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vendredi 1 septembre 2023

Ouragans tropicaux (Leonardo Padura)

[...] Un assassin en série ? À Cuba ?

    L'auteur, le livre (450 pages, 2023) :

On n'a jamais vraiment réussi à accrocher avec le cubain Leonardo Padura, [peut-être en raison de son pessimisme viscéral], sa nostalgie amère et désabusée, ses regrets d'un passé idéalisé mais révolu. Sans doute un caractère propre à beaucoup d'habitants d'une île malmenés par une histoire pour le moins chaotique.
Même son héros récurrent, le fameux détective-libraire-à-l'occasion Mario Condé, tente de [chasser les insistantes divagations historiques et littéraires.]
Mais à peine quelques lignes et les revoici qui pointent leur nez page suivante, déroulant et rallongeant des phrases trop alambiquées qui rendent vraiment la lecture peu fluide. C'est bien dommage.
[...] Il s’efforçait de situer et de définir l’humanité qui parcourait en ce moment ces espaces historiques de la ville, des êtres qui pouvaient lui sembler proches par l’élan de survie qui les animait et, en même temps, lointains par le mépris qu’ils pratiquaient envers une mémoire diffuse qu’il s’acharnait à cultiver.
[...] Une époque épuisante où les gens avaient besoin de soulagements présents plus que de mémoires passées, éteintes, la mémoire d’une ville qui avait rêvé d’être la Nice des Amériques et commençait à ressembler à Beyrouth bombardée. 
Mais voilà c'est Cuba. Mais voilà c'est Leonardo Padura : un monument de la littérature cubaine et un des piliers de la littérature policière mondiale, alors on y revient de temps à autre !
Un temps agité cette fois-ci encore avec Ouragans tropicaux, où Leonardo Padura nous offre deux enquêtes policières pour le prix d'une ! Comme il le dit lui-même en postface, c'est sans doute le plus policier de ses faux polars.

    On aimera peut-être :

❤️ On aimera sans doute la bonne surprise du livre dans le livre : le détective-libraire Mario Condé a entrepris d'écrire un bouquin et nous découvrons quelques uns de ses chapitres entrelacés dans ceux du roman. Une double intrigue policière et un véritable voyage dans le temps : nous partons pour 1909, toujours à Cuba, pour une enquête  policière bien sûr, mais écrite à l'ancienne, avec un parfum charmant et désuet, quelque part entre Rouletabille et Sherlock Holmes.
Comme une respiration bienvenue entre les chapitres habituels d'un roman de Padura.
On y apprend bien entendu tout plein de choses sur La Havane du début du siècle et l'histoire décidément compliquée de cette île, tout en se demandant quel rapport peut bien avoir cette vieille enquête d'avant les frères Castro avec "la vraie" intrigue policière que raconte en 2016 le reste du bouquin ...
❤️ On aimera aussi partager avec l'auteur cent ans de vie cubaine, un siècle d'une histoire chaotique, de 1909 à 2016, puisque les deux intrigues parallèles racontées dans ce livre vont finalement s'éclairer l'une et l'autre, tandis que passe le fantôme de Napoléon (oui Bonaparte ! que vient-il faire ici ?).

      Le contexte :

En 2016, un vent nouveau souffle par les fenêtres entrouvertes de l'île : Barak Obama, les Rolling Stones et les sœurs Kardashian débarquent à Cuba !  Une fois de plus l'Oncle Sam envoie du lourd mais cette fois ce ne sont plus les GI Joe. Tout le monde est excité, la police est sur les dents. 
[...] Ce n’était pas tous les jours que débarquait à Cuba un président des États-Unis. En fait, même pas tous les siècles.
[...] C’est comme les ouragans tropicaux : ils passent, ils font un max de dégâts et puis ils s’en vont, ils se perdent…

      L'intrigue :

Tout occupée à sécuriser les festivités annoncées en cette année 2016, la police n'a guère le temps de s'occuper du cadavre sévèrement mutilé d'un vieux stalinien, ancien responsable impitoyable de la censure communiste, haï par les uns et gênant pour les autres. Si personne ne regrette ce salopard haut placé, il faut tout de même élucider ce crime qui sera bientôt suivi d'un autre : le détective retraité Mario Condé est appelé à la rescousse ...
[...] – Je suis débordé avec tout ce qui me tombe dessus et maintenant ça… un assassin en série ? À Cuba ?
[...] – Merde, Conde, à chaque fois que tu te mêles d’une de ces histoires, les choses se compliquent.
[...] – C’est que tout semble indiquer qu’on a tué un type qui, sans le moindre doute, était un salopard patenté. Un type qui avait des choses de valeur, mais qu’ils n’ont pas toutes raflées. Et qu’on a mutilé allègrement. Ce qui me fait croire qu’on ne l’a pas tué pour le voler. On l’a tué pour ce qu’il avait été et qu’il était toujours : un putain de gros salopard. Tu as vraiment besoin que j’enquête d’avantage ou tu me ramènes chez moi pour que je me mette à écrire ? 
Mario Condé a lui-même entrepris de rédiger un roman policier (le roman dans le roman) pour nous raconter un autre épisode de la vie cubaine, quand au début du siècle vers 1909 (l'année de la Comète de Halley) La Havane se prenait pour la Nice des Amériques et quand la prostitution faisait les beaux jours des riches américains et surtout des proxénètes locaux.

