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vendredi 11 avril 2025

Tout va bien se passer (Leye Adenle)


[...] Il y a une rumeur selon laquelle…

"Sainte frénésie" à Lagos - Nigeria, quand disparaît une montagne d'argent sale (très haute la montagne, c'était le trésor de guerre des gourous d'une église pentecôtiste).
La Lagos Lady est de retour pour un thriller haletant.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (400 pages, mars 2025, 2022 en VO) :

Leye Adenle (né en 1975) est un écrivain nigérian qui vit à Londres. On l'avait découvert en 2016 avec son premier roman : Lagos Lady, un polar qui évoquait le milieu de la prostitution à Lagos, ville de tous les excès, et mettait en scène une bonne fée (Amaka, c'est elle la Lagos Lady) qui veillait sur ses sœurs contraintes de vendre leur corps. 
On retrouve la bienveillante fée Amaka avec le troisième roman de cet auteur (on a sauté une étape), un bouquin au titre bien rassurant  : Tout va bien se passer. 
Ben voyons ! Avec un polar de cet auteur, au cœur de la mégapole de Lagos, on n'en doute pas une seconde : ça va certainement très bien se passer !
Du moins pour le lecteur. Et encore, même pas sûr.
La traduction de l’anglais (Nigeria) est signée Céline Schwaller.

Le contexte :

Autrefois sous domination britannique, le Nigéria s'impose aujourd'hui comme un colosse démographique et économique, rivalisant avec l'Afrique du Sud pour la suprématie sur le continent.
La corruption y est endémique. À la suite d'un changement politique en 2015, le pays a déclaré la guerre à la corruption et au blanchiment d'argent en mettant en place une Commission des crimes économiques et financiers (l'EFCC évoquée dans le roman) : les gros bonnets du pays entassaient des fortunes colossales d'argent sale.
Un dispositif a même été créé pour encourager les dénonciations : un petit pourcentage des sommes colossales récupérées et saisies est attribué au lanceur d'alerte ! 
Ce fut l'effervescence dans ce pays aux très fortes disparités sociales : aussi bien du côté des dénonciateurs (une petite femme de ménage au courant des cachettes de ses fortunés patrons pouvait ainsi gagner le jackpot sur un simple coup de fil), que du côté des plus riches qui s'affolaient désespérément et cherchaient à planquer rapidement leur magot à l'étranger.
C'est la toile de fond de ce roman. Je n'en dis pas plus pour ne pas trop en dévoiler mais c'est un contexte véridique, typiquement nigérian, et ça décoiffe !
Et encore, ce n'est là que la partie émergée de ce qui vous attend, je n'en dis pas plus !

Les personnages :

On retrouve donc la bienveillante Amaka qui, profitant de ses appuis hauts placés, tient toujours sa promesse de veiller sur ses sœurs contraintes à la prostitution. Une lourde et dangereuse tâche (vous redécouvrirez sa combine de Lagos Lady).  
Il y a là Funke, une escort, c'est elle qui appelle à l'aide Amaka au début du bouquin quand son client, le pasteur Frank se fait abattre dans la chambre d'hôtel.
Et puis il y a la bande des escrocs, déguisés en pasteurs et en gourous, qui dirigent l'église ABC of G, la All Believers Church of God : quelques décès inattendus au sein du Conseil et la disparition du trésor de l'Église va faire de ces pitres, des clowns très dangereux. 
Et puis il y a là l'inspecteur Jubril Musa qui va mener l'enquête sur le meurtre du pasteur Franck. On s'en doutait un peu, la police de Lagos n'a pas trop le sens de l'humour : Jubril Musa est un grand black costaud et musclé qui porte un béret noir. Ses hommes sont équipés de AK-47 quand ils débarquent chez vous.
[...] Nous avons incarcéré les deux suspectes et nous les poursuivrons en justice lorsque nous aurons terminé nos investigations et que nous les aurons convenablement interrogées.
Ah, comme ce convenablement interroger sait se montrer persuasif ...

Le canevas :

