samedi 23 janvier 2021

Bouquin : De cendre et d'os

[...] Un bon flic malgré tout.

On connaissait déjà le britannique John Harvey avec la série réputée qui mettait en scène Charles Resnick le flic polonais de Nottingham dans les Midlands [clic].
Il y a quelques années, l'auteur entamait une nouvelle série avec un autre inspecteur : Frank Elder.
Une trilogie qu'on attaque aujourd'hui par le deuxième épisode : De cendre et d'os, sans avoir lu le premier, De chair et de sang, mais avant le suivant, D'ombre et de lumière. Mais ça peut se lire dans l'ordre aussi !
À première vue, la prose de John Harvey ne semble pas sortir du lot habituel, mais au fil des pages la qualité de son bouquin et de son écriture nous accroche solidement.
Une trame classique (des meurtres, le boulot des enquêteurs, ...) soutenue par de courts chapitres bien rythmés. 
La description soignée et vivante du travail et des procédures de la police britannique, bien éloignés du tape à l'œil des thrillers habituels. 
Des personnages bien campés autour d'un héros presque ordinaire, un flic à la retraite qui traîne un passé familial dévasté par de précédentes enquêtes, mais qui se contente chaque soir d'une dose assez raisonnable de whisky.
Un peu d'humour distillé lui aussi, d'ailleurs l'auteur s'autorise même une petite coquetterie pour faire se rencontrer ses deux héros, Frank Elder et Charles Resnick !
[...] Elder n'avait revu Resnick qu'une seule fois au cours des quatre années précédentes, et brièvement.
Sa réputation était celle d'un vieux schnock, mais bon flic malgré tout.
Mais qu'on ne s'y trompe pas, un peu dans le style du suédois Henning Mankel et surtout de son presque compatriote l'écossais Ian Rankin, John Harvey dépeint au fil de ses romans noirs, une société anglaise contemporaine bien sombre et guère réjouissante : l'intrigue va mêler des affaires de police peu ragoûtantes et des "hommes qui n'aiment pas les femmes" pour pasticher une autre célèbre série. 
Sous le regard de John Harvey, tous les personnages apparaissent bien solitaires dans un Londres surpeuplé et l'english way of life ne fait plus rêver. 
[...] La bouteille de Jameson's était dans le placard.
Cela ne changerait rien, il le savait, mais qu'était-il censé faire d'autre ?

Pour celles et ceux qui aiment les enquêteurs de police.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 19 janvier 2021

Bouquin : Cette nuit la liberté

[...] L'âge de l'impérialisme était mort.

On ne présente plus le tandem Dominique Lapierre et Larry Collins.
Le duo franco-américain s'était attaqué dans les années 70 à un gros morceau : Cette nuit la liberté est le récit de l'indépendance et de la douloureuse partition des Indes avec la création du Pakistan.
À l'issue de la seconde guerre mondiale, la Grande Bretagne se réveille exsangue et n'a plus les moyens de ses ambitions coloniales.
[...] Elle payait maintenant le prix exorbitant de cette victoire. Son industrie était paralysée et ses coffres étaient vides.
Le rêve colonial est terminé et avec lui le temps de fastes impériaux qui rivalisaient avec ceux de Versailles et de Louis XIV.
[...] Jardiniers, chambellans, cuisiniers, écuyers, gardes, toute la domesticité de cette forteresse féodale égarée dans les temps modernes préparait fébrilement l'intronisation du dernier vice-roi des Indes.
Lord Mountbatten est nommé vice-roi des Indes avec la mission de liquider le fleuron de l'empire britannique, le joyau de la couronne, et donc de sonner l'heure de la décolonisation dans le monde.
[...] D'une façon irrévocable, définitive, l'indépendance de l'Inde mettrait fin à un chapitre de l'histoire de l'humanité.
Quelques mois plus tard, en août 1947, l'Inde devient indépendante, le Pakistan voit le jour.
Les auteurs nous font vivre ces quelques mois, aux côtés du vice-roi et de son épouse, du prophète Mohandas Karamchand Gandhi, du leader musulman Muhammad Ali Jinnah et de l'homme politique indien Jawaharlal Nehru, chacun empêtré dans ses préjugés mais chacun tenant son rôle en train d'écrire l'Histoire moderne.
Les colons anglais, toujours imbus de leur supériorité raciale, nés pour soumettre et gouverner, doivent renoncer rapidement à leurs privilèges et à leur vie de château, abandonner le concept victorien de la prééminence de l'homme blanc et laisser les indiens construire leur nation.
Ou plutôt leurs nations, puisqu'en l'absence de l'arbitre anglais, les musulmans et les hindous ne pourront rester unis au sein d'une Inde (re-)dessinée par les colons : ce sera un bain de sang, des centaines de milliers de personnes massacrées, des dizaines de millions de personnes déplacées. 
[...] Ce devait être un véritable cataclysme. [...] Il périrait autant d'Indiens dans cette brève et monstrueuse tuerie que de Français au cours de la Seconde Guerre Mondiale.
L'Inde est indépendante, le Pakistan est né et quelques semaines plus tard le Cachemire est envahi et, à son tour, partagé en deux : ce seront les lignes de partage des rivalités actuelles. 
Très actuelles : c'est d'ailleurs tout l'intérêt du bouquin que de nous faire connaître les fondations d'une géopolitique qui fait toujours l'actualité soixante-dix ans après.
Bien sûr, la prose de Lapierre et Collins est toujours aussi fluide et agréable, fleurie d'anecdotes et de petites histoires, portée par le souffle épique de la grande Histoire ... tout cela est passionnant et instructif.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire avec un grand H.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 13 janvier 2021

BD : No Body (saison 1)

[...] Je mérite la peine de mort. Point.

No Body : une BD du français Christian de Metter qui s'était fait connaître en adaptant des romans à succès (Shutter Island, Au revoir là-haut, ...). 
Avec No Body, le dessinateur crée son propre récit : la saison 1 comporte 4 albums qui nous plongent dans une ambiance rappelant la série Mindhunter. 
Une psy se rend en prison pour tenter de percer la personnalité d'un tueur en série qui se déclare lui-même coupable. 
[...]- Je sais ce que j'ai fait. Je m'en souviens parfaitement. Je mérite la peine de mort. Point. 
Chaque album est l'occasion de découvrir un pan de l'histoire du prisonnier, une vue de son passé. 
Un passé de biker, un passé d'agent infiltré du FBI, ... des histoires qui font revivre les années troubles des US, sixties et seventies. 
Peu de mots échangés mais un sens aigu de la mise en scène avec un découpage très 'série télé'. 
Un dessin sombre et inquiétant, une aquarelle aux eaux glauques, qui ne montre que ce que De Metter veut bien nous dévoiler avant les révélations finales. 
[...] Quand tu mens, sers-toi le plus possible de la vérité et transforme quelques éléments. Juste ce qu’il faut pour convaincre.
Une saison 2 est également sortie qui ira explorer l'Italie des années de plomb.

Pour celles et ceux qui aiment les tueurs.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 7 janvier 2021

Bouquin : Magellan

[...] Au commencement étaient les épices.

