mardi 21 mai 2019

Bouquin : Une année de cendres


[...] Cette ville moins vivante que le musée Grévin.



Sympathique polar que cette Année de cendres du journaliste normand Philippe Huet.
Le pitch n’était pourtant guère racoleur : une rivalité entre anciens truands corses et nouvelle mafia libanaise dans le décor du Havre (oui, le port). Bof.
Sauf qu’on tient là un très bon bouquin, fort bien écrit, qui a la bonne idée de nous faire visiter toute l’histoire (méconnue) de ce grand port français, nécessairement lieu des pires trafics.
Une petite introduction (qu’on aurait aimée plus étoffée d’ailleurs) nous emmène dans les années de l’immédiate après-guerre quand des millions de GI de l’oncle Sam campent ici en attendant l’un des bateaux de la noria qui les rapatrie au pays (il faudra 2 ans !).
Evidemment les GI sont approvisionnés en tout ce qu’il faut, en tout ce qu’il faut pour le marché noir d'une mafia corse qui se refait une santé après avoir plutôt mal vécu la Libération ... ils n’avaient pas choisi le bon camp.
Et puis on se retrouve aujourd’hui entre les vieux de la vieille et les nouveaux venus, la querelle des anciens et des modernes.
[...] Bechir Hamri de la bande des Libanais, qui traficotait sûrement avec Charoub, du côté de Beyrouth. Et Bechir Hamri qui rencontre Baptiste Lanzi, caïd corse de la ville. Pour quelle raison ? Ils tiennent tous des bars ou des boîtes de nuit. Les anciens d’un côté, les modernes de l’autre. Les anciens qui font la gueule, les modernes qui veulent tout bouffer. Rivaux ? Ou alors, ils sont en train de s’arranger… 
L’auteur n’échappe évidemment pas à son ancien métier de journaliste et l’un des héros de l’affaire est un journaleux à la Rouletabille qui nous vaut quelques belles pages sur ce métier que l’on sait ô combien nécessaire.
[...] Un malade, un intoxiqué de l’imprimé, un drogué de l’information. Tout le passionnait dans ce métier, absolument tout. Il passait ses nuits à l’atelier ou à la photogravure, écoutait tourner les rotatives comme s’il s’agissait du chant des sirènes. 
Et puis la découverte (on peut le dire) de cette étrange ville du Havre, entièrement détruite, entièrement reconstruite, que Philippe Huet sait nous raconter avec dérision ...
[...] Il était là depuis six jours, et n’en pouvait plus de cette ville moins vivante que le musée Grévin.
Mais ce qui fait tout le sel (marin) de ce bouquin, ce qui fait que l’on s’accroche à cette intrigue convenue dans une ville fantôme dès les premières pages, c’est l’art de l’auteur de camper tous ses personnages, en veux-tu en voilà, des premiers rôles, des seconds couteaux, des figurants, tous ont droit à de belles pages. C’est savoureux.
On a vraiment bien aimé, on reviendra lire Philippe Huet, on garde le coup de cœur pour un prochain roman du normand.

Pour celles et ceux qui aiment les ports.
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