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lundi 29 juillet 2024

Meurtres sur le glacier (Cristian Perfumo)


[...] Laissez le passé en paix.

L'auteur, le livre (440 pages, mars 2024, 2021 en VO) :

L'argentin Cristian Perfumo s'est fait le spécialiste du polar en Patagonie. On prend la série en cours de route avec ces Meurtres sur le glacier
Le glacier en question, c'est le Ventisquero Viedma qui descend de la Cordillière, au pied du mont Fitz Roy, dans le parc de Los Glaciares, à la frontière (contestée) avec le Chili. Le front du glacier qui se jette dans le lac Viedma est un mur de glace haut de cinquante mètres.

Le canevas :

Julían, un catalan ordinaire de Barcelone, se retrouve soudain seul héritier d'un oncle inconnu qui lui lègue au fin fond de la Patagonie un hôtel abandonné. Rien que le terrain vaudrait une fortune dans ce parc national où la construction est sous contrôle.
Une fois sur place pour régler ses affaires, Julían découvre dans la chambre 8 de "son" hôtel ... un cadavre momifié depuis de longues années.
Un de plus qui vient s'ajouter à deux autres découverts l'an passé, pris dans les glaces du Viedma.
Il va faire équipe avec Laura, une fliquette locale, héroïne récurrente de la série, pour percer les secrets de ces meurtres, de son oncle mystérieux et d'une étrange confrérie espagnole, la Fraternité des Loups, ...
Mais chacun sait que celui qui vient remuer le passé est rarement le bienvenu.
[...] Ce qui compte, c'est qu'à El Chaltén, il y a des règles. La tranquillité et la paix, c'est ce qui nous fait manger. Tu ne peux pas débarquer et tout détruire comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

♥ On aime un peu :

 On apprécie le dépaysement de cette carte postale dans une région peu fréquentée par les romans policiers. Nous voici loin de tout dans le village perdu d'El Chaltén (le nom du Fitz Roy en tehuelche) : lagunes colorées, sommets grandioses, glaces bleutées, ...
 On est un peu surpris au début par une prose bon marché et une mise en place un peu bâclée qui donne à tout cela un air de roman de gare, vite écrit, vite lu et vite oublié. Mais peu à peu, le charme de la région opère et l'on se laisse prendre par une intrigue plutôt bien montée dans l'atmosphère de secret qui entoure le village et l'hôtel. Un suspense hispanique qui nous balade de Catalogne en Patagonie.

Pour celles et ceux qui aiment les glaciers.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 15 avril 2024

La casse (Eugenia Almeida)


[...] Il ne faut pas que ça prenne de l’ampleur..

L'auteure, le livre (208 pages, avril 2024, 2022 en VO) :

Eugenia Almeida, c'est cette auteure argentine, journaliste et poète, qui avait fait une entrée remarquée en littérature avec L'autobus en 2007 suivi de La pièce du fond en 2010.
Il y eut également L'échange en 2016, mais c'est une auteure avare de ses mots (et ses bouquins sont d'ailleurs peu épais).
La voici de retour avec La casse, un roman noir urbain, si l'on veut lui coller une étiquette.

On aime beaucoup :

 Au fil de ses ouvrages Eugenia Almeida semble s'être donné comme but d'illustrer la théorie du chaos, celle du fameux effet papillon. Quand un petit événement ordinaire et insignifiant va venir bouleverser l'ordre des choses. 
Comme ce fameux autobus qui un beau jour de 2007 ne s'arrêta plus au village.
Et ce qui intéresse l'auteure ce sont les répercussions de ces événements d'apparence anodins sur les comportements, la réaction en chaîne, l'emballement nucléaire, les conséquences de l'effet papillon.
[...] Chercher le point de bascule où tout a commencé à s’effondrer.
 Il faut accepter de se laisser porter par la prose très elliptique de l'auteure qui ne s'embarrasse ni d'explications ni de descriptions. Le lecteur aura un peu de mal au début à situer tel ou tel personnage, savoir qui parle, qui a fait quoi, qui vient d'où, et bien sûr qui a une dette envers qui ... 
Mais peu à peu la musique d'Eugenia Almeida donnera le tempo et le roman finira par trouver son rythme.
On est pas vraiment dans un polar, un roman noir peut-être, à coup sûr le portrait au vitriol d'une Argentine gangrenée par la corruption.

Le pitch :

Deux petits voyous qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas et se font dessoudés.
Une voiture qu'il ne fallait pas voler. Pas celle-là.
[...] – Je ne t’ai rien demandé.
– Je sais. Mais j’ai pensé qu’il fallait leur mettre la pression. Pour que les choses soient claires.
– Mais tu ne leur as pas mis la pression, Noriega. Tu leur as collé quatre balles dans la peau. Chez eux. Et tu as foutu un bordel monstre.
– Ne pas les punir, ça revenait à dire que tout le monde peut faire ce qui lui chante.
Deux ou trois petits grains de sable, d'une apparence ordinaire et insignifiante, qui vont déclencher un sacré bazar.
Un chef de gang qui tient une casse de voitures (celle du titre), un patron de police ripoux, un amateur de vieilles voitures, un ministre corrompu, une voyante et un jaloux, des flics et des voyous, ...
Bien peu en réchapperont car bientôt les cadavres vont tomber comme des dominos, comme les conséquences imprévisibles du chaos.

