Affichage des articles dont le libellé est Connelly_Michael. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Connelly_Michael. Afficher tous les articles

vendredi 7 mars 2025

À qui sait attendre (Michael Connelly)


[...] - C’est quoi, cette affaire ? demanda Ballard.

Un excellent Connelly, car même si Harry Bosch est en retrait, l'auteur maîtrise parfaitement, on le sait depuis longtemps, l'art du récit et du thriller.
Il va même jusqu'à imaginer ici un épilogue à l'affaire du Dahlia Noir.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (480 pages, janvier 2025) :

📖 Rentrée littéraire hiver 2025.
Voilà quelque temps que l'on n'avait pas renoué avec le maître toujours incontesté du polar US : Michael Connelly. Mais fort à propos, ce titre est venu nous faire comme un clin d’œil : "À qui sait attendre" !
Et bien nous en a pris d'y avoir cédé car c'est vraiment un excellent épisode qui prouve, une fois de plus, que si Connelly accuse son âge (tout comme nous !), il sait se renouveler et tenir sa place sur le podium.

Les personnages :

Depuis longtemps, Connelly entretient avec soin et amour sa petite équipe de personnages, une équipe qu'il féminise peu à peu : Harry Bosch est à la retraite, rongé par un cancer et surtout par l'ennui, il se gave d'épisodes de La Défense Lincoln (Connelly pratique aussi l'autodérision !).
C'est Renée Ballard qui a pris le relais et qui dirige maintenant le service des 'cold cases'. Son équipe est constituée de bénévoles (!) puisque le budget de l'administration est de plus en plus réduit.
[...] Les membres de l'unité des Affaires non résolues étaient bénévoles. Depuis deux ans et dans tout le pays, la tendance était à la baisse de budget au sein des services de police, qui avaient de plus en plus recours à des inspecteurs à la retraite pour enquêter sur des affaires non résolues.
Et puis voici Maddie, la fille de Harry, qui veut intégrer l'équipe de Renée pendant ses heures sup ! 
Allez, tout le monde est en place, le spectacle peut commencer ! 

Le canevas :

L'équipe des 'cold cases' de Renée Ballard est sur le point d'identifier un serial killer qui sévissait il y a plus de vingt ans sauf que ... le suspect serait un juge renommé et intouchable ! Il va falloir y aller en douceur !
Dans le même temps, Renée se fait voler ses papiers, son badge de flic et son arme de service ! Aïe.
Comme ça la fout mal pour une flique, elle recherche discrètement ses voleurs ... et avec l'aide de Harry, ils vont tomber sur une hénaurme affaire !
Pour faire bonne mesure, Maddie Bosch annonce à toute l'équipe qu'elle dispose de preuves irréfutables pour identifier le tueur du Dahlia Noir, la célèbre affaire non élucidée de 1947 ! 
[...] Elle ouvrit l'album et en feuilleta les pages jusqu'au moment où elle trouva sa photo.
- Tu penses que c'est lui ? demanda Masser.
- Peut-être. Mais ce serait trop facile, répondit-elle. Et jusqu'à présent, rien ne l'a été dans cette affaire.

♥ On aime :