Dès les premières pages, Funke, une escort, est dans de sales draps (si je puis oser ce lamentable jeu de mots) : son client, le pasteur Frank, vient de se faire buter dans la chambre d'hôtel par ce qui semble être des voyous américains, pilotes d'un avion privé. 
La police (musclée, la police au Nigéria !) est déjà sur les lieux et Funke n'ose pas sortir de sa cachette. Amaka doit rapidement venir à son secours et lui répond : "Bien. Tout va bien se passer. Je te rappelle très vite".
Dans le même temps, Leye Adenle nous plonge en plein chaos au cœur d'une église pentecôtiste, une sorte de secte mafieuse avec des gourous richissimes. Car "il y a quelque chose que vous devez savoir à propos du fonctionnement de l’Église" ... ah bon, tiens donc !?
[...] C’étaient des mécènes de l’Église. Tous incroyablement riches et tous au gouvernement ou anciennement au gouvernement, ou encore dans l’armée. Ils étaient également tous membres du conseil exécutif de l’Église, des membres qui non seulement faisaient des dons généreux au ministère, mais qui le soutenaient aussi en devenant co-investisseurs dans ses entreprises commerciales.
Le chef gourou vient de décéder et le pasteur Frank a été abattu (pour ceux qui ne suivaient pas vraiment, c'était le client de Funke) : c'est lui qui était chargé de planquer l'argent de la bande. Panique à bord, où est passée la montagne de fric ? 
Mais de ce côté aussi "Ça va aller. Comme je te le dis toujours, tout va bien se passer".
Que le lecteur, ainsi plongé en pleine apocalypse, se rassure, il n'y a vraiment pas de quoi s'inquiéter : "tout va bien se passer".
Il suffira d'un miracle.
[...] – Ce qu’il nous faut, c’est un miracle. Je peux vous organiser quelque chose pour demain.
– Vous voulez fabriquer un miracle ?
– Ah. J’avais oublié que vous êtes de la vieille école. Écoutez, egban, les gens ont besoin de miracles. Leur foi a besoin de miracles. Sans miracles, ils se détournent du Seigneur.

♥ On aime :

➔ On aime la "sainte frénésie" qui s'empare du lecteur plongé sans trop d'explications (elles viendront plus tard) en plein cœur de Lagos, la ville de tous les excès. Le trésor perdu (on parle quand même de 100 millions de $) va exciter toutes les convoitises, déchaîner toutes les passions, attirer tous les voyous des alentours, transformer le flic le plus incorruptible en un bandit sans foi ni loi, le soldat le plus discipliné en un sinistre tueur de sang froid et le prêtre le plus religieux en un trafiquant de la pire espèce.   
➔ C'est un thriller haletant dont le lecteur européen ne possède ni tous les codes ni toutes les clés : c'est quand même l'Afrique, pire : c'est Lagos, dépaysement garanti. Alors on s'accroche, on tremble pour la jolie Funke et sa bonne fée Amaka, on se fait surprendre à chaque coin de rue par les uns ou par les autres, et puis on s'intéresse quand même aux fameux dollars, bon sang où sont-ils passés ?
➔ Leye Adenle maîtrise son récit avec un montage digne d'un film américain : un pré-générique pour un démarrage en fanfare, et puis on enchaîne d'une scène à l'autre (chez les flics, avec Amaka, chez les prêtres, et les pilotes de l'avion, et ...) sans jamais avoir le temps de souffler. 
L'intrigue s'emballe un peu sur la fin avant de découvrir un dénouement ... ah non ! j'ai rien dit ... avant de reposer le bouquin pour reprendre une vie normale et des lectures plus reposantes.

Pour celles et ceux qui aiment le fric.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Métailié et NetGalley (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

jeudi 19 octobre 2023

Le dragon du Muveran (Marc Voltenauer)

[...] L’homme qui n’était pas un meurtrier.

    L'auteur, le livre (608 pages, 2016) :

En 2016, Le dragon de Muveran fut le premier roman de Marc Voltenauer, un auteur suisse francophone au parcours original : une mère suédoise, un père allemand, un grand-père pasteur luthérien et des études de théologie à Genève.
Ce fan de polars nordiques lit les auteurs suédois dans leur langue originale : des intrigues dont il a adopté le style, fausse lenteur et vraie profondeur, pour ses propres romans qu'il situe à Gryon, petit village du canton de Vaud au pied du Grand Muveran et des Alpes suisses.

    On aime un peu :