Pour celles et ceux qui aiment les vieilles bagnoles.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce à NetGalley et aux éditions Métailié.
Mon billet dans le journal 20 Minutes.

mardi 26 juillet 2016

La peine capitale (Santiago Roncagliolo)

[...] Tout cela est trop grand pour toi.

Dans les années 70, les dictatures d'Amérique Latine mettent au point la tristement célèbre Opération Condor avec la bienveillance des États-Unis.
En 1978 a lieu la coupe du monde de football en Argentine.
Cette année-là, le Pérou ne sera pas champion du monde de foot, pas plus qu'il ne sera très actif parmi les condors. Ce petit pays se prépare même à des élections démocratiques !
Cette année-là, c'est dans ce décor, vu côté cour en quelque sorte, que nous assistons à l'éveil du héros conçu par Santiago Roncagliolo (héros qui trouvera sa pleine mesure dans l'opus suivant : Avril rouge) : un anti-héros plutôt, Félix Chacaltana Saldivar est aide archiviste, dans un sombre sous-sol du palais de justice.
Gentil gratte-papier, bureaucrate zélé, il vit toujours chez sa mère et n'a pas encore embrassé de fille.
Puceau en politique comme en amour, complètement dépourvu du sens de l'humour, maniaco-obsessionnel, il sera le grain de sable qui va venir gripper la belle mécanique des militaires.
[...] Au début, tout lui parut en ordre. Mais une lecture attentive révéla le problème. Un grave problème : il avait archivé des procès-verbaux sur des sujets familiaux dans la section des Atteintes à la Propriété privée.
[...] J'ai repris le dossier du procès-verbal d'irrégularité administrative migratoire mineure. Vous vous rappelez ? Celui que je ne peux pas archiver parce qu'il est incomplet. Je vais adresser une requête au troisième étage.
Comme les supérieurs de Félix, on pense avoir affaire à un imbécile un peu borné. Le simplet de service.
[...] Je n'arrive pas à décider si vous êtes très malin ou très bête.
– Je… je ne suis qu'un humble fonctionnaire, monsieur. Mon seul désir est que la loi soit respectée.
[...] Prends bien soin de toi, Félix, dit-elle en déposant un baiser sur sa joue. Tout cela est trop grand pour toi.
Et puis petit à petit, pas à pas, l'obstination procédurière du méprisable gratte-papier fera trembler la dictature. Son entêtement à classer le fameux  procès-verbal d'irrégularité administrative migratoire fera vaciller les militaires. Qui était donc ce migrant irrégulier ?
Au rythme des matches de la coupe du monde, au pas pesant de la bureaucratie, La peine capitale nous fait progresser lentement mais inexorablement dans la compréhension de l'intrigue construite par le péruvien.
Une intrigue où l'on retrouvera une fois de plus les enfants volés [clic] ...
Un livre grinçant et un point de vue original (par le petit bout de la lorgnette en quelque sorte) sur les dictatures sud-américaines de l'époque.

Pour celles et ceux qui aiment les bureaucrates.
D’autres avis sur Babelio.

dimanche 17 juillet 2016

Puerto Apache (Juan Martini)

[...] Et tout ce que tu espères, c’est qu’il y ait de meilleurs moments à vivre.

