lundi 30 novembre 2020

BD : Little Tulip


[...] C'est toute ta vie qui est gravée dans ta chair
.

Très bel album que ce Little Tulip, avec de superbes dessins de François Boucq sur un excellent scénario de l'américain Jerome Charyn.
Le script fait s'entrecroiser deux périodes : 1947, le jeune Paul se voit brutalement déporté avec ses parents au goulag de la Kolyma et se retrouve bien vite orphelin dans les pattes des malfrats qui font régner leur terreur sur le camp. 
Son don pour le dessin (hérité de son américain et couillon de père, venu en URSS dessiner des décors pour Eisenstein avant de se faire dénoncer pour le goulag), son don pour le dessin va assurer sa promotion au rang de tatoueur des gangs de la Kolyma.
Seconde histoire, 1970, Paul a bien vieilli mais continue de dessiner et de tatouer à New-York (la ville fétiche de Charyn), tirant des portraits robots pour la police à la recherche d'un serial-killer déguisé en père noël.
Bien entendu les deux périodes, les deux intrigues vont s'entrecroiser et plutôt deux fois qu'une. Le scénario est plutôt bien monté qui enchaîne les événements d'une époque après l'autre comme s'ils se répétaient à 25 ans de distance.
Mais il n'y a pas que les péripéties qui s'imbriquent, c'est aussi le cas des dessins puisque les tatouages dessinés sur les corps forment presque une BD dans la BD et là encore, les effets de cadrage et de mise en scène sont plutôt bien vus.
Bref, voilà un album sacrément bien foutu, tout en échos et répons, une histoire de deux enfances sans innocence, une histoire dense et violente qui se lit trop rapidement mais que l'on va feuilleter plusieurs fois avant de refermer.
Les dessins fouillés de François Boucq rappellent un peu le Jean Giraud de Blueberry et, avec des visages et des corps très expressifs, sont au même niveau d'exigence que le scénario.
Les deux compères viennent de sortir un nouvel album, New York cannibals, une suite plutôt réussie. 

Pour celles et ceux qui aiment les tatouages.
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samedi 28 novembre 2020

Les fantômes de Mahattan (Roger Jon Ellory)

[...] Croire qu'un livre avait le pouvoir de changer une vie.

Encore un roman de ce grand écrivain contemporain qu'est le britannique Roger Jon Ellory [clic]. 
L'histoire (ou plutôt les histoires imbriquées) d'Annie, une jeune libraire new-yorkaise, un peu esseulée, qui voit débarquer un homme mystérieux qui lui remet quelques lettres de son père qu'elle n'a pratiquement pas connu et quelques chapitres d'un non moins mystérieux manuscrit.
[...] Ce désespoir silencieux qui était pour Annie la marque des solitaires.
[...] - Comment avez-vous connu mon père ?" demanda Annie, dont les mots avaient du mal à se frayer un chemin jusqu'à sa bouche. Elle sentait sa poitrine se serrer, comme si elle retenait ses larmes depuis longtemps.
L'homme eut un clin d'œil à son adresse.
- Ah ça, ma chère, c'est une très longue histoire ..."
Avouons qu'on a eu du mal à rentrer dans ce bouquin. Il nous a fallu un peu de persévérance pour supporter la bluette entre Annie, la jeune midinette et David, un bel inconnu, bien mystérieux lui aussi.
[...] Les premiers rayons du soleil filtrant à travers la fenêtre, la manière dont ils découpaient sur le lit le corps de David endormi, la tiédeur du soleil sur sa peau - tout paraissait intemporel, éternel, inoubliable. [...] Un moment Kodak pour le cœur.
Non mais franchement Mr. Ellory ?!
Le bouquin était pourtant taillé pour le succès : une libraire et des livres, un roman dans le roman, y'avait là de quoi faire gloser pendant des mois les amateurs de littérature sur les réseaux sociaux.
Paradoxalement, l'histoire dans l'histoire, le mystérieux manuscrit dont on découvre des extraits au fil de l'eau, est plutôt réussi et ce sont ces pages dans les pages qui nous tiennent en haleine. C'est sans doute l'effet recherché.
[...] Ce meurtre tu le regrettes pas. Non, le meurtre lui-même, tu ne le regrettes jamais. Ce que tu déplores c'est de t'être fait prendre. Vous connaissez l'existence du onzième commandement : Tu ne te feras point prendre. Là-dessus j'ai merdé.
De manière assez prévisible, on se doute bien que les deux histoires finiront par se rencontrer mais les dernières pages cachent encore une autre petite surprise, une cerise sur la gâteau.
Ce bouquin, écrit en 2004, est l'un des premiers de R.J. Ellory mais il n'a été traduit en français qu'en 2018, sans doute pour profiter de la renommée acquise entre temps par l'auteur.
C'est tout de même l'occasion de rappeler deux excellents romans écrits un peu plus tard : Seul le silence, bien sûr, mais aussi Les neuf cercles.
[...] - Il semblerait qu'un livre passe par vingt paires de mains au cours de son existence.