❤️ On aime bien sûr l'exotisme de la langue de nos voisins, le café renversé, les "faites seulement", quand ça joue ou ça joue pas, ...
❤️ Habituellement on est plutôt allergique au décorum ecclésial mais là, on a pu apprécier la richesse de la symbolique biblique utilisé par le tueur et mise en scène sans prosélytisme par un auteur qui faillit bien être prêtre. Un petit parfum exotique en somme !
[...] Les premiers chrétiens utilisaient un principe appelé isopséphie qui associe les noms et les chiffres. Chaque lettre a une valeur numérique en fonction de sa place dans l'alphabet et le chiffre d'un nom est le total de ses lettres. Le 666 représente l'empereur César Néron qui fut un grand persécuteur de chrétiens.
▼ Bien sûr, il s'agit d'un premier roman : l'écriture manque encore de régularité, de personnalité et la mise en scène n'échappe pas aux tenaces clichés du genre (le médecin légiste, le whisky et les cigares au coin du feu, ...).
[...] Il savait d’expérience que les premières impressions étaient déterminantes pour la suite de l’enquête. La scène du crime était un livre ouvert. Il fallait l’observer, le lire, l’étudier, l’écouter.
[...] Andreas alluma un cigare, un Robusto de Cohiba. Une marque créée à l’origine pour Fidel Castro et les hauts dignitaires du parti communiste cubain. C’était aujourd’hui devenu un objet de luxe, consommé par les hauts dignitaires du libéralisme. Quelle ironie !
Il faut également un peu de temps pour que les personnages prennent de l'épaisseur au fil de courts chapitres qui retracent l'enquête et les interrogatoires : l'inspecteur Auer et Marc Voltenauer prennent leur temps, sans trop se soucier de la vraisemblance, plus attachés à dresser les portraits successifs des différents habitants du village, tour à tour témoins ou suspects. Paradoxalement, ce sont les héros, les enquêteurs autour d'Auer, un peu stéréotypés, qui semblent les moins bien dessinés.
▼ Tout cela est évidemment un peu long (600 pages !) et l'on regrette que l'auteur n'ait pas cru bon d'en profiter pour consacrer plus que quelques lignes page 614 à un scandale d'état [clic] qui secoua la Suisse bien-pensante : l'affaire de ces [milliers d'enfants placés de force en Suisse jusque dans les années 1980, auxquels la Confédération a rendu hommage postérieurement en leur présentant ses excuses] ... en 2013, une affaire assez similaire à celle de nos enfants de la Creuse qu'un autre livre évoquait récemment.

      L'intrigue :

Au petit matin, dans le temple protestant du village de Gryon, un cadavre est retrouvé en croix sur l'autel, dénudé, poignardé, énucléé, un verset de la Bible sur la poitrine. 
[...] Sur la table de communion, un cadavre était allongé, nu. Les bras étendus étaient perpendiculaires au corps. Les jambes, attachées ensemble à l'aide d'une corde. C'était l'image du Christ crucifié. Un homme. La cinquantaine probablement. Un énorme couteau était planté dans son coeur. Autour de la plaie, du sang séché formait comme un réseau de ruisseaux du haut de la poitrine jusqu'à son sexe. Ses yeux avaient été enlevés. Les orbites ressemblaient à deux trous noirs. A l'extrémité du couteau, une cordelette avec un morceau de papier.
Voilà de quoi bouleverser la population des lieux jusqu'ici tranquilles et mobiliser la police judiciaire de Lausanne : l'inspecteur Andreas Auer a justement élu domicile dans ce village où il vit avec son compagnon journaliste.
La mise en scène pourrait laisser croire que nous sommes tombés [en plein Da Vinci Code] mais plus prosaïquement, le cadavre était celui d'un agent immobilier connu pour quelques vices et pour tremper dans quelques affaires louches. Mais cela ressemble un peu trop à [un homicide digne d'une série télévisée mêlant pouvoir, argent et sexe - les ingrédients indispensables d'un bon audimat] : la vérité sera plus complexe et il faudra fouiller le passé de ce petit village où tout le monde se connait.
[...] La vengeance. Mais l'histoire n'est pas complète. Il y aura une suite. 
- Reste à savoir qui du meurtrier énigmatique ou de l'inspecteur charismatique écrira la fin de l'histoire !,
Il y aura même quelques petits coups de théâtre pour un dénouement intéressant !

Pour celles et ceux qui aiment les montagnes suisses.
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mardi 2 février 2021

Ce genre de petites choses (Claire Keegan)

[...] Il y a des choses qu'il faut ignorer pour pouvoir continuer.

C'est un tout petit opuscule d'une centaine de pages que nous propose l'irlandaise Claire Keegan, quelques pages seulement, quelques journées de Bill Furlong un marchand de charbon, à l'approche de Noël 1985.
La quarantaine bien sonnée, Bill est un travailleur honnête et consciencieux, un bon mari et un bon père de famille entouré d'une bonne épouse et de cinq filles bien élevées.
Lui-même est né de père inconnu : sa mère avait été recueillie par une bonne dame du village. Toutes deux sont décédées aujourd'hui.
À l'approche des fêtes, entre deux tournées de charbon et deux guirlandes lumineuses, Bill est gagné par un léger trouble, un peu de vague à l'âme.
Lorsque sa tournée l'amène au couvent qui abrite une blanchisserie sur laquelle courent certaines rumeurs, c'est son passé oublié qui frappe de nouveau à la porte.
[...] Cet endroit ne valait pas mieux qu'un foyer pour mères et bébés où des filles ordinaires, non mariées, entraient pour être cachées. [...] Leurs enfants illégitimes étaient ensuite adoptés à l'extérieur, vendus à des Américains fortunés.
[...] Les gens disaient beaucoup de choses - et une bonne moitié de ces paroles n'étaient pas crédibles.
La plume de Claire Keegan (visiblement fort bien traduite) se déguste comme un pudding de Noël : ces quelques pages nous font partager les préparatifs des fêtes dans la campagne irlandaise, ce genre de petites choses.
L'auteure s'attache aux pas de son livreur de charbon et avec son conte de Noël nous guide dans les rues du village dominé par la silhouette du couvent.
Et ce n'est que par petites touches discrètes, à peine esquissées, qu'elle convoque l'un des grands scandales de l'Histoire irlandaise catholique : les couvents et blanchisseries des sœurs Magdalene [clic] qui exploitèrent des dizaines de milliers de jeunes filles et firent commerce et profit de leur travail et de leurs rejetons. 
Une terrible et sordide histoire qui ne vit vraiment le jour qu'en 1993. 
Le dernier couvent de la honte ne fermera qu'en 1996. 
Les excuses officielles n'arriveront qu'en 2013.