Qui donc avait dit, à propos des favelas :
[...] Nous sommes le problème du XXI° siècle.
Les habitants du bidonville de la villa miseria Puerto Apache, près de Buenos Aires (sans doute inspiré de la Villa 31 ou de la Villa Rodrigo bueno à la Costanera Sur), se sont approprié le slogan et ont affiché cette banderole à l'entrée de leur bidonville.
Et à l'heure où les JO pas très riants de Rio tentent (bien mal) de masquer ce problème du XXI° siècle,  Juan Martini nous invite à une balade toute indiquée dans l'équivalent argentin des favelas : les villas miserias ou villas de emergencia.
Avouons qu'il faut quelques pages pour s'habituer au texte (un récit raconté à la première personne) sec et violent, qui ne fait guère de concessions et ne laisse guère de place au confort du lecteur. Mais le cap franchi, on se laisse ensuite porter par les aventures de celui qu'on surnomme le Rat.
[...] Y’a pas longtemps, j’ai vu un film où un mec demandait pardon d’être né riche. C’était pas un film argentin : ici, personne aurait ce genre d’idée.
[...] On doit bouffer, comme tout le monde. On essaie de gagner notre vie, comme presque tout le monde.
[...] Et tout ce que tu espères, c’est qu’il y ait de meilleurs moments à vivre.
[...] À Puerto Apache il y a, je sais pas, vingt ou trente blocs. On a tracé les rues, on a tiré au sort, on a donné à chacun sa parcelle, mais on a rien brûlé. S'il y avait des arbustes ou des plantes à déplacer, on les a déplacés. On est pas venus ici pour tout saccager. On est venu ici parce que les gens ont besoin d'un endroit pour vivre. Nous, on est réglos.
Le Rat est dans de sales draps. Des amis ne lui veulent pas que du bien, il vient de se faire tabasser et les nanas (bon déjà que y'en n'a pas qu'une) les nanas, c'est pas tout à fait ça non plus.
C'est noir, c'est violent. La balade dans les villas miseria n'a vraiment rien de touristique.
Mais c'est plutôt très bien écrit, même si l'on regrette quelques répétitions un peu trop introspectives. Quelques longueurs qui ne nous empêcheront pas de goûter les saveurs d'un récit fait de digressions qui s'accrochent les unes aux autres, de récits qui s'emboîtent les uns dans les autres et de toute une galerie de personnages qui eux aussi, semblent s'accrocher les uns aux autres : le Rat, le Pélican, le Vieux, Madame Jeanne, le Tordu, le Moustachu, Toti, la belle et lointaine Marù, ...
[...] Il y a des fois où on ne pense à rien. C’est des moments rares, parce qu’on a presque toujours la tête encombrée.
[...] Parfois, sans qu’on s’en rende compte, la vie bifurque et nous fait prendre un chemin différent. Quand ça se produit, il faut être prêt à embarquer. À monter dans le train de la vie, pour aller là où il nous emmène. On n’a pas toujours assez d’argent pour payer les péages. La vie aussi des fois, elle a un train au-dessus de nos moyens. C’est pas si différent de ce qui arrive avec les femmes.
[...] Qu’est-ce que ça fait, de venir d’un pays qui n’a pas la mer ?
[...] Moi, j’aime bien savoir comment on écrit les mots. C’est une manie que j’ai, voire une obsession, comme disait ma mère. La pauvre. Elle peut même plus lire le journal. Heureusement qu’elle a la télé pour se tenir au courant de ce qui se passe. « Toi, mon petit Pablo, tu as un truc avec les mots », qu’elle me disait quand j’étais petit.
Tout comme son Rat, Juan Martini a visiblement 'un truc avec les mots' et sa prose originale mérite le détour par les villas miserias de Buenos Aires.

Pour celles et ceux qui aiment les bidonvilles.
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vendredi 4 septembre 2015

La mort lente de Luciana B. (Guillermo Martinez)

Meurtres en série aléatoire.

Déception que cette Mort lente de Luciana B. de l'argentin Guillermo Martinez .
En dépit d'un début prometteur dans le style un peu suranné d'Edgard Poe, la mort lente sera plutôt celle du lecteur.
[...] Ses romans, dès les premiers paragraphes, éblouissaient, tels les phares d'une automobile sur la route, et l'on découvrait trop tard qu'on s'était transformé en un lièvre terrifié, figé et palpitant, incapable de faire autre chose que de continuer à tourner les pages, hypnotisé.
Deux écrivains, l'un est célèbre, l'autre est jaloux.
Tous deux font dans l'exercice de style et la construction alambiquée : crimes parfaits et probabilités mathématiques, jeux de musiques, de go et de hasard seront au menu.
Entre ces deux hommes, au centre du terrain de jeu, une jeune et jolie femme qui joue les dactylos et les séductrices.
Le plus tordu de ce trio infernal n'est pas celle ou celui qu'on pense ou plus exactement, le lecteur se retrouve bien seul face à trois esprits tordus (sans compter l'auteur, le vrai !).
Alors qui manipule qui ? Qui mène le jeu ? Des trois histoires, des trois points de vue, quel est le délire le plus paranoïaque ? Combien y'a-t-il de 'vérité(s)' ? Mais y'en a-t-il seulement une ?
Malheureusement le livre souffre de la froideur théorique de sa construction même : trois personnages sans chaleur, pas un de plus, une écriture qui s'avère finalement assez plate et un dénouement très en-deçà de ce que l'on avait cru entrevoir.
La savante mise en abyme (j'écris un livre sur un gars qui écrit un livre sur un gars qui écrit un livre sur ...) apparait bien vaine et les réflexions sous-jacentes sur l'écriture et son rapport au réel apparaissent bien nombrilistes.

Pour celles et ceux qui aiment les délires paranoïaques.
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lundi 19 janvier 2015

L’aiguille dans la botte de foin (Ernesto Mallo)

