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dimanche 17 avril 2016

BD : Au coeur de Fukushima


Zone interdite.

On se plaint souvent que les auteurs et les dessinateurs aient du mal à vivre de leur art. Mais parfois cela a du bon ... comme ce fut le cas de ce gars (appelons le Kazuto Tatsuta, c'est un pseudo) qui dû partir gagner sa croûte dans les décombres de la centrale de Fukushima. Bonne pioche de MAM avec ce manga étonnant qui est une sorte de journal de bord des jours passés par un travailleur ordinaire Au cœur de Fukushima.Le parti pris très original de ce journal graphique (et qui en fait toute la saveur) est que justement, il n'y a pas de parti pris.
Alors qu'on pouvait légitimement s'attendre à un pamphlet antinucléaire de plus ... et bien non.
Celui qui se cache derrière Kazuto Tatsuta se contente de décrire de manière minutieuse, factuelle, ordinaire, quotidienne, répétitive, les conditions et le travail routinier de ces ouvriers qui sont chargés de démanteler, démembrer, désosser, décontaminer les décombres de la centrale dévastée par le tsunami du 11 mars 2011.
Des ouvriers attirés par le salaire (pas toujours mirobolant) ou tout simplement un travail.
Des ouvriers soucieux de leur protection contre les radiations.
Des ouvriers conscients de la nécessité du travail qui est le leur.

Tatsuta nous décrit un monde étrange faits de masques, de cloisons, de calfeutrages et de combinaisons qui nous laisse un goût amer car il pourrait bien préfigurer ce qui attend beaucoup de monde dans quelques années lorsque les radiations auront envahi des zones bien plus étendues que Fukushima ou Tchernobyl. Brrr...
Bien sûr l'auteur évoque la pyramide des sous-traitants qui permet certainement quelques entorses aux règlements et aux contrôles, bien sûr l'auteur évoque quelques 'légendes urbaines' qui courent sur ce qui se passerait (ou pas) dans ces lieux méphitiques. Mais ce qui l'intéresse (et donc ce qui nous passionnent, nous lecteurs occidentaux) c'est son point de vue très nippon sur ces travailleurs qui, comme lui-même, sont venus débarrasser le pays de ce qu'il faut bien déblayer : pas tout à fait des héros mais des hommes salués par leur compatriotes, conscients de leur rôle après le désastre.
Ce regard très japonais (et très instructif) sur le devoir et le travail pourrait même conduire certains lecteurs à prendre cela comme presque de la propagande.
Mais non, Tatsuto évoque bien quelques critiques envers Tepco mais ne cherche pas à s'étendre sur les causes et les origines qui ont conduit à la catastrophe : son regard est uniquement concentré sur le travail d'aujourd'hui, d'après la catastrophe.
Un travail nécessaire.
Un travail auquel se sont attelés quelques travailleurs ordinaires, quelques travailleurs comme lui.
Un complément en images au roman de Thomas B. Reverdy qui évoquait les mêmes lieux maudits.

Pour celles et ceux qui aiment savoir ce qui se passe derrière les murs.
D'autres avis sur Babelio et les planches offertes par Le Monde.

jeudi 28 août 2014

BD : Mabui, l’âme d’Okinawa

Élévation d'âme.