 Plusieurs personnages clés (Renée, Harry, Maddy) et plusieurs enquêtes parallèles : surprenant mais ça fonctionne, parce que Connelly maîtrise son récit d'une main de fer, passe de l'une à l'autre avec brio, dose ses effets, et bien vite le lecteur est complètement captivé. Suspense et stress sont au rendez-vous, impossible de lâcher le bouquin, on tient là un véritable page-turner.
 Et puis l'intrigue est traversée par les soubresauts de l'attaque du Capitole de 2010. La mouvance des "citoyens souverains" prend de plus en plus d'importance (y compris chez nous) et Connelly nous rappelle qu'il y a quelque chose de pourri au royaume US. Des fois que cela nous aurait échappé ...
[...] A lire les bulletins d'information du FBI et les alertes du LAPD, elle savait que ces « citoyens souverains » s'opposaient à tous les impôts et ne reconnaissaient aucune loi. D'après la dernière alerte dont elle se souvenait, leur nombre avait grandi de manière significative depuis les deux tremblements de terre qu'avaient constitué la pandémie du COVID et l'insurrection manquée au Capitole. L'alerte concluait que tous les souverains devaient être considérés comme armés et dangereux et que les forces de l'ordre ne devaient les approcher qu'avec les plus extrêmes précautions.
 Connelly reste fidèle à ses thèmes de prédilection et utilise le personnage de Renée pour fouiller là où ça fait mal, là où la violence laisse des cicatrices : les proches, la famille, ceux qui restent et peinent à surmonter la perte d'un être cher, et parmi les policiers, ceux qui ne peuvent s'empêcher de ressentir de la compassion pour ces personnes.
[...] J'avais écrit "traumatisme vicariant" et j'ai commencé à vous expliquer que pour moi, c'était la cause même de votre agitation et des insomnies que vous rencontrez. Je vous ai plus ou moins dit que vous étiez une mangeuse de péchés, que vous vous appropriiez toutes les horreurs que vous voyiez dans votre travail, que vous les gardiez en vous et qu'elles ressortaient sous la forme de ces symptômes que nous constatons : les insomnies, l'agitation qui vous conduit à vous mettre vite en colère.
[...] Je travaille avec des familles brisées par la perte brutale d'une fille, d'un fils, d'une mère ou d'un père. Peu importe que ce soit l'un ou l'autre, je vois leur douleur et elle ne s'efface jamais. Je vois comment elle les vide de l'intérieur. Tous attendent une sorte d'apaisement dont ils savent très bien au fond leur cœur qu'il ne viendra pas.
Un excellent Connelly donc, car même si Harry Bosch est retrait, l'auteur maîtrise parfaitement, on le sait depuis longtemps, l'art du récit et du thriller. Des romans où Los Angeles, la ville des Anges (déchus ?), tient toujours une place particulière entre Babylone et Gotham City.

La curiosité du jour :

L'affaire du Dahlia Noir date de 1947 et n'a jamais été élucidée alors que une cinquantaine de "suspects" se sont eux-mêmes dénoncés à la police ! Même à Hollywood, on a la célébrité qu'on peut.
Le Dahlia Noir c'était le surnom donné à une jeune femme, Elizabeth Short, qui rêvait de devenir actrice, comme tant d'autres. Elle fut retrouvée dans un terrain vague de L.A., âgée seulement de 22 ans, le corps mutilé et sectionné en deux, vidée de son sang.
Les films, les chansons, les livres (dont celui de James Ellroy) et même les bandes dessinées ne manquent pas sur cette affaire devenue culte.
[...] Une affaire de cette magnitude ... Elle fait maintenant partie intégrante de l'histoire de Los Angeles. Il y a eu des films, des livres, des séries télé ... On a le livre de James Ellroy, celui d'un ex-flic qui dit que son père est l'assassin, tout un tas de théories.
Connelly lui imagine ici un épilogue plutôt bien vu.

Pour celles et ceux qui aiment Los Angeles.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Calmann-Levy (SP).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.  

mardi 12 avril 2022

Une vérité à deux visages (Michael Connelly)

[...] - C'est comme ça, trop gros pour fermer.