Le tango se danse même avec un fantôme

Décidément l’Amérique du Sud et l’Argentine auront été à l’honneur en 2014. Après Mapuche, Wakolda, Luz ou le temps sauvage, voici L’aiguille dans la botte de foin de Ernesto Mallo, qui signe le début d’une série policière (prometteuse).
Ce pays au passé mouvementé et tourmenté nous attire et nous fascine.
Et il est encore question ici de la dictature des années 70-80 et des bébés volés déjà évoqués dans Mapuche et Luz .
Sur cette toile de fond historique, l’argentin Ernesto Mallo nous peint un polar plutôt bien fichu, dans les tons bien noirs, ça va de soi.
Par un froid matin d’hiver, le commissaire Perro Lascano est appelé sur un terrain vague pour deux cadavres, deux subversifs, la tête criblée de balles (on apprendra plus tard pourquoi les milices semblent gaspiller ainsi leurs munitions) : jusque là rien de bien nouveau sous le soleil argentin, c’est la routine de la justice expéditive de cet état policier. Inutile d’investiguer, mieux vaut classer le dossier.
Sauf que sur place, Perro découvre un troisième cadavre qui n’a rien à voir avec ceux des deux jeunes gauchistes.
Chapitre après chapitre on fait la connaissance de toute une galerie de personnages qui souffrent ou profitent, c’est selon, du climat délétère dans lequel la junte a plongé Buenos Aires.
Au centre de la galerie de portraits, le commissaire Lascano erre comme une âme en peine.
En peine de sa dulcinée Marisa, disparue beaucoup trop tôt et qui revient le hanter, de jour comme de nuit. Si bien qu’Ernesto Mallo parvient même à nous faire croire aux fantômes :

[…] Chaque être, par le simple fait de vivre, émet une radiation qui se projette dans l’espace. Pareille aux étoiles, cette radiation continue de voyager, peut-être même éternellement, même lorsque la personne qui est à l’origine de cette émission a disparu. Marisa est morte, on ne peut pas revenir là-dessus, mais ses radiations continuent de parvenir jusqu’à toi. Et Marisa était un être exceptionnellement radieux. […] Lorsque tout s’éteint, pendant la nuit, lorsque tout est silencieux, c’est à ce moment-là que les signaux arrivent, comme la lumière des étoiles mortes. C’est ça les fantômes.

Au fil de l’écriture très maîtrisée d’Ernesto Mallo (une écriture qui rappelle le style des bons vieux polars noirs), l’enquête de Lascano avance très lentement mais l’inspecteur se montre aussi obstiné qu’un chien (d’où son surnom : Perro) et finira, en même temps que nous, par connecter les différents personnages croisés en chemin … pour une fin déroutante et désespérée, on est en Argentine.
Est-ce une Amérique du Sud désabusée qui veut cela ? L’ambiance dépeinte par Ernesto Mallo rappelle un peu (l’humour en moins, on est en Argentine) celle du chilien Ramón Díaz Eterovic et des enquêtes de don Heredia à Santiago.
Mais on est en Argentine, en pleine dictature et le regard d’Ernesto Mallo est encore plus sombre, plus désespéré que celui du chilien.
En dépit de cette noirceur, la belle écriture de l’auteur fait qu’on a quand même hâte de repartir à Buenos Aires pour une nouvelle enquête aux côtés de Perro Lascano (ce sera bientôt Un voyou argentin, déjà paru en français).


Pour celles et ceux qui aiment les polars sur fond historique.
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jeudi 20 novembre 2014

Mapuche (Caryl Férey)

Les enfants volés de la dictature Argentine (bis)

Voilà bien longtemps qu’on avait lu un bouquin du français Caryl Férey, grand voyageur et coutumier de polars ethniques.
On se rappelle bien sûr de Utu, de Haka, de Zulu (récemment adapté au cinéma [clic] ).
C’est Nadine qui nous aura invités à repartir en voyage avec Caryl Férey Airlines : après la Nouvelle-Zélande, après l’Afrique du Sud, ce sera cette fois pour l’Argentine avec Mapuche.
Où il est à nouveau question des sombres années de la dictature et des enfants volés que pleurent les grands-mères sur la Place de Mai [clic] : rappelez vous l’histoire de Luz, c’était cet été, un roman d’Elsa Osorio [clic].
C’est donc sur le rappel de ce même fond historique que va se dérouler le thriller de Caryl Férey (qui se déroule de nos jours).
[…] Parmi les cinq cents bébés volés durant la dictature, beaucoup n’étaient pas répertoriés à la BNDG, la banque génétique. La plupart de leurs parents n’avaient jamais réapparu, pulvérisés à la dynamite, brûlés dans des centres clandestins, incinérés dans les cimetières, coulés dans le béton, jetés des avions : sans corps exhumés ni recherchés par les familles, ces enfants resteraient à jamais des fantômes. On confiait les bébés à des couples stériles proches du pouvoir, officiers, policiers, parfois même aux tortionnaires, faux documents à l’appui.
Le roman a un peu de mal à démarrer.
Notre auteur voyageur en fait des tonnes dans le registre touristique à Buenos Aires.
[…] Bastion populaire au sud du centre-ville, la municipalité essayait de réhabiliter le quartier autour de la Plaza Dorrego, ses bars et son marché aux puces.
Notre auteur rockeur en fait également des tonnes dans le registre sordide et social des bas-fonds argentins (façon : les travelos naissent en Amérique du Sud).
Faut reconnaître que côté plume, Caryl Férey n’hésite pas à prendre des risques, et c’est au prix, parfois, de quelques maladresses qu’il arrive aussi, souvent, à placer de superbes envolées.
[…] Jana sourit enfin, en grand, les yeux comme des diamants. Et le monde changea de peau : elle aussi avait l’âme bleue.
[…] Un spectre amoureux qu’elle aimait à balles réelles.
[…] La Mapuche passa la main par la vitre ouverte pour absorber un peu de fraîcheur, la reposa sur le genou de Rubén endormi, et la laissa grésiller.
Après une première partie peu convaincante, l’histoire et les personnages se mettent en place et on va se laisser prendre par l’enquête menée par le couple de héros que forment Jana, indienne mapuche, et Rubèn, pseudo-détective (pas toujours crédible en justicier invincible).
Tous deux portent les stigmates du passé et vont se trouver embarqués dans une cavalcade pourtant très actuelle.
[…] La fêlure était maintenant béante. Il n’avait rien dit aux autres, rien montré. Il avait vu la Mort, celle qu’on ne doit pas voir, sous aucun prétexte, sauf à devenir fou.
Faut avoir l’estomac bien accroché pour suivre Jana et Rubèn tout du long, au fil des péripéties d’aujourd’hui et des souvenirs du passé.
Le notre (d’estomac) s’est un peu crispé sur la dernière partie qui comporte quelques scènes un peu gores (et qu’on trouve toujours un peu trop facilement racoleuses) : quelques ellipses auraient sans doute été bienvenues.
Une lecture éprouvante mais un roman beaucoup plus passionnant que celui d’Elsa Osorio pour découvrir le passé trouble de l’Argentine.
Et de quoi nous donner envie de relire Zulu et les autres.