Pour celles et ceux qui aiment les belles histoires bien racontées.
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Le plongeur (Minos Efstathiadis)

[...] À certaines questions il n’y a pas de réponse.

Il aura fallu les avis enthousiastes de quelques valeurs sûres de la blogosphère [ici] pour nous amener à lire Le Plongeur de Minos Efstathiadis.
Et puis tout de même, l'état civil gréco-germanique de l'auteur attisait la curiosité.
[...] C’est merveilleux d’être né entre deux pays. On sent rapidement qu’aucun des deux ne veut de vous.
Ça commence tout doux à Hambourg, avec l'histoire classique du détective privé désœuvré et désabusé qui se retrouve embarqué dans une chambre d'hôtel de seconde zone et dans une intrigue qui le dépasse complètement.
On n'y comprend pas grand chose, le héros non plus. 
Les cadavres s'accumulent lentement mais sûrement sans qu'on sache trop s'il s'agit de vrais crimes crapuleux et/ou de faux suicides. C'est sûr, le grec nous balade et son détective avec.
Et nous voici maintenant en Grèce justement, sur les plages du golfe de Corinthe.
Et là, ça devient sérieux. 
Minos Efstathiadis nous rappelle que c'est un grec, Eschyle, qui inventa les tragédies ... 
[...]  Les événements de Kalavryta inaugurèrent l’époque de la terreur absolue.
Minos Efstathiadis convoque soudain le massacre de Kalavryta au cours duquel, le 12 décembre 1943, les troupes allemandes fusillèrent plus de 1.400 civils [clic].
Quel lien entre ces terribles événements passés et les morts d'aujourd'hui ?
Faut-il d'ailleurs vraiment aller plus loin et chercher des réponses ?
[...] Il ne nous vient pas une seconde à l’idée qu’il s’agit d’une énigme que nous ne devons à aucun prix déchiffrer.
[...] En fin de compte personne ne peut complètement effacer le passé.
[...] Au fond, personne ne veut rien apprendre. Certains essaient juste de faire leur travail, de trouver un coupable facile, afin de rejeter ce poids de leurs épaules.
La construction du bouquin est un peu tordue, l'intrigue aussi et les dernières pages sont d'une horreur absolue, un peu gratuite par rapport à l'histoire : finalement on ne sait trop si c'est bien une lecture à recommander.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
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jeudi 26 novembre 2020

Au royaume des glaces (Hampton Sides)


[...] George avait désormais le virus du Pôle dans le sang.

    L'auteur, le livre (508 pages, 2018, 2014 en VO) :

Le journaliste Hampton Sides n'est pas tout à fait un inconnu, c'est le rédacteur en chef du magazine US Outside, celui qui envoya Jon Krakauer au sommet de l'Everest en 1996 ce qui nous a valu le remarquable récit cette autre tragédie.
Dans son bouquin Au royaume des glaces, Hampton Sides nous conte le récit d'une autre mémorable expédition, celle de George Washington De Long et de son bateau La Jeannette, à la recherche du Pôle Nord par voie maritime (par le détroit de Béring) à la fin du XIX°.
Une expédition financée par une autre figure de la presse, James Gordon Bennett, le riche patron excentrique du New York Herald.
[...] Grâce à la personnalité incomparable de Bennett, le New York Herald devint le journal le plus intéressant et le plus influent d’Amérique, voire du monde.
En 1869, c'est lui qui envoya son journaliste Stanley à la recherche de Livingstone au Congo.
Un peu plus tard, James Benett récidive.

    On aime :

❤️ Un récit d'explorateurs comme on les aime : une écriture documentée et une lecture fluide, le souffle épique et le contexte historique, des aventures extraordinaires et des destins hors du commun, ...