Okinawa.
Tout le monde connait cette île rendue tristement célèbre par la bataille qui s'y déroula en 1945 peu avant les bombes atomiques et la reddition du Japon.
Peut-être sait-on également qu'elle sert toujours de base avancée aux américains : entre le Japon et Taiwan, face à la Chine et la Corée, ce porte-avions naturel est évidemment d'une importance stratégique pour l'Oncle Sam.
Le manga de Susuma Higa nous raconte justement la vie quotidienne des habitants d'Okinawa (plus d'un million d'habitants quand même !) forcés de cohabiter avec la présence américaine. Une présence envahissante : exercices et manœuvres, passages d'avions et décollages d'hélicos, et surtout un système de 'compensations' qui gangrène l'économie naturelle de l'île (qui malgré ces subventions reste l'une des régions les plus pauvres du Japon).
Susuma Higa prend prétexte de différents faits divers récents et se plait à imaginer et dessiner de petites histoires autour de ces événements : peu à peu il nous fait pénètrer au cœur de la vie quotidienne et ordinaire des habitants (on songe parfois aux BD d'Étienne Davodeau).
Et peu à peu on s'approche de l'âme d'Okinawa : Mabui en VO, c'est un peu le côté spirituel, celui qui s'en est allé avec ces perturbations étrangères.
L'archipel des îles Ryūkyū est en effet réputé pour la longévité de ses habitants ainsi que (est-ce lié ? !) la spiritualité dont est imprégnée leur culture : culte des ancêtres et nécessaire harmonie des relations entre les vivants, les dieux, la nature et les morts. Dans cet écosystème, les femmes occupent une place prépondérante et celles qui développent des qualités de medium (noros et yutas) jouent les chamanes et les intermédiaires [lien].
Ainsi, on mesure d'autant plus le bouleversement apporté par les bulldozeurs et les hélicos de l'US Army.
On retrouve (et découvre !) tout cela dans cette BD à multiples facettes : une plongée passionnante et instructive dans un Japon original, loin des clichés habituels.
Le propos de Susuma Higa, intelligent et sensible, est loin d'être manichéen et explore avec beaucoup d'humanité toutes les subtiles nuances et toutes les contradictions de la situation.
Un peu d'esprit en ce monde de brutes.

Quelques planches de la BD : [1]  [2]

Nota :
Ce volume (Mabui, les âmes d'Okinawa) est le second album. Il est normalement précédé de Soldats de sable qui décrit l'immédiat après-guerre (mais ce thème nous a moins attirés).


Pour celles et ceux qui aiment l'humain.
D'autres avis sur Babelio.


jeudi 21 mars 2013

BD : Trouble is my business


Bande de polars 2/3.

Suite de la petite série sur quelques polars en BD ...
... et qui dit polar noir, dit dessins au noir (et blanc) : voilà qui nous change des albums habituels aux belles couleurs léchées et glacées.
Passées les premières réticences, on s'y fait (sans doute l'apprentissage par les mangas !), voire on apprécie, car les dessins sont plutôt bien exécutés.
Ceux qui veulent poursuivre en noir et blanc reliront peut-être le Piège espagnol ou encore Monster et ne manqueront pas l'excellentissime Maus (mais là on sort du rayon polar).

Et on continue donc avec une surprise puisque c'est le grand Jirô Taniguchi qui se met au polar ...
On se souvient du mangaka Taniguchi pour son Sommet des dieux ou encore son Quartier lointain.
Mais le voici aux commandes d'une histoire de privé à la Marlowe puisque Trouble is my business est la devise du détective Jôtarô Fukamachi, tout un programme !
Et au travers des différents chapitres (à la manière des mangas et des séries télé : l'héritage, l'adultère, l'enlèvement, ...), tous les codes du polar noir américain sont passés au crible : fric, drogue, sexe, castagnes, femmes fatales et yakuzas patibulaires, ... tout le monde est là.
Ce premier album nous a quand même laissé sur notre faim, peut-être une re-lecture avec le tome suivant ?
Et il faudra encore un peu de patience jusqu'à la semaine prochaine, on a gardé le meilleur pour la fin ...
  
Cliquez sur les liens pour voir des planches de la BD : [1] [2] c'est un manga et ça se lit à l'envers.

Pour celles et ceux qui aiment les privés.

vendredi 10 août 2007

BD : Death note

Dans la série : il sait que je sais qu'il sait ...

