Affichage des articles dont le libellé est Harvey_John. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Harvey_John. Afficher tous les articles

lundi 19 janvier 2026

Les années perdues (John Harvey)

[...] Des gens comme ça.


Deux époques (1981 et 1992), deux séries de braquages, deux enquêtes.
Le britannique John Harvey excelle dans la peinture sociale de l'Angleterre des années Thatcher et l'on retrouve ici avec plaisir l'inspecteur Resnick, grand amateur de jazz et de blues, même si ce n'est pas le meilleur épisode de la série.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (480 pages, 1998 réédition janvier 2026, 1993 en VO) :

Dans l'univers abondant et varié du polar britannique, John Harvey est l'un de nos écrivains préférés.
Avec la série des enquêtes du policier Charles Resnick, cet auteur qui va aujourd'hui sur ses 90 ans, s'était fait une spécialité de la peinture sociale des années Thatcher dans une ville provinciale du centre de l'Angleterre, Nottingham, dans la région des Midlands.
Les années perdues est la cinquième enquête de Resnick, parue en 1993, publiée en français en 1998 et rééditée aujourd'hui chez Payot/Rivages pour cette rentrée littéraire de l'hiver 2026.
La traduction est signée Jean-Paul Gratias.

Le pitch et les personnages :

Charles Resnick est donc l'un des shérifs flics de Nottingham. 
D'origine polonaise, il apprécie le jazz, le whisky et les chats.
Le récit va alterner deux époques et deux enquêtes : en 1981, Resnick est encore marié et enquête sur une série de braquages avec un collègue un peu ripoux.
Une série de braquages particulièrement violents et réussis.
Onze ans plus tard, en 1992, Resnick est désormais divorcé mais il a pris du galon, de la maturité, de l'expérience. Et du poids.
Une série de braquages particulièrement violents et réussis met de nouveau la police sur les dents.
Bref, en onze ans la société anglaise n'a guère changé, seuls les hommes ont un peu vieilli.

♥ On aime :

 Les intrigues policières de John Harvey sont surtout le prétexte à une description minutieuse de la société anglaise des années Thatcher. Autant dire que misère et délinquance, chômage et violence, sont au cœur de chaque histoire.
C'est la consistance des personnages, secondaires ou principaux, leur authenticité, qui fait la force de ces romans. 
Harvey s'intéresse à ses personnages qui sont denses, fouillés, complexes, mais qui restent toujours des gens ordinaires. Il fait preuve d'une réelle empathie pour toutes ses créatures, les bonnes comme les mauvaises.
 La prose de John Harvey est soignée, il n'y a pas d'autre mot. 
C'est une lecture fluide, intelligente et très agréable.
Un peu dans le style du suédois Henning Mankel, pour le côté social et humain, et surtout de son presque compatriote l'écossais Ian Rankin, pour le côté désenchanté et désabusé.
Pas d'effets tonitruants, ni dans l'intrigue ni dans le style, mais une écriture qui se place très très au-delà des polars tgv qu'on n'arrive pas toujours à éviter.
J'avoue tout de même que cet épisode n'est pas mon préféré de la série (difficile à dire, peut-être une intrigue moins prenante ou le mélange des deux époques ...). Mais il y en a plein d'autres à découvrir !

Pour celles et ceux qui aiment le jazz et le blues.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Payot / Rivages (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

samedi 23 janvier 2021

De cendre et d'os (John Harvey)

[...] Un bon flic malgré tout.

