jeudi 7 mai 2020

Bouquin : Un travail à finir


[...] Meurtre dans une maison de retraite.


Agréable découverte que ce polar écrit à quatre mains et deux cerveaux par le vosgien Éric Damien et l’espagnole Teresa Todenhoefer qui vivent tous deux en Allemagne.
Un travail à finir se déroule à Nancy (le bar Au grand sérieux existe pour de vrai dans la vraie vie) et nous permet de découvrir un flic que l’on aura plaisir à suivre de nouveau (chic, d’autres épisodes sont déjà parus) : Andreani, partagé entre jazz et musique classique, désabusé mais pas trop alcoolisé, un dinosaure plus vraiment de son époque, épaulé par le seul collègue capable de supporter ses mauvaises humeurs et ses écarts de conduite.
Pour ce numéro, les auteurs ont choisi de rouvrir quelques plaies mal refermées après la Guerre d’Algérie.
Soixante après, les survivants de l’époque sont en maison de retraite et commencent à quitter la scène.
Certains pas vraiment de leur plein gré ...
[...] Le fait certain, c’est qu’il y avait eu homicide. Meurtre dans une maison de retraite. Un bon titre pour un roman d’Agatha Christie. 
Lourdier, le vieillard que l’on a décédé s’avère bien étrange : d’étranges tatouages et pas de numéro de sécu, depuis 1958 il n’existe pas ou plus.
Voilà de quoi exciter la curiosité d’Andréani alerté par sa fille qui travaillait à la maison de retraite.
[...] Lourdier était passé du statut de pensionnaire d’une maison de retraite décédé accidentellement à celui d’ancien militaire condamné qui avait disparu dans la nature pendant plus de cinquante ans.
[...] On ne disparaît pas pendant plus de cinquante ans sans une bonne raison.
[...] Les fantômes du passé refaisaient surface, et nul n’avait envie de ressortir les cadavres du placard où ils prenaient la poussière depuis des décennies.
[...] – Une vengeance ? – Pourquoi pas ? – Soixante ans plus tard... Je sais que c’est un plat qui se mange froid, mais là... 
Qui donc ruminait sa vengeance depuis soixante ans ?
Quels crimes avaient commis Lourdier en Algérie ?
Pourquoi son dossier militaire est-il toujours classé secret défense après si longtemps ?
On suit Andreani dans cette enquête difficile qui nous fera (re)découvrir les côtés sombres de notre Histoire et ses ramifications longtemps après les accords d’Evian.
Un polar plutôt intimiste et pas tape-à-l’œil, à l’ancienne pourrait-on dire.
Des personnages réussis, une intrigue captivante, une lecture agréable avec un dénouement étonnant, peu commun dans le monde du polar, mais parfaitement maîtrisé par les deux auteurs.
On repassera par Nancy très bientôt.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire contemporaine.
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samedi 2 mai 2020

Bouquin : La peste


[...] Fermez la ville.


La peste d’Albert Camus.
C’était évidemment LE livre à lire ou relire en cette période.
Mais au-delà de l’opportunisme de circonstance, ce classique réserve au lecteur deux excellentes surprises.
En premier lieu, la redécouverte d’une écriture résolument moderne qui n’a pas pris une ride depuis 1947.
Le ton neutre et un détachement critique font de ce récit une chronique presque journalistique des événements d’Oran (Camus s’est inspiré de petites épidémies de peste qui ont eu effectivement lieu à Oran et Alger dans les années 40).
Et puis, il y a bien sûr le sujet.
L’auteur lui-même ne s’est pas caché d’une certaine analogie avec la peste brune apportée par les nazis, même s’il entend bien dépasser cette allégorie pour dépeindre la condition humaine face à l’épidémie qui met chaque homme devant responsabilités à l’heure des choix.
Mais aujourd’hui, le récit entre en résonance parfaite avec le confinement que nous vivons.
Et cela d’autant plus si l’on veut bien se rappeler quelques dérives de l’Histoire : les délations pour dénoncer son voisin, les laissez-passer et les couvre-feu, les patrouilles, ...
Même si les causes de la peste brune (d’origine bien humaine celle-là) et celles de la pandémie actuelle sont fondamentalement différentes.
[...] Pendant quelques jours on compta une dizaine de morts seulement. Puis tout d’un coup, elle remonta en flèche. Le jour où le chiffre des morts atteignit de nouveau la trentaine, Bernard Rieux regardait la dépêche officielle que le préfet lui avait tendue en disant : « Ils ont eu peur. » La dépêche portait : « Déclarez l’état de peste. Fermez la ville. »
[...] Les journaux publièrent des décrets qui renouvelaient l’interdiction de sortir et menaçaient de peines de prison les contrevenants. Des patrouilles parcoururent la ville.
[...] La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu’on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d’incriminer l’administration. 
Autant de bonnes raisons de relire ce classique malheureusement pas démodé.

