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dimanche 23 août 2026

Quelquefois ils leur pardonnent (Carl Nixon)

[...] Ça va aller, gamin. Ça va aller.


Les enfants devenus adultes peuvent-ils pardonner les errances de leurs parents ? Le néo-zélandais Carl Nixon nous conte l'histoire de toute une génération, la sienne, née vers 1970.

❤️❤️🤍🤍🤍 

L'auteur et le livre (368 pages, août 2026 en poche, 2024 en VF, 2023 en VO) :

En 2018, on avait pu croiser la route du néo-zélandais Carl Nixon avec Rocking horse road, un roman au charme étrange puisqu'il était écrit au passé et à la troisième personne du pluriel (le 'nous') : il s'agissait des souvenirs d'un petit groupe de jeunes ados, racontés quelques dizaines d'années plus tard par l'un d'entre eux. Quelque chose entre polar à énigme et chronique sociale.
Voici pour la rentrée littéraire, la ré-édition en poche d'un autre roman initialement paru en 2024 (et 2023 en VO).
Le titre de celui-ci, Quelquefois ils leur pardonnent, est tiré d'une citation d'Oscar Wilde : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois ils leur pardonnent. »
Voilà tout est dit dans ce « quelquefois » ...
La traduction de l'anglais est signée Benoîte Dauvergne.

L'époque et le décor :

La Nouvelle-Zélande, l'île du sud près de Christchurch, des années 70 à nos jours.

Le pitch et les personnages :

Dans la famille Waters, je voudrais le fils Mark, au visage défiguré, son frère Davey, le très beau gosse, leur plus jeune soeur Samantha ou Sam. Il y a aussi Paul, le mari de Sam, un peintre que l'on surnomme Pollock, et leurs enfants. Le père Pat Waters aura été violent et alcoolique. La mère Marika, aura disparu trop tôt.
« Ça va aller, gamin. Ça va aller. »
Comme il n’arrêtait pas de répéter ces mots, j’ai compris qu’il mentait.
[...] L’avenir regorgeait toujours de piscines, de Ford Falcon V8, de vacances à l’étranger. Le vieux était un grand baratineur. »
Le récit est choral qui fait alterner les histoires des uns, des autres, de quelques amis ou voisins, mais aussi du passé et du présent, pour tenter de cerner la famille Waters. Le titre de la version originale était d'ailleurs « The Waters ». Une construction en forme de puzzle comme l'était déjà Une falaise au bout du monde qui nous racontait l'histoire de trois enfants survivants.

♥ J'aime un peu parce que ...

⋯ le lecteur est invité dans cette famille un peu normale, un peu dysfonctionnelle, ordinaire quoi. Une famille où chacun essaie de se tracer une route à peu près droite. Où il y a des accidents (au propre comme au figuré), des traumatismes et des non-dits, tout cela laisse des traces profondes sur la piste et parfois des ornières qui sautent même une génération.
⋯ dans ce roman en forme de puzzle (Carl Nixon aime bien les récits non linéaires qui jouent avec le temps), on passe d'un personnage à l'autre, comme du passé au présent, mais il n'est pas si compliqué de rester concentré pour reconstituer peu à peu l'image d'ensemble.
⋯ non content de nous balader entre les personnages et les périodes, l'auteur varie également les styles de narration : tantôt classique, tantôt le "je" d'un journal, tantôt les pensées d'un monologue intérieur ou même le "tu" façon « Tu entends ta mère t’expliquer que ... ». On retrouve même le "nous" de son premier roman.
⋯ chaque pièce du puzzle est différente de forme, de couleur ou de style et c'est au lecteur d'assembler les bribes, de collecter les indices et les infos pour comprendre ce qui est arrivé à chacun des membres de la famille Waters. Cette construction se confirme dans la postface où l'auteur explique avoir rassemblé différentes histoires ou nouvelles déjà publiées (le ballon, l'épervier, ...). On croise même pendant quelques pages la Lucy de l'épicerie du roman Rocking Horse Road.
⋯ si le roman ainsi assemblé nous laisse un peu sur notre faim, on y apprend tout de même pas mal de choses sur la vie en NZ. Les frères Mark et Davey sont nés vers 1970 (tout comme l'auteur lui-même) et c'est un peu le roman d'une génération.
On apprendra aussi les règles du « flipper asiatique », mais franchement c'est pas ce qu'ils ont inventé de mieux et on préfère quand les néo-zeds jouent au rugby.