Pour celles et ceux qui aiment les contes de Noël.
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samedi 26 octobre 2019

Des hommes en noir (Santiagao Gamboa)

Trop de morts, comme toujours.

Ah, on se réjouissait fort d’avoir acheté trois cent grammes de bonne colombienne, promesse de quelques belle soirées.
 Je veux dire, de la bonne littérature colombienne.
Las, comme trop souvent dans ces mauvais deals, la marchandise était frelatée : la déception fut donc grande. Des hommes en noir, ça commençait pourtant bien ce polar du colombien Santiago Gamboa qui nous offrait la visite de son pays militarisé qui peine à sortir de la longue guerre civile avec les FARC tout juste désarmées.
[...] Ce pays est unique au monde : il enfante à la fois des personnes de grande valeur et les assassins qui les tueront.
[...] En fin de compte, ce n’était rien d’autre qu’un épisode de plus parmi les milliers qui ensanglantaient ce pays irascible et cruel.
 [...] Il n’y a pas de pire malheur que d’être pauvre, mais être pauvre en Colombie c’est encore pire. 
Quelques premiers chapitres sympas pour planter le décor et les personnages.
Mais bien vite le récit s’enlise dans une intrigue au sein des églises pentecôtistes où les prédicateurs font main basse sur les jeunes femmes et les gros billets.
 La prose de Gamboa frise souvent l’indigence et ce ne sont certainement pas les scènes racoleuses qui vont sauver le tout : on a bien du mal à finir tout cela, d’autant qu’on en apprend finalement très peu sur cette Colombie d’après guérilla.
[...] Elle avait enlevé son pantalon, découvrant de jolies jambes et une minuscule culotte. Julieta ne put s’empêcher de lui dire : – Mince alors, dans la guérilla on vous laissait porter ces petites culottes ? Ça ne doit pas être très commode pour tirer au fusil. 
Dommage, après nos coups de cœur pour l’Argentine, le Chili ou le Brésil, on aurait bien aimé pouvoir vous recommander ce vol pour Bogota.

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dimanche 29 mai 2016

La cabane des pendus (Gordon Ferris)

[...] Il prétendait que c’était la faute du prêtre.