Voilà un manga précédé d'une forte réputation et sorti également en "anime".
L'idée de départ de la série Death Note ne manque pas d'originalité : un adolescent récupère un cahier mystérieux (un "death note") dans lequel il peut inscrire et programmer la mort des uns ou des autres.
Au début, notre héros tente d'utiliser cet instrument fatal pour "faire le bien" en trucidant des vilains et des affreux ... mais bien vite cela dérape.
La police entre alors en scène et une équipe mène l'enquête.
C'est presque une partie d'échecs qui s'engage entre les uns et les autres et l'intrigue se focalise sur cet affrontement cérébral : il sait que je sais qu'il sait, etc.
Le côté magique ou fantastique (entre le monde des morts et des vivants) sait se faire suffisamment discret pour ne pas alourdir le récit qui reste lisible même si on a passé (depuis longtemps) l'adolescence et qu'on n'est plus branché sur le fantastique.
Mais au fil des épisodes tout cela devient un peu répétitif et manque un peu d'épaisseur.
L'idée de départ est brodée, tricotée, emberlificotée, ... comme si finalement elle ne tenait pas la distance.
On songe évidemment à l'excellentissime Monster où Naoki Urasawa maîtrisait parfaitement l'art des digressions et des rebondissements multiples.
Il en reste un bon polar au dessin soigné et un manga très accessible.


D'autres blogs en parlent (et très bien) ici même et Cathe aussi.

vendredi 6 avril 2007

BD : Tetsuya Tsutsui

Mangas, le côté obscur de la BD.

Restons éclectiques, ouvrons nos esprits aux cultures asiatiques, et poursuivons notre aventure du côté obscur de la BD ... du côté des mangas car la forêt des multiples combats du futur, Dragon Ball et autres japoniaizeries pour ados, cache de bien belles histoires pour les grands.
Et en plus, ça fait d'jeun et branché.
Voici donc quelques morceaux choisis de Tetsuya Tsutsui où scénarios et dessins valent largement, selon nous, certaines BD occidentales ...
Cliquez sur les liens en gras pour visualiser une planche.
La plupart des mangas se lisent de droite à gauche (mais toujours de haut en bas !).

  • Manhole  (merci Pascale !), pas vraiment drôle et plutôt "gore" : pour cause de bioterrorisme, vous ne tarderez pas à investir dans une moustiquaire, même pour dormir en plein hiver - mais le scénario de cet écolo-médico-psycho-thriller tient debout et vaut bien cet éprouvant voyage (3 volumes parus fin 2006)
  • du même auteur toujours très SF, Reset : une fable (en un seul volume, c'est rare) sur la virtualité de la vie moderne et la réalité réciproque du jeu vidéo (on retrouve d'ailleurs le hacker de Reset dans le volume 3 de Manhole) où l'on regrette toutefois un scénario un peu trop convenu.

Mais pour une première incursion au royaume des mangas, suivez le guide :  l'entrée se fait plutôt par les portes impériales de Monster et du Sommet des Dieux.

vendredi 23 mars 2007

BD : Le sommet des dieux


Un sommet de la BD.

Décidément Jirô Taniguchi est bien un mangaka japonais à suivre de près : après Quartier lointain, promenade nostalgique au Japon dont nous avons parlé récemment, voici une BD qui nous attire irrésistiblement vers Le sommet des dieux, la cime de l'Everest.
Ce manga a obtenu récemment le prix (mérité) du meilleur dessin à Angoulême.
Mais c'est surtout le scénario qui nous a littéralement "accroché" à la montagne et à cette histoire âpre et forte, d'alpinistes obsédés par le toit du monde.
Qu'on ne s'y méprenne pas cependant, ce presque roman est loin d'être réservé aux mordus de mangas ou d'alpinisme et tout le monde y trouvera son compte : intrigue de détective (l'appareil photo de l'expédition de Mallory attire les convoitises), histoires d'amour et d'amitiés, folie de la (très) haute montagne et quête de l'inaccessible, ...
Les divers récits d'ascension (du Japon à la Suisse en passant bien entendu par l'Himalaya) sont autant d'épisodes à suspense et quand on y a goûté, on n'en démord plus avant la fin du 5° tome !
C'est aussi l'occasion de découvrir plein de détails passionnants sur le monde de l'alpinisme et le Tibet vus du côté japonais.

