour évoquer le chapitre de la torture sans aucun voyeurisme complaisant, faisant sans doute écho à la pudeur qui empêche ces hommes de trop parler des moments inhumains vécus ainsi.

Pour celles et ceux qui aiment les évasions. 
Le Seuil édite ces 300 pages parues en 2010. 
Une interview de Teo Saavedra.