Pour celles et ceux qui aiment voyager, y compris dans le passé récent.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 3 juin 2014

Luz ou le temps sauvage (Elsa Osorio)

Les enfants volés de la dictature Argentine.

Entre 1976 et 1983 l'Argentine survit sous la dictature militaire soutenue, à la mode franquiste, par l’Église catholique. La répression s'inspire des techniques de la guerre sale d'Algérie : enlèvements et tortures. Nombreux furent les 'disparus'.
Parmi les jeunes femmes emprisonnées, certaines étaient enceintes : avant de 'disparaître', elles eurent le temps d'accoucher et de donner naissance à un bébé qui leur fut enlevé et que de bonnes familles catholiques s'empressèrent d'accueillir en effaçant au passage toute trace de son identité d'origine.
Le plan était bien organisé et on estime que plus de 500 enfants ont reçu ainsi une nouvelle identité.

[…] Il veille personnellement à ce qu’elle soit bien nourrie, parce que là-bas il paraît que c’est infect.
– On lui donnait une nourriture spéciale et ils ne la torturaient pas comme ils le faisaient aux autres.
– Tu trouves que ce n’est pas une torture d’être là-bas et de savoir que toutes ces attentions, ce régime spécial, c’était pour lui voler son enfant – la haine voilait la voix de Carlos. Ils venaient là pour choisir les mères, comme si c’était un vivier d’êtres humains ! C’est monstrueux, aberrant.

La génération des parents a 'disparu' et depuis ce sont les Grands-mères de la Place de Mai [clic] qui tentent de retrouver leurs petits-enfants et de leur redonner leur véritable filiation.
Avec Luz ou le temps sauvage, c'est l'histoire d'une de ces enfants volés que nous conte Elsa Osorio.
Lili ou Luz (c'est selon) est maintenant devenue une femme et la naissance de son propre fils remet sa vie en question : de mensonge en mensonge, elle a toujours soupçonné ses 'parents' d'être illégitimes et la voici partie à la recherche de son histoire. Autant dire que le sujet est passionnant et éclaire d'un jour particulier l'Histoire récente de l'Argentine.

[…] Eduardo avait l’intention de dire la vérité à Mariana, mais il a toujours eu peur de sa réaction. Et il s’est passé ce qui se passe avec les mensonges, on en dit un qu’on cherche à rendre vraisemblable par un autre, puis un autre et on se trouve pris dans un essaim de mensonges d’où il devient difficile de s’extraire.

Malheureusement il faut beaucoup de courage pour venir à bout de ce gros pavé.
En dépit de quelques bonnes idées de narration inégalement exploitées (mélange des époques, des familles et des personnages), l'écriture d'Elsa Osorio est pesante et laborieuse et semble s'adresser à de jeunes ados.
Décrivant minutieusement le moindre geste et la moindre pensée de ses personnages, elle en fait des marionnettes de carton caricaturales et sans épaisseur, qui nous deviennent vite totalement étrangères.
On a beau être passionné par le contexte historique et l'âpreté de cette histoire (cette Histoire) terrible, on se trouve complètement dérouté par une narration, besogneuse, simpliste et parfois presque naïve : quel dommage.
À noter sur le même thème, pour celles et ceux que cela intéresse : La garçonnière d’Hélène Grémillon.


Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D'autres avis (plus positifs) sur Babelio.

jeudi 27 mars 2014

Wakolda (Lucia Puenzo)

Quand on n’a plus l’âge de jouer à la poupée.

