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vendredi 5 novembre 2021

Denali (Patrice Gain)

[...] La nuit s'était posée sur la rivière.

On continue de parcourir les aventures racontées par Patrice Gain qui cette fois, nous emmène aux US au pied du Denali.
Le Denali c'est le McKinley, 6200 mètres et plus haut sommet d'Amérique du nord, un sommet qui a repris son nom indigène il y a quelques années.
À quinze ans, le jeune Matt se retrouve quasi orphelin : son père est décédé dans l'ascension du Denali, sa mère ne s'en remet pas et se retrouve internée en psychiatrie, son frère bascule dans la délinquance et, pour faire bonne mesure, sa grand-mère qui l'avait pris en charge vient de passer l'arme à gauche. 
Pas cool, la vie de Matt perdu dans un chalet au pied des Bitterroots mountains.
Et justement on trouve que l'auteur en a fait un petit peu trop dans le registre du pauvre orphelin pris dans l'engrenage terrible d'une vie impitoyable.
Il reste quand même un bel exercice de style auquel Patrice Gain excelle : le frenchy sait faire du nature-writing comme les meilleurs américains.
[...] J'ai cherché une zone facilement accessible et je me suis installé. J'ai fait un trou dans la glace, allumé un feu à côté, puis j'ai monté une mouche sur une soie que j'ai laissée flotter à la surface de l'eau. La nuit s'était posée sur la rivière. Seules les cîmes étaient encore baignées d'une pâle lumière rose. Les truites sont venues se positionner sous le halo du feu et en une demi-heure j'avais effectué trois belles prises. Je les ai fait cuire en écoutant la nuit et le craquement du bois. Des oies cherchant un abri s'étaient présentées dans l'axe de la rivière à basse altitude. J'étais apaisé et pleinement conscient de ce que je vivais. La rivière.
Roman noir, roman d'apprentissage, pêche à la mouche et randonnée, mauvaises fréquentations, secrets de famille, ... l'auteur ratisse large mais tout comme Le décevant Scorpion, c'est loin d'être le meilleur bouquin de Patrice Gain.

Pour celles et ceux qui aiment la pêche à la mouche.
D’autres avis sur Bibliosurf.


dimanche 24 octobre 2021

La naufragée du Lac des Dents Blanches (Patrice Gain)

[...] C'est à cause d'un naufrage.

Patrice Gain est un professionnel de la montagne né au bord de la mer : c'est dire s'il est à son aise pour nous conter cette histoire qui trace un trait d'union entre deux naufrages, à son aise pour nous faire vivre la traversée de la mer d'Irlande tout comme une marche dans les neiges et les glaces.
Deux marins pêcheurs perdent leur bateau au large de Belle-Île et se retrouvent en villégiature dans un chalet de Haute-Savoie.
Nos deux naufragés vont en repêcher une troisième, dans le Lac des Dents Blanches : une black perdue en pleine montagne.
[...] - Merde, dit Léon, une Noire !
[...] - C'est une naufragée. Je viens de la repêcher sur la rive du lac.
Saamiya fuyait les shebabs de Somalie avant de tomber dans le lac. Quelques pages racontent son épopée, récit incroyable de la misère et du malheur : la jeune femme était en chemin pour récupérer sa petite fille auprès d'une ONG suisse.
Le quatuor (nos trois naufragés sont accompagnés d'un vieux montagnard bougon) le quatuor improbable se met donc en route ...
[...] - Pourquoi vous faites tout ça pour moi ?
- Parce que t'es tombée là où nous étions, près du lac, à bout de force et que tu avais besoin d'aide, je suppose.
Avec humour, c'est une fable, une feel-good story que nous conte Patrice Gain, une fable bienveillante pour les petites gens comme cette trop jeune mère somalienne et les trois vieux schnocks qui l'accompagnent dans sa quête.

Pour celles et ceux qui aiment les contes de Noël.
D’autres avis sur Babelio.

vendredi 22 octobre 2021

Le sourire du scorpion (Patrice Gain)

[...] Goran avait parlé d'ours et de loups.

Quelle déception !
Patrice Gain est un auteur que l'on apprécie beaucoup : il faut absolument lire Terres Fauves et De silence et de loup
Mais il faut tout autant éviter Le sourire du Scorpion : l'histoire un peu cucul d'une famille en vacances, partie faire du rafting au Monténégro (les canyons de la rivière Tara). 
Le père disparait dans les eaux des rapides. 
Le guide monténégrin est bien mystérieux. 
[...] Goran avait parlé d'ours et de loups.
Ouh là là ! On pense évidemment à Délivrance (qui est d'ailleurs abondamment cité) mais on en est si loin. 
Et pour faire bonne mesure, c'est raconté à hauteur d'ado (les deux jumeaux de la famille). 
Alors on attend impatiemment le vague twist qui terminera le dernier quart du bouquin mais qui ne s'avère pas d'une grande force non plus (le lecteur a toujours plusieurs chapitres d'avance sur les gamins). 
Mais que ceux qui seront déçus par cet ouvrage (pourtant primé à Lyon en 2021 au festival Quai du polar ???), ne manquent pas de lire les autres ouvrages de cet auteur, qui sont remarquables. 

Pour celles et ceux qui aiment le rafting et le camping.
D’autres avis sur Bibliosurf.

mardi 19 octobre 2021

De silence et de loup (Patrice Gain)

[...] Un froid de loup, je suppose.