Jusqu'ici, le seul kilt à émerger des brumes pluvieuses de Calédonie lorsqu'on évoquait le polar écossais, était celui de Ian Rankin.
Il faudra compter désormais avec les couleurs du tartan de Gordon Ferris.
La cabane des pendus est une fort agréable découverte.
Peut-être d'abord parce que l'on plonge dans un passé pas si lointain, en Grande-Bretagne, dans l'immédiat après-guerre, lorsque le pays et ses hommes se remettent à grand peine de leurs blessures.
[...] Après dix-neuf opérations des mains et du visage, il avait encore l’air d’un ouvrage assemblé par une couturière manchote.
[...] Je ne m’étais pas rendu compte que j’étais fatigué à ce point. Fatigué de la guerre et de l’amertume qui avait suivi. Fatigué de Londres et de la colère sans visage d’une ville dévastée, rationnée en nourriture et en espoir.
[...] Cela rappelait de manière inquiétante les années 30, la Dépression et les marches de la faim. Où étaient les lauriers et les fruits de la victoire ?
Une Grande-Bretagne à la Dickens.
Bonne surprise encore, parce que le style renoue avec celui en vogue à l'époque, celui des privés.
Ici notre héros est un ancien flic, un bientôt journaliste, et l'écriture a ce petit parfum délicieusement rétro, où le 'je' met en scène ce détective un peu tête brûlée, un peu inconscient, un peu naïf, toujours prêt à prendre des coups, ceux des malfrats comme ceux des flics, et bien sûr à sauver la blonde qui va avec l'histoire.
Des détectives qui ont un don inné pour s'attirer les pires emmerdes, n'écoutant que leur conscience irréprochable ou presque et leur cœur immense ou presque, des chevaliers en quelque sorte.
Dans la même veine détective+rétro, on se rappelle le québécois Maxime Houde lu tout récemment.
[...] J’avais secoué le nid de frelons, il en résulterait quelque chose qui jouerait peut-être en ma faveur. D’un autre côté, je pouvais tout aussi bien me faire piquer. À mort.
[...] Vous avez tiré sur un homme !
— Dans son pied.
— Vous avez tiré sur lui. Vous avez ensuite traîné dehors par la peau du cou le plus gros gangster de Glasgow, en le menaçant d’une arme ! Et vous l’avez réduit à vous implorer de le laisser en vie ! Tous les criminels, meurtriers, trafiquants de drogue et Dieu sait quoi d’autre de la ville sont en ce moment à votre recherche ! Pour vous écorcher vif et planter votre tête sur une pique dans Trongate !
[...] Je haussai les épaules et souris aussi humblement que possible.
[...] Rétrospectivement, c’était en effet pure idiotie de ma part. Le genre de conduite qui vous vaut la croix de guerre. À titre posthume.
Bonne surprise toujours, avec une intrigue habilement construite : un tueur pédophile en série, Hugh l'ami de Brodie, accusé trop facilement et pendu encore plus rapidement, une enquête qui va rebondir après l'exécution de l'innocent, des malfrats, des puissants corrompus et peut-être même l'ombre de l'IRA ...
[...] Cinq enfants avaient disparu l’année d’avant, trois dans l’East End, deux dans les Gorbals. Seul le dernier avait été retrouvé. On avait découvert Rory, le fils de Fiona, dans une cave à charbon, derrière des immeubles anciens. Nu et mort.
[...] On l’avait violé, Dieu lui vienne en aide ! Le lendemain matin, la police avait arrêté Hugh Donovan dans sa chambre des Gorbals.
[...] — Ecoute, il vaut mieux que je te raconte ce qui s’est passé ces derniers mois. Comment je suis retombé sur Fiona.
 [...] Pourquoi ferais-je ça pour toi ? me demandai-je. Il devina mes pensées.
— Le fais pas pour moi, Douglas Brodie. Ni même pour Rory. Même si ce serait déjà beaucoup. Mais un malade comme ce type recommencera. Il tuera un autre gosse…
Je quittai le parloir, laissant Hugh hocher la tête et se tordre les mains. Il m’avait flanqué un lourd fardeau sur le dos et j’étais résolu à m’en débarrasser.
Enfin, cerise sur le pudding écossais, une belle plume, très soignée, pleine d'humour et d'intelligence, pour nous faire découvrir cette époque et cette région.
Et bien sûr, une belle avocate (la blonde de l'histoire).
[...] Elle ne fit pas l’amour comme une avocate. Il n’y eut pas de calculs froids, de montée progressive et d’exposition calme des éléments du dossier. Ce fut une affaire criminelle, contenue et violente, avec de merveilleux dommages corporels. Chacun commit des délits sur le corps de l’autre, pétrissant, mordant, se livrant à de délicieuses voies de fait.
Bref un excellent épisode dans la série détective, un polar soigneusement construit et écrit.
Et une histoire malheureusement en phase avec l'actualité du moment, lorsque le pape donne l'absolution à Mgr. Barbarin :
[...] La souillure était donc partout ? J’avais cru pouvoir lui faire confiance quand j’avais fait sa connaissance. J’avais apparemment perdu ma capacité à juger les gens.
[...] Il prétendait que c’était la faute du prêtre.

Pour celles et ceux qui aiment les privés et pas les curés.
Bientôt d’autres avis sur Babelio.

mercredi 11 novembre 2015

L'hiver des enfants volés (Maurice Gouiran)

C’est un tabou qui tombe, un pan de l’histoire de l’Espagne qui est dévoilé.