Pour celles et ceux qui aiment les grands classiques.
L'article du Monde sur le regain de popularité de ce roman en temps de pandémie.

vendredi 1 mai 2020

Bouquin : Le disparu du Mékong


[...] Tout avait foiré.


Un écrivain français jusqu’ici inconnu de nos services : Marc Charuel et un thriller Le disparu du Mékong.
Charuel nous emmène au Vietnam, à Ho Chi Minh City pour être précis (l’ancienne Saïgon) et on avait fort envie de retrouver pour quelques pages, le marché Bên Thành ou la rue Đông Khởi.
D’autant que l’intrigue ressemblait fort à une version asiatique du Bureau des Légendes : un agent français a disparu de Saïgon sans explications (enlevé ? par qui ?) et la DGSE envoie un autre agent à sa recherche.
Un journaliste utilisé en free-lance par les barbouzes du boulevard Mortier, un reporter de guerre qui, dans sa jeunesse, avait couvert la fin de guerre américaine.
Une sorte de double de Marc Charuel lui-même, parti à la chasse aux souvenirs indochinois.
Las, le disparu reste introuvable et tout le monde tourne en rond à sa recherche : DGSE, services secrets viets, CIA, espions chinois.
[...] Tout avait foiré. Les emmerdements s’accumulaient. 
L’intrigue s’emberlificote à loisir : un troisième agent est envoyé par la DGSE pour éliminer les deux premiers !
[...] De mémoire, jamais un agent en fuite n’avait été certainement autant traqué. Les Français, les Chinois, les Viêts et les Américains… Ça faisait beaucoup !
[...] Ça faisait depuis quelques jours un sacré paquet de macchabées dans le coin : un agent du TC2, des opposants au régime, un journaliste japonais, le représentant de la CIA et maintenant un diplomate français ! 
Qu’avait donc découvert le disparu pour mettre ainsi en émoi tout le petit monde du renseignement ?
Que traficotent les chinois et certains vietnamiens, officiellement ennemis héréditaires ?
[...] Oui, l’ennemi. Héréditaire. Nous avons mis cent ans à nous débarrasser des Français. Une dizaine des Américains, mais mille des Chinois. Et les voilà qui reviennent. 
Malheureusement, l’écriture de Charuel est aussi brouillée et approximative que son intrigue. Tout cela manque de tenue, la forme comme le fond, et on s’agace même des grossièretés viriles à répétition.
Reste une petite visite rapide du Vietnam et de la situation actuelle.

Pour celles et ceux qui aiment le Vietnam.

dimanche 19 avril 2020

Bouquin : L'attaque du Calcultta-Darjeeling


[...] Qu’est-ce que je fais là, dans ce pays ?


