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mercredi 6 mai 2026

Exil(s) islandais (E. B. Aegisdottir et J. Loubry)

[...] Nous n’avons rien fait de mal.


Un petit polar à 4 mains entre Lyon et Reykjavík, mais porté par une intrigue suffisamment solide pour faire de ce "coup éditorial" un agréable patchwork tricoté entre deux pays et deux cultures.

  • Un polar de Eva B. Aegisdottir et J. Loubry
  • Deux villes, Lyon et Reyjkavík, deux pays, deux cultures
  • Une intrigue solide qui mêle le passé et le présent.
❤️❤️❤️❤️🤍 

Les auteurs, le livre (192 pages, avril 2026) 

En littérature, les figures imposées sont souvent acrobatiques mais pas toujours très réussies, même lorsque ce sont des auteurs réputés qui s'y collent.
Mais cette fois-ci, l'islandaise Eva Björg Ægisdóttir et le français Jérôme Loubry, tous deux déjà bien connus de nos services, vont nous prouver le contraire.
L'idée de ces Exil(s) islandais est née, avec la complicité de l'éditeur, de leur rencontre au festival lyonnais Quais du Polar pour une partition à quatre mains entre deux auteurs étrangers appartenant à deux régions bien différentes, un peu sous la forme d'un "cadavre exquis" qui se déroulerait entre Lyon et Reykjavík.
La traduction de la partie islandaise est signée par Jean-Christophe Salaün.

Le pitch et les personnages :

Dans leur jeunesse, Vera et son mari Andri ont fait leurs études de droit à Lyon et ils sont désormais devenus des figures politiques bien en vue à Reykjavík.
Au plus mauvais moment, Camille, une journaliste française, débarque en Islande, bien décidée à faire la lumière sur une vieille histoire qui les mettrait en cause ...
L’inspecteur lyonnais Dutrieu se retrouve muté de très mauvaise humeur à Reykjavík (c'est une punition bien pire qu'Hazebrouck) mais son exil sera finalement bien utile lorsque la journaliste française est retrouvée morte en pleine réception à l'ambassade : choc anaphylactique douteux, allergie suspecte, ... 
« – Vera, dit Andri en se redressant et en la regardant droit dans les yeux. Nous n’avons rien fait de mal. Ne raconte pas de bêtises. 
– Que va découvrir la police en enquêtant sur la mort de Camille ? 
– Rien du tout. Ils ne vont rien découvrir du tout. »
L'ambassadeur, un ami de longue date de Vera et Andri, aimerait bien étouffer toute l'affaire mais Dutrieu est toujours d'aussi mauvaise humeur, obstiné et entêté, persuadé que « Reykjavík ne doit pas devenir le tombeau de la vérité ». 
« – Mais qu’espérez-vous découvrir au final, inspecteur ? l’interrogea Vincent. Vous pensez vraiment que tout cela a une cause… criminelle ?
– Je n’en sais foutrement rien, soupira l’inspecteur. »

♥ On aime bien :

➔ Ce coup éditorial a la sagesse de se montrer ni ambitieux, ni prétentieux (le bouquin fait moins de 200 pages) et c'est ce qui le sauve. Le lecteur n'a plus qu'à savourer le plaisir de lire deux belles plumes (trois avec celle du traducteur) et se laisser captiver par une intrigue plutôt bien orchestrée.
Les deux auteurs n'ont pas cédé à la facilité de l'exotisme franco-islandais et se sont appliqués à bâtir une histoire digne d'un vrai bon polar.
➔ Il est vrai que les personnages n'ont pas la profondeur que leur donnerait un auteur travaillant longtemps et seul sur son roman mais le scénario est suffisamment solide pour masquer les coutures de cet agréable patchwork tricoté entre deux pays et deux cultures.

Pour celles et ceux qui aiment l'Islande.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Points (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

vendredi 30 janvier 2026

Avant que tombe la nuit (Eva Björg Aegisdottir)

[...] Il y a mille façons de disparaître en Islande.


L'auteure de la série Elma et du Clan des Snaeberg nous revient avec un thriller psychologique où il sera évidemment question d'une disparition comme seuls les islandais savent les mettre en page ... et où le lecteur va se laisser manipuler avec plaisir.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteure, le livre (345 pages, février 2026, 2023 en VO) :

Eva Björg Ægisdóttir, auteure islandaise, réussit à se démarquer au milieu de l'abondante marée de thrillers nordiques traduits en France après la vague Indridason venue de Reykjavik.
C'est à elle que l'on doit notamment la série Elma (bientôt en série tv) ou encore le remarquable Clan Snaeberg. 
Voici donc un nouveau thriller psychologique, qu'il faut lire Avant que tombe la nuit.
Un roman qui obtenu en 2023, le Prix du Polar de l'année en Islande (prix La Goutte de Sang).
La traduction (depuis la version anglaise) est signée par Ombeline Marchon.