Stefan Zweig avait plus d'un tour dans son sac d'écrivain et a commis quelques petits opuscules, à moitié leçon d'Histoire, à moitié bio, comme celle d'Amerigo Vespucci ou celle-ci de Magellan.
Une Histoire d'aventures et d'explorations à une époque de découvertes :
[...] L’humanité découvre la planète sur laquelle elle s’agite depuis des temps incalculables. 
Une furieuse épopée que celle de ces marins d'un tout petit pays, qui seront passés en une ou deux générations et une centaine d'années, de modestes barcas de pêcheurs côtiers à l'armada qui contrôlait la moitié des mers du globe.
[...] Alors qu’en 1418, sous Henrique, la nouvelle que les premières « barcas » avaient atteint Madère avait fait sensation, en 1518, les vaisseaux portugais – que l’on compare ces deux distances sur la carte – mouillent déjà à Canton et au Japon.
Curieusement la couronne portugaise refait la même erreur et après avoir refusé de financer l'équipée de Christophe Colomb, de nouveau pousse Fernão de Magalhães à vendre lui aussi, ses talents et ses ambitions au royaume voisin d'Espagne.
Un étrange bonhomme que ce Magellan, longtemps resté dans l'ombre, et qu'on devine solitaire et ombrageux, renfermé et taciturne, fier et entêté, et presque paranoïaque sous le portrait malgré tout enthousiaste qu'en brosse Stefan Zweig.
Comme Colomb, Magellan partira lui aussi sur de fausses hypothèses : il était convaincu que le fameux passage vers l'ouest devait se trouver aux alentours du 35ème parallèle alors qu'il ne s'agissait que du Rio de la Plata (la baie de Buenos Aires). 
[...] C’est par centaines qu’on compte les inventions qui dans tous les domaines de la science sont sorties de fausses hypothèses.
Heureusement, son entêtement le conduira beaucoup plus au sud pour finalement découvrir le passage qui portera son nom.
Un passage difficile à naviguer qui tombera peu à peu dans l'oubli tandis que Magellan trouvera une fin.
[...] Ce « paso » qui devait selon le rêve de Magellan devenir la plus grande route commerciale entre l’Europe et l’Orient.
Mais il en restera une vérité inattaquable :
[...] Ce que les savants supposaient depuis des milliers d’années est devenu, grâce au courage d’un individu, une certitude : la terre est ronde et voici un homme qui vient d’en faire l’expérience.
[...] La preuve est faite que la terre est une boule et toutes les mers une seule mer.

Pour celles et ceux qui aiment les navigateurs.
D’autres avis sur Babelio.

mardi 29 décembre 2020

Bouquin : Seul le silence

[...] Je sais que tu ne seras jamais un ange.

Voilà dix ans que l'on découvrait R.J. Ellory avec ce qui est sans doute son meilleur roman : Seul le silence.
À la relecture, c'est toujours un énorme roman.
Le britannique écrit à la manière des plus grands auteurs américains, les Faulkner, Steinbeck ou Truman Capote : on dirait qu'il a besoin d'espace outre-Atlantique (et peut-être de distance) pour déployer ses amples histoires.
Bien sûr c'est souvent classé au rayon polars mais Ellory se garde bien de démarrer une intrigue avec des meurtres, des assassins, des flics, ...
Non, il prend tout son temps pour installer décors et personnages car c'est un habile faiseur d'histoires, de petites histoires dans la grande histoire de son roman et même dans la Grande Histoire du Monde.
Tout commence donc au rythme des États du Sud, en Géorgie, en 1940.
Pendant qu'il se passe des choses terribles en Europe, il s'en passe d'autres dans les marais Okefenokee et de la Suwannee River où l'on découvre des cadavres dénudés d'enfants, de toutes jeunes filles.
Le héros, le narrateur, n'a encore qu'une douzaine d'années.
[...] La cinquième victime fut la petite fille qui était assise à côté de moi dans la classe de mademoiselle Alexandra Weber. Elle était si proche que je connaissais son nom, que je savais qu'elle dessinait le chiffre 5 à l'envers. Bon sang, elle était si proche que je connaissais son odeur. On retrouva son corps le lundi 3 août 1942. L'essentiel de son corps, pour être précis.
C'est aussi un livre sur la littérature, ou plus exactement sur l'écriture, quand lire est une raison d'être et quand écrire est un besoin vital : l'histoire d'un jeune garçon qui noircit des cahiers sous l'œil bienveillant de son institutrice. Un jeune garçon dont l'adolescence et finalement la vie vont être façonnées par ces ignobles crimes.
[...] - Peut-être qu'on se reverra, Joseph. Je te proposerais bien de rester dîner, mais ...
- Les fantômes ne restent pas dîner, Maurice.
À la relecture, la prose d'Ellory nous a quand même paru un peu lourde : l'auteur n'y va pas avec le dos de la main morte et son héros subit les pires tourments, c'est un peu too much.

Pour celles et ceux qui aiment les grandes histoires.
D’autres avis sur Babelio.

Bouquin : L'année des volcans

[...] Voilà à quoi je ne me résigne pas, ne pas vivre.

Voilà déjà quelques années que l'on avait voyagé avec François-Guillaume Lorrain jusqu'au pied du Stromboli en compagnie de monuments du cinéma : Ingrid Bergman, Anna Magnani et Roberto Rossellini, excusez du peu.
À la relecture, L'année des volcans s'avère toujours aussi passionnante qui nous fait partager quelques moments aux côtés de ces monstres sacrés.
Deux femmes aussi différentes que peuvent l'être une brune méditerranéenne et une blonde scandinave, deux femmes amoureuses du même homme qui possède un don magique, capable avec sa caméra de les magnifier, de les sublimer.
Un réalisateur qui crée des stars à l'écran mais qui s'en nourrit lui-même.
[...] Le père, ou le parrain, du septième art moderne.
Trois artistes complètement égoïstes et totalement entiers, prêts à tout abandonner pour vivre leurs passions amoureuses ou artistiques.
[...] Voilà à quoi je ne me résigne pas, ne pas vivre.
[...] Elles ne s'étaient jamais reniées, ne transigeant en rien sur leur liberté et leur dignité.  
On y découvre une Italie qui peine à se remettre des blessures et humiliations de la guerre.
On y découvre également la naissance d'un film : un processus mystérieux, chaotique et un peu magique, du moins à cette époque.
On y retrouve toute la magie du cinéma.
[...] Elle était encore trop émue pour trouver ses mots. Elle ne connaissait même pas le nom de l'actrice, Anna Magnani, qui venait de lui faire croire qu'on pouvait mourir devant une caméra.
L'écriture de Lorrain est fluide et agréable et sait nous embarquer pour les îles éoliennes, nous faire partager la dolce vita d'un cinéaste poursuivi par ses créanciers et, plus dangereux, par ses femmes.
[...] Il gagnait toujours. Il n'en tirait aucune vanité, il ne pouvait en être autrement. À chaque fois, il jouait sa peau, comme au temps de sa jeunesse.
Notre précédent billet de 2014.

Pour celles et ceux qui aiment le cinéma et les caprices de star.
D’autres avis sur Babelio.

samedi 19 décembre 2020

Bouquin : La proie

[...] Le crime du Rovos Express.