On est habituellement pas trop fan des polars ‘historiques’ mais on n’a pas regretté l’exception faite pour ce polar (premier d’une série) de Abir Mukherjee : L’attaque du Calcutta-Darjeeling.
D’abord parce que si Mukherjee nous emmène loin en Inde à Calcutta, il ne remonte pas très loin dans le temps : 1919, la Grande Guerre vient juste de se terminer, pas mal de britanniques essayent de se refaire une vie (et une bonne fortune) dans les colonies d’un Empire pourtant déjà à l’agonie.
♥ Ensuite parce que l’auteur n’est pas tout à fait ordinaire : c’est un écossais (d’origine indienne bien sûr) et il profite de son bouquin pour nous détailler la fin de l’Empire indien en égratignant généreusement ses concitoyens ‘anglais’ à l’arrogance typique des colons.
Son regard caustique, acerbe, presque cynique sur le racisme des britanniques et plus généralement l’Inde politique et sociale de cette époque est tout simplement passionnant.
[...] On trouve une arrogance particulière chez l’Anglais de Calcutta qui n’existe pas dans beaucoup d’autres postes avancés de l’Empire. Elle vient peut-être de la familiarité. Après tout, les Anglais sont au Bengale depuis cent cinquante ans et semblent considérer les indigènes, notamment les Bengalis, comme assez méprisables.
[...] En Inde, on dirait que même la loi et l’ordre sont subordonnés à la dure réalité de la race.
Le cas des métis anglo-indien (les tchee-tchee) est également évoqué de même que de curieux parallèles avec la situation irlandaise des îles britanniques.
Côté histoire policière, Wyndham, un ancien de Scotland Yard, vient d’arriver dans une Calcutta trop chaude et trop humide. Sa vie a été ravagée par la Guerre, il est devenu opiomane.
[...] Qu’est-ce que je fais là, dans ce pays où les indigènes vous méprisent, où le climat vous rend fou et où l’eau peut vous tuer ? 
Accompagné d’un sergent indien (habile personnage) il va lui falloir démêler le meurtre d’un haut fonctionnaire britannique retrouvé égorgé dans une sombre ruelle aux portes d’un bordel et l’attaque du train où rien n’a été volé et personne n’a été blessé.
[...] C’est pourquoi l’assassinat de MacAuley a fait tant de bruit. C’est une attaque sur deux niveaux. D’abord elle nous montre que certains Indiens au moins ne se considèrent plus comme inférieurs, au point de réussir à assassiner un membre aussi en vue de la classe dominante, et ensuite parce qu’elle détruit la fiction de notre supériorité. 
Ces deux affaires sont-elles liées, s’agit-il de crimes crapuleux ou d’attaques terroristes à l’heure où le mouvement pour l’indépendance prend de l’ampleur ?
Cette lente enquête (il faudra attendre les dernières pages pour avoir le fin mot des deux ou trois histoires que l’on croise) est l’occasion d’une immersion instructive dans l’Inde de cette époque.
Le livre se termine au moment du massacre d’Amritsar (dans une autre région, le Pendjab) dont l’Inde a commémoré le centenaire l’an passé.


Pour celles et ceux qui aiment l'Inde.
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mardi 14 avril 2020

Bouquin : J'ai fait comme elle a dit


[...] On a fait comme elle avait dit.


Petit problème ? nous voici accros à l’écriture de Pascal Thiriet.
Après un coup de cœur pour le remarquable Sois gentil, tue-le, on repique quelques jours après seulement avec un précédent épisode : J’ai fait comme elle a dit.
[...] Elle a juste dit : — On se change, on va dîner, on lit les journaux et puis on parle.
On a fait comme elle avait dit. 
La recette était déjà bien au point : c’est l’histoire d’un mec un peu paumé, pas trop futé, qui se laisse mené par le bout du nez et de la q... par des jolies filles faciles et fatales.
Faciles, pas toujours, mais fatales, très souvent.
[...] — Tu l’aimes d’amour ? — Non. Enfin pas d’amour. Je lui suis dévoué je ne trouve que ça pour expliquer. Comme un chevalier à sa reine au Moyen Âge. Un peu son servant, un peu son amant, selon qu’elle veut l’un ou l’autre.
[...] Le tee-shirt était trop grand et elle avait l’air d’une gosse là-dedans. J’ai eu une espèce d’émotion en la regardant. 
Un loser ... dont le lecteur jalouse secrètement les aventures !
Le b.a.ba du roman noir en quelque sorte.
Pascal Thiriet joue au Donald Westlake français et il nous embarque cette fois dans une drôle d’échappée en Belgique et en Suissse dans les pas de nos héros pourchassés par d’affreux jojos. Humour noir.
[...] Voilà, on est de nouveau riches. On va se prendre un hôtel chic. Ici, pour se planquer on est mieux parmi les riches. Les pauvres sont tous turcs ou italiens et on les surveille pire que des virus.
[...] Ne t’en fais pas, ici le secret bancaire, ça existe encore.
— Ils n’ont pas été obligés de laisser tomber leur secret, les Suisses ?
— Officiellement oui, mais en secret ils continuent.
[...] Sur le tapis du salon il y avait les pieds de la vieille. Pas la vieille, juste ses pieds coupés au-dessus des chevilles.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires simples.
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samedi 11 avril 2020