Voilà bien longtemps qu'on avait pas ouvert un Michael Connelly et qu'on avait délaissé Harry Bosch.
L'inspecteur retraité Harry se tient désormais loin du LAPD où il n'est plus trop le bienvenu et il fait des piges pour la police de San Fernando où il déterre des cold cases, c'est sa spécialité.
Mais voilà que le bureau du procureur de LA vient jusqu'ici lui chercher des poux sur la tête : un détenu et son avocat veulent ré-ouvrir un vieux dossier au motif que désormais l'ADN parle beaucoup mieux aujourd'hui qu'en 1987 avec les progrès de la science. Des traces d'un autre criminel avéré aurait été découvertes dans les pièces à conviction ce qui viendrait innocenter le prévenu mis à l'ombre par Harry ... erreur de manip de l'époque ? trucage ou magouille de l'avocat ? hasard trop bienvenu pour le condamné ? Harry est pourtant certain d'avoir coffrer le bon coupable et ce genre de scandale remettrait en cause pas mal d'autres arrestations (et sa réputation de super-flic).
[...] Sa carrière l'avait vu traquer et mettre en prison des centaines de tueurs. Se tromper sur un seul d'entre eux risquait de faire douter de tous les autres.
Au même moment, la petite ville tranquille de San Fernando se réveille en émoi après un double meurtre dans une pharmacie : Harry prend la direction d'une enquête qui va le mener (et nous avec) au cœur d'un gigantesque, monstrueux et terrifiant (et véritable) trafic de pilules opiacées.
C'est super documenté et ça donne un relief inattendu aux titres de journaux que l'on avait lu ici ou là [clic] sur les addictions aux opiacés aux US, sans trop y prêter attention jusqu'ici.
[...] - Les cappers rassemblent leurs mules le matin et elles viennent chercher leur ordonnance chez le toubib ... Aucun examen médical digne de ce nom, rien de légal dans tout ça ... Et après, tout le monde sort et monte dans un van, le capper les conduisant aux pharmacies pour y prendre leurs pilules. En général, il y a plus d'une pharmacie dans le coup, ce qui permet d'élargir le périmètre et de ne pas apparaître sur l'écran radar.
[...] - Ils se servent d'un avion pour faire circuler les gens et frapper de nombreux dispensaires et pharmacies par jour, disait-il. Avec ces appareils, ils font tourner les mules qui se font préparer leurs ordonnances.
[...] - C'est le plus gros secteur de croissance industrielle du pays. Tu te rappelles ce qu'on disait sur les banques et Wall Street qui étaient trop gros pour faire faillite ? Eh ben, c'est comme ça, trop gros pour fermer.
C'est hallucinant (mauvais jeu de mots) et tellement énorme que ça passe : tout le monde est mouillé et même trempé, institutions, administrations, même la sécu, truands, drogués et bien sûr, géants de la pharmacie (comme Purdue Pharma conseillé par McKinsey !). Comme on dit : too big to fail, au point où on en est, on ne peut plus reculer. Bienvenue aux US.
Pour souffler un peu au fil de cette enquête, le bouquin alterne avec l'autre intrigue qui met en cause Harry et la manipulation d'ADN et qui se termine par un joli moment de prétoire.
❤️ Bref, voilà un épisode Harry Bosch bigrement intéressant et toujours aussi bien construit, Harry et Connelly vieillissent bien !

Pour celles et ceux qui aiment les pilules.
D’autres avis sur Bibliosurf.

samedi 5 décembre 2020

Face à face

Coup de chapeau pour cette idée très originale de l’association International Thriller Writers : un recueil de nouvelles écrites en “face à face” par des grands noms du polar où chaque petite aventure (il y en a 11) est écrite par deux auteurs qui font se rencontrer chacun leur héros. 
Ainsi le Harry Bosch de Michael Connelly va rencontrer un ‘collègue’ de la côte Est qui n’est autre que le Patrick McKenzie de Dennis Lehane, etc... 
Les signatures prestigieuses sont la garantie d’une écriture de très bonne tenue : de toute évidence, les ‘couples’ d’auteurs ont pris le challenge très au sérieux et ont apporté beaucoup de soin à leurs proses et à leurs intrigues. 
L’idée de départ n’était pourtant pas évidente : ces héros livresques récurrents avaient généralement développé au fil des bouquins de fortes personnalités bien ancrées dans leur quotidien, leur région, leur histoire patiemment construite, ... et l’art est difficile de les amener à se ‘croiser’ lors d’une petite enquête, tout en respectant et l’un et l’autre. 
Quelques nouvelles relèvent donc l’exercice de style imposé, parfois de manière un peu artificielle, mais c’est justement le côté amusant de l’affaire. 
D’autres sont plus franchement réussies et parviennent même à faire oublier le cahier des charges initial. 
Quant au lecteur qui s’est invité à la fête, il ne connait généralement pas tout le monde mais c’est justement le côté intéressant de cette initiative qui lui fait découvrir de nouveaux héros aux côtés de ceux qu’il connait déjà trop bien ... avec donc l’envie de fréquenter de nouveaux auteurs. 
Opération réussie ! 
Pour celles et ceux qui aiment les polars.
D’autres avis sur Babelio.

vendredi 23 octobre 2015

Dans la ville en feu (Michaël Connelly)

L'histoire de Blanche-Neige. Cold case n° 9212-00346.