Le sudaf Deon Meyer n'est pas un inconnu [clic], avec des polars toujours très pros même si la plume reste simple.
Et puis il y a toujours le plaisir de découvrir depuis son canapé, cette fascinante Nation Arc-en-Ciel. 
[...] J'ai appris une chose sur ce pays, Vaughn. Ça ne va jamais aussi mal qu'on le craint. Et ça ne va jamais aussi bien qu'on le voudrait. 
La proie nous propose de commencer le voyage en train avec le Rovos, un train touristique de luxe, version sudaf de l'Orient Express.
Bon, on est en Afrique du Sud, hein : un cadavre est bientôt retrouvé sur les voies, balancé du fameux train ...
L'intrigue nous promènera dans la région du Cap bien sûr où l'on va suivre un duo d'enquêteurs des fameux Hawks, un tandem plutôt bien décrit et auquel on s'est attaché au fil des polars de Meyer.
Un autre volet (qu'on a trouvé moins réussi) se déroule à Bordeaux, clin d'œil de l'auteur à son fan club français, une ville qu'il semble bien connaître jusqu'à la librairie Mollat !
Un thriller sur fond de corruption, de rivalités géopolitiques et de règlements de comptes post-ANC.
[...] Il faut que tu comprennes, il y a de grandes puissances en jeu. La Chine qui monte, l'Amérique qui décline. Au milieu un vide qui ne demande qu'à se remplir. Un nouvel ordre mondial est en route. Et Poutine ... Tu peux dire de lui ce que tu veux, il est malin. Il joue sur le long terme, il se positionne, il place son pays.
Mais en dépit de l'épisode français, Deon Meyer se renouvelle peu et sans nous avoir vraiment ennuyé, il n'a pas réussi non plus à nous happer totalement avec ce thriller comme on pouvait l'espérer. On suit tout cela avec un peu trop de détachement.

Pour celles et ceux qui aiment les snipers.
D’autres avis sur Bibliosurf.

mercredi 16 décembre 2020

BD : New York cannibals

[...] C'est un tatouage fait pour protéger cet enfant.

Après le très beau Little Tulip qu'on vient juste de relire (l'album datait de 2014), le duo franco-américain remet cela avec François Boucq aux dessins et Jerome Charyn au récit.
C'est un peu une suite au précédent album : on retrouve à NY quelques uns des personnages et même quelques fantômes revenus des camps de la Kolyma. 
Cette fois, c'est l'ancienne protégée du tatoueur, la japonaise Azami, qui a grandi et désormais tient le haut du pavé des rues de New York (et la une de couverture).
La recette est la même avec côté dessins, les corps, les visages et les tatouages où excelle François Boucq et côté scénario, une histoire plus 'américaine' mais toujours bien noire qui farfouille du côté obscur de l'âme humaine, forcément avec un titre pareil ... 
[...] Des cannibales en plein New York, décidément le passé continue à me mordre au talon !
L'album apparait plus classique que le précédent, l'effet de découverte ne joue plus, et si cela reste tout de même une excellente BD, on a trouvé ce Little Paul un cran en-dessous de Little Tulip. 
Mais les deux font la paire !

Pour celles et ceux qui aiment les tatouages.
D’autres avis sur Babelio.

dimanche 13 décembre 2020

Bouquin : Fidèle au poste

[...] L'importance du souvenir...

On avait découvert Amélie Antoine dans un recueil de nouvelles choral [clic] et son court-métrage, fort bien écrit, nous avait donné envie de passer au long. 
Nous voici donc Fidèle au poste.
L'auteure s'y entend pour décortiquer nos quotidiens ordinaires avec à la fois beaucoup d'humanité et d'acuité.
Tout le début du bouquin nous laisse croire qu'on est embarqué dans une romance plus vraie que nature : un jeune couple, la noyade accidentelle de la belle aimée, le chagrin désespéré de l'inconsolable, la rencontre fortuite d'une autre jeune femme, ...
[...] C'est bien elle. C'est ma femme », murmure-t-il avant de détourner le regard rapidement. D'un geste, le légiste remonte le drap et tente de prendre un air attristé.
[...] Cette histoire n'en finit pas, on se croirait dans Les feux de l'amour.
Le bouquin est écrit à trois voix et suit les trois personnages.
Mais on sait bien que l'on est venu pour tout autre chose, alors on se laisse porter par ces pages très agréables et fort bien écrites, en espérant et en redoutant l'inéluctable renversement de situation ...
À mi-parcours, premier retournement, c'est terrible : le lecteur s'accroche à sa liseuse, dévore les pages, maudit ses yeux qui n'avancent pas assez vite, il est tard mais tant pis, pas question de reposer le bouquin avant la fin.
[...] On s'est tous fait piéger, dans cette histoire.
On ne peut pas mieux dire.
Ce n'était que son premier roman : nul doute que l'on reviendra encore chez Amélie Antoine.

Pour celles et ceux qui aiment les surprises et les plans à trois.
D’autres avis sur Babelio.

samedi 12 décembre 2020

Bouquin : Regarder le noir

[...] Je me suis assis et j’ai regardé.

C'est devenu à la mode : réunir quelques grandes plumes du monde du polar et leur confier un cahier des charges pour chacun(e) une nouvelle.
Avec Regarder le noirYvan Fauth a choisi la vue, le regard, la vision, l'un de nos cinq sens.
Les yeux sont un organe sensible, critique, fragile. 
Alors de toute évidence, ça va faire mal ! D'autant que la tradition veut qu'on tienne là des nouvelles "à chute" et que dans le noir, les chutes sont généralement plus effrayantes !
Le lecteur qui croirait pouvoir survoler tout cela d'un regard détaché, se fourre le doigt dans l'œil !
On ne va évidemment pas classer les nouvelles de ce recueil et leurs auteur(e)s, exercice futile et sans grand intérêt, mais plutôt essayer de donner quelques envies de lire.
La palme de l'horreur revient à l'une des grandes plumes du moment, Olivier Norek, qui sait raconter les histoires, les grandes comme les petites, et qui ouvre le bal avec une nouvelle absolument horrible après avoir bien promené son lecteur qui n'aura rien "vu" venir !
La palme de l'anticipation sera pour Claire Favan, autre tête d'affiche, avec une petite histoire venue d'un futur proche où le permafrost décongelé a libéré du mercure et empoisonné l'atmosphère de la planète. Les survivants de l'époque perdent leurs yeux (entre autres) et leur position dans la hiérarchie sociale est déterminée par leur dernier test d'acuité visuelle !
[...] Son prestige vient aussi du fait qu’il est un 80 %. Nul ne peut rivaliser avec lui, puisque la chaîne de commandement repose sur le champ visuel. La plupart des responsables se situent entre 45 et 25 %, les inférieurs sont des exécutants. Les 0 % sont affectés aux tâches les plus ingrates
[...] Les femmes sont tellement préoccupées par la survie de leur progéniture qu’elles prennent très au sérieux les qualités de reproducteurs de ceux avec qui elles se mettent en couple.
Ça fait un peu réfléchir quand même et donne un autre "point de vue" sur le réchauffement climatique.
La palme de la meilleure nouvelle sera peut-être pour Amélie Antoine que l'on ne connaissait pas (mais que l'on va découvrir de ce pas) et qui nous donne une histoire triste mais fort bien écrite qui met en lumière notre cécité, celle qui nous évite (ou nous épargne) la vue des petites gens et des SDF.
Bien sûr comme dans tout recueil choral de ce type, il y a un côté un peu artificiel à réunir tout cela et certainement deux ou trois nouvelles ne trouveront pas grâce à vos yeux.
Mais il serait bien dommage de passer à côté sans y jeter ... un œil !

Pour celles et ceux qui aiment voir plus loin que le bout de leur nez. 
PS : il existe également un autre recueil intitulé "Ecouter le noir" ...
Un autre avis en Belgique.

vendredi 11 décembre 2020

Bouquin : Loin du réconfort

[...] Ma rage est incommensurable.