Bouquin : Je suis Pilgrim


[...] Il faut les écouter.


En ces temps confinés, rien de tel qu’un bon gros thriller d’un peu plus de 900 pages.
Terry Hayes tombe à pic avec son Je suis Pilgrim.
Et c’est d’autant plus d’actualité (ou presque) qu’il est ici question de bioterrorisme et d’épidémie (même si le coronavirus ne relève pas de la même guerre) !
[...] On l’avait baptisé Hiver Noir. C’était le nom d’une simulation de bioterrorisme conduite à la base Andrews de l’armée de l’air au printemps 2001. 
L’écriture est très pro comme bien souvent dans ce genre de thriller, fluide, rythmée, un brin d’humour désabusé, et l’on ne s’ennuie jamais au fil des digressions et des flash-back qui composent un récit très prenant.
[...] Lorsque des millions de gens, tout un système politique, d’innombrables citoyens qui croient en Dieu, disent qu’ils vont vous tuer. Il faut les écouter. 
L’agent Pilgrim (il n’a pas vraiment de nom, ou plutôt il en a tellement que cela ne veut plus rien dire), l’agent Pilgrim lui, a bien écouté les intégristes musulmans et il sait qu’ils iront jusqu’au bout. Ses talents d’enquêteur sauveront peut-être le monde occidental ?
[...] - Qui est-ce ? demanda-t-il.
- Il y a des années de cela, on l’appelait le Cavalier de la Bleue. Sans doute le meilleur agent de Renseignement qui ait jamais existé.
L’assistant sourit. - Je croyais que c’était vous ?
- Moi aussi, répondit Murmure, jusqu’à ce que je le rencontre. 
L’agent Pilgrim va donc mener son enquête en suivant les traces de l’insaisissable Sarrasin, d’Afghanistan en Allemagne en passant par le Liban et la Turquie.
Amère ironie, les autorités des États-Unis, nation riche et puissante, réagissent ici face à la menace comme on les a tant vu réagir dans tant de films et tant de bouquins.
Las, on sait désormais que dans la vraie vie, la réalité est vraiment vraiment tout autre et que nos nations riches et puissantes font piètre figure.

Pour celles et ceux qui aiment les pavés pour la plage.
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lundi 6 avril 2020

Bouquin : Sois gentil, tue-le


[...] Il avait suffi d’une lettre, d’un mot de quatre lignes.