On ne connaissait pas encore cet auteur marseillais, prolixe et engagé qu'est Maurice Gouiran, et l'on a donc entrepris de faire sa connaissance avec son dernier bouquin : L'hiver des enfants volés.
Les enfants volés dont il est question ne sont pas ceux de l'Argentine sur lesquels on a beaucoup lu [1] [2] [3], mais presque, puisqu'il s'agit ici des bébés espagnols volés par Franco et sa clique de 'bonnes' sœurs : l'Argentine avait un lourd héritage hispanique né de la collusion entre une dictature fascisante et une église fascinée.
Mais revenons de ce côté-ci de l'Atlantique et à l'enquête du journaliste Clovis Narigou. Non seulement le nom  du héros est l'anagramme de celui de l'auteur mais le récit est à la première personne et s'adresse parfois au lecteur : Maurice Gouiran s'engage !
Évacuons tout de suite les petites agaceries et irritations face à ces écrivains qui n'ont pas encore compris qu'il faut gratter, gratter jusqu'à l'os pour épurer et ne garder que la substantifique moelle après avoir éliminé tout le gras indigeste.
Ainsi on aurait aimé éviter les pages touristiques à Barcelone et Madrid, l'auteur lui-même plaide coupable :
[...] J’ai pensé que j’aurais pu faire financer mon voyage par Le Petit Futé ou par Le Guide du routard, car mon enquête virait au vrai périple touristique !
On aurait aimé aussi échapper aux évitables réflexions sur le monde de la branchitude techno :
[...] C’est vrai que c’est hyper pratique ce système de cloud, surtout pour des gars, comme les journalistes, qui se baladent continuellement. On n’a plus besoin d’emporter dans ses valoches un netbook, un CD-Rom ou une clé USB.
Visiblement, Gouiran nous prend pour des demeurés qui ne sont jamais allés outre-Pyrénées et qui utilisent encore des disquettes de cinq pouces un quart (et pourtant je suis né avant lui !).
Bon ça, c'est dit.
Mais revenons à nos moutons noirs et suivons le marseillais Gouiran/Narigou parti en Catalogne pour enquêter sur la disparition d'un ami journaliste. Son ami François qui semble avoir voulu fourrer son nez là où il ne fallait pas.
[...] J’avais en mémoire ces photographies en noir et blanc sur lesquelles les notables de l’Église et les prêtres posaient, bras tendu et main ouverte, parfois armés de fusils, auprès des militaires putschistes. Chez eux, le salut phalangiste avait trop souvent remplacé le signe de croix.
Après Jean-Paul II en 2001, Benoit XVI béatifiait 500 religieux nationalistes espagnols en 2007. En 2012, sœur María Gómez Valbuena était mise en accusation avant de décéder en 2013. En 2013, cinq cent autres religieux furent béatifiés par l'église espagnole, avec la bienveillance du pape François.
Tout passé n'est pas bon à déterrer quand, aujourd'hui encore et toujours, certains redoublent d'efforts pour le faire oublier.
[...] Ainsi, on volait des gosses, on les revendait pour le prix d’un appartement, et en plus il aurait fallu remercier les curés et les bonnes sœurs sous prétexte qu’ils rendaient service à tout le monde : au gosse volé, à la mère spoliée, aux parents adoptants ! C’était une conception assez particulière de la charité chrétienne.
Le bouquin est plutôt bien construit qui entremêle la recherche de l'ami journaliste mystérieusement disparu, l'enquête qui le conduisait sur les traces de bébés volés, les recherches que l'ami François menait sur son propre passé, ...
Marchant dans ses pas le long des ramblas catalanes, Gouiran/Narigou nous dévoile les dessous nauséabonds de l'Histoire ...
Et pas seulement les pages les plus sombres de l'Espagne puisqu'il sera également question d'autres enfants volés, ceux des Lebensborn nazis (rappelez vous le film de l'an passé : D'une vie à l'autre). Un autre secret tout aussi bien gardé puisqu'il faudra attendre la fin des années 80 pour que soit révélé le secret de ces Lebensborn et que ce n'est qu'en 2004 [clic] et 2009 [clic] que la presse évoquera le seul centre français !
Maurice Gouiran semble hésiter entre la thèse journalistique et l'enquête à la Rouletabille. Sa prose parfois précise mais souvent maladroite ne nous laissera pas un souvenir impérissable : dommage parce que la conclusion de ces enquêtes est plutôt réussie et nous laisse entrevoir le beau roman que nous aurions pu avoir.
Mais reconnaissons lui le mérite de soulever la boue qui recouvre, encore de nos jours, ces passés honteux : des enfants volés peuvent en cacher d'autres ...

Pour celles et ceux qui aiment les trouble-fêtes et pas les curés.
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lundi 2 décembre 2013

Dix rêves de pierre (Blandine Le Callet)


RIP.