Voici deux planches de la BD : ici et là, pour vous mettre l'eau à la bouche.     

vendredi 23 février 2007

BD : Quartier lointain

Nostalgie nipponne.

 C'est Frédéric Boilet (qu'on a déjà évoqué avec Tokyo est mon jardin) qui signe ici l'adaptation française des deux volumes de ce manga Quartier lointain de Jirô Taniguchi : recadrage des images à l'occidentale (de gauche à droite) et annotations bien utiles des références qui nous seraient trop étrangères ou incompréhensibles.
Même s'il a été primé au festival d'Angoulême, le scénario (un homme de 40 ans se retrouve plongé dans son corps d'adolescent, dans sa propre enfance) n'est ici qu'un prétexte romanesque et poétique.
L'intérêt de cette BD, à lire comme un véritable roman, c'est la description fine et savoureuse du Japon de l'enfance de Jirô Taniguchi : les parapluies, les uniformes d'écoliers, la plage, la maisonnée, ... c'est un véritable guide de voyage au cœur des traditions nipponnes.
Le dessin, noir et blanc comme il se doit, est très riche (les planches sur les jardins sont superbes) et c'est avec plaisir que l'on accompagne le texte un peu naïf tout au long de ce voyage nostalgique au Japon [planche n° 1 - planche n° 2].
Avec juste ce qu'il faut de sel pour agrémenter la visite : pourquoi cet homme se retrouve-t-il plongé 30 ans en arrière et comment va-t-il se sortir de là ?
A découvrir sans attendre : comme Monster (dans un style très différent) voilà encore une excellente manière d'aborder les mangas, cette face obscure de la BD : même MAM s'y est mise ...

samedi 23 septembre 2006

BD : Monster

Attention, risque d'accoutumance !

Oubliez vite qu'il s'agit d'un manga et la consonnance japonaise du nom de l'auteur Naoki Urasawa.
Ne vous arrêtez pas au titre non plus, car Monster est véritablement une excellente bande dessinée (primée au Japon et parue en français chez Kana).
Le dessin (même s'il est en noir et blanc) est plus fouillé qu'il n'y parait, les dialogues sont fort bien écrits, et l'intrigue de ce thriller s'avère au fil des 18 volumes (ben oui, quand même !), riche et complexe à souhait.
Les mangas sont aux albums BD un peu ce que les séries télé sont au film en technicolor : Naoki Urasawa profite donc de la liberté du format manga publié en épisodes pour construire savamment son intrigue et développer d'agréables digressions qui sont autant de promenades où apparaissent de multiples personnages souvent très attachants. Le suspense, et parfois l'émotion, de chaque épisode nous tiennent en haleine jusqu'au suivant.
L'action de ce polar se déroule principalement en Allemagne (et autres pays de l'est) avec en décor la chute du Mur de Berlin, la réunification allemande, les néo-nazis ...
Monster constitue aussi un accès facile à l'univers des mangas : c'est quand même un vrai manga, en noir et blanc et qui se lit de droite à gauche. A découvrir absolument !

mercredi 12 juillet 2006

BD : Tokyo est mon jardin

Encore une BD originale : une histoire d'amour dans Tokyo au quotidien.
Frédéric Boilet, un français expatrié au Japon, est l'auteur de Tokyo est mon jardin chez Casterman (entre autres albums).
Dans un style qui reste très accessible même s'il est proche des mangas, teinté d'un érotisme très léger, il met en images des histoires du Japon (et des japonaises !) de tous les jours. Mieux qu'un guide de voyage.
Une planche derrière l'image à gauche et d'autres infos sur Wikipédia.

Pour suivre : l'adaptation de quartier lointain.