Oh ! Coup de cœur pour ce bouquin du soixante-huitard et touche-à-tout au pied marin Pascal Thiriet : Sois gentil, tue-le.
Son livre (ce n’est pas son premier, ça promet d’autres bons moments) n’est pas vraiment un polar, plutôt un roman noir où il sera question de mer et de pêche, d’îles et de ‘gens’, de sacrés personnages.
À commencer par son homonyme, Pascal, patron du fileyeur Mort à crédit (sacré nom pour un bateau de pêche !).
[...] — Le Mort à Crédit c’est un nom pas commun.
 Je voulais pas trop dire. J’ai juste répondu : — C’est un livre.
 — Un livre de bateau ?
 — Je sais pas, je l’ai jamais lu. 
Comme les autres marins de son île atlantique, Pascal est un taiseux, avare de ses mots.
 Lui, il a l’esprit un peu simple. Il est ‘gentil’ aurait dit ma grand-mère.
Jusqu’au jour où il reçoit cette lettre de son ex-amie : Sois gentil, tue-le. 
Pascal prend donc la route avec son fusil pour la rejoindre dans son autre île (l’auteur a des origines corses).
[...] Il avait suffi d’une lettre, d’un mot de quatre lignes et j’avais traversé le pays. 
Difficile d’en raconter plus parce que ce qui fait la puissance de ce petit bouquin (150 pages), c’est la force de l’écriture de Thiriet : une musique mélodique et rythmée qui fait que l’on tourne, tourne les pages, non pas pour découvrir le fin mot de l’histoire, non surtout pas, mais juste pour pas que la musique s’arrête.
Tout comme son héros taiseux, l’écrivain est avare de ses mots qu’il pèse avec soin avant de nous les livrer, juste pour dire ce qu’il faut, pas plus, pour aller à l’essentiel.
[...] Il a fait semblant de réfléchir. Mais je savais bien que c’était juste qu’il n’aimait pas raconter.
[...] Les estivants habitaient des villas sur la mer, là où on voulait surtout pas habiter, vu que la mer c’est là qu’on travaille et que c’est pas un travail facile. Et puis on avait tous un proche qu’elle avait rendu tout gonflé et couvert de vase, la mer. 
Les portraits brossés par l’artiste (des marines ?) dégoulinent d’humanité littéraire : le portrait de Pascal le Simple, et ceux des femmes qu’il aura côtoyées : deux ou trois bonnes amies, sa sœur et son amie, quelques gars aussi.
En prime, une petite excursion (pas de tout repos) vers les plateformes offshore abandonnées par lesquelles transitent des migrants vers l’eldorado européen : instructif.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires simples.
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dimanche 5 avril 2020

Bouquin : Juste parmi les hommes


[...] Enfin dénoncer ces dérives de l’aide humanitaire.


Avec son premier roman, Juste parmi les hommes, François Dupaquier nous conte deux histoires qui vont s’entremêler, deux histoires tirées de son engagement personnel dans la vraie vie : l’une commence en 2011 quand le jeune Ali vit les premiers jours d’un printemps syrien que le régime de Bachar el-Assad va étouffer dans le sang.
Ce sera bientôt la bataille d’Alep.
En 2018, le même Ali est maintenant réfugié aux Etats-Unis et tombe sur une affaire de trafic de farine destinée à l’aide humanitaire USAid.
 Mais sans le savoir, il a visiblement dû mettre son nez où il ne fallait pas et le voilà pris en chasse par des mercenaires surentraînés qu’il ne fallait pas rouler dans la farine.
Dupaquier réussit une double prouesse, façon Le dessous des cartes.
Avec sa première histoire il nous raconte la guerre de Syrie au ras non pas des pâquerettes mais des décombres, des gravats, des kalash et des fuyards, mais tout en nous expliquant, l’air de rien, toute la géopolitique complexe de ce p... de pays. Remarquable de clarté.
[...] Elle qui a toujours refusé les armes, la militarisation de la contestation, se demande comment la Syrie a pu en arriver là. Comment ce combat pour la liberté a attiré des quatre coins de la planète ce que l’homme a de plus mauvais.
[...] La guerre a pris un nouveau tournant. C’est le moment où il va falloir se débarrasser de tous les témoins gênants et effacer de l’histoire les atrocités commises. 
Le second volet est peut-être encore plus passionnant : une plongée sans concession, à la limite du cynisme, dans les dessous de l’aide humanitaire.
[...] On produit davantage qu’on ne consomme. Il faut alors trouver quoi faire de ces surplus pour continuer à soutenir les agriculteurs des pays occidentaux.
[...] On en est à deux générations nées dans ces camps qui reçoivent de la farine comme nourriture mois après mois, année après année. 
On ne vous raconte pas pour vous laisser découvrir tout cela au fil des pages mais c’est tout simplement effarant, il n’y a pas d’autre mot et l’on préférerait ne pas savoir tout ça. Trop tard maintenant.
L’écriture reste modeste et standard mais la lecture fluide et agréable, la bluette entre le syrien et la journaliste est parfois peut-être un peu trop rocambolesque, mais ces petits défauts sont à pardonner sans hésiter au vu de l’intérêt de cette détonante histoire.