Le sujet était pour le moins intrigant : Blandine Le Callet compose dix petites nouvelles à partir de dix épitaphes relevées au hasard de ses pérégrinations, sur dix pierres tombales : Dix rêves de pierre.
[…] L’idée de ce recueil m’est venue il a plus de vingt ans, lors d’une visite au Musée gallo-romain de Lyon au cours de laquelle je suis tombée en arrêt devant l’épitaphe de Blandinia Martiola.
C’est d’abord la coïncidence entre son prénom et le mien qui a attiré mon attention; puis j’ai été frappée par le caractère émouvant de ces lignes qui, au-delà des siècles, évoquaient le chagrin d’un homme à la disparition de sa très jeune épouse.
J’ai recopié l’épitaphe sur une page arrachée à mon agenda, et me suis prise à imaginer …
L’astuce consiste à nous raconter une petite histoire (dont on devine rapidement que l’un ou l’autre des protagonistes est mort et enterré depuis belle lurette) et de conclure par la fameuse épitaphe, comme si c’était la morale de l’histoire.
Les premières nouvelles sont un peu déroutantes, presque décevantes qui nous emmènent dans le passé, dans l’antiquité : cela nous éloigne et ces premières histoires nous restent un peu étrangères, le temps ancien ajoute une distance supplémentaire à celle déjà présente de la mort.
Mais au fil des nouvelles à lire dans un ordre chronologique, tout cela se resserre autour de notre siècle et autour du personnage même de l’auteure : la dernière nouvelle est même autobiographique et se conclut par une étrange pirouette que la postface (l’instructive postface) de Blandine Le Callet nous garantit authentique.
À mi parcours, la nouvelle des hortensias (celle des âmes d’enfants perdus dans les limbes) vaut à elle seule la visite du cimetière(1).
Rien de macabre dans tout cela : Blandine Le Callet entreprend seulement d’imaginer des histoires et des secrets perdus à jamais.
[…] On a beau savoir que c’est pour bientôt, au bout du compte, on n’est jamais prêt quand arrive le moment.
Quand les vivants sont là, il y a des sujets qu’on évite d’évoquer, des questions qu’on évite de poser, pour ne pas froisser, pour ne pas blesser. Mais quand les chers disparus nous ont quitté, il est trop tard et ils ont emporté avec eux ces secrets, ces non-dits …
Alors il faut bien quelqu’un pour sortir tout cela de l’oubli et du néant, à partir de quelques mots gravés sur la pierre. C’est le travail entrepris par Blandine Le Callet, à sa façon, pour une dizaine de chers disparus.
(1) - dans son excellente postface à garder pour la fin comme son nom l’indique, Blandine Le Callet nous indique que l’Église aura attendu 2007 (oui : 2007 !) pour refermer le chapitre des limbes … L’obscur Moyen-Âge aura duré vraiment très longtemps.


Pour celles et ceux qui aiment les cimetières.
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mardi 8 novembre 2011

La mort, entre autres (Philip Kerr)

Polar noir des années noires.

Revoici l'écossais Philip Kerr et son étonnant détective privé Bernie Gunther, façon Nestor Burma chez les nazis.
On avait beaucoup apprécié le gros volume précédent qui réunissait trois épisodes : c'était la Trilogie Berlinoise.
Cette quatrième aventure, La mort entre autres, se laisse lire avec toujours autant de plaisir (Philip Kerr est un bon auteur de polars) mais n'atteint pas le niveau de la trilogie précédente.
Le goût de la nouveauté et le plaisir de la découverte ne sont évidemment plus là. Et l'intrigue de cette enquête, de cette manipulation dont est victime l'ami Bernie est un brin rocambolesque.
Reste, outre le plaisir de lire un bon polar, un polar bien noir, l'intérêt de relire quelques pages de notre Histoire, des pages bien noires.
Puisque tout l'intérêt des histoires de Philip Kerr c'est que, sans jamais pontifier, il nous fait voyager de Berlin à Vienne ou Garmish et même Tel-Aviv, il nous fait rencontrer toutes sortes d'aimables personnages comme Eichmann ou encore Hadj Amin le Grand Mufti de Jérusalem. Il nous balade entre les prémices du nazisme avant guerre jusqu'aux compromissions de l'Église, de la Croix-Rouge et de la CIA, toutes très occupées à faire échapper un grand nombre de nazis et de SS vers l'accueillante Argentine de Peròn.
Et toutes les ‘anecdotes’ dont Philip Kerr émaille son récit sont tristement avérées : depuis la visite d'Eichman à Tel-Aviv pour trouver une terre d'accueil où envoyer les juifs d'Allemagne, jusqu'au plan B qui consistait à récupérer une colonie française pour ce faire. C'était Madagascar. La suite on la connait et une autre solution, plus finale, sera mise en oeuvre.
Y'a de quoi déprimer pour le pauvre Bernie qui navigue en eaux troubles :
[...] Je me sentais aussi solitaire qu'un poisson dans une cuvette de toilette. Je n'avais pas de parents, et pas d'amis à qui parler, hormis le type dans le miroir de la salle de bains, celui qui d'ordinaire me souhaitait le bonjour, le matin. Dernièrement, il avait cessé de m'adresser la parole, même lui, et j'avais l'impression qu'il me saluait trop souvent d'un sourire sarcastique, comme si ma présence lui était devenue odieuse. Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux.
Alors bien sûr il faut en revenir aux fondamentaux de tout bon détective :
[...] Voyez un peu les pays qui boivent beaucoup de bière. Ils sont presque tous protestants. Et ceux où l'on boit beaucoup de vin ? Tous catholiques.
- Et les Russes ? Ils boivent de la vodka.
- C'est une boisson qui aide à trouver l'oubli, répondit le père Bandolini. Absolument rien à voir avec Dieu.
L'époque était des plus sombres. Ce polar noir l'éclaire un tout petit peu.
Chacun connait bien désormais les sinistres compromissions dont firent preuve français, anglais ou américains à la fin de la guerre, par exemple avec les ‘médecins’ nazis qu'évoque largement ce bouquin.
Ce qui reste généralement passé sous silence, et pour cause, ce sont les compromissions des mêmes, avant guerre dans les années 30, pour trouver un consensus sur une solution au ‘problème juif’, aucun n'en voulant chez lui. On connait la suite.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
D'autres avis sur Critiques Libres.
Le Livre de poche édite ces 565 pages qui datent de 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Johan-Frédréik Hel Guedj.