      Le contexte :

 Nous sommes en 1879, le pays se relève à peine de la Guerre de Sécession et rêve de retrouver sa place sur l'échiquier mondial. Les jeunes gens de l'époque, qui n'ont pas eu la 'chance' de se couvrir de gloire pendant la guerre, sont avides d'autres conquêtes. Le Pôle Nord attend toujours les explorateurs ...
[...] L’attirance du Pôle était une affaire de génération : la plupart des postulants venaient comme De Long de passer à côté du plus grand conflit de l’histoire américaine. Ces jeunes hommes avaient soif d’une gloire comparable à celle que leurs pères avaient gagnée sur les champs de bataille de la guerre de Sécession, et ils désiraient ardemment montrer qu’ils étaient des hommes en s’engageant dans une entreprise impressionnante et hasardeuse qui, sans être tout à fait la guerre, n’était pas sans rapport.
[...] Le pôle Nord. Le sommet du monde. L’acmé, l’apogée, l’apex. Il hantait les esprits comme une énigme universelle – aussi fascinante et inconnue que la surface de Vénus ou de Mars –, possédait indéniablement quelque chose de magnétique.

      L'intrigue :

À cette époque, les expéditions maritimes au pôle se suivent et leurs échecs se ressemblent : arrogance inconsciente de conquérants se croyant suréquipés, foi aveugle en la science et le progrès ... et en des données géographiques très approximatives, c'est le moins que l'on puisse dire ici (ils pensaient suivre les eaux chaudes du Kuroshio, le Gulf Stream japonais !).
Avec le recul du XXI° siècle, il est amer et ironique de constater que cette croyance en une mer arctique chaude et ouverte sera finalement bientôt une réalité !
[...] La théorie de la mer polaire ouverte termina pour l’essentiel sa carrière avec le voyage de la Jeannette, bien que les récentes projections climatiques montrent que vers 2050, une partie importante de la banquise polaire fondra entièrement en été.

Pour celles et ceux qui aiment les voyages.
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dimanche 22 novembre 2020

Albuquerque (Dominique Forma)

[...] So long, Albuquerque !

Après Manaus, on retrouve le français Dominique Forma et un de ses petits bouquins dont il a le secret : Albuquerque.
160 petites pages, à peine plus qu'une nouvelle pour une autre histoire de cavale, une autre histoire de petites gens.
Cette fois-ci le décor sera celui des routes US, la 66 et d'autres : Forma a longtemps vécu à LA.
Planqué au Nouveau-Mexique, Jamie s'est refait une petite vie sous couvert du programme fédéral de protection des témoins.
Il a pris quinze kilos de trop, n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été et son couple avec Jackie bat de l'aile.
Mais un beau matin, ses anciens complices le retrouvent ...
[...] Qui a jamais vu une vengeance s'abattre une décennie plus tard sur un type devenu gardien de parking ? Albuquerque n'est pas Medellin ou Juarez.
[...] De mémoire d'homme, on n'a jamais vu ça à Albuquerque. D'ailleurs personne ne le verra ; on ne déambule pas à l'angle de Cooper Avenue et de Fifth Street si tôt le matin. Le quartier est encore désert.
Jamie n'a pas le temps de faire sa valise, à peine celui de prendre la fuite avec sa femme, bien obligée de le suivre.
[...] Il ouvre le congélateur - un grand modèle horizontal s'ouvrant par le haut - et y dépose le cadavre. 
Il referme le congélateur.
- So long, Albuquerque !
On partagera avec eux quelques heures de cavale le long des routes US. 
On nous laissera deviner comment tout cela a commencé mais à peine entrevoir comment tout cela va finir : Dominique Forma est un habile faiseur de dernier chapitre en ligne de fuite.
Sa prose, sèche et précise, fait mouche à chaque page, entre humour ravageur et tendresse pour ses personnages.
[...] Sa télé de poche a cessé de fonctionner en septembre dernier, deux jours avant que les tours jumelles de Manhattan ne partent en fumé. Jamie n'avait rien remarqué. Il avait passé le 11 septembre à se gaver de biscuits scandinaves qu'il adore pour compenser la mort soudaine de son poste de télévision. Il est le seul américain à ne pas voir assisté en direct à cette spectaculaire déclaration de guerre.
Dominique Forma me fait penser à un autre grand auteur de roman noir : Frédéric H. Fajardie et me donne envie de le relire.
Pour celles et ceux qui aiment les cavales.
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Monteperdido (Agustin Martinez)

[...] On retrouvera Lucía.