Pour celles et ceux qui aiment voir le dessous des cartes.
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jeudi 2 avril 2020

Bouquin : Banditi

[...] Bon, fit-il. Ton affaire, là, elle sent le moisi.



Le journaliste corse Antoine Albertini maîtrise évidemment parfaitement son sujet et réussit à nous raconter avec son Banditi, une part de l’histoire contemporaine de son île.
[...] Après sa jeunesse et ses désillusions de militant, toutes ces années passées à se tenir éloigné de la politique n’avaient pas réussi à tuer complètement son espoir de voir un jour cette île libérée de ses démons. 
Une histoire faite de luttes et trafics en tous genres. Armes et pouvoir, argent et corruption, factions et révolutions, Dieu n’y reconnaîtra pas les siens et il faut tout le didactisme de l’auteur pour que le lecteur ne se perde pas entre FLNC, Mafia, barbouzes, officines secrètes et Brigades Rouges.
[...] — Cette affaire empeste.
 — Je ne comprends rien, désolé.
 — Et en terrorisme italien, vous y comprenez quelque chose ?
 — Autant qu’en artisanat togolais. Peut-être un peu moins.
[...] Derrière chaque histoire de flingues et de came, derrière chaque assassinat et chaque trafic se dissimulaient des mobiles planqués sous d’autres mobiles. 
Le bouquin n’est pas exempt de quelques défauts (dont une fascination un peu complaisante pour la loose du héros, ex-flic confit dans un chagrin d’amour alcoolique) mais ce polar a le mérite de nous faire partager le dessous de quelques cartes de notre histoire récente.

Pour celles et ceux qui aiment la Corse.
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mercredi 1 avril 2020

Bouquin : L'espion inattendu


[...] Les lettres de toute une vie.


Voici un roman inattendu qui partage quelques points communs avec le Looping d’Alexandra Stresi : une biographie romancée de grands-parents, l’Italie du Duce et la revue légère d’une période de l’Histoire, façon feel good story sans prise de tête.
Avec L’espion inattendu, l’italienne Ottavia Casagrande entreprend ici de nous retracer la vie de son grand-père Raimondo, un aristo mi-dandy mi-espion de Mussolini, ou du moins une partie de sa vie et plus précisément ses amours avec Cora, une jeune et belle espionne britannique.
[...] Nous avons trouvé au grenier une vieille valise cabossée, et [...] cette valise contenait toute la vie de Raimondo. Photographies, billets n’ayant plus cours, factures impayées, pinces à cheveux et lettres, une montagne de lettres. Les lettres de toute une vie.
Époque oblige, on fera même une excursion dans le Haut-Adige dont nous avions découvert l’Histoire tragique avec l’admirable roman de Francesca Melandri, Eva dort (encore un autre coup de cœur) :
[...] Le Sud-Tyrol, allemand depuis des générations, n’est devenu italien qu’en 1919, à titre de dédommagement pour la Grande Guerre. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ici, entre Italiens et Allemands, ce n’est pas le grand amour. Et la politique fasciste d’italianisation forcée n’a certainement rien arrangé. 
L’espion d’opérette et son apprentie Mata Hari se piquent de vouloir éviter l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés du Führer.
[...] Il avait tenté par tous les moyens de dissuader les haut gradés de l’armée et les dirigeants du gouvernement d’entrer en guerre. 
L’intrigue se déroule du côté des forces de l’Axe donc et il n’est pas inintéressant de partager un point de vue inhabituel sur cette période, bien éloigné de notre Histoire Officielle.
[...] Beaucoup voyaient dans le régime nazi une force nouvelle, alternative à la démocratie et au communisme.
[...] En 1940, la nouvelle Allemagne nazie exerçait une fascination irrésistible. On vantait son extraordinaire puissance. On admirait ses incroyables progrès technologiques et économiques en chantant les louanges de l’obéissance, de la discipline, de l’assurance, du dynamisme, de la vitalité et de l’inégalable énergie virile du peuple allemand. 
Et tout cela sans prise de tête puisque Raimondo et Cora vivront insouciants et inconscients des aventures pour le moins rocambolesques.
[...] Les nobles idéaux n’étaient pas faits pour lui. Il l’avait compris, désormais. Ils le faisaient sourire. Pire, ils le mettaient mal à l’aise.
[...] L’amour du risque, les vertiges du danger et un vague sentiment de révolte. Un besoin irrésistible de dépasser les bornes, d’enfreindre les règles, de fouler aux pieds les conventions.
[...] Des raisons de vivre – quoique moins nobles –, trois au moins lui venaient à l’esprit : le corps superbe de Cora ; l’ivresse, quelle que fût son origine ; les blagues stupides qu’il faisait sans distinction à ses amis et à ses ennemis… Sans compter ces broutilles essentielles à sa survie : les douces soirées d’été, le parfum des tubéreuses, le frou-frou des combinaisons de soie, les films d’Errol Flynn, les nuits étoilées dans le parc. 
Un excellent roman sans prétention, une écriture légère sur des événements graves.