vendredi 5 octobre 2007

Le temple des oies sauvages (Mizukami Tsutomu)

À Kyoto, tout n'est pas que zénitude ...

Mizukami Tsutomu situe son roman (primé au Japon) dans un temple de Kyoto, Le temple des oies sauvages, nommé ainsi en raison d'une peinture qui orne les panneaux de l'une des salles.
Dans ce temple se retrouvent, bon gré mal gré, trois personnages : un prêtre, sa maîtresse et un jeune apprenti moine.
Ces trois-là vivent dans la promiscuité une trouble relation (le petit moinillon est témoin des ébats des deux autres et le prêtre passe son temps à l'asticoter) dans un huis-clos de plus en plus oppressant.
[...] ... elle ne parvenait pas à se faire au petit moine : Jinen. Pour parler franc, elle ne l'aimait pas, mais sans qu'elle eût pu dire pourquoi. D'abord, il avait une grosse tête sur un petit corps : ses proportions faisaient croire à quelque anomalie. Son caractère contredisait cette impression : il avait une certaine candeur, un côté «enfant bien sage». Mais Satoko ne pouvait pas supporter son air sinistre.
Même si l'on devine rapidement que tout cela finira mal, ce n'est pas vraiment un roman policier, à peine un roman à suspense.
  On y découvre peu à peu le sombre passé du jeune moine que sa famille a «vendu» aux temples et c'est aussi la propre enfance de Mizukami Tsutomu qui est ici en question.
 La révolte des «petites gens» contre les puissants et les arrogants.
Le temple zen avec ses peintures (on est à Kyoto) est à lui seul un quatrième personnage, jusque dans le dénouement final.
On y apprend aussi beaucoup de choses sur la vie religieuse de ces «curés bouddhistes», leur organisation, leurs rituels, leurs relations à la cité, ...

Katell en parle très bien.

vendredi 2 mars 2007

Horreur boréale (Asa Larsson)

Fidèles à notre mission, nous continuons notre exploration nordique des polars polaires .
Même si Horreur boréale n'atteint pas la qualité littéraire des auteurs dont on a déjà parlé à plusieurs reprises : le suédois Henning Mankell, le norvégien Jo Nesbo, l'islandais Arnaldur Indridason ou le finlandais Matti Yrjänä Joensuu,
Asa Larsson est encore une finlandaise et elle signe là un polar très convenable.
L'intérêt de ce bouquin c'est que ça se passe tout là-bas, tout en haut, et que c'est très dépaysant et qu'il y fait très froid.
[...] Persistant, le froid lui mordait furieusement les joues. Respirer par la bouche enflammait sa gorge et ses poumons. Par le nez, le gel colmatait les poils de ses narines. Elle ajusta son écharpe pour protéger ses lèvres et regarda sa montre. Elle pouvait se permettre de rester là une demi-heure au maximum. Après sa voiture refuserait de démarrer. 
[...] Le temps s'était un peu radouci. Le thermomètre indiquait moins quinze, les nuages empêchaient la lumière des corps célestes de parvenir jusqu'au sol.
Autre intérêt, l'auteure est une femme et son roman met en scène deux héroïnes : une avocate fiscaliste qui prend fait et cause pour une amie, et une petite inspectrice de police, enceinte jusqu'aux yeux, qui ne fait pas le bonheur du substitut du procureur, un brin sexiste :
[...] Le substitut serrait les dents à s'en faire péter la mâchoire. Il n'avait jamais supporter cette naine de policière. On aurait dit qu'elle tenait en laisse ses collègues masculins. Vu son apparence, il n'arrivait pas comprendre comment elle faisait. Haute comme trois pommes et un beignet, maximum un mètre cinquante, son long visage chevalin semblait constituer la moitié de sa personne. Avec son gros ventre, elle était maintenant bonne à montrer dans les foires. Un vrai mètre cube, aussi large que haut : résultat de générations d'endogamie dans les villages isolés de Laponie.
Enfin, dernier atout, tout cela se déroule sur un fond étrange d'église tendance Pentecôtiste, ascendant secte. Sans que ce décor soit pesant, voilà un éclairage curieux sur nos nordiques voisins.