Petit bouquin sympa de Gilles Vidal que ce Loin du réconfort.
Pas vraiment un polar, plutôt un roman noir, à peine plus qu'une nouvelle.
Franck, le narrateur, a eu l'heur ou le malheur de croiser le chemin d'Ivana une belle blonde venue de l'est.
Mais on comprend que leur histoire est maintenant finie et mal finie, les histoires d'amour finissent mal en général ; Franck est sur la route, on essaie de deviner vers quel destin.
[...] Ma rage est incommensurable, ma haine et mon désir de vengeance implacables.
De très courts chapitres s'enchainent, Franck raconte son road trip mais en profite pour sauter du coq à l'âne au gré des associations d'idées, nous dévoilant peu à peu son passé, sa personnalité, par petites touches impressionnistes.
[...] Je suis né l’année de Tchernobyl, le jour exact où la centrale a explosé, le vingt-six avril. C’est comme ça, je n’y peux rien. En fait, j’aurais plutôt voulu naître dans les années cinquante, faire partie de la génération baby-boom, tout comme mon père.
Cette construction est joliment réussie, un coup de pinceau par ici, un coup de brosse par là, notre regard se balade de gauche à droite.
La fin nous a semblé un peu moins bien maîtrisée et on regrette aussi quelques formules frappées un peu trop fort, une affection courante chez nos auteurs français :
[...] Alors que je rumine ces souvenirs comme un vieil édenté son morceau de biscotte, dehors il s'est mis à geler autant que dans le cœur de Josef Mengele.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires d'amour qui finissent mal en général.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 10 décembre 2020

Bouquin : Les larmes de Saint Laurent

[...] Ce n’est pas de l’ignorance, c’est du mystère.

On avait été emballé il y a quelques années par un précédent bouquin de la québécoise Dominique Fortier. C'était Du bon usage des étoiles.
Nous voici un peu par hasard avec le second roman de la dame : Les larmes de Saint Laurent.
On retrouve bien sûr le style flamboyant de l'auteure, un hymne riche et brillant à la langue française. Toujours érudit et parfois ironique.
Les phrases sont de véritables poèmes qui s'enroulent et se déroulent parfois sur toute une page : un style auquel il faut s'habituer et par lequel il faut se laisser porter car c'est souvent trop long et trop riche.
Mais Dominique Fortier a le don pour dénicher des histoires curieuses, tirées de la vraie vie, et nous les faire partager avec ses talents de conteuse.
La première histoire est celle de Louis Auguste Cyparis (ou Sylbaris) seul rescapé de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902 à la Martinique : un pauvre noir enfermé dans un cachot [clic]. Cachot auquel il devra son salut.
[...] Depuis maintenant plus d’une semaine il tombait sur la ville une cendre d’un gris très pâle, qui blanchissait routes, maisons, et jusqu’aux passants qui n’avaient pas songé à se munir de parapluies ou d’ombrelles. Pour la première fois depuis des siècles à la Martinique, il n’y avait plus ni Noirs ni Blancs, tous se trouvant couverts d’une fine poudre telle que les duchesses et les courtisanes en appliquaient jadis sur leurs visages et leurs perruques.
[...] Quand il ouvre les paupières, quelques heures plus tard, il sait tout de suite que la fin du monde a eu lieu et qu’il a été oublié.
Pour ses cicatrices et ses brûlures (et sa couleur de peau), il sera ensuite engagé par le cirque Barnum parmi les 'monstres'.
[... Les] Phénomènes — les prospectus parlaient tantôt de Monstres et tantôt de Merveilles — qu’avaient collectionnés Barnum et Bailey comme d’autres amassent les papillons ou les pièces de monnaie rares.
La seconde histoire est celle d'Edward Love un mathématicien anglais contemporain de Sylbaris. Un obsédé des chiffres qui voyait des nombres partout. Il découvrira certaines ondes sismiques qui portent son nom.
[...] Edward se découvrait fasciné par la Terre et les forces invisibles qui se jouaient sous sa surface.
La troisième histoire prend place de nos jours sur les pentes de Mont Saint Laurent bien sûr et tente une conclusion imaginaire aux deux autres histoires.
Trois petits sujets à ranger dans le cabinet des curiosités de Dominique Fortier.
Mais une lecture exigeante car l'auteure s'est un peu lâchée côté prose cette fois-ci. 
Dommage, les histoires rapportées n'étaient peut-être pas assez puissantes pour maintenir la prose de l'auteure dans les limites.
Petite anecdote, les larmes de Saint Laurent ce sont les étoiles filantes des Perséides que l'on peut apercevoir en août, le jour de la Saint Laurent, martyre brûlé vif en l'an 258.

Pour celles et ceux qui aiment la langue française.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 7 décembre 2020

Bouquin : Le Cherokee

[...] Les dieux de la colère étaient aux tambours.

Le Cherokee : voilà un bouquin qui cache bien son jeu : de prime abord on dirait une traduction à la va vite d'une série B des années 50.
[...] Il a allumé sa cigarette avec son Zippo, d'un geste de cow-boy.
On est au cœur de l'hiver dans l'Utah, en pleine guerre froide, la guerre de Corée est à peine terminée, la bombe atomique, McCarthy et les martiens menacent, tout le monde a peur des rouges et des petits hommes verts.
Sauf que ce thriller très américain est une sorte de pastiche écrit par un frenchy bien de chez nous : Richard Morgiève !
Il faut s'habituer à sa prose, celle des rednecks des hauts plateaux, son rythme chaloupé qui est celui du pickup bringuebalant sur les pistes.
D'autant que le shérif Corey en rajoute un peu pour tromper ses interlocuteurs (et l'auteur ses lecteurs).
[...] Corey avait la voix enrouée, traînante, l'accent des ploucs qui forniquaient en famille. Les gens se faisaient une idée sur lui qui n'était pas la bonne – ils prenaient la piste du mauvais pied.
[...] Il fallait prendre du bon temps quand on pouvait – et pour l'accent, il se forçait un peu. La vie était marrante.
Sous ses allures de ploucs du farouest le tandem Morgiève-Corey a quand même des références et cite, en vrac : le flic allemand Ernst Gennat, Sartre, Shakespeare, les tableaux de Hopper, la relativité d'Einstein, le divan de Freud, et bien d'autres encore.
[...] — Je connais pas beaucoup d'hommes comme vous, shérif… Pour parler vrai, je connais que vous comme vous.
Avouons qu'il y a bien quelques longueurs dans ce gros pavé de 500 pages, lorsque le shérif Nick Corey se met à philosopher un peu trop sur le difficile métier d'enquêteur et l'on a parfois hâte de le voir revenir à la chasse aux indices. 
Faut dire qu'il a de quoi faire : par une belle nuit d'hiver, il découvre une voiture abandonnée où flotte encore la trace d'un parfum français, un avion de l'USAF se pose sur la route mais sans pilote à bord, le FBI débarque avec armes et bagages façon rencontre du cinquième type, et l'on parlera même bientôt d'un tueur en série sans oublier une surprenante histoire d'amour ...
Ouf !
Le shérif Corey se laisse balader entre toutes ces intrigues, porter par tous ces événements, un petit peu à la manière du commissaire Adamsberg de dame Vargas.
Et la prose de Morgiève balance sans cesse entre des formules un peu lourdingues :
[...] Penser était lâche et se suicider aussi. Pas de solution à la condition humaine, on avançait par défaut.
et d'autres passages touchés par la grâce :
[...] Ed Wolf est sorti, un peu trop voûté pour un homme qui n'avait que cinquante ans, mais tout le monde ne portait pas le même poids.
Mais au tiers du bouquin l'intrigue aura pris de l'épaisseur, le shérif et le lecteur auront trouvé leur rythme pour un polar original à plus d'un titre.
Bientôt, vous aussi entendrez les dieux de la colère aux tambours et peut-être aurez vous la chance de voir le puma blanc ...