On avait découvert Patrice Gain avec un coup de cœur pour son thriller en Alaska : Terres fauves lues en 2019.
Visiblement adepte des régions froides, il nous invite aujourd'hui à voyager en Sibérie, un pays fait De silence et de loup.
[...] Dehors, il fait froid. Un froid de loup, je suppose. Pas seulement parce que je le vois dans le cadre de la fenêtre qui fait face à mon couchage. Il reste là.
Après un terrible drame familial et personnel, la journaliste Anna met les voiles vers la Sibérie (l'extrême nord-est, la mer de Laptev près de la Iakoutie, à quelques encablures du pôle) pour accompagner une équipe de scientifiques qui doit hiverner sur un bateau pris par les glaces ...
[...] Comment un si petit bateau pouvait-il affronter un tel déchainement ?
[...] Cette expérience de vie confinée avec un petit groupe d'individus devrait être ton laboratoire. C'est là que se cachent tous les mystères de la nature humaine.
Décidément, ces espaces glacés et isolés sont propices à faire naître un climat angoissant : comme sur les îles Farallon, comme à Kerguelen, le lecteur plongé dans un huis-clos à ciel ouvert, au cœur d'une nature déchaînée, anticipe un drame car forcément, seul un drame peut mettre un terme à l'intrigue en train de se nouer et cela donne des bouquins très "prenants" par leurs décors en pleine nature sauvage et leurs histoires généralement bien sauvages également.
[...] La promiscuité, la nuit polaire et l'isolement sont l'ossature et le contexte idéal pour un roman noir.
Effectivement l'expédition va tourner rapidement au cauchemar comme tant d'autres aventures polaires et l'expédition de la Jeannette (1879) sera d'ailleurs évoquée : nous sommes en effet dans les mêmes eaux.
Mais le lecteur comprendra bientôt que les ours ou les loups polaires ne sont pas les créatures les plus dangereuses et la journaliste Anna qui croyait échapper à son terrible passé sera bientôt rattrapée par ses fantômes.
[...] Est-ce que prendre le large c'est fuir ?
L'écriture de Patrice Gain est soignée et très agréable, la lecture de son roman très noir en est facilitée et c'est heureux car c'est pas gai du tout du tout : les ours et les loups sont de bien sympathiques bestioles en comparaison de l'homme ...
Décidément Patrice Gain est un voyageur à suivre.

Pour celles et ceux qui aiment le froid.
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samedi 9 février 2019

Terres fauves (Patrice Gain)

[...] Des fois j’aide un peu.

Coup de cœur pour le beau voyage que nous propose Patrice Gain; dans cette terre éloignée, perdue au bout du monde, qu’est l’Alaska.
[...] Un lieu-dit matérialisé par un panneau cabossé et deux ou trois maisons de bois dont l’activité des occupants restait un mystère.
[...] Des terres sauvages et inhospitalières.
[...] Des terres de bout du monde. Tellement loin des néons colorés de New York, tellement loin de chez moi. J’en étais malade.
[...] Des bleds à faire déprimer un représentant de commerce.
[...] Des contrées qui acculeraient un moine anachorète au suicide.
[...] Le genre d’endroit où le voisin le plus proche est le Bon Dieu 
On est bien au cœur du rayon nature writing, devenu à la mode et généralement garni d’auteurs américains.
Sauf que Patrice Gain est un gars bien de chez nous, un nantais devenu professionnel de la montagne.
Mais le frenchy montre ici qu’il sait écrire comme ses confrères étasuniens et d’ailleurs il s’en approprie avec élégance tous les clichés et fait même de son héros … un auteur new-yorkais ! Plus US writing, tu meurs, on s’y croirait.
Mais son style est peut-être plus proche de chez nous et ses petites phrases sèches font mouche. C’est très bien écrit.
Les clins d’œil humoristiques vont s’arrêter là car l’histoire qui nous est contée est âpre, violente et noire.
[...] J’avais l’effrayante sensation d’avoir été propulsé dans le film Shining.
Elle manquera d’ailleurs coûter la vie à notre héros qui devra même laisser un de ses deux bras ... à un ours.
Notre auteur dépressif en chaussures de ville va donc se retrouver à Valdez (oui, le bled de l’Exxon Valdez) pour servir de nègre à un politicard en campagne électorale.
Au détour d’une interview, il découvre ce qui aurait dû rester caché et les emmerdes vont commencer.
Le voyage touristique se transforme en cauchemar et le roman prend la couleur du noir.
Evidemment Dame Nature en Alaska n’est pas tendre avec les bipèdes inadaptés et quand notre héros n’est pas poursuivi par les ours, c’est par les sbires à la solde du politicard.
La brutalité des hommes et la sauvagerie de la nature se font écho :
[... Les gars débarquent ici] et moi je regarde la nature les prendre. Des fois j’aide un peu.
[...] Une nature traîtresse. Je me demandai combien de temps j’allais pouvoir tenir et quels types de combats j’allais encore devoir livrer.
Finalement, Terres fauves porte bien son titre.
Au début on pense parfois à David Vann (en moins prise de tête) et puis on oublie vite les américains pour se laisser trimbaler par notre frenchy.
On refermera le livre épuisé par ces aventures mais pas idiot puisqu’on aura découvert le jeu des US dans la course aux plus de 8.000 mètres (il n’y en a que quatorze dans le monde) et leur seule victoire, l’ascension du Gasherbrum I ou K5 ou Hidden Peak.
La véritable expédition, dans la vraie vie, a eu lieu en 1958 avec l’américain Nicholas Clinch.
Les sommets de plus de 8 000 mètres encore vierges faisaient l’objet de toutes les convoitises. Chaque État voulait le sien. Les Français furent les premiers avec l’Annapurna, il y eut ensuite les Anglais avec l’Everest, puis les Italiens, les Autrichiens, les Japonais, les Suisses. On ne voulait pas être en reste, pas une nation comme la nôtre. Des 8000, il n’y en a que quatorze. Il n’y avait pas de temps à perdre. 

Pour celles et ceux qui aiment le froid, les ours et la montagne.
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