Monteperdido est le premier roman de l'espagnol Agustìn Martinez.
Venu du monde de la télé (l'auteur est scénariste), Martinez nous emmène au cœur des montagnes, dans les Pyrénées aragonaises, un peu à l'est de la Navarre que sa compatriote Dolores Redondo nous avait fait visiter récemment.
[...] La vallée de Monteperdido. “La Vallée cachée”, comme l’appelaient les touristes.
Mais pas d'ambiance "fantastique" ici à Monteperdido : l'intrigue est tout ce qu'il y a malheureusement de plus trivial. Deux fillettes d'une douzaine d'années, deux amies, deux voisines, ont disparu, sans aucun doute enlevées.
Les enfants n'ont jamais été retrouvées, le coupable non plus, les deux familles sont en perdition, au fil du temps le village se démobilise peu à peu mais continue de regarder d'un mauvais œil les rares étrangers qui viendraient jusqu'à cette vallée reculée.
[...] Dans ces montagnes, il est difficile de retrouver quoi que ce soit. Elles ne sont pas faites pour les hommes… 
[...] Dans ce village, si on ignore comment s’appelle votre putain de grand-père et comment il prenait son café, vous êtes un étranger. On adore les gens qui vont et viennent et qui, au passage, laissent leurs billets de banque à Monteperdido. Mais ceux qui viennent et restent, on les trouve beaucoup moins marrants !
Le roman démarre cinq ans plus tard : l'une des deux gamines réapparait, traumatisée mais vivante, une ado désormais, au témoignage incertain. 
Deux flics débarquent de la ville pour prêter main forte aux gendarmes locaux et retrouver au plus vite la seconde fillette.
[...] Si on s’y prend correctement, on retrouvera Lucía.
❤️ La réussite de ce polar à l'intrigue somme toute classique, tient dans l'épaisseur que l'auteur a su donner à ses personnages. Tous ses personnages : les flics, les membres des familles et les voisins du village.
Et un autre personnage aussi : cette montagne qui enserre ce village de sommets inaccessibles.
Entre les montagnes inquiétantes et les taiseux du village tout aussi inaccessibles, l'ambiance est particulièrement oppressante.
Rares sont les polars qui savent nous épargner les descriptions horrifiques des tourments vécus par les jeunes filles séquestrées par leur ravisseur, mais Agustìn Martinez n'a nullement besoin de ces clichés pour tisser la toile qui va emprisonner le lecteur.
[...] Tout ce village semblait replié sur soi, tournant le dos au monde, aux montagnes, aux regards étrangers. 
[...] Ici, les gens sont très particuliers. Tu l’as remarqué. À la fois sympas et faux culs. Ça doit tenir à la région. Les deux faces de Monteperdido.
[...] Et sous cette couche de neige, tous les secrets des gens qui refusent de les laisser apparaître.
[...] Les liens, parfois maladifs, qui se tissent dans ces cercles de famille.
Le couple d'enquêteurs venus de la ville (un flic proche de la retraite et une adjointe au passé compliqué, tous deux spécialistes des affaires "de famille"), ce couple d'enquêteurs est particulièrement réussi et ils se démènent comme ils peuvent au milieu de ces montagnes fermées aux étrangers pour essayer de découvrir la vérité.
[...] Parfois, ce travail était épuisant. Pas à cause des heures qu’on y consacrait ou des déplacements obligés, toujours dans l’entourage des disparus, comme des imposteurs. Mais c’était la condition humaine qui était décourageante.
Un excellent polar avec une intrigue classique renouvelée par une ambiance avec une forte empreinte. Avec quelques longueurs cependant (un gros pavé de 500 pages).

Pour celles et ceux qui aiment la montagne.
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vendredi 20 novembre 2020

La liste au Père Noël ...


Vous ne savez pas quoi vous offrir à Noël ?
On a essayé de regrouper ici quelques bonnes idées pour celles et ceux qui n'ont peut-être ni l'envie ni le temps de se perdre dans les dédales des blogs et des réseaux.
D'un seul coup d'œil, quelques (très bonnes) idées de bouquins à picorer selon son humeur ou selon ses envies.
Et bien sûr vous ne trouverez là que des coups de cœur parmi les coups de cœur, que du bon, du très très bon !


