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mardi 2 février 2021

Fouché (Stefan Zweig)

[...] Le plus parfait des disciples modernes de Machiavel.

Le suisse Stefan Zweig a mis sa très belle plume au service de quelques grands hommes de l'Histoire, pas toujours bien connus, et on continue cette série des "vies", après celles d'Amerigo Vespucci ou de Magellan, avec celle du français Joseph Fouché.
Fouché le mal-aimé, "le mitrailleur de Lyon", disciple moderne de Machiavel, girouette diplomatique, anguille politique insaisissable mais redoutable, tour à tour professeur ecclésiastique, pilleur d’églises, communiste, riche millionnaire et enfin duc d’Otrante.
[...] Ce n’est pas un bel homme, il s’en faut de beaucoup. Un corps maigre, d’une sécheresse presque spectrale ; un visage étroit, osseux et anguleux, d’une laideur désagréable.
[...] Cet homme tenace et d’une puissance de travail inouïe a toujours l’air fatigué, malade, convalescent.
Outre la qualité de l'écriture de Zweig (une très belle prose ici), cette bio de Fouché est passionnante tout simplement parce qu'elle nous fait traverser quelques années troubles de notre Histoire, quelques années pas toujours bien connues : de la Révolution de 1789 à la restauration en 1815, années qui virent Fouché se confronter (et survivre) à Robespierre et à Napoléon, excusez du peu !
[...] Tous ceux qui le voient ont l’impression que dans ses veines ne circule pas un sang chaud et rouge. Et en vérité, même moralement, il appartient à la race des êtres à sang froid.
[...] Robespierre et Napoléon se briseront tous deux contre cette impassibilité de pierre. 
Au fil de la Convention, du Directoire, du Consulat et de l'Empire, la trajectoire étonnante de Fouché permet à Zweig de nous donner un point de vue sur ces années bien étonnant : on y redécouvre un Napoléon belliqueux et colérique, empêtré dans les affaires de son clan corse ainsi qu'un Robespierre qui préfigure les dictateurs modernes des révolutions socialistes (les Mao ou les Staline par exemple).
[...] Une révolution, il le sait, dans son expérience précoce, n’appartient jamais au premier qui la déclenche.
[...] Se tenir dans l’obscurité a été pendant toute sa vie l’attitude de Joseph Fouché : n’être jamais le détenteur apparent de l’autorité et, pourtant, la posséder entièrement.
Quelques longueurs tout de même mais parce que les trahisons et volte-face de Fouché se répètent au fil des péripéties historiques !

Pour celles et ceux qui aiment les politiciens.
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jeudi 7 janvier 2021

Magellan (Stefan Zweig)

[...] Au commencement étaient les épices.

Stefan Zweig avait plus d'un tour dans son sac d'écrivain et a commis quelques petits opuscules, à moitié leçon d'Histoire, à moitié bio, comme celle d'Amerigo Vespucci ou celle-ci de Magellan.
Une Histoire d'aventures et d'explorations à une époque de découvertes :
[...] L’humanité découvre la planète sur laquelle elle s’agite depuis des temps incalculables. 
Une furieuse épopée que celle de ces marins d'un tout petit pays, qui seront passés en une ou deux générations et une centaine d'années, de modestes barcas de pêcheurs côtiers à l'armada qui contrôlait la moitié des mers du globe.
[...] Alors qu’en 1418, sous Henrique, la nouvelle que les premières « barcas » avaient atteint Madère avait fait sensation, en 1518, les vaisseaux portugais – que l’on compare ces deux distances sur la carte – mouillent déjà à Canton et au Japon.
Curieusement la couronne portugaise refait la même erreur et après avoir refusé de financer l'équipée de Christophe Colomb, de nouveau pousse Fernão de Magalhães à vendre lui aussi, ses talents et ses ambitions au royaume voisin d'Espagne.
Un étrange bonhomme que ce Magellan, longtemps resté dans l'ombre, et qu'on devine solitaire et ombrageux, renfermé et taciturne, fier et entêté, et presque paranoïaque sous le portrait malgré tout enthousiaste qu'en brosse Stefan Zweig.
Comme Colomb, Magellan partira lui aussi sur de fausses hypothèses : il était convaincu que le fameux passage vers l'ouest devait se trouver aux alentours du 35ème parallèle alors qu'il ne s'agissait que du Rio de la Plata (la baie de Buenos Aires). 
[...] C’est par centaines qu’on compte les inventions qui dans tous les domaines de la science sont sorties de fausses hypothèses.
Heureusement, son entêtement le conduira beaucoup plus au sud pour finalement découvrir le passage qui portera son nom.
Un passage difficile à naviguer qui tombera peu à peu dans l'oubli tandis que Magellan trouvera une fin.
[...] Ce « paso » qui devait selon le rêve de Magellan devenir la plus grande route commerciale entre l’Europe et l’Orient.
Mais il en restera une vérité inattaquable :
[...] Ce que les savants supposaient depuis des milliers d’années est devenu, grâce au courage d’un individu, une certitude : la terre est ronde et voici un homme qui vient d’en faire l’expérience.
[...] La preuve est faite que la terre est une boule et toutes les mers une seule mer.

Pour celles et ceux qui aiment les navigateurs.
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vendredi 19 octobre 2007

Amerigo (Stefan Zweig)

Un vrai-faux procès en paternité géographique.
À la lettre «Z» se trouve l'incontournable Stefan Zweig.
L'occasion est belle de découvrir ou redécouvrir un petit opus original et passionnant : Amerigo, récit d'une erreur historique.
Zweig y brosse en quelques coups de plume le portrait de cette époque charnière : celle de l'ouverture au monde de la vieille Europe, le moment où les espagnols croient redécouvrir les Indes, les portugais le Brésil et d'autres encore l'Afrique du sud, bref, l'époque où l'on comprend enfin ce que l'on savait déjà sans comprendre : la Terre est ronde.
De ce petit opuscule d'une centaine de pages, le prétexte (mais n'est-ce vraiment qu'un prétexte sous la plume de Zweig ?) peut paraitre futile : pourquoi donc a-t-on donné à ce Nouveau Monde le nom d'Amérigo Vespucci alors que Christophe Colomb était passé par là avant lui ?
C'est qu'au-delà de leurs voyages respectifs, ces deux-là n'étaient pas embarqués dans la même galère : Amérigo eut le mérite d'écrire, même si ce n'était que quelques lettres de commerçant, et si les voyages permettent certes, de s'envoler, les écrits, eux, restent.
D'autant plus que ceux d'Amérigo furent traduits, repris, transposés, interprétés et même transformés ...
[...] De toutes les feuilles volantes de cette époque, depuis la première lettre où Colomb, en 1493, annonçait avoir atteint des îles proches du Gange, aucune n'a eu un retentissement aussi large et aussi profond que les huit pages de cet Albericus totalement inconnu jusque là. [...] Le grand succès de ce livret minuscule est très compréhensible. Car cet inconnu, ce
Vespucci, est le premier de tous les navigateurs qui sache raconter, et de manière amusante.
Et si cette époque fut bien celle des voyages, on tient peut-être là (avec ce vrai-faux procès en paternité géographique) une des premières affaires où la chose écrite pris le pas sur la réalité des faits.
Un petit récit historique et intelligent, captivant comme un polar et passionnant comme pouvait l'être l'aventure humaine à cette époque.

Pour celles et ceux qui auraient aimé découvrir l'Amérique avec Christophe Colomb. 
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