Pour celles et ceux qui aiment le farouest l'hiver.
D’autres avis sur Bibliosurf.

dimanche 6 décembre 2020

Bouquin : Stavros

[...] Vous ne contrôlez plus rien.

Après une expérience mitigée avec Le Plongeur de Minos Efstathiadis on retente notre chance en Grèce avec Sophia Mavroudis et les enquêtes de Stavros.
Malheureusement, l'auteure en fait vraiment des tonnes avec un commissaire Stavros imbibé d'alcool (le résiné et l'ouzo coulent à flots) et de chagrin (il a perdu sa femme lors d'un épisode précédent).
[...] La douleur gravée sur ses traits, les sanglots muets, le regard éteint, puis ses coups de sang et ses coups de poing.
[...] Mué en loque humaine. Stavros n’était plus que l’ombre de lui-même.
Aux côtés du grec, même Harry Bosch passerait pour le commissaire Maigret.
À longueur de pages, c'est un peu too much : irritable et ingérable pour ses collègues, Stavros est difficilement supportable pour le lecteur et prend toute la place dans le bouquin, éclipsant même l'intrigue.
Dommage car l'enquête nous emmène au cœur d'Athènes, une grande ville un peu méconnue, aux frontières de l'Europe et de l'Orient, ce qui n'est peut-être pas la meilleure place à notre époque.
[...] Ton pays, Stavros, est un vrai bazar. En bordure des zones de conflits, économiquement dépendant et politiquement faible. Vous ne contrôlez plus rien.
[...] Nous sommes otages de nos frontières poreuses et d’une situation géographique aux premières loges des conflits. Des années à subir le joug des empires, à faire la guerre avec les voisins, et à endurer les trafics illicites sur notre sol.
[...] Pour notre plus grand malheur, nous sommes le principal point d’entrée de l’espace Schengen par le sud. 
Le point de vue de Sophia Mavroudis (elle vit en France mais a grandi en Grèce) est intéressant sur ce pays en pleine transformation et qui a fait la Une de l'actualité ces dernières années, avec les Jeux Olympiques, l'effondrement économique et des élections surprises.
Il sera notamment question de trafic d'œuvres antiques : les travaux du métro et des JO ont mis à jour de nombreux vestiges qu'Athènes n'avait ni l'argent ni le temps de traiter correctement. Une bonne part de ce patrimoine a pris le plus court chemin dans les mains les trafiquants de tous bords.
[...] Les musées de Munich et de Vienne ont restitué des œuvres, tout comme le British Museum qui a rendu des trésors volés pendant la colonisation en Afrique et en Asie. L’heure est venue de faire pareil avec la Grèce.
Le pays souffre d'un passé trop pesant (le rayonnement passé de l'Antiquité, les blessures mal refermées de la dictature des Colonels, ...) et traverse un présent trop compliqué.
[...] Aujourd’hui, le quartier est un lieu où les Grecs se font rares ; un ghetto où s’entassent des immigrés indiens, pakistanais, africains, des laissés pour compte aux rêves taris par la crise, entassés là parce que le reste de l’Europe n’en veut pas.
[...] Les murs recouverts de tags de l’organisation d’extrême droite, Aube dorée, les enjoignent à quitter le pays.
Un regard intéressant sur Athènes et la Grèce, amer et désabusé, mais plombé par des personnages beaucoup trop stéréotypés.

Pour celles et ceux qui aiment le résiné et l'ouzo.
D’autres avis sur Bibliosurf.

samedi 5 décembre 2020

Bouquin : Une histoire birmane

[...] Tout est une question de prestige.

Cette année policière et pandémique aura été propice à la (re)lecture de quelques grands auteurs classiques comme Camus ou ici George Orwell.
Après les incontournables comme 1984 ou La ferme des animaux, on s'attaque à un tout autre bouquin, un des premiers romans de l'auteur : Une histoire birmane (Burmese days en VO).
Eric Arthur Blair (le vrai nom d'Orwell) est né aux Indes britanniques et il arrivera à Katha en Birmanie dans les années 1920 en tant qu'officier de la police impériale, à une époque où l'Empire se fissure de toutes parts.
Ce roman est évidemment tiré de cette immersion dans le camp des colons de la couronne où la suffisance et la médiocrité le disputent au racisme, une expérience qui le marquera beaucoup.
La saveur épicée du récit vient de l'amitié entre un entrepreneur anglais, Mr. Flory (qui tient des propos 'bolcheviques' selon ses pairs !) et un médecin indien.
[...] C'était le monde renversé, car l'Anglais se montrait violemment anti-anglais et l'Indien farouchement loyaliste.
Les propos de Flory-Orwell sur ses compatriotes sont en effet sans appel.
[...] - Quel mensonge , mon cher ami ?
- Mais, voyons, celui qui consiste à prétendre que nous sommes ici pour le plus grand bien de nos frères de couleur alors que nous sommes ici pour les dépouiller, un point c'est tout.
[...] C'est pourtant très simple. Le fonctionnaire maintient le Birman à terre tandis que l'homme d'affaires lui fait les poches.
[...] L'Empire britannique est tout bonnement un moyen de donner le monopole du commerce aux Anglais.
Le charme de ce roman, façon 'un anglais sous les tropiques', tient aussi dans cette description bienveillante et presque naïve de la vie quotidienne aux Indes qui témoigne de l'attrait de ce pays aux yeux d'Orwell.
[...] Les Birmans, en prenant de l'âge, ne deviennent pas flasques et ventrus à l'instar des Blancs : ils s'arrondissent de partout à la fois, tel un fruit en train de mûrir.
[...] J'aimerais que vous veniez dans la véranda voir mes orchidées. J'en ai à vous montrer qui ressemblent à des clochettes d'or - on dirait vraiment de l'or. Et elles ont un parfum de miel, presque trop violent. C'est à peu près le seul mérite de ce sale pays : il est bon pour les fleurs. J'espère que vous aimez le jardinage ? C'est notre grande consolation ici.
Il y a même un suspens quasi policier lorsqu'un vieux notable birman corrompu se met à intriguer et comploter au sein du microcosme qu'est la petite ville de garnison.
Et cette petite fable laissera finalement un arrière-goût très amer.

Pour celles et ceux qui aiment les indigènes.
D’autres avis sur Sens Critique.