Pour celles et ceux qui aiment les kiwis.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions de L'Aube (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

samedi 24 octobre 2020

Fille de l'air (Fiona Kidman)


[...] Je vis un rêve.

    L'auteure, le livre (480 pages, 2017, 2013 en VO) :

Fille de l'air, de la néo-zélandaise Fiona Kidman : la véritable histoire, à peine romancée, de Jean Gardner Batten une pionnière de l'aviation en solo.

    On aime :

❤️ Une histoire légère mais prenante, écrite résolument au féminin.
❤️ Le très beau portrait d'une femme qui aura traversé les déserts et les océans, le siècle, une grande dépression et deux guerres mondiales.

      Le contexte :

Douée pour le piano et la danse, elle ne rêvait que d'une chose : voler, voler et battre des records, voler et devenir célèbre.
À force de courage et d'obstination, contre les vents, l'adversité et même son entourage (seule sa mère la soutenait) elle arrivera à ses fins, pulvérisera bientôt les records tant masculins que féminins et connaîtra enfin la célébrité, celle que l'on surnomma la Garbo des airs ou encore Hine-o-te-Rangi, la fille des cieux en maori.
[...] Je vis un rêve. Mais c'est un rêve que j'ai fabriqué moi-même."

      L'intrigue :

L'histoire d'une jeune femme intrépide et indépendante (elle n'a que 25 ans quand elle réussit enfin le trajet Angleterre-Australie en moins de 15 jours), à une époque insouciante et un peu inconsciente (l'aventurière s'est quand même crashée au Pakistan entre chameaux et tribus baloutches!).
[...] - Ne fais pas l'idiote, ma chérie. Les filles ne volent pas."
Mais des femmes qui pilotent des avions, il y en avait, Jean le savait, et elle en ferait partie."
Le voyage à ses côtés est instructif et amusant qui nous fait découvrir ces drôles d'aristocrates néo-zed perdus à l'autre bout du monde, loin de leur chère patrie britannique.
[...] - Cesse de hurler, Jean. Nous sommes britanniques. Les Britanniques ne pleurent pas."
Jean Batten réalisa son rêve mais la seconde guerre mondiale changera la donne et elle connaîtra une fin un peu triste, seule et oubliée, loin des feux de la rampe. Sic transit ...
Un bouquin qui rappelle un peu le Looping de l'italienne Alexia Stresi (excellent, lui aussi !).

Pour celles et ceux qui aiment avoir la tête dans les nuages.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 13 novembre 2019

Bluff (David Fauquemberg)


[...] Ça va secouer oh !

    L'auteur, le livre (384 pages, 2018) :

Avant de quitter la région, coup de cœur pour cette histoire de pêche dans les eaux très agitées (nous sommes dans les quarantièmes rugissants) de la Mer de Tasman au large de Bluff.
[...] Dans ces mers casse-bateaux, prier pour que l’hiver austral oublie de se mettre en colère.
[...] Partout où portait le regard, la mer était blanche de rage. 

    On aime :

❤️ Un véritable page-turner, un vrai thriller qui au passage, nous en apprend beaucoup sur les migrations du Pacifique : celles des polynésiens bien sûr, celles de certains étonnants oiseaux, celles des huit houles de l’océan et même celles des langoustes !

      Le contexte :

C’est tout là-bas, dans ce dernier poste avancé de l’humanité, dans les terres habitées les plus australes, que le frenchy David Fauquemberg a choisi de nous emporter, après avoir passé plusieurs mois dans le Pacifique.
[...] Qu’est-ce qui t’amène ?… » Le Français se gratta le front, il n’avait pas réponse à ça. Partout les gens disaient qu’à Bluff, il n’y avait rien. Alors il était venu voir.
[...] T’en fais une tête !… » Il tendit à son équipier une tasse de café brûlant. « Si c’était facile, aye, tout le monde le ferait… » 

      L'intrigue :