Hmmmm....
C'est toujours avec délectation que l'on ouvre un nouveau Michael Connelly et que l'on entreprend avec notre détective préféré Harry Bosch, de décongeler un nouveau cold case depuis les profondeurs du hangar aux affaires non résolues et aux victimes oubliées.
Et cette fois on va remonter loin puisque le prologue va nous emmener en avril 1992 pendant les émeutes qui mirent L.A. littéralement à feu et à sang après le passage à tabac de Rodney King et l'acquittement des collègues de Harry.
Complètement débordé et dépassé, le LAPD ne savait évidemment plus où donner de la tête et lorsque Harry fut appelé sur une scène de crime, une de plus, il n'eut que quelques minutes pour relever de maigres indices.
[...] L’inspecteur Harry Bosch et son coéquipier Jerry Edgar avaient ainsi été enlevés à la division d’Hollywood, assignés à une équipe mobile de surveillance – avec deux tireurs de la patrouille pour assurer leur protection – et aussitôt expédiés partout où l’on avait besoin d’eux, partout où l’on tombait sur un cadavre. Composée de quatre hommes, l’équipe se déplaçait dans une voiture de patrouille noir et blanc et filait de scène de crime en scène de crime sans jamais s’attarder. Ce n’était pas la meilleure façon d’enquêter sur un meurtre, loin de là, mais vu les circonstances, c’était ce qu’on pouvait faire de mieux dans une ville qui avait lâché aux coutures.
L'assassinat de la journaliste danoise Anneke allait très vite grossir la pile des affaires classées.
Vingt ans après en 2012, la police tente de solutionner quelques affaires avant que les médias ne braquent à nouveau leurs projecteurs sur l'anniversaire de ces émeutes inter-raciales.
[...] Ce n’était qu’à l’approche du vingtième anniversaire des émeutes que, très au fait des médias, le chef de police avait envoyé au lieutenant responsable de l’unité des Affaires non résolues une directive lui ordonnant de réexaminer d’un œil neuf tous les meurtres qui s’étaient produits pendant les troubles de 1992 et étaient restés sans solution. Il voulait être prêt lorsque les médias lanceraient leurs recherches pour leurs articles sur ce vingtième anniversaire.
Mais Anneke a le tort de ne pas être noire et le dossier Blanche-Neige n'a donc pas la priorité. Mais c'est sans compter sur l'entêtement et la ténacité de notre Harry !
[...] — Pourquoi ? Parce qu’elle est blanche ? Bosch ne répondit pas tout de suite. C’était bien irréfléchi de dire ça. Edgar frappait fort parce que Bosch n’avait pas apprécié sa blague sur Blanche-Neige. 
— Non, pas parce qu’elle est blanche, dit-il d’un ton égal. Parce que ce n’est ni un pillard ni un membre de gang et qu’ils feraient bien de croire que les médias ne vont pas laisser passer une affaire où une des leurs est impliquée, OK ? Ça te suffit ? 
— Compris.
On ne sait si c'est avec le recul acquis après la lecture de tant de savoureux 'Connelly', mais l'art de cet auteur est désormais aussi limpide qu'efficace : la mécanique d'écriture est redoutable et d'une précision toute horlogère. Rien n'est laissé au hasard et aucun des mots n'est ici jeté sur le papier sans mûre réflexion.
Le prestidigitateur attire l'attention de son lecteur sur un élément (et qui n'est même pas un leurre !) pendant qu'il en dispose un autre juste à côté. Quelques lignes ou quelques pages plus loin, ce qu'on a juste entrevu d'un œil va nous sauter à la figure et éclairer cet enchaînement sous un angle tout autre.
Pourquoi donc au début du chapitre 10 est-ce que l'on s'appesantit sur cet échange entre Harry et un obscur journaliste danois ? Ah ! il faut seulement attendre la fin du même chapitre pour que l'on en reste bouche bée, tout comme le chef de la police !
Ainsi de suite, page après page, on jubile à voir se dérouler cette belle mécanique litttéraire.
Il y a beaucoup de thrillers dont on tourne rapidement les pages sans plus d'intérêt que de découvrir enfin le fin mot de l'histoire, et puis il y a les bouquins comme ce 'Connelly', qu'on serait plutôt tenté de poser de temps en temps pour savourer notre gourmandise et faire durer le plaisir le plus longtemps possible.
Même le prologue d'ouverture avec les Humvee de la Garde Nationale qui prennent possession des carrefours de L.A. en pleine guerre civile, finira bientôt par prendre un tout autre relief.
Mais là, stop, on ne peut guère en dire plus et on ne dévoilera pas pourquoi souffle encore ici la Tempête du Désert, oui celle d'Irak en 1991.
On le savait avant même d'ouvrir le livre : le dossier de Blanche-Neige aurait mieux fait de rester classé et notre Harry est une fois de plus, en train de mettre ses grosses pattes là où il ne fallait pas.
Et puis à mi-parcours le livre bascule. On entrevoit les clés de l'affaire, Harry quitte L.A. pour la San Joaquin Valley ... mais Connelly semble se lasser lui-même de son bouquin pourtant si bien commencé. Le prestidigitateur a quitté la scène et il ne nous reste plus entre les mains qu'un polar des plus classiques. Après un début en fanfare avec une écriture tracée au cordeau, le spectateur est un peu déçu par une seconde partie trop déjà-vue.