Bouquin : Face à face

Coup de chapeau pour cette idée très originale de l’association International Thriller Writers : un recueil de nouvelles écrites en “face à face” par des grands noms du polar où chaque petite aventure (il y en a 11) est écrite par deux auteurs qui font se rencontrer chacun leur héros. 
Ainsi le Harry Bosch de Michael Connelly va rencontrer un ‘collègue’ de la côte Est qui n’est autre que le Patrick McKenzie de Dennis Lehane, etc... 
Les signatures prestigieuses sont la garantie d’une écriture de très bonne tenue : de toute évidence, les ‘couples’ d’auteurs ont pris le challenge très au sérieux et ont apporté beaucoup de soin à leurs proses et à leurs intrigues. 
L’idée de départ n’était pourtant pas évidente : ces héros livresques récurrents avaient généralement développé au fil des bouquins de fortes personnalités bien ancrées dans leur quotidien, leur région, leur histoire patiemment construite, ... et l’art est difficile de les amener à se ‘croiser’ lors d’une petite enquête, tout en respectant et l’un et l’autre. 
Quelques nouvelles relèvent donc l’exercice de style imposé, parfois de manière un peu artificielle, mais c’est justement le côté amusant de l’affaire. 
D’autres sont plus franchement réussies et parviennent même à faire oublier le cahier des charges initial. 
Quant au lecteur qui s’est invité à la fête, il ne connait généralement pas tout le monde mais c’est justement le côté intéressant de cette initiative qui lui fait découvrir de nouveaux héros aux côtés de ceux qu’il connait déjà trop bien ... avec donc l’envie de fréquenter de nouveaux auteurs. 
Opération réussie ! 
Pour celles et ceux qui aiment les polars.
D’autres avis sur Babelio.

vendredi 4 décembre 2020

Bouquin : Dans les geôles de Sibérie

[...] Le mot kompromat est une création linguistique de KGB.

Comme en écho au bouquin de Sylvain Tesson, voici celui de Yoan Barbereau : Dans les geôles de Sibérie.
L'auteur fut, vers 2015, responsable de l'Alliance Française à Irkoutsk, au bord du lac Baïkal. 
La (très) belle vie d'expat jusqu'à ce qu'un jour le FSB débarque et l'embarque sous l'accusation de pédopornographie avec témoignage à charge de son épouse.
[...] Le mot kompromat est une création linguistique de KGB. Il dit la puissance du dossier compromettant.
S'ensuivent quelques mois de prison à Irkoutsk, quelques semaines d'internement psychiatrique et quelques autres mois de confinement à Irkoustk puis à Moscou.
Son bouquin raconte tout cela, un peu dans l'esprit de Sylvain Tesson : beaucoup d'introspection et de la kulture littéraire étalée jusqu'à plus soif.
On se demande bien où le bonhomme veut en venir : on n'apprendra rien sur l'accusation que l'on suppose mensongère, soyons bienveillants, pas plus que sur ses troubles relations avec son épouse.
Des évasions rocambolesques vantées par la quatrième de couverture, on ne découvrira finalement qu'une escapade en blablacar et un bracelet électronique forcé dans du papier alu.
Des séjours dantesques dans les goulags, on comprendra que l'accusé eut relativement la belle vie dans des cellules bien ordinaires, protégé par son statut de riche français plus ou moins politique.
[...] Le directeur voyait en moi une source d'ennuis, non seulement de témoin encombrant des exactions et petits arrangements entre les murs, mais encore un zek pouvant se plaindre et être entendu. Son intérêt lui commandait de me rendre la vie à peu près douce.
Ce pourrait être du plus grand comique ubuesque si cette pseudo-aventure nous était contée au second degré.
De tout cela, le lecteur se demande s'il n'a pas été floué et si sa participation ne se résume pas à une contribution à un programme de réinsertion.
Bref, ça sent l'arnaque, l'anguille sous la glace du Baïkal et on est passé complètement à côté.

Pour celles et ceux qui aiment les prisons.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 3 décembre 2020

Bouquin : Briser la glace

[...] Dimanche au fin fond du Groenland.

Ce petit bouquin sympathique est l'occasion de faire connaissance avec Julien Blanc-Gras, l'un de nos grands voyageurs littéraires.
À l'opposé de beaucoup d'entre eux, il ne cherche pas à nous infliger d'arrogantes et prétentieuses introspections (suivez mon regard !) mais se contente de jouer l'humble candide, le touriste ordinaire (presque ordinaire, nous sommes tout de même dans de très belles contrées fort peu touristiques).
Sa prose est faite d'humour et d'autodérision mais surtout d'un regard simple et direct sur les gens qu'il rencontre au cours de ses périples.
Habitué des terres chaleureuses du sud, le voici pour une fois au Groenland, sur un beau bateau dans la baie de Disko, en compagnie de deux marins bretons et d'un peintre.
[...] - Quel jour on est ?
La mer a perturbé nos repères spatio-temporels. Quel intérêt de nommer un jour, alors qu'il suffit de le vivre.
- On est dimanche, je crois.
- Non, on est dimanche au fin fond du Groenland.
Chaque escale à terre est l'occasion de quelques rencontres pittoresques et instructives et la carte postale qu'il nous envoie nous apprendra pas mal de petites choses sur l'un des peuples qui habitent cette grande île : les groenlandais écartelés entre des traditions bien vieillissantes et une modernité bien incertaine.
[...] - Veut-on devenir un musée ou un pays moderne ?
L'autre peuple qui habite ces contrées boréales, ce sont les icebergs et ils sont bien plus nombreux que les groenlandais. Des rencontres que l'on cherchera plutôt à éviter.
[...] L'embouchure maritime du Sermeq Kujalleq, le glacier situé en amont, qui fond d'une trentaine de mètres par jour et produit vingt milliards de tonnes d'icebergs par an.
L'auteur nous donne un petit aperçu de l'évolution de notre monde, vu rapidement à travers le hublot d'un igloo.
Un petit bouquin simple et sympa, sans prise de tête, parfait pour rêver de voyages en cette année 2020 qui leur est si peu propice.

Pour celles et ceux qui aiment les icebergs.
Un autre avis sur Actualitté.

lundi 30 novembre 2020

BD : Little Tulip

[...] C'est toute ta vie qui est gravée dans ta chair.

Très bel album que ce Little Tulip, avec de superbes dessins de François Boucq sur un excellent scénario de l'américain Jerome Charyn.
Le script fait s'entrecroiser deux périodes : 1947, le jeune Paul se voit brutalement déporté avec ses parents au goulag de la Kolyma et se retrouve bien vite orphelin dans les pattes des malfrats qui font régner leur terreur sur le camp. 
Son don pour le dessin (hérité de son américain et couillon de père, venu en URSS dessiner des décors pour Eisenstein avant de se faire dénoncer pour le goulag), son don pour le dessin va assurer sa promotion au rang de tatoueur des gangs de la Kolyma.
Seconde histoire, 1970, Paul a bien vieilli mais continue de dessiner et de tatouer à New-York (la ville fétiche de Charyn), tirant des portraits robots pour la police à la recherche d'un serial-killer déguisé en père noël.
Bien entendu les deux périodes, les deux intrigues vont s'entrecroiser et plutôt deux fois qu'une. Le scénario est plutôt bien monté qui enchaîne les événements d'une époque après l'autre comme s'ils se répétaient à 25 ans de distance.
Mais il n'y a pas que les péripéties qui s'imbriquent, c'est aussi le cas des dessins puisque les tatouages dessinés sur les corps forment presque une BD dans la BD et là encore, les effets de cadrage et de mise en scène sont plutôt bien vus.
Bref, voilà un album sacrément bien foutu, tout en échos et répons, une histoire de deux enfances sans innocence, une histoire dense et violente qui se lit trop rapidement mais que l'on va feuilleter plusieurs fois avant de refermer.
Les dessins fouillés de François Boucq rappellent un peu le Jean Giraud de Blueberry et, avec des visages et des corps très expressifs, sont au même niveau d'exigence que le scénario.
Les deux compères viennent de sortir un nouvel album, New York cannibals, qui s'annonce comme une suite plutôt réussie. On vous en parlera donc bientôt et c'est pourquoi on avait ressorti cette Petite Tulipe qui datait de 2014.