Le pitch et les personnages :

En 1967, une adolescente, Kristín (ou Stína), disparaît mystérieusement (la routine islandaise car  « il y a mille façons de disparaître en Islande ») et l'on ne retrouvera que son anorak tâché de sang au bord de la route.
Dix ans plus tard, sa jeune soeur, Marsí, est toujours hantée par cette disparition et ne peut s'empêcher de se sentir rongée par la culpabilité : en 1967, elle échangeait secrètement des lettres avec un mystérieux correspondant ... en usurpant l'identité et la personnalité de sa grande soeur.
« — Cette honte, je vis avec depuis dix ans. [...]
— Je n’en ai jamais parlé à personne, ai-je marmonné.
— Comment ça ?
— Je n’ai jamais parlé à personne de mon correspondant ! »
Qui est responsable de la disparition de Stína ? Le mystérieux correspondant ? Un amoureux éconduit ? L'un des autres garçons que les filles fréquentaient ? Ou même un père mal intentionné ?
En 1977, Marsí se remet à poser des questions autour d'elle
Et quand on cherche bien, on trouve toujours quelques secrets à sortir de l'oubli ou du mensonge ...
« Certains secrets vous rongent de l’intérieur. [...] Une fois qu’on a commencé à mentir, il est difficile de faire marche arrière : on perd toute crédibilité. Parfois, le plus simple, c’est de continuer. »

♥ On aime :

➔ Marsí est revenue dans son village natal et pose des questions à tout le monde pour découvrir ce qui est arrivée à sa soeur, Stína. 
Et ça part dans tous les sens : tout le monde a forcément quelque chose à cacher et dans le petit village les suspects ne manquent pas.
Eva Björg Aegisdóttir joue avec son lecteur, on était prévenu mais on l'oublie un peu vite, captivé par le mystère autour de la disparition de Stína.
➔ Il sera même question d'une « maison de correction pour les jeunes filles accusées d’avoir frayé avec des soldats » américains, pendant l'occupation. Pendant ce que les islandais ont appelé la situation, une période trouble que nous avait déjà fait découvrir Indridason, par exemple dans son roman Dans l'ombre (2017).
« La "situation" était l’euphémisme utilisé à l’époque pour désigner les liaisons entre les femmes islandaises et les soldats étrangers. »
➔ Mais on l'a dit, Eva Björg Aegisdóttir joue avec son lecteur qui se laisse faire et manipuler de bon cœur. Jusqu'à un final surprise teinté d'un humour macabre, très second degré, qui justifie largement le détour par les fjords de l'ouest.
Une région où il vaut mieux arriver avant que tombe la nuit :
« Une légende circulait au sujet de la route qui mène à la maison : Les conducteurs qui l’empruntaient de nuit croisaient parfois une femme en train de faire du stop sur le bas-côté. S’ils ralentissaient ou échangeaient un regard avec elle, son visage apparaissait instantanément dans le rétroviseur et ils la retrouvaient assise sur la banquette arrière. Sous le choc, ils perdaient le contrôle du véhicule et finissaient dans le fossé. On racontait des histoires similaires dans toute la campagne islandaise. »

Pour celles et ceux qui aiment les secrets de famille.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce à NetGalley et aux éditions de La Martinière (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

samedi 13 janvier 2024

Le clan Snæberg (Eva Björg Aegisdottir)


[...] — C’était un accident, pas vrai ?

●   L'auteure, le livre (416 pages, 2024, 2021 en VO) :

Eva Björg Aegisdóttir fait partie de l'équipe qui prend la relève du polar islandais après le passage du phénomène Indridason.
Depuis la série des épisodes "Elma" cette auteure n'est plus tout à fait une inconnue pour nous.
La revoici avec ce qui s'apparente à un "hors-série" : Le clan Snæberg, ou plutôt un "préquel" comme on dit, qui (petit clin d'œil aux lecteurs) dans les toutes dernières pages annonce justement l'arrivée de Elma dans la brigade de la petite ville d'Akranes.

●    L'intrigue :