Si vous aimez plutôt les histoires de marins, ne manquez pas :
Si vous aimez les récits de voyages ce sera :
    et si vous voulez voyager au Japon : le mot-clé dédié au pays du soleil levant
    ou dans d'autres pays d'Asie : avec notre liste des auteurs d'Orient (Chine, Inde, Japon, ...) 
Si vous aimez les polars qui font voyager, partez :
Si vous aimez les bouquins adaptés au cinéma  :
Si vous aimez les espions :
Si vous aimez le sport :
Si vous aimez les bouquins faciles, tous publics, mais 100% plaisir :
    Si vous aimez les histoires de vieux et le 3° âge :
    Si vous aimez les bios, les Vies :
    Si vous aimez les bons, très bons auteurs français :
    Si vous aimez les grands espaces, le nature-writing, façon farouest, partez :
    Si vous aimez le souffle de l'aventure :
    Si vous aimez l'érémitisme, rendez visite à :
    Si vous aimez la peinture, les peintres et leurs modèles :
    Si vous aimez les recueils de nouvelles :
    Si vous aimez les gros romans fleuves, les pavés, les sagas :
    Si vous aimez les histoires avec de l'Histoire dedans, avec un grand H :
    Si vous aimez les histoires de guerre ou l'histoire des guerres :
    Si vous aimez les histoires d'Amour avec un très grand A :
    Si vous aimez les histoires tristes (mais trop bien écrites pour passer à côté) :
    Si vous aimez l'humour avec un grand sourire, parfois féroce :
    Si vous aimez les histoires de fous et de maniaques :
    Si vous aimez les romans épistolaires :
    Si vous aimez les histoires de mecs ou d'hommes :
    Si vous aimez les histoires de nanas ou de femmes :
    Si vous aimez les courts-métrages :
    Si vous aimez les polars sans crime et parfois sans cadavre ni assassin :

    jeudi 19 novembre 2020

    BD : La patrie des frères Werner


    [...] Ton but et cette victoire vont changer ma vie.

    Philippe Collin et Sébastien Goethals signent ce gros album : La patrie des frères Werner qui retrace pas moins de cinquante ans de la grande Histoire allemande à travers la petite histoire de deux personnages.
    En 1945, les frères Werner sont à peine adolescents, orphelins de guerre, ils tentent de fuir les ruines de Berlin et l'avance des russes qui mangent les enfants.
    Ils grandiront du côté est du rideau de fer et se trouveront embarqués de gré ou de force dans les rangs de la fameuse Stasi, au cœur de la guerre froide.
    Le 22 juin 1974 ils seront à Hambourg lors du match mémorable de la Coupe du Monde où les équipes de RDA et RFA s'affrontent pour la première (et la dernière) fois. 
    Un match sous haute tension et à forts enjeux politiques, un peu l'équivalent à l'échelle allemande du tournoi mondial d'échecs Spassky-Fisher en Islande en 1972.
    C'est ce parcours que retrace la BD illustrant le destin d'un pays à travers celui des deux frangins.
    Une histoire bien connue mais qu'il n'est jamais inutile de réviser. De plus, un petit dossier rédigé par Fabien Archambault vient clôturer intelligemment la leçon d'Histoire, dossier où l'on apprendra quelques détails peu connus notamment sur la séparation entre RDA et RFA (qui n'a vraiment eu lieu qu'en 1949, quelques années après la guerre) ou sur la place du foot dans cet échiquier complexe.
    Cette BD réserve d'autres surprises comme le récit en images de ce mémorable match, un récit qui passionnera même ceux qui n'aiment pas trop le foot.

    Même pour celles et ceux qui n'aiment pas trop le foot.
    D’autres images sur BD Fugue.

    lundi 16 novembre 2020

    BD : Carbone & Silicium


    [...] Vous deviendrez personnel hospitalier.

    Mathieu Bablet signe les dessins et le scénario de ce gros album : Carbone & Silicium.
    L'histoire s'échelonne sur plusieurs années et décrit la création d'androïdes à l'IA sophistiquée, sur plusieurs "générations" tandis que l'humanité court vers sa perte.
    [...] Les humains sont le vrai problème de la planète. La seule solution est de tous les détruire. 
    On plaisante.
    Des androïdes auxquels le labo a fixé une DLE date limite d'existence de quinze ans. Une obsolescence programmée pour renouveler les machines au fil des générations successives.
    [...] Comme un chat en gros.
    L'histoire apocalyptique est aussi une love story entre deux robots qui va se compliquer lorsque l'un des androïdes, lassé des mondes virtuels, larguera ses attaches pour entreprendre d'explorer la planète, du Taj Mahal au désert de sel d'Uyuni. Cela nous vaut quelques belles planches.
    Presqu'aussi belles que celles où Mathieu Bablet tente de représenter le réseau interconnecté comme une tour de Babel peuplée d'avatars fluides et éthérés.