Pour celles et ceux qui aiment les tatouages.
D’autres avis sur Babelio.

samedi 28 novembre 2020

Bouquin : Les fantômes de Mahattan

[...] Croire qu'un livre avait le pouvoir de changer une vie.

Encore un roman de ce grand écrivain contemporain qu'est le britannique Roger Jon Ellory [clic]. 
L'histoire (ou plutôt les histoires imbriquées) d'Annie, une jeune libraire new-yorkaise, un peu esseulée, qui voit débarquer un homme mystérieux qui lui remet quelques lettres de son père qu'elle n'a pratiquement pas connu et quelques chapitres d'un non moins mystérieux manuscrit.
[...] Ce désespoir silencieux qui était pour Annie la marque des solitaires.
[...] - Comment avez-vous connu mon père ?" demanda Annie, dont les mots avaient du mal à se frayer un chemin jusqu'à sa bouche. Elle sentait sa poitrine se serrer, comme si elle retenait ses larmes depuis longtemps.
L'homme eut un clin d'œil à son adresse.
- Ah ça, ma chère, c'est une très longue histoire ..."
Avouons qu'on a eu du mal à rentrer dans ce bouquin. Il nous a fallu un peu de persévérance pour supporter la bluette entre Annie, la jeune midinette et David, un bel inconnu, bien mystérieux lui aussi.
[...] Les premiers rayons du soleil filtrant à travers la fenêtre, la manière dont ils découpaient sur le lit le corps de David endormi, la tiédeur du soleil sur sa peau - tout paraissait intemporel, éternel, inoubliable. [...] Un moment Kodak pour le cœur.
Non mais franchement Mr. Ellory ?!
Le bouquin était pourtant taillé pour le succès : une libraire et des livres, un roman dans le roman, y'avait là de quoi faire gloser pendant des mois les amateurs de littérature sur les réseaux sociaux.
Paradoxalement, l'histoire dans l'histoire, le mystérieux manuscrit dont on découvre des extraits au fil de l'eau, est plutôt réussi et ce sont ces pages dans les pages qui nous tiennent en haleine. C'est sans doute l'effet recherché.
[...] Ce meurtre tu le regrettes pas. Non, le meurtre lui-même, tu ne le regrettes jamais. Ce que tu déplores c'est de t'être fait prendre. Vous connaissez l'existence du onzième commandement : Tu ne te feras point prendre. Là-dessus j'ai merdé.
De manière assez prévisible, on se doute bien que les deux histoires finiront par se rencontrer mais les dernières pages cachent encore une autre petite surprise, une cerise sur la gâteau.
Ce bouquin, écrit en 2004, est l'un des premiers de R.J. Ellory mais il n'a été traduit en français qu'en 2018, sans doute pour profiter de la renommée acquise entre temps par l'auteur.
C'est tout de même l'occasion de rappeler deux excellents romans écrits un peu plus tard : Seul le silence, bien sûr, mais aussi Les neuf cercles.
[...] - Il semblerait qu'un livre passe par vingt paires de mains au cours de son existence.

Pour celles et ceux qui aiment les belles histoires bien racontées.
D’autres avis sur Bibliosurf.

Bouquin : Le plongeur

[...] À certaines questions il n’y a pas de réponse.

Il aura fallu les avis enthousiastes de quelques valeurs sûres de la blogosphère [ici] pour nous amener à lire Le Plongeur de Minos Efstathiadis.
Et puis tout de même, l'état civil gréco-germanique de l'auteur attisait la curiosité.
[...] C’est merveilleux d’être né entre deux pays. On sent rapidement qu’aucun des deux ne veut de vous.
Ça commence tout doux à Hambourg, avec l'histoire classique du détective privé désœuvré et désabusé qui se retrouve embarqué dans une chambre d'hôtel de seconde zone et dans une intrigue qui le dépasse complètement.
On n'y comprend pas grand chose, le héros non plus. 
Les cadavres s'accumulent lentement mais sûrement sans qu'on sache trop s'il s'agit de vrais crimes crapuleux et/ou de faux suicides. C'est sûr, le grec nous balade et son détective avec.
Et nous voici maintenant en Grèce justement, sur les plages du golfe de Corinthe.
Et là, ça devient sérieux. 
Minos Efstathiadis nous rappelle que c'est un grec, Eschyle, qui inventa les tragédies ... 
[...]  Les événements de Kalavryta inaugurèrent l’époque de la terreur absolue.
Minos Efstathiadis convoque soudain le massacre de Kalavryta au cours duquel, le 12 décembre 1943, les troupes allemandes fusillèrent plus de 1.400 civils [clic].
Quel lien entre ces terribles événements passés et les morts d'aujourd'hui ?
Faut-il d'ailleurs vraiment aller plus loin et chercher des réponses ?
[...] Il ne nous vient pas une seconde à l’idée qu’il s’agit d’une énigme que nous ne devons à aucun prix déchiffrer.
[...] En fin de compte personne ne peut complètement effacer le passé.
[...] Au fond, personne ne veut rien apprendre. Certains essaient juste de faire leur travail, de trouver un coupable facile, afin de rejeter ce poids de leurs épaules.
La construction du bouquin est un peu tordue, l'intrigue aussi et les dernières pages sont d'une horreur absolue, un peu gratuite par rapport à l'histoire : finalement on ne sait trop si c'est bien une lecture à recommander.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
D’autres avis sur Bibliosurf.

jeudi 26 novembre 2020

Bouquin : Au royaume des glaces

[...] George avait désormais le virus du Pôle dans le sang.

Le journaliste Hampton Sides n'est pas tout à fait un inconnu, c'est le rédacteur en chef du magazine US Outside, celui qui envoya Jon Krakauer au sommet de l'Everest en 1996 ce qui nous a valu le remarquable récit de la tragédie.
Dans son bouquin Au royaume des glaces, Hampton Sides nous conte le récit d'une autre mémorable expédition, celle de George Washington De Long et de son bateau La Jeannette, à la recherche du Pôle Nord par voie maritime (par le détroit de Béring) à la fin du XIX°.
Une expédition financée par une autre figure de la presse, James Gordon Bennett, le riche patron excentrique du New York Herald.
[...] Grâce à la personnalité incomparable de Bennett, le New York Herald devint le journal le plus intéressant et le plus influent d’Amérique, voire du monde.
En 1869, c'est lui qui envoya son journaliste Stanley à la recherche de Livingstone au Congo.
Un peu plus tard, James Benett récidive. Nous sommes en 1879, le pays se relève à peine de la Guerre de Sécession et rêve de retrouver sa place sur l'échiquier mondial. Les jeunes gens de l'époque, qui n'ont pas eu la 'chance' de se couvrir de gloire pendant la guerre, sont avides d'autres conquêtes. Le Pôle Nord attend toujours les explorateurs ...
[...] L’attirance du Pôle était une affaire de génération : la plupart des postulants venaient comme De Long de passer à côté du plus grand conflit de l’histoire américaine. Ces jeunes hommes avaient soif d’une gloire comparable à celle que leurs pères avaient gagnée sur les champs de bataille de la guerre de Sécession, et ils désiraient ardemment montrer qu’ils étaient des hommes en s’engageant dans une entreprise impressionnante et hasardeuse qui, sans être tout à fait la guerre, n’était pas sans rapport.
[...] Le pôle Nord. Le sommet du monde. L’acmé, l’apogée, l’apex. Il hantait les esprits comme une énigme universelle – aussi fascinante et inconnue que la surface de Vénus ou de Mars –, possédait indéniablement quelque chose de magnétique.
À cette époque, les expéditions maritimes au pôle se suivent et leurs échecs se ressemblent : arrogance inconsciente de conquérants se croyant suréquipés, foi aveugle en la science et le progrès ... et en des données géographiques très approximatives, c'est le moins que l'on puisse dire ici (ils pensaient suivre les eaux chaudes du Kuroshio, le Gulf Stream japonais !).
Avec le recul du XXI° siècle, il est amer et ironique de constater que cette croyance en une mer arctique chaude et ouverte sera finalement bientôt une réalité !
[...] La théorie de la mer polaire ouverte termina pour l’essentiel sa carrière avec le voyage de la Jeannette, bien que les récentes projections climatiques montrent que vers 2050, une partie importante de la banquise polaire fondra entièrement en été.
❤️ Voici un récit d'explorateurs comme on les aime : une écriture documentée et une lecture fluide, le souffle épique et le contexte historique, des aventures extraordinaires et des destins hors du commun, ...