On se souvient encore avec acuité des images terribles du Médecin de famille, un de nos coups de cœur de la fin de l’année dernière.
Lorsqu’on avait découvert à l’époque, que le film argentin avait été adapté d’un roman par son auteure elle-même, Lucìa Puenzo, on s’était promis de découvrir le bouquin.
Même si l’on sait d’avance que dans ce sens là (film → livre) c’est jamais l’idéal, puisque les images du grand écran viennent un peu écraser celles qui pourraient être suggérées au fil des pages. Mais, tant pis, une auteure qui adapte elle-même son propre roman à l’écran (et avec brio), ça valait forcément le détour.
Malgré cela, pas de déception à la lecture de Wakolda (le nom mapuche de la poupée de Lilith,  l’héroïne du film) où l’on retrouve avec précision l’atmosphère empoisonnée et étouffante qui faisait tout le charme vénéneux et létal du film.
En 1960, le médecin qui débarque au fin fond de la Patagonie dans la famille de Lilith(1), c’est Josef Mengele le sinistre tortionnaire nazi qui fuit en Argentine les agents du Mossad qui le recherchent activement : il dispose de quelques mois de répit en attendant que ses poursuivants règlent d’abord le cas d’Eichmann.

[…] Il avait consacré sa vie à libérer le monde des rats, et maintenant – fuyant comme un lâche, rejeté en marge de la société –, il commençait à en être un.

Née avant terme, la petite Lilith est depuis toujours affligée d’un déficit de croissance.
Une presque jeune femme dans un corps de poupée, voilà de quoi raviver les démons qui habitent le bon docteur qui se servira d’elle pour (entre autres …) tester ses hormones de croissance et qui va même se passionner pour toute la famille : le père fabrique des poupées, la mère est enceinte de jumeaux (chic, deux cobayes !), ils habitent une demeure digne de Shining et leurs voisins tiennent une clinique privée de chirurgie esthétique pour anciens nazis en cavale, … le décor est planté et tous finiront par tomber sous le charme envoûtant et diabolique de l’élégant et raffiné docteur. Allant même si besoin jusqu’à se persuader qu’ils ignorent qui il est réellement.

[…] Elle ouvrit le cahier et découvrit des pages et des pages de notes, de chiffres, de listes, de dessins. Les feuilles étaient couvertes d’illustrations : bébés et enfants avec des flèches qui sortaient de leurs yeux, de leurs têtes, de leurs membres et de leurs organes. Sur une page, deux corps étaient unis par le dos. Arrivée à la fin, Lilith se figea : en premier, elle reconnut sa mère, nue, enceinte. Ce n’était pas un dessin d’artiste, mais il était assez ressemblant pour ne laisser aucune place au doute. Autour d’Eva, une série de chiffres : mensurations, kilos estimés, mois de gestation. Homo arabicus, lut-elle. Son père figurait sur la page suivante, à côté de ses frères, également entourés de chiffres et de mensurations. Elle lut : Homo siriacus. Elle apparaissait en dernier.

Le bouquin consacre une grande place à la folie rationnelle de Mengele qui rêve de pouvoir modeler les corps comme on peut le faire des poupées, qui rêve d’atteindre la perfection (aryenne cela va de soi).

[…] Il posa les deux poupées sur la banquette arrière de sa voiture et resta un moment à les regarder… Elles étaient encore loin d’être comme il le désirait, mais le défi lui redonnait une vitalité qu’il croyait perdue. Il remplacerait la perruque en lin par d’authentiques cheveux humains qui seraient insérés dans la cire, à la main, avec une aiguille. Il voulait de vrais cils, des yeux en verre mobiles, des doigts et un cou articulés, des habits faits sur mesure. Il démarra, fasciné par la possibilité de réaliser bientôt deux poupées identiques, parfaites dans leurs proportions, blondes, aux yeux bleus. Si cela avait été aussi facile avec les créatures vivantes…, pensa-t-il. Le trouble l’empêcha de terminer sa phrase.

On se demande où la jeune et jolie Lucìa Puenzo va pêcher ses horribles histoires mais l’on a appris depuis le Médecin de famille, qu’elle est fascinée par la transformation des corps et des genres(2).
L’adolescente Lilith qui se fait la complice de Mengele pour transformer son corps (pour enfin grandir et ne plus être l’objet de moqueries) permet d’explorer de sombres recoins de notre humanité.

[…] L’amour est un acte qui ne peut être réalisé sans complice, lui avait-il dit lorsqu’ils s’étaient rendus au bunker patagonique du Führer. Elle ne comprit la phrase que des années plus tard. Et ne l’oublia jamais non plus. Un jour, la certitude d’avoir été sa complice la torturerait bien plus que tous ses autres secrets.

Peut-être est-ce dû au sens de la lecture (cinéma → livre) qui laisse rarement toute sa place à la chose écrite, mais on a trouvé le film de l’auteure plus abouti, plus construit, un peu moins focalisé sur le seul ‘couple’ Mengele/Lilith et qui offrait d’autres pistes de lecture, d’autres histoires entrecroisées.
On ne saurait trop vous conseiller de lire ce livre et surtout de voir le film qui est sorti en DVD.