Pour celles et ceux qui aiment les espions.
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mercredi 25 mars 2020

Bouquin : La disparue de l'île Monsin

[...] Elle ne savait pas où Éva se trouvait.


Très agréable roman que ce bouquin de l’écrivain belge Armel Job avec une belle écriture, précise et soignée.
À peine un polar, plutôt la recherche de qui se cache derrière les personnages, un peu à la mode Simenon.
La disparue de l’île Monsin se prénomme Éva.
Elle a été vue pour la dernière fois un soir de neige, sur le pont-barrage de l’île près de Liège.
[...] Elle ne savait pas où Éva se trouvait. Elle était inquiète, elle s’était rendue à la police à Liège. S’ils avaient émis un avis de recherche, c’est qu’ils avaient de bonnes raisons. 
Qu’est devenue Éva ?
A-t-elle été enlevée, s’est-elle enfuie ou même jetée à l’eau ?
Et puis qui était-elle ? Vraiment ?
[...] Je finirais par croire que tout le monde en sait plus long sur ma fille que moi, sa propre mère. 
Laissons-nous bercer par les eaux de la Meuse à la découverte des personnages de l’île Monsin, à la découverte d’Éva et de ceux qui croient l’avoir connue.
[...] Au bout d’une enquête, en effet, qu’est-ce que le flic a devant lui ? Quelques faits sans doute, mais surtout l’énigme impénétrable du comportement des hommes.


Pour celles et ceux qui aiment les polars qui n'en sont pas vraiment.
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samedi 21 mars 2020

Bouquin : L'inconnue de l'équation


[...] Toute cette histoire est un véritable méli-mélo.

Un peu dans la même veine que le Coupable ? récemment lu, voici L’inconnue de l’équation encore un petit polar frenchy sans prétention, sous forme de construction alambiquée, artificielle et capillotractée, juste de quoi maintenir le lecteur et les personnages pendant quelques heures dans le brouillard le plus complet : mais comment Xavier Massé va-t-il se sortir de cet imbroglio patiemment construit ?
[...] Toute cette histoire est un véritable méli-mélo qui ne tient absolument pas la route.
Ça commence par un drame familial comme on dit : un couple, un gamin, une fliquette, des coups de feu, des cadavres et un incendie ...
[...] Deux témoins, à deux endroits différents, qui potentiellement ont deux visions différentes …
[...] Paumé, complètement largué par cet enchaînement de preuves, cadavres et autres informations n’ayant ni queue ni tête. Il ne parvenait pas à analyser quoi que ce soit.
Il y a pas mal d’inconnu(e)s dans cette équation, trop sans aucun doute !

Pour celles et ceux qui aiment les surprises.
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