Pour celles et ceux qui aiment les journalistes, même un peu morts.
D'autres avis sur Babelio.

vendredi 27 février 2015

Lumière morte (Michaël Connelly)

Harry Bosch met les pendules à l’heure.

Dans sa préface de Lumière morteMichael Connelly himself explique que les choses ont changé, que son notre détective préféré, Harry Bosch, a vieilli et se retrouve désormais à la retraite.
Pour marquer le changement, Connelly explique qu’il s’est même efforcé de changer de style narratif pour passer à la première personne et nous faire mieux partager les pensées de Harry Bosch.
Mais on a tant de plaisir à retrouver tout cela après avoir fréquenté Harry durant de longues années qu’on se demande : ah bon, c’était pas écrit comme ça avant ? Comme si on avait toujours été dans les pensées de Hiéronymus Bosch.
Alors Harry à la retraite ?
Oui, oui. Bien sûr il s’ennuie et s’étiole, faisant semblant de jouer au privé sans grande conviction.
Alors on se doute bien, ne serait-ce que pour notre plus grand plaisir, que l’ami Harry va rouvrir un de ses vieux dossier, un cold case. Un frozen case même.
Sauf que ce dossier-là, fallait surtout pas le rouvrir, Harry.

[…] – Quelles sont mes chances de jamais consulter l’ensemble du dossier  ?
– Je dirais entre zéro et aucune. […]
– Ils sont montés dans mon bureau, ont ouvert mon tiroir et l’ont embarqué. Je ne reverrai plus ce dossier. Et peut-être qu’ils ne me rendront même jamais le tiroir. […]
– Et qu’est-ce qui se passera si je ne peux pas laisser tomber  ? Qu’est-ce qui se passera si, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec cette affaire, des raisons personnelles, il faut absolument que je continue  ?... Dis-moi, qu’est-ce qui se passe  ? Elle hocha la tête d’un air agacé.
– Tu prendras des coups. Parce que ces gens-là ne rigolent pas, Harry. Trouve donc une autre affaire ou une autre manière de te débarrasser de tes démons.
– Qui sont «  ces gens-là  »  ?

Depuis le 11 septembre on le sait, les États-Unis n’ont plus qu’une obsession, la lutte contre le terrorisme : TMSB, Tous les Moyens Sont Bons, au point d’enterrer les autres crimes s’ils touchent de près ou de loin au terrorisme, au point de vouloir fermer la trop grande gueule de notre ami Harry s’il tente de rouvrir des dossiers bien fermés.
Heureusement, Connelly ne s’appesantit pas trop sur ce volet politique un peu convenu qui (comme dans À genoux) ne sert que de décor à un polar très noir, à l’ambiance peut-être encore plus sombre que d’habitude.
Peut-être parce que cette fois-ci il n’y a pas d’affreux barjot, de psychopathe allumé, de serial-killer monstrueux, … non, rien que de l’américain bien normal dans cette enquête qui va mêler showbiz arrogant, LAPD corrompu et FBI paranoïaque.
Avec ce qu’il faut de retournements de situation et de coups de théâtre, jusque y compris dans la vie privée du privé !