    Pour celles et ceux qui aiment les robots.
    D’autres images sur BD Fugue.

    dimanche 15 novembre 2020

    Manaus (Dominique Forma)

    [...] J’ai fait mon devoir.

    À l'occasion du cinquantenaire de la mort de De Gaulle, il n'est pas inutile de se souvenir que notre Président effectua fin 1964 un périple en Amérique du Sud et que lors de son séjour en Argentine, certains virent même en lui un soutien au régime péroniste (à l'époque, Peron était en exil).
    Manaus, le thriller du français Dominique Forma tombe à pic. 
    Le voyage de De Gaulle est une tournée sous haute tension puisque l'Amérique du Sud est le refuge de nombreux parias de l'OAS, qui sont indésirables en France et qui ne portent pas vraiment le général dans leur cœur. 
    Sans compter les nazis réfugiés là-bas depuis leur défaite. 
    [...] La tournée du général de Gaulle en Amérique du Sud provoque une forte inquiétude au sein des services de renseignement et de sécurité du Président. Dans chaque pays visité, il existe des hommes et des femmes qui ont tout perdu en s’opposant à sa politique algérienne et qui entretiennent un esprit de revanche. 
    Le petit (160 pages) bouquin de Dominique Forma est à peine plus qu'une nouvelle, c'est une "novella" comme on dit maintenant. 
    On débarque en Amérique du Sud aux côtés d'un agent des services secrets français (venu dans les bagages du Général) chargé d'une mission top secrète bien sûr. 
    Et bien sûr ça ne va pas se dérouler exactement comme prévu.
    L'histoire, l'écriture et même le héros partagent la même qualité : la sobriété. 
    C'est sec et nerveux, sans gras. Dominique Forma ne fait pas dans la périphrase. 
    Suffisamment évocateur pour nous emporter loin d'ici mais on n'est pas dans un thriller à rallonges de 600 pages. 
    Juste quelques instantanés pris sur le vif. 
    On arrive, on fait avec quelques galères imprévues et coups foireux, et on repart aussitôt.
     [...] J’ai fait mon devoir. Je me suis rendu à Manaus ; au lieu indiqué, à l’heure requise, j’ai attendu qu’un agent me remette un dossier.

    Pour celles et ceux qui aiment les barbouzes.
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    samedi 14 novembre 2020

    L'unité 8200 (Dov Alfon)

    [...] La Nuit des 12 cadavres.

    L'unité 8200 (prononcer 8-deux cent) c'est, pour de vrai dans la vraie vie, la NSA des services de renseignements israéliens, leurs grandes oreilles. 
    [...] La 8200, une organisation semi-clandestine, l’unité la plus secrète d’Israël, une organisation militaire israélienne très secrète. 
    Pas vraiment des espions qu'on porte dans notre cœur, mais le parcours du journaliste franco-israélien Dov Alfon vaut le détour : il fit son service dans la fameuse unité, il dirigea le quotidien Haaretz et est actuellement directeur de la rédaction de Libé ! 
    Il connait son sujet et sait fort bien nous raconter son histoire d'espionnage avec un montage nerveux qui nous fait voyager entre Paris et Israël. 
    Le vol El Al 319 atterrit à Roissy. L'un des passagers israéliens est enlevé à sa sortie dans le hall, sans doute par des chinois, peut-être par erreur sur la bonne personne ... 
    [...]– Est-ce qu’on n’a pas eu une affaire militaire ce matin ? Cet Israélien qui a été enlevé à Paris ? demanda le conseiller politique. 
     – Il a sans doute été assassiné, mais nous n’avons pas encore de cadavre, dit le porte-parole. 
     – Formidable, dit le conseiller américain. Une grosse affaire, la consigne de silence est levée, un Israélien enlevé à Paris, les autorités soupçonnent des motifs nationalistes. 
    On apprendra beaucoup de choses sur ces agents israéliens, leurs moyens, leur patriotisme et leur engagement. 
    Leurs rivalités internes et leur bureaucratie aussi. 
    [...] Le secrétaire militaire se garda de toute réaction et se concentra sur ses notes. Les gens prennent note d’un homme qui prend des notes : quiconque ayant jamais tenté de survivre dans une organisation bureaucratique sait cela. 
    [...] Ce que pensaient les hommes du Premier ministre n’avait rien à voir avec ce qu’ils disaient. Et ce qu’ils disaient n’avait rien à voir avec ce qu’ils faisaient. 
    ❤️ Tandis que les cadavres s'empilent à Paris, le lecteur est embarqué dans un thriller mené tambour battant, un véritable script de blockbuster hollywoodien ou de future série à succès, façon Bureau des légendes speedé en 24 heures chrono. 
    [...] Son plan était simple : s’ils posaient la question, il nierait tout ; s’ils le pressaient, il jouerait l’imbécile ; s’ils se fâchaient, il dirait qu’il devait vérifier ; s’ils le menaçaient, il promettrait de leur remettre les résultats de son enquête.
    Pour faire la fine bouche, deux petits bémols pour une fin un peu rocambolesque (et très james bondienne) et des personnages pas assez épais parce que trop pris dans leurs péripéties (hormis le flic parisien, plutôt bien vu).
    Pour celles et ceux qui aiment les barbouzes.
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    lundi 9 novembre 2020