On connaissait déjà le britannique John Harvey avec la série réputée qui mettait en scène Charles Resnick le flic polonais de Nottingham dans les Midlands [clic].
Il y a quelques années, l'auteur entamait une nouvelle série avec un autre inspecteur : Frank Elder.
Une trilogie qu'on attaque aujourd'hui par le deuxième épisode : De cendre et d'os, sans avoir lu le premier, De chair et de sang, mais avant le suivant, D'ombre et de lumière. Mais ça peut se lire dans l'ordre aussi !
À première vue, la prose de John Harvey ne semble pas sortir du lot habituel, mais au fil des pages la qualité de son bouquin et de son écriture nous accroche solidement.
Une trame classique (des meurtres, le boulot des enquêteurs, ...) soutenue par de courts chapitres bien rythmés. 
La description soignée et vivante du travail et des procédures de la police britannique, bien éloignés du tape à l'œil des thrillers habituels. 
Des personnages bien campés autour d'un héros presque ordinaire, un flic à la retraite qui traîne un passé familial dévasté par de précédentes enquêtes, mais qui se contente chaque soir d'une dose assez raisonnable de whisky.
Un peu d'humour distillé lui aussi, d'ailleurs l'auteur s'autorise même une petite coquetterie pour faire se rencontrer ses deux héros, Frank Elder et Charles Resnick !
[...] Elder n'avait revu Resnick qu'une seule fois au cours des quatre années précédentes, et brièvement.
Sa réputation était celle d'un vieux schnock, mais bon flic malgré tout.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, un peu dans le style du suédois Henning Mankel et surtout de son presque compatriote l'écossais Ian Rankin, John Harvey dépeint au fil de ses romans noirs, une société anglaise contemporaine bien sombre et guère réjouissante : l'intrigue va mêler des affaires de police peu ragoûtantes et des "hommes qui n'aiment pas les femmes" pour pasticher une autre célèbre série. 
Sous le regard de John Harvey, tous les personnages apparaissent bien solitaires dans un Londres surpeuplé et l'english way of life ne fait plus rêver. 
[...] La bouteille de Jameson's était dans le placard.
Cela ne changerait rien, il le savait, mais qu'était-il censé faire d'autre ?

Pour celles et ceux qui aiment les enquêteurs de police.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 1 août 2016

Scalpel (John Harvey)

[...]  Quand poser les questions et quand écouter.

Troisième épisode de la série Charles Resnick du britannique John Harvey (série qu'on avait débutée il y a quelques mois avec les Cœurs solitaires puis Les étrangers dans la maison).
On connait désormais bien l'inspecteur Charles Resnick de Nottingham, ses origines polonaises, ses vinyles de jazz, ses sandwiches et ses aristo-chats, un inspecteur qui aurait comme des airs de Colombo ...
[...] Lui en tenue de ville, avec son pantalon trop serré à la taille et légèrement en accordéon sur ses chaussures, sa veste dont il ne parvenait à fermer qu’un seul bouton.
[...] – Derek vous a décrit comme un gros, fagoté comme l’as de pique et frisant la cinquantaine.
– Normal que vous ne m’ayez pas reconnu tout de suite.
– C’est parce que vous n’êtes pas vraiment gros.
– Merci.
[...] Resnick avait appris quand poser les questions et quand écouter. Il attendit.
La recette est également connue : une intrigue policière minimaliste, une écriture fluide et bien travaillée et surtout une attention toute particulière portée aux différents personnages, flics et civils, gentils et moins gentils, héros principaux et figurants secondaires.
[...] Quelquefois, Resnick se disait qu’il devait forcément exister sur terre des gens pour qui une sonnerie de téléphone au beau milieu de la nuit ne signifie pas obligatoirement une mauvaise nouvelle.
Avec ce Scalpel, toubibs et infirmières semblent se faire poignarder un peu plus souvent qu'à leur tour ...
De quoi donner du piment à l'intrigue policière puisque cela ressemble bien à un serial-killer !
Comme d'habitude, plusieurs histoires (et donc autant de personnages) vont se croiser et s'entremêler pour notre plus grand plaisir, jusqu'au dénouement des toutes dernières pages.
L'air de rien, John Harvey nous a même pondu là une histoire des plus glaçantes, digne des thrillers les plus angoissants : une histoire qui changera à jamais votre regard sur les salles d'opération !
À ne surtout pas lire avant une intervention bénigne !

Pour celles et ceux qui aiment les toubibs.
D’autres avis sur Babelio.

dimanche 3 juillet 2016

Les étrangers dans la maison (John Harvey)

[...]  Il y avait chez cet homme quelque chose de spécial.