Pour celles et ceux qui aiment la Nice des Amériques.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce à Netgalley et aux éditions Métaillé.

dimanche 22 novembre 2009

Électre à La Havane (Leonardo Padura)

Cuba libre ! (2)

Continuons la visite de Cuba avec Leonardo Padura : après Vents de carême, voici Électre à La Havane, écrit quelque temps après le précédent.
On y retrouve Mario Condé, le flic qui aurait bien voulu être écrivain et qui carbure souvent au rhum et plus rarement aux jolies filles, ainsi que son collègue Manolo.
Las, la prose verbeuse de Padura est également au rendez-vous qui confirme que cet auteur se prend malheureusement trop au sérieux, du moins à notre goût.
Le thème de ce second épisode est pourtant intéressant : si la marijuana servait de décor aux Vents de carême, cette fois Padura nous promène parmi les homosexuels et les travestis de La Havane.
On imagine aisément ce que pouvait endurer ce microcosme sous la dictature pas très éclairée du castrisme ... Cottet en parle longuement dans son billet et Padura convoque dans son bouquin tous ces intellectuels, hommes de théâtre, artistes, ... sacrifiés par la Revoluçion sur l'autel de l'homme socialiste nouveau qui n'avait rien de gay.
Le Condé qui se définit lui-même comme un hétéro macho-stalinien, se trouve donc ici confronté à d'étranges créatures, quelque part entre fascination et perversion.
À quelques semaines et quelques bouquins d'intervalle, le parallèle est alors tout trouvé entre les maricònes de Cuba et les katoeys de Thaïlande que Burdett mettait en scène dans Bangkok Psycho, à l'autre bout du monde.
Ces travestis, plus femmes que les femmes, nous rendent décidément intarissables.


Pour celles et ceux qui aiment le rhum, les cigares ... et les travestis.
Points édite ces 255 pages qui datent de 1192 en VO (parues en 2001) et qui sont traduites de l'espagnol par François Gaudry.
Cottet en parle.

samedi 21 novembre 2009

Vents de carême (Leonardo Padura)

Cuba libre !

C'est un vent étrange qui souffle entre les pages du polar cubain de Leonardo Padura.
Un vent de tristesse désabusée, de nonchalance amère.
Un vent chaud de poussière et de sable qui balaye les rues de La Havane en ce mois de mars 1989 : les Vents de carême.
Une jeune prof du lycée vient d'être assassinée, on a retrouvé de la marijuana chez elle et à Cuba on ne plaisante pas avec ces choses-là.
L'inspecteur de Padura, Mario Conde (le Comte) et son adjoint Manolo écopent de cette enquête qui s'annonce difficile et périlleuse : qui couchait avec la prof ? qui sont les gros bonnets mouillés dans cette affaire ?

[...] - Cette affaire est très bizarre, Manolo, ils mentent tous, je ne sais pas si c'est pour protéger quelqu'un ou pour se protéger eux-mêmes, ou parce qu'ils se sont habitués à mentir et que ça leur plaît.
Mario préfèrerait se saouler tranquillement au rhum avec son copain Le Flaco (le maigre), cloué dans une chaise roulante après une mauvaise balle reçue en Angola.
[...] On sentait de nouveau la présence accablante du vent torride qui ne se décidait pas à laisser en paix les dernières fleurs du printemps ni la mélancolie persistante de Mario Conde.

En chemin, Mario croise la trop belle Karina qui veut bien jouer du jazz pour lui, uniquement vêtue de son saxo.
Et c'est beaucoup, un peu trop, pour Mario, le flic qui aurait voulu devenir écrivain.

[...] - Tu es un type bizarre. Tu est triste comme la pluie et ça me plaît. J'ai l'impression que tu passes ton temps à demander pardon d'être vivant. Je ne comprends pas comment tu peux être policier.

D'habitude on aime bien les flics désabusés aux prises avec une ville qui les dévore mais la déprime un brin machiste de Mario Conde n'a pas réussi à nous accrocher cette fois-ci.
Sans doute est-ce dû à la prose un peu verbeuse et trop sérieuse de Leonardo Padura, comme ici par exemple :

[...] Depuis deux siècles, La Havane est une ville vivante, qui impose ses propres lois et choisit soigneusement ses fards pour marquer sa singularité. Pourquoi suis-je issu de cette ville, précisément de cette ville, disproportionnée et orgueilleuse ? J'essaie de comprendre ce destin inévitable, non choisi, en m'efforçant de comprendre la ville, mais La Havane m'échappe et m'étonne toujours avec ses recoins oubliés comme des photos en noir et blanc, et ma compréhension est à l'image du vieux blason de ces nobles enrichis par la mangue, l'ananas et la canne à sucre : rongée par le temps. Après tant de dévouements et de rejets, ma relation avec la ville est oblitérée par les clairs-obscurs que mes yeux y peignent, ainsi la jolie fille se transforme en prostituée féroce, l'homme furieux en assassin potentiel, le jeune homme pétulant en drogué incurable, le vieux du coin en voleur à la retraite. Tout noircit avec le temps, comme la ville où je marche entre les arcades sales, les murs écaillés etc... etc...

Même si Cuba n'est pas réputée pour sa joie de vivre sous la coupe des frères Castro, on aurait aimé un guide plus avenant pour nous promener dans les rues de La Havane où l'on n'a guère l'occasion de voyager, même en classe polar.
La suite des aventures du Condé, demain avec Électre à La Havane


Pour celles et ceux qui aiment le rhum, les cigares et le jazz.
Points édite ces 255 pages qui datent de 1192 en VO (parues en 2001) et qui sont traduites de l'espagnol par François Gaudry.
Kathel et Jean-Marc l'ont lu. D'autres avis sur Critiques Libres.