(1) - quel prénom ! plus ou moins fille du diable, première femme d’Adam (avant Eve), la nymphette mythique incarnera le démon féminin jusqu’à la Lolita de Nabokov
(2) - autre roman, autre film (également réalisé par elle-même), XXY (qu’on n’a pas lu ni vu) évoque une adolescente hermaphrodite


D’autres avis sur Babelio. Sandrine en parle.

mardi 16 octobre 2012

Une douce flamme (Philip Kerr)

Cold case chez les SS.

Chez le britannique Philip Kerr, il y a des hauts et il y a des bas. Faut dire qu'avec l'excellente Trilogie berlinoise, la barre avait été haut placée.
Mais, allez savoir pourquoi, on aime beaucoup beaucoup son personnage, Bernie, tantôt flic, tantôt privé, parfois rebelle, parfois complaisant, selon les époques de cette trouble période de l'Allemagne nazie ...
Alors on est bien content de retrouver un excellent épisode avec cette Douce flamme.
Avec un montage très habile puisque l'histoire (pardon l'Histoire avec Philip Kerr) ici se fait double : d'un côté les années 30 quand Bernie était encore flic à Berlin, de l'autre côté l'Argentine des années 50 où les nazis trouvent refuge.
Entre les deux, ‘on’ demande à notre Bernie de ré-ouvrir outre-Atlantique un dossier berlinois qu'il avait dû classer sans suite vingt ans plus tôt. Et quand on lance Bernie sur une enquête, il n'est pas facile de le manipuler ou de lui faire lâcher prise ...
Vingt ans après ... ou Cold case chez les SS ...
[...] « Les enquêtes criminelles marchent de la façon suivante, Arthur : quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur.— Comme un nouveau meurtre ? » J’acquiesçai. Nebe demeura un instant silencieux.Puis il ajouta : « Oui, je peux comprendre ça. N’importe qui peut le comprendre. Même vous.
— Moi ? Qu’est-ce que vous voulez dire, Arthur ?
— Quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur ? C’est le seul motif pour lequel quelqu’un irait voter pour les nazis. »
Alors on est enchanté de découvrir les débuts de Bernie à la Kripo de l'Alexander Platz (le Quai des Orfèvres berlinois).
Et au chapitre suivant, on est passionné par la découverte de l'Argentine fasciste de Perón. Le mélange est parfaitement dosé.
Comme toujours chez Philip Kerr, l'histoire cède le pas à l'Histoire au prix de quelques rocambolesques invraisemblances qui permettent à Bernie de côtoyer Goebbels, Eichman ou Mengele (rien que du beau monde !).
Mais qu'à cela ne tienne, on aime bien ces troubles balades dans les pages sombres de l'Histoire.
Comme ses compatriotes exilés, Bernie a vieilli et reste hanté par les mauvais épisodes de son passé (on le serait à moins).
D'autant que l'instructive postface jettera un regard désabusé sur le sombre passé de l'Argentine qui, à cette époque, avait décidé de retenir le meilleur de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie de Mussolini. Une postface où l'on découvrira que les tribulations rocambolesques de Bernie étaient construites sur un bien sinistre fond de vérités à peine romancées. À peine : Philip Kerr n'a malheureusement pas besoin de prendre trop de libertés avec l'Histoire.
On peut sauter l'épisode précédent (La mort entre autres) qui évoquait la fuite de Bernie vers l'Amérique du Sud en compagnie de quelques uns de ses « amis » et compatriotes, mais il ne faut pas manquer l'excellente Trilogie avant de poursuivre avec cette petite flamme argentine.
[...] Les nazis parlaient d’un Reich de mille ans. Mais, parfois, je me dis qu’à cause de ce que nous avons fait, le nom de l’Allemagne et les Allemands sont couverts d’infamie pour mille ans. Qu’il faudra au reste du monde mille ans pour oublier. Vivrais-je un millier d’années que jamais je n’oublierais certaines des choses que j’ai vues.
La flamme argentine de Perón s'éteindra bientôt, noyée dans la dictaturomanie sudaméricaine, mais elle aura suffisamment éclairé l'Histoire pour confirmer définitivement que le fascisme n'était pas qu'un accident italo-allemand.
Soixante ans après, l'Allemagne tire l'Europe et n'est plus couverte d'infamie : est-ce parce que le monde veut oublier ou plutôt parce qu'inconsciemment chacun sait bien que le fascisme a rencontré trop de complaisances et même d'adhésions pour qu'on puisse tout mettre sur le dos de l'Allemagne ?

Pour celles et ceux qui aiment Bernie et les histoires avec de l'Histoire dedans. 
Ces pages datent de 2008 en VO et sont traduites de l'anglais par Philippe Bonnet. 
D'autres avis sur Babelio.

mercredi 12 mai 2010

La pièce du fond (Eugenia Almeida)

En regardant infuser le maté.