À l'heure où Nottingham, comme beaucoup d'autres villes anglaises, vient de voter en faveur du Brexit, il est temps de retrouver le second épisode de la série Charles Resnick du britannique John Harvey (série qu'on avait débutée il y a quelques mois avec les Cœurs solitaires).
Ironie de la géopolitique, l'inspecteur Charles Resnick de Nottingham n'est certainement pas plombier mais il est bien d'origine ... polonaise !
On le retrouve donc avec plaisir, lui, ses chats et ses disques de jazz.
Côté intrigue policière de ces Étrangers dans la maison, rien de bien  transcendant :  quelques petits trafics donneront le prétexte à une visite guidée des villes de province anglaise et de l'england way of life.
Si l'on vient ici c'est plutôt pour la prose de toujours aussi soignée, fluide, intelligente, très agréable à lire, ...
Et peut-être encore plus que dans le premier opus, l'auteur montre ici qu'il s'intéresse d'abord et avant tout à ses personnages. À tous ses personnages : les malfrats, les collègues, les seconds rôles, les femmes qui tournent autour de Resnick, tous sont denses, fouillés.
La mise en scène soignée et détaillée donne richesse et épaisseur à chacun de ces personnages et leur laisse toute la place nécessaire sans se polariser sur le héros (pas si glorieux) ou le méchant (pas si terrible).
Tout cela confirme qu'on tient là une excellente (et longue) série à suivre.
On retrouve et on retrouvera donc avec plaisir l'inspecteur Resnick, ses chats, ses disques de jazz et ses sandwiches et l'humour so british de John Harvey :
[..] En fait, dit-il à Resnick en lui proposant le sachet de friandises, ce que vous me demandez c’est de balancer un petit peu.
– Tout de suite les grands mots, dit Resnick en refusant les chips.
– Donner des informations sur des types avec qui j’aurais prétendument été en cheville, vous appelez ça comment, vous ?
– Coopérer. Faire ton devoir d’honnête citoyen.
– Vous êtes drôle. Je débute seulement, moi, dans l’honnêteté.
L'intrigue se met lentement en place :
[...] Le cambriolage, laissa calmement tomber Resnick. Pourquoi ne pas commencer par là ? Et puis on en viendra au reste au fur et à mesure.
– D’accord, finit par dire Harold. Je vais commencer par le début.
Nous laissant tout le loisir de nous intéresser aux personnages et notamment le couple victime du premier cambriolage, une bourgeoise délaissée alcoolique et un type du showbiz survolté qui part(ent) en vrille :
[...] Certains hommes dans sa situation avaient quelque part où trouver refuge, quelqu’un pour leur apporter réconfort, compréhension, leur servir une vodka et mettre du baume sur leurs blessures. Lui n’avait qu’une épouse aigrie en pleine redécouverte de sa sexualité avec un voleur professionnel atteint du syndrome de Priape. Et un dealer haineux qui n’attendait qu’une occasion pour lui ouvrir la tronche au rasoir.

Pour celles et ceux qui aiment cette île désormais plus lointaine : l'Angleterre.
D’autres avis sur Babelio.

vendredi 18 mars 2016

Cœurs solitaires (John Harvey)

[...] Je réponds à votre annonce parue dans "Cœurs Solitaires" ...