Pour celles et ceux qui aiment les don quichottes du LAPD, même à la retraite.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 28 août 2012

L’épouvantail (Michaël Connelly)

Big brother is behind the cloud.

Il y a les grands Connelly (comme Deuil interdit par exemple) et les autres.
En voici un petit : L'épouvantail.
Quelque soit la série, grande ou petite, un Connelly n'est jamais une mauvaise surprise.
On est sur du solide. Mais ici pas de bonne surprise non plus.
Du déjà vu, déjà lu, la routine. Les lecteurs assidus pourront bientôt écrire leurs propres Connelly.
Pas de bonne surprise donc mais quelques atouts agréables comme le retour de l'agent Rachel Walling. Et du journaliste McCoy, celui du Poète.
C'est d'ailleurs un des meilleurs côtés du bouquin que de nous immerger dans la salle de rédaction du L.A. Times, même si McCoy est ici sur le point de se faire virer (réduction de la masse salariale oblige).
Avant de claquer la porte il voudrait bien finir en beauté sa carrière de journaliste affecté aux affaires criminelles avec un bel article candidat au Pulitzer : un jeune black est inculpé de l'horrible assassinat d'une danseuse topless. McCoy devine la grosse erreur et renifle la piste du vrai suspect, un tueur en série sans doute.
Et c'est parti ...
L'autre côté intéressant du bouquin (mais qui peut agacer aussi) c'est que le vilain épouvantail travaille dans une cyber-ferme de serveurs où il espionne ses futures victimes depuis son cloud.
Voilà les ingrédients de la recette : ambiance de bouclage journalistique, techno-serial-killer à moitié hacker et Rachel Walling.
On a déjà repris du rab de ce plat devenu l'ordinaire de la cantine mais ça se dévore sans faim, entre un tgv et un avion.

Disponible en ebookD'autres avis (guère plus enthousiastes) sur Babelio.
Seuil édite ces 491 pages qui datent de 2009 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Robert Pépin.

dimanche 28 juin 2009

Le poète (Michaël Connelly)

Serial thriller.

Notre teenageuse maison découvre Connelly et il fallait donc qu'on relise à nouveau les premiers de la série noire, à commencer par l'un des plus réputés : Le poète.
Même si le détective Harry Bosch n'est pas encore aux commandes de l'enquête (on découvre quand même Rachel Walling du FBI), c'est du polar, du vrai, du bon, du béton : une histoire de serial-killer comme on les aime.
Pas grand chose à voir, cependant, avec la future série des Harry Bosch : Le poète reste un (très) bon thriller mais depuis, Michael Connelly a très largement dépassé ce premier stade.
Le poète signe ses crimes d'un vers extrait des œuvres d'Edgard Poe. Et apparemment ses doubles crimes : celui d'un enfant (on évoque les milieux pédophiles mais sans complaisance heureusement) et puis celui du flic qui était chargé de l'enquête et dont la mort est maquillée en suicide.
[...] - S'il existe un seul meurtrier, qui est la véritable cible ? demandai-je, comme si je me parlais à moi-même. La première victime ou l'enquêteur ?
Le V reparut sur le front de Washington.
- Peut-être a-t-on affaire à un type qui veut tuer des flics. C'est ça son objectif. Alors, il se sert du premier meurtre - Smathers, Lofton - pour attirer sa proie. C'est-à-dire le flic.
Je regardai autour de moi. Le fait de prononcer ces paroles à voix haute, même si j'y pensais depuis que j'avais pris l'avion pour venir ici, provoqua en moi un frisson glacé.
- Effrayant, hein ? dit Washington.
- Oui. Terrifiant.
- Et vous savez pourquoi ? Parce que si tel est le cas, il y a forcément d'autres victimes. Chaque fois qu'un flic est supposé s'être suicidé, l'enquête est bouclée en quatrième vitesse. Toutes les polices ont hâte de liquider ce genre d'affaires. On ne se pose pas trop de questions.
Et ben nous, on s'en pose des questions, et tout au long du bouquin et jusqu'à la dernière page !
L'un de ces flics assassinés avait un frère journaliste : c'est lui qui lève le lièvre et s'accroche aux basques des agents du FBI (dont la fameuse Rachel) en quête du scoop de l'année.
C'est parti, on ne lâche plus ni l'enquête, ni le bouquin.
[...] Mon frère m'avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu'à ce qu'il l'atteigne. Sean parlait des cadavres. Il était persuadé qu'un flic ne pouvait en supporter qu'un certain nombre et que ce nombre variait en fonction de chacun. Certains atteignaient rapidement la limite. D'autres assistaient à vingt morts violentes sans même l'approcher. mais pour tout le monde, il y avait un seuil. Et quand celui-ci était atteint, c'était fini.
Insistons quand même pour dire que ça ne vaut pas la série des Harry Bosch.