Les esprits chagrins pourront reprocher à Fauquemberg d’en faire un tout petit trop dans le style dépliant touristique sur les gentils sauvages polynésiens aux traditions ancestrales pollués par les colons blancs, façon Vaiana de Disney, mais l’auteur est avant tout un formidable conteur d’histoires et comme les vagues de la Mer de Tasman, ses récits épiques emportent tout dans leurs déferlantes, lecteur compris.
[...] C’était cette histoire-là qu’il fallait raconter, elle contenait toutes les autres. 
[...] Crayfish, le mot était dans toutes les bouches : l’or rouge orangé de Bluff, la langouste du Sud dont la saison allait ouvrir. Les pêcheurs parlaient quotas, exportation. À quelle hauteur les marchés asiatiques placeraient-ils la barre, cette année ? En septembre, les pêcheries de la région avaient le monopole et les prix s’envolaient, ils pouvaient dépasser soixante-dix dollars le kilo, vingt de plus pour les pièces de belle taille, pourquoi ne pas rêver des cent dollars ? 
Le récit (passionnant, façon thriller) de la pêche à la langouste est entrecoupé des récits (passionnants, façon Histoire de la mer) des grandes navigations polynésiennes dont l’auteur sait nous faire sentir le souffle épique, entre Histoire des explorateurs et légendes des Héros.
[...] Quand les explorateurs venus d’Europe avaient enfin été capables de traverser le Pacifique, mille ans après les premiers Polynésiens, ils avaient été subjugués par les qualités exceptionnelles de ces pirogues doubles ou à balancier – elles paraissaient voler sur l’eau.
[...] Quand nos anciens ont fait sortir les îles du Grand Océan, ils ouvraient les chemins.
[...] La navigation aux étoiles, cet art que les Polynésiens avaient porté au plus haut point. Les marins d’Europe tremblaient encore de perdre de vue le rivage que nous avions déjà peuplé la moitié du Pacifique !… Et quand Colomb avait fini par traverser l’Atlantique, cela faisait des siècles que les pirogues doubles des Océaniens avaient relié Tahiti aux trois extrêmes du Triangle polynésien – Hawaii, Rapa Nui et la Nouvelle-Zélande. Des voyages insensés. 
Et tout cela se termine sur une vague nostalgique, un brin désabusée.
[...] Là où je vais, il n’y a pas d’île.

Pour celles et ceux qui aiment les crustacés.
D’autres avis sur Bibliosurf.

dimanche 21 octobre 2018

Rocking horse road (Carl Nixon)

[...] Le corps nu de Lucy sur la plage.

Curieux roman pour les curieux, du moins ceux que piquera l'envie d'en découvrir un peu plus sur nos lointains voisins kiwis de NZ.
Carl Nixon nous offre un bouquin qui n'est ni tout à fait un polar, ni tout à fait une chronique sociale. Un roman au charme étrange puisque c'est écrit au passé et à la troisième personne du pluriel (comptez pas : c'est 'nous'), parce qu'il s'agit des souvenirs d'un petit groupe de jeunes ados, racontés quelques dizaines d'années plus tard par l'un d'eux.
Une intrigue à suspense, oui car un beau matin de l'été 1980 (oui, là-bas c'est décembre, l'été), on découvre le cadavre d'une jeune fille, Lucy, sur le sable du spit, cette langue de terre de la banlieue de Christchurch, le long de Rocking Horse Road et car trente ans après, le mystère reste entier.
Une chronique sociale, oui car le meurtre de Lucy va traumatiser ce groupe de jeunes gens, et la recherche de l'assassin va les obséder jusqu'à aujourd'hui encore où devenus adultes, ils courent toujours après leur innocence et leur enfance perdues.
[...] Elle devait connaître de nom au moins quelques-uns d’entre nous. Oui, Lucy serait restée pour discuter. Peut-être aurions-nous trouvé le courage de raconter quelques blagues. Quelqu’un lui aurait passé une bière.
[...] Ce fut Pete Marshall qui découvrit le corps nu de Lucy sur la plage, presque à l’extrémité de Rocking Horse Road. Près de trois décennies se sont écoulées depuis, et le monde a changé de millénaire, mais nous sommes encore capables de situer l’endroit exact où était étendue Lucy. [...]
Nous étions le dimanche 21 décembre 1980, quatre jours avant Noël. Il était sept heures et demie du matin. L’été s’annonçait comme l’un des plus chauds jamais vécus par les habitants du Spit. Le ciel était limpide et le sable déjà chaud au toucher. Ce dimanche resterait dans les mémoires comme une journée caniculaire. [...]
Nous avons souvent discuté de la marée anormalement haute observée la nuit d’avant.[...] Avec le recul, il est facile de donner aux événements un sens qu’ils n’avaient pas sur le moment. [...]
Plusieurs d’entre nous se rappelèrent avoir écouté les vagues déferler sur la plage cette nuit-là, allongés dans leurs lits. [...]
Nous les imaginions grignotant ces dunes qui constituaient la seule défense de nos maisons contre l’océan.
Lors de ce petit voyage en compagnie de Carl Nixon, on découvrira aussi quelques anecdotes sur la réaction typiquement NZ à la venue en 1981 de l'équipe d'Afrique du Sud, les Springboks, ambassadeurs de l'apartheid dans un pays où le rugby est quasiment une religion d'état [1].
[...] La moitié de l’année, le rugby était le sujet de discussion principal de nos familles au dîner.
[...] "Le sport, c’est le sport, et la politique, la politique." Toutefois, certaines personnes n’étaient pas d’accord. Le premier lundi de mars, notre bande se rendit sur le terrain de rugby afin de constater les dégâts. Quelqu’un avait peint Apartheid en rouge vif sur la façade du club.