Hasard des calendriers, le romancier anglais John Harvey vient tout juste [clic] de décider d'abandonner la série Charles Resnick, son héros récurrent, après une douzaine de bouquins et l'on choisit ce moment pour découvrir et l'auteur et le début de la série avec ce premier épisode : Cœurs solitaires.
Et on va se régaler ! Parce dès ce premier épisode, sacrément réussi, on est accroché. Ne vous fiez pas à ce titre à la noix (rien à reprocher à l'éditeur, c'est bien le titre en VO), calez-vous dans votre fauteuil et préparez-vous à savourer un excellent moment de lecture.
Parce que John Harvey fait preuve d'une prose soignée, il n'y a pas d'autre mot. C'est fluide, intelligent, très agréable à lire, ...
Pas d'effets transcendants mais une écriture qui se place très très au-delà des polars tgv qu'on n'arrive pas toujours à éviter.
Et puis, au-delà du plaisir immédiat de la lecture, parce que Harvey s'intéresse à ses personnages : ils sont épais, denses, fouillés, complexes, tout en restant des gens ordinaires.
À commencer par Charlie Resnick, ce flic de Nottingham, d'origine polonaise.
Solitaire bien sûr (il faut bien laisser place à des péripéties amoureuses !) mais ordinaire : un homme d'enquête, patient, pas un super flic imbibé d'alcool au corps couvert de cicatrices.
Pour tout vous dire : un homme qui aime le jazz, les sandwichs et qui vit avec des chats. Trois chats. Voilà.
[...] 4 h 10. Dizzy fit un bond silencieux de la place qu’il occupait, quelque part au-dessus de la tête de Resnick.
Difficile vraiment de ne pas s'attacher aux pas de l'inspecteur Resnick.
D'autant que le voilà qui tombe amoureux d'une assistance sociale, Rachel, et que tout cela est raconté de main de maître. Au cours de la lecture on se dit qu'on doit souvent avoir le sourire aussi niais que celui de Charlie lorsqu'il téléphone à son amie.
[...] Il se demanda ce qu’elle aurait dit si elle avait pu le voir comme ça, debout au téléphone, souriant comme un imbécile heureux.
[...] Elle m’a dit à quel point vous aviez fait preuve de compréhension.
– Elle se trompe. Je ne comprends rien. Je ne comprends rien du tout.
Oops, j'allais oublier, c'est un polar et y'a donc une intrigue et une enquête, mais si, mais si.
Hasard des lectures, nous voici de nouveau dans les années 80 juste après que le tueur du Yorkshire ait sévi et que l'on ait refermé le bouquin de Michael Mention. Les lieux sont proches, les époques aussi et dans des styles très différents (celui de Harvey est vraiment très agréable à lire, on l'a dit), les deux intrigues évoquent des enquêtes longues, fastidieuses et difficiles à la recherche d'un tueur en série.
Le polar de John Harvey est presqu'un modèle du genre : pas plus que l'auteur, le lecteur n'est pressé de voir aboutir l'enquête (le tueur n'est guère actif fort heureusement !) et la course haletante n'aura vraiment lieu que dans les toutes dernières pages. Harvey et son lecteur s'intéressent d'abord aux personnages, leurs relations, la petite brigade d'enquête, Charlie, ses collègues, ses chats et ses amies, ...
Bon alors le méchant ?
Ah oui, j'y reviens, oui donc un serial-killer qui s'en prend aux jeunes femmes seules qui ont la mauvaise idée de faire passer une petite annonce dans le canard local à la rubrique Cœurs solitaires (d'où ce titre donc) - et oui tout cela se passait avant l'invention du smartphone et des réseaux dits sociaux.
[...] Comme vous l’aurez deviné, je réponds à votre annonce parue dans "Cœurs Solitaires".
[...] Comment est-ce qu’ils en arrivent à ça ?
– En crevant de solitude, dit Resnick.
[...] Il se demandait ce qui était le plus difficile. Trouver quelqu’un, ou bien vivre avec.
Il est effectivement beaucoup question de social et de solitude dans ce roman : les dames en question, les messieurs qui répondent, Charlie, son amie Rachel, les collègues, ... faisait pas bien bon vivre dans les Midlands pendant les années 80  ...
On notera également au passage, un très grand respect pour la gente féminine (en dépit de quelques cadavres !) : étonnant pour un bouquin écrit en 1989 qui épingle soigneusement et consciencieusement tout propos susceptible d'être interprété comme sexiste. Les dames apprécieront.
Traditionnellement, on va attendre un peu avant d'épingler le coup de cœur, mais nul doute que ça ne saurait tarder tant on a envie de retrouver très vite Charlie Resnick et tant la série s'annonce prometteuse.

Pour celles et ceux qui aiment les séries policières.
Bientôt d’autres avis sur Babelio.