Pour celles et ceux qui aiment les serial thriller.
Points policier édite ces 543 pages qui datent de 1996 en VO et qui sont traduites de l'américain par Jean Esch.


vendredi 8 août 2008

À genoux (Michaël Connelly)

La guerre des polices.

Polar d'été et valeur sûre : Michael Connelly !
Avec sa dernière livraison : À genoux (ou Overlook en VO pour MAM).
Un médecin est assassiné sur Mulholland Drive (of course) qui avait accès à des matières radioactives utilisées pour soigner des cancers. On craint les préparatifs d'une bombe sale et le FBI déboule en marchant sur les pieds de notre détective préféré, Harry Bosch.
Pendant quelques chapitres on peut se dire, tiens, étrange, Michael Connelly a fini par céder à la mode du terrorisme et du thriller facile ...
Évidemment, la guerre des polices est un prétexte et Connelly jubile à mettre en scène les rivalités entre les apparatchiks hautains du FBI et le teigneux tenace du LAPD. On se régale.
Et puis bien entendu, quelques chapitres plus loin, on réalise qu'on s'est gentiment fait avoir : Michael Connelly nous a roulé dans la farine et promené là où il n'y avait rien à voir. Excellent !
Même si ce n'est pas le meilleur cru de ce maître es polars (ne manquez, par exemple, les deux derniers : Echo Park et surtout Deuil interdit).

Pour celles et ceux qui aiment les fausses vérités.
Seuil édite ces 237 pages traduites de l'anglais par Robert Pépin.

vendredi 17 août 2007

La défense Lincoln (Michaël Connelly)

Un Connelly moins convainquant que les autres.

Après Echo Park et surtout Deuil interdit, voilà le troisième opus de Michael Connelly qui sort de notre PAL cet été.
Mais franchement, celui-ci aurait pu ne pas y entrer (on avait d'ailleurs longtemps hésité) car il nous a un peu déçus.
Même si Connelly fait des efforts louables pour sortir du moule habituel et quitter les enquêtes du LAPD avec
sonnotre détective fétiche Harry Bosch.
Avec La défense Lincoln, nous sommes ici dans la plus pure tradition du roman de "procès", le thriller judiciaire, avec un avocat pas trop regardant qui va se retrouver plongé (et nous avec) dans une intrigue à tiroirs bien tarabiscotée (voire peu crédible à certains moments).
Il s'ensuit une quasi partie d'échecs (d'où le jeu de mots du titre en VF) entre le vilain et son avocat malgré lui, où chacun d'eux cherche à anticiper le coup suivant.
On pense un peu à La faille (le film avec A. Hopkins sorti en mai où l'assassin choisissait lui-même son flic) et c'est plutôt prenant : un polar sympa pour les plages de l'été mais, pour tout dire et sans vouloir être méchant, ça ressemble plus à du Harlan Coben qu'à du Connelly (L'Express fait d'ailleurs lui aussi le rapprochement, peut-être involontairement).
Côté écriture, ça nous a tout l'air d'un petit côté "bâclé en vacances", pourtant le traducteur est bien le même que d'habitude ...
Au-delà de ce gentil et facile divertissement donc, si vous voulez vraiment goûter à du "bon Connelly" (le vrai, celui avec du Harry Bosch dedans !) rabattez-vous plutôt sur l'excellent Deuil interdit, en poche également. 
Cependant ce bouquin pas si fameux connaîtra de beaux succès au cinéma (films et séries).    