    Un vénitien anonyme (Donna Leon)

    [...] Voilà qui expliquait le nouveau mobilier.

    Ce vénitien anonyme est l'un des premiers de la série (1994) et bien sûr pas tout à fait l'un des meilleurs : la signora Donna Leon n'avait pas encore atteint le sommet de son art ni la totale maîtrise de son style et de ses ambiances.
    Cela viendra vite. 
    Mais cet épisode possède un petit "plus" : c'est en effet page 104 qu'apparait la signora Elettra Zorzi qui viendra fleurir et illuminer la questure vénitienne comme la série. 
     [...] Il releva la tête, vit deux grands yeux bruns dans un visage avenant, un rouge à lèvres explosif. "Et vous êtes ? " demanda-t-il avec un sourire. 
    - Elettra Zorzi, monsieur. Je suis la secrétaire du vice-questeur Patta depuis la semaine dernière." Voilà qui expliquait le nouveau mobilier. 
     Une enquête qui démarre dans le milieu des travestis et de la prostitution mais qui prend bientôt une toute autre direction, plus intéressante, celle de la prévarication et de la corruption de le bonne société vénitienne que Donna Leon a régulièrement dans son viseur. 
    Les cadavres vont s'accumuler et l'enquête se terminer en demi-teinte comme bien souvent avec cette auteure. 
    [...] Patta l'observait avec curiosité. " J'ai bien l'impression que vous devriez rentrer chez vous, Brunetti. Vous ne pouvez rien faire de plus." 
    Le commissaire de leva lourdement, adressa un signe de tête à Patta et quitta le bureau.

    Pour celles et ceux qui aiment Venise.
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    dimanche 8 novembre 2020

    Le meilleur de nos fils (Donna Leon)

    [...] Il choisissait toujours de s'entourer de beauté.

    Avec Le meilleur de nos filsDonna Leon l'américaine qui adopta Venise, décortique une fois de plus la (bonne) société italienne en braquant le projecteur sur ses écoles de cadets militaires. 
    L'auteure y démontre une fois de plus son art consommé de la conversation et de l'écoutage, comme elle le fait dire elle-même par l'un de ses personnages. 
    [...] "Voilà qui explique tout."
    Brunetti savait parfaitement quand il fallait relancer un interlocuteur.
    - Qui explique quoi ? " 
    Sans doute pas le meilleur épisode des enquêtes du commissaire Guido Brunetti mais un bon cru tout de même avec une signora Elettra en grande forme.
    [...] Je suis sûre qu'il la prenait pour rien de moins qu'une communiste cannibale et qu'elle a dû le considérer comme un porc fasciste". Elle lui sourit de nouveau. 
    - Et alors ? 
    - L'un des deux avait raison." 
    Il éclata de rire.
    [...] Semblable en cela à la plupart des italiens, Brunetti n'avait que respect et approbation pour tout ce qui était beau. Quand il le pouvait, il choisissait toujours de s'entourer de beauté : sa femme, les vêtements qu'il portait, les tableaux qui décoraient son domicile et même la beauté de la pensée des livres qu'il lisait : toutes ces choses lui procuraient le plus grand plaisir.

    Pour celles et ceux qui aiment Venise.
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