Pour celles et ceux qui aiment les kiwis et le rugby.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 1 décembre 2010

Un employé modèle (Paul Cleave)

Serial killer, down under.

Bien évidemment on ne pouvait pas résister à l'envie d'épingler un petit coeur dans un endroit insolite de notre carte du monde des polars : tout là-bas, down under, en Nouvelle-Zélande.
[...] La Nouvelle-Zélande est connue pour sa tranquilité, ses moutons et ses hobbits. Christchurch est connue pour ses jardins et sa violence.
C'est donc désormais chose faite grâce à Paul Cleave et son Employé modèle.
Et ça démarre très très fort : on vous livre ici les deux pages du premier chapitre qui valent leur pesant de kiwis.
Entrez, entrez, mesdames et messieurs, amateurs de serial killers, trucidages tordus,  meurtres en série et autres charcutages délirants, entrez, entrez et vous serez servis !
Mais tenez vous bien : vous n'aurez pas affaire à 1 serial killer mais à 2 ou 3 ! et tant qu'à faire, ce sera même l'un d'eux qui mènera l'enquête et pas la police de Christchurch, complètement dépassée par les événements et l'imagination foisonnante de Paul Cleave !
Joe, le technicien de surface du commissariat principal de Christchurch se fait passer à longueur de journée de bureau pour le débile attardé qu'il n'est pas et pendant ses heures de loisirs, il se livre à son hobby préféré : tueur en série.
Pas par pulsions meurtrière ou sexuelle, non. C'est son hobby, tout simplement (vous aussi, je suis sûr que vous avez un hobby, vous comprendrez) :
[...] Je ne souffre pas de compulsion à tuer tout le temps. Je ne suis pas un animal. [...] Je ne suis qu'un type normal. Un Joe moyen. Avec un hobby.
Et puis il a des circonstances atténuantes : il est bien esseulé et ses deux seuls amis sont ses poissons rouges, Cornichon et Jehovah.
Et puis une maman tyrannique qui n'a qu'une obsession : que son fils adoré ne devienne surtout pas gay et continue à venir manger chez elle son fameux pain de viande.
On ne vous en dit pas plus mais bien sûr, il n'y a rien de bien sérieux là-dedans : c'est pas pour rien que les Néo-Zed ont la tête en bas, et l'auteur lorgne plutôt du côté de Donald Westlake.
Malheureusement, après le démarrage en fanfare lu plus haut, le bouquin souffre de nombreuses longueurs pas toujours très utiles et Paul Cleave s'attarde un peu en route. Dommage qu'il n'ait pas su trouver ou garder le rythme infernal qui aurait convenu à son polar délirant. Une prochaine fois peut-être : c'est son premier roman.
Ah, j'allais oublier un avis important aux lecteurs (pas aux lectrices, ce passage a beaucoup fait rigoler MAM, mais moi pas du tout, mais alors pas du tout, y'a des “choses” pour lesquelles je n'ai aucun humour, aucun) : messieurs donc, vous lirez rapidement et en diagonale le chapitre 25 (l'horreur) et les deux ou trois suivants (les soins). En tout cas, arrangez-vous pour ne pas finir la soirée sur ces chapitres : vous ne pourriez pas vous endormir avant au moins la page 270, le temps que la douleur, même imaginée, s'estompe, croyez-moi ...
Ceci dit, reconnaissons à Paul Cleave d'avoir su trouver comment faire parler de lui de l'autre côté de la planète !

Pour celles qui aiment les serial killers (quant à “ceux” : ils auront été prévenus !). 
C'est Sonatine qui édite ces 422 pages parues en 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par le courageux Benjamin Legrand (et oui, il a dû traduire une à une et mot à mot toutes les pages des chapitres 25, 26, 27, ...). 
Pimprenelle et Marguerite sont (un peu trop) enthousiastes, Pierre est plus mesuré, mais c'est un homme, il a souffert pendant plusieurs chapitres tout comme moi.