Philippe est plus indulgent, d'autres avis sur Critiques Libres (un site découvert récemment, très riche et fort intéressant).

vendredi 6 juillet 2007

Echo park (Michaël Connelly)

Harry Bosch aux affaires classées - 2.


Après Deuil interdit qui nous avait permis de remettre Michael Connelly au goût du jour sur ce blog, voici le deuxième épisode de la nouvelle série des "affaires classées" : Echo Park.
Toujours accompagné de sa coéquipière black Kiz Rider, l'inspecteur Harry Bosch retrouve également cette fois son ex-amie du FBI : Rachel Walling.
[...] - Je t'ai appelée en me disant que tu ne serais peut-être pas fâchée de remettre tes anciens talents à contribution. 
- Tu veux dire ... comme profileuse ? 
- En quelque sorte. Demain il faut que j'affronte un type qui reconnait être un tueur en série et je n'ai toujours aucune idée de ce qui le fait fonctionner. Il veut avouer neuf meurtres pour conclure un accord qui lui évitera l'aiguille. Je dois être sûr qu'il n'est pas en train de nous rouler. Il faut que j'arrive à savoir s'il dit la vérité avant de me retourner vers les familles ... du moins celles dont on a entendu parler ... et de leur dire qu'on tient leur bonhomme. 
Il attendit un instant qu'elle réagisse. Voyant qu'elle n'en faisait rien, il poursuivit. 
- J'ai quelques crimes, deux ou trois scènes de crime et des analyses scientifiques. J'ai aussi des photos et l'inventaire de ce qu'il y avait dans son appartement. Cela dit, je ne le sens pas.
Harry Bosch, c'est un peu le Don Quichotte du LAPD de Los Angeles. Toujours en guerre contre les magouilleurs de l'appareil policier et de l'institution judiciaire.
Le voici aux prises avec un avocat véreux, un district attorney en campagne électorale et des chefs ripoux, rien que ça.
Mais précisément, dans cet épisode, on a l'impression que Connelly en fait un peu trop, dans le registre "tous corrompus".
Et pour tout dire, on aura préféré Deuil Interdit, vraiment excellent ... et en format poche.
Il reste qu'Echo Park est quand même un très bon polar dont la fin laisse planer un parfum de doute avec un Harry Bosch pas forcément à son avantage ... 

D'autres blogs en parlent sur Critico-blog et Cathe ici.

vendredi 18 mai 2007

Deuil interdit (Michaël Connelly)

Harry Bosch reprend du service aux affaires classées.

Il y avait longtemps qu'on n'avait ouvert un Connelly.
Avec Deuil interdit, il n'aura suffit que de quelques pages pour nous replonger avec délices dans les rues de Los Angeles aux côtés de Harry Bosch, notre détective préféré.
Et on a bien vite retrouvé cette espèce de noirceur poisseuse qui semble coller aux basques des enquêteurs du LAPD, dans cette ville désabusée qui semble concentrer tout le désespoir du monde.
Après une longue série d'excellents polars, Connelly est toujours en grande forme et on a bien aimé cette intrigue-là, particulièrement bien construite jusqu'à un dénouement étonnant.
Harry Bosch reprend du service : il retrouve Kiz Rider, sa coéquipière black, et à eux deux vont réouvrir les dossiers des "affaires classées".
Le second épisode, Echo Park, est sorti ce mois-ci en France.
[...] - Le choeur des voix oubliées, dit-il. 
- Pardon ? 
- C'est ce qui me vient à l'esprit quand je pense aux dossiers qui nous attendent aux Affaires non Résolues. Une vraie galerie des horreurs. C'est notre plus grande honte. Toutes ces affaires ! Toutes ces voix ! Chacune est une pierre jetée dans un lac. Les ondes de choc se propagent à travers le temps et les personnes. Familles, amis, voisins. Comment pouvons parler de cité quand il y a encore tellement d'ondes de choc, tellement de voix que la police a oubliées ? 
Bosch lui lâcha la main et garda le silence. Il n'y avait pas de réponse à la question du chef. 
- J'ai rebaptisé le service dès que je suis arrivé. Il ne s'agit pas d'affaires éteintes, inspecteur. Jamais elles ne le sont. Pour certains, en tout cas. 
- Je comprends.

Cathe en parle ici.