Pour celles et ceux qui aiment les voyages.
D’autres avis sur Babelio.

dimanche 22 novembre 2020

Bouquin : Albuquerque

[...] So long, Albuquerque !

Après Manaus, on retrouve le français Dominique Forma et un de ses petits bouquins dont il a le secret : Albuquerque.
160 petites pages, à peine plus qu'une nouvelle pour une autre histoire de cavale, une autre histoire de petites gens.
Cette fois-ci le décor sera celui des routes US, la 66 et d'autres : Forma a longtemps vécu à LA.
Planqué au Nouveau-Mexique, Jamie s'est refait une petite vie sous couvert du programme fédéral de protection des témoins.
Il a pris quinze kilos de trop, n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été et son couple avec Jackie bat de l'aile.
Mais un beau matin, ses anciens complices le retrouvent ...
[...] Qui a jamais vu une vengeance s'abattre une décennie plus tard sur un type devenu gardien de parking ? Albuquerque n'est pas Medellin ou Juarez.
[...] De mémoire d'homme, on n'a jamais vu ça à Albuquerque. D'ailleurs personne ne le verra ; on ne déambule pas à l'angle de Cooper Avenue et de Fifth Street si tôt le matin. Le quartier est encore désert.
Jamie n'a pas le temps de faire sa valise, à peine celui de prendre la fuite avec sa femme, bien obligée de le suivre.
[...] Il ouvre le congélateur - un grand modèle horizontal s'ouvrant par le haut - et y dépose le cadavre. 
Il referme le congélateur.
- So long, Albuquerque !
On partagera avec eux quelques heures de cavale le long des routes US. 
On nous laissera deviner comment tout cela a commencé mais à peine entrevoir comment tout cela va finir : Dominique Forma est un habile faiseur de dernier chapitre en ligne de fuite.
Sa prose, sèche et précise, fait mouche à chaque page, entre humour ravageur et tendresse pour ses personnages.
[...] Sa télé de poche a cessé de fonctionner en septembre dernier, deux jours avant que les tours jumelles de Manhattan ne partent en fumé. Jamie n'avait rien remarqué. Il avait passé le 11 septembre à se gaver de biscuits scandinaves qu'il adore pour compenser la mort soudaine de son poste de télévision. Il est le seul américain à ne pas voir assisté en direct à cette spectaculaire déclaration de guerre.
Dominique Forma me fait penser à un autre grand auteur de roman noir : Frédéric H. Fajardie et me donne envie de le relire.
Pour celles et ceux qui aiment les cavales.
D’autres avis sur Babelio.

Bouquin : Monteperdido

[...] On retrouvera Lucía.

Monteperdido est le premier roman de l'espagnol Agustìn Martinez.
Venu du monde de la télé (l'auteur est scénariste), Martinez nous emmène au cœur des montagnes, dans les Pyrénées aragonaises, un peu à l'est de la Navarre que sa compatriote Dolores Redondo nous avait fait visiter récemment.
[...] La vallée de Monteperdido. “La Vallée cachée”, comme l’appelaient les touristes.
Mais pas d'ambiance "fantastique" ici à Monteperdido : l'intrigue est tout ce qu'il y a malheureusement de plus trivial. Deux fillettes d'une douzaine d'années, deux amies, deux voisines, ont disparu, sans aucun doute enlevées.
Les enfants n'ont jamais été retrouvées, le coupable non plus, les deux familles sont en perdition, au fil du temps le village se démobilise peu à peu mais continue de regarder d'un mauvais œil les rares étrangers qui viendraient jusqu'à cette vallée reculée.
[...] Dans ces montagnes, il est difficile de retrouver quoi que ce soit. Elles ne sont pas faites pour les hommes… 
[...] Dans ce village, si on ignore comment s’appelle votre putain de grand-père et comment il prenait son café, vous êtes un étranger. On adore les gens qui vont et viennent et qui, au passage, laissent leurs billets de banque à Monteperdido. Mais ceux qui viennent et restent, on les trouve beaucoup moins marrants !
Le roman démarre cinq ans plus tard : l'une des deux gamines réapparait, traumatisée mais vivante, une ado désormais, au témoignage incertain. 
Deux flics débarquent de la ville pour prêter main forte aux gendarmes locaux et retrouver au plus vite la seconde fillette.
[...] Si on s’y prend correctement, on retrouvera Lucía.
❤️ La réussite de ce polar à l'intrigue somme toute classique, tient dans l'épaisseur que l'auteur a su donner à ses personnages. Tous ses personnages : les flics, les membres des familles et les voisins du village.
Et un autre personnage aussi : cette montagne qui enserre ce village de sommets inaccessibles.
Entre les montagnes inquiétantes et les taiseux du village tout aussi inaccessibles, l'ambiance est particulièrement oppressante.
Rares sont les polars qui savent nous épargner les descriptions horrifiques des tourments vécus par les jeunes filles séquestrées par leur ravisseur, mais Agustìn Martinez n'a nullement besoin de ces clichés pour tisser la toile qui va emprisonner le lecteur.
[...] Tout ce village semblait replié sur soi, tournant le dos au monde, aux montagnes, aux regards étrangers. 
[...] Ici, les gens sont très particuliers. Tu l’as remarqué. À la fois sympas et faux culs. Ça doit tenir à la région. Les deux faces de Monteperdido.
[...] Et sous cette couche de neige, tous les secrets des gens qui refusent de les laisser apparaître.
[...] Les liens, parfois maladifs, qui se tissent dans ces cercles de famille.
Le couple d'enquêteurs venus de la ville (un flic proche de la retraite et une adjointe au passé compliqué, tous deux spécialistes des affaires "de famille"), ce couple d'enquêteurs est particulièrement réussi et ils se démènent comme ils peuvent au milieu de ces montagnes fermées aux étrangers pour essayer de découvrir la vérité.
[...] Parfois, ce travail était épuisant. Pas à cause des heures qu’on y consacrait ou des déplacements obligés, toujours dans l’entourage des disparus, comme des imposteurs. Mais c’était la condition humaine qui était décourageante.
Un excellent polar avec une intrigue classique renouvelée par une ambiance avec une forte empreinte. Avec quelques longueurs cependant (un gros pavé de 500 pages).

Pour celles et ceux qui aiment la montagne.
D’autres avis sur Babelio.