Après L'autobus dont avait parlé il y a deux ans jour pour jour, voici un second livre étrange venu d'Argentine : La pièce du fond, d'Eugenia Almeida.
Comme avec l'autobus, la vie tranquille et endormie d'une petite ville de province est perturbée par un évènement insolite ... les comportements routiniers vacillent, les langues se délient ...
Cette fois c'est un vieil homme, à demi SDF, qui s'installe sur un banc de la place.
Il ne dit pas un mot, n'ouvre pas le bec. À peine pour manger lorsque la petite serveuse du café lui apporte en douce le menu du jour.
Eugenia Almeida excelle à dépeindre l'immobilisme, l'attentisme, le caractère immuable des gens et des choses lorsque la vie s'est arrêtée : le village et ses habitants sont comme écrasés de chaleur et de soleil.
L'un des flics du village finit par embarquer le vagabond muet et l'envoie vers les psys de la ville ...
Son collègue trouve qu'il en a fait un peu trop et se met à la recherche du vieil homme, tout comme la petite serveuse du bar. Ils rencontreront une étrange psy. Ces trois-là vont se croiser, se rencontrer, s'éloigner, tournant autour de l'absence du vieil homme muet que l'on ne reverra plus : un seul être vous manque et cela suffit pour bousculer vos habitudes, pour remuer le fond de vos pensées.
Chacun part à la recherche de la clé qui permet d'ouvrir la pièce du fond, du fond de sa tête, la pièce aux souvenirs soigneusement enfouis sous la poussière ...
Eugenia Almeida a une belle écriture sobre et sèche, sans effets ni esbroufe. Mais c'est une écriture difficile et exigeante. On avait trouvé un peu plus facile d'embarquer dans L'autobus.

Pereyra est le flic qui a embarqué le vagabond, son collègue Friàs partira à sa recherche :
[...] - Mais pourquoi tu te casses la tête à cause de ça ?
- Parce que je veux savoir comment il va.
- Toujours pareil. Il ne parle même pas.
Pereyra se tait, pris de doute, puis demande :
- Avec toi il a parlé ?
- Ce n'est pas nécessaire.
Friàs reprend la pipette dans sa bouche pour aspirer une ultime gorgée de maté.
- Écoute vieux. Je sais que tu fais tout ça avec de bonnes intentions. Mais tu ne peux pas t'occuper de tout.
- J'aimerais bien parler avec lui, dit Friàs en passant sa main sur la table. Pour enlever la poussière du verre, en caressant ou effaçant ce qui n'y est pas.
- Toi, alors ! Si l'autre ne répond pas, ce n'est pas une conversation.
- Tu ne comprends pas. Il me regardait. Il ne parle pas, mais il écoute. Je lui racontais des choses ... des choses de moi. Tu vas finir par piger.
- Allez, ne te fâche pas. Raconte-les moi.
- Ce n'est pas pareil.
- Trop aimable, dit Pereyra en feignant d'être vexé.
- Ce n'est pas toi qui est en cause.

Un livre où l'on découvre l'art et la manière de faire infuser le maté.


Métailié édite ces 200 pages traduites de l'espagnol par François Gaudry et qui datent de 2007 en VO.
Pour celles et ceux qui aiment quand il ne se passe rien.

lundi 12 mai 2008

L’autobus (Eugenia Almeida)


En regardant passer les trains.

Un livre étrange venu d'Argentine.
L'autobus de Eugenia Almeida.
Dans un petit village perdu loin de Buenos Aires, l'autobus qui habituellement dessert le village tous les soirs ne s'arrête plus ... un soir, le lendemain, trois soirs ...
Le passage à niveau reste fermé et le train ne passe plus ...
Que se passe-t-il donc ?
En fait peu importe, l'essentiel est dans les répercussions de ces évènements d'apparence anodins sur les comportements des habitants.
Ces perturbations du train-train (ah !) forcent les langues à se délier, les secrets à se dévoiler, tout doucement, peu à peu.
Dans une ambiance proche du Rapport de Brodeck même si le contexte est tout différent.

[...] - Tu as vu que cela fait deux soirs que l'autobus ne s'arrête pas ?
Les hommes s'attardent au bar, à un coin de rue où ils fument une cigarette, à la sortie de l'usine, de la coopérative. Tous disent la même chose.
- Tu as vu que cela fait deux soirs que l'autobus ne s'arrête pas ?
La chose parvient jusqu'à l'école. Les élèves du cours moyen discutent, étendus par terre sur le petit terrain de sport.
- Mon père dit que l'autobus ne s'arrêtera plus jamais.
- Il faudra bien qu'il s'arrête quand il n'aura plus d'essence.
- Mais non, idiot, c'est dans le village qu'il ne s'arrêtera plus jamais.
- Et alors ? De toute façon, nous on ne va jamais nulle part.

Dans ce village où la voie de chemin de fer sépare les nantis des autres, dans ce pays où se succèdent les régimes militaires, la lâcheté des uns fait écho à l'aveuglement des autres.
Finalement, l'Argentine n'est peut-être pas si loin du pays de Brodeck ...


Métailié édite ces 125 pages traduites de l'espagnol par René Solis.
Pour celles et ceux qui aiment attendre l'autobus.
Les avis de Cuné, Clarabel, de Flo et du Cerisier.