Pour un week-end, la riche famille des Snæberg (ils ont fait fortune dans les pêcheries bien sûr) a loué tout un hôtel de luxe dans la péninsule de Snæfellsnes, celle du célèbre glacier Snæfellsjökull au nord d'Akranes, ville fétiche de l'auteure.
Randonnée, excursion en bateau, bonne chère et alcools forts sont au programme de ce rendez-vous façon "4 générations sous un même toit" ou plutôt "Cluedo" !
[...] Ce n’est pas une famille ordinaire. Les Snæberg font partie des gens les plus riches et influents d’Islande.
[...] Il n’y a rien de plus intéressant qu’une famille, ce rassemblement de gens qui passent du temps ensemble uniquement parce que le même sang coule dans leurs veines. C’est fascinant, à bien y réfléchir, ce qui relie des individus entre eux, et jusqu’où ils sont prêts à aller à cause de ces liens.
Tout le monde sait que les réunions de famille sont rarement de tout repos et dès les premières pages on sait déjà que le week-end s'est mal terminé : la police vient de retrouver un corps au pied des falaises. 
De qui s'agit-il ? Meurtre, suicide, accident, que s'est-il passé ? 
Bon sang, pourtant chacun sait bien qu'en Islande, il ne faut jamais aller se promener seul dans la lande !
[...] La météo pouvait être très mauvaise et les voyageurs se perdaient souvent, sans se rendre compte qu’il y avait un précipice.
[...] Les secours avaient été envoyés sur place durant la nuit pour retrouver un client de l’hôtel disparu dans la tempête, et au petit matin, ils avaient informé la police de la découverte d’un corps.
[...] Baissant la voix, je m’efforce de paraître calme :
— Dis-moi la vérité, Viktor. Pourquoi mentir, hein ? C’était un accident, non ?
Viktor s’humecte les lèvres mais garde le silence.
— C’était un accident, pas vrai ? 
À ce stade, le lecteur n'en saura pas plus et une très longue exposition va nous faire revivre le déroulé du week-end et approcher d'un peu plus près les membres du clan Snæberg : lentement, peu à peu, on devine que chacun cache quelque chose, un affreux mensonge, un sombre passé, un terrible secret, une douloureuse faille, un coupable silence, ...
[...] Porter un secret n’est pas de tout repos. Depuis des années, ce fardeau m’empoisonne, affectant ma relation avec ma famille et mes amis.
[...] Un secret qui pèse sur mes épaules depuis des années et a ruiné tant de choses.

●   On aime beaucoup :

❤️ On aime la prose soignée de cette auteure, constante au fil de ses ouvrages. Avec sans doute une belle traduction, c'est toujours un plaisir que de découvrir chacun de ses bouquins, tous très bien écrits et d'une lecture fluide et agréable. Il faut le souligner.
Des intrigues solides et sans violence : du polar classique qui ne bouleverse pas le genre mais qui devrait plaire au plus grand nombre.
❤️ On aime découvrir avec elle les différentes facettes de la vie actuelle et moderne des habitants de l'île, c'est une autre constante de ses romans avec la description de la vie ordinaire des islandais d'aujourd'hui.
Bon d'accord, avec cet épisode, c'est plutôt la vie des riches !
❤️ Et puis on est admiratif de la construction de ce bouquin : durant plus de la moitié du bouquin, le lecteur est dans l'attente. Certes on découvre peu à peu les différents membres du "clan", mais bon sang, que s'est-il passé ce week-end ? Qui donc gît au pied de la falaise ? Où veut nous emmener l'auteure ? À quoi rime tout cela ?
Et puis tout d'un coup, on sent les fils se resserrer et le drame se nouer : il devient impossible de lâcher le livre avant l'explication finale. 
Les nombreux indices semés adroitement ici ou là (on n'a rien vu venir !) prennent leur place dans le puzzle complexe dessiné par Eva Björg Aegisdóttir.
[...] Les fragments de souvenir s’assemblent comme un puzzle, chaque pièce prend enfin sa place.
Disons qu'on tient peut-être là le meilleur bouquin de l'auteure.

PS : on regrette juste que l'éditeur n'ait pas placé un arbre généalogique du "clan" comme celui qu'on a dû établir ici pour s'y retrouver plus facilement dans tous ces noms aux consonnances étranges et ambiguës.

Pour celles et ceux qui aiment les réunions de famille.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce à Netgalley et aux éditions de La Martinière.
Mon billet dans 20 Minutes.

jeudi 23 mars 2023

Les garçons qui brûlent (Eva Björg Aegisdottir)

[...] C’était si difficile de se débarrasser d’un cadavre.

    L'auteure, le livre (404 pages, 2023, 2020 en VO) :

L'an passé avec Elma on avait découvert Eva Björg Aegisdóttir, une jeune auteure qui fait partie de la relève du polar islandais après le phénomène Indridason.
Voici Les garçons qui brûlent, le troisième épisode des aventures d'Elma. 

    On aime bien :

❤️ La description de la vie ordinaire des islandais d'aujourd'hui.
❤️ Une écriture fluide et agréable, une fliquette attachante, une intrigue solide et sans violence : un polar classique qui ne bouleverse pas le genre mais qui devrait plaire au plus grand nombre.
❤️ Un montage captivant qui, jusqu'à la toute fin (un peu rapide), sème les doutes par petites touches, de ce côté-ci, de ce côté-là, si bien que peu à peu les différents personnages perdent leur vernis initial.
[...] Quelqu’un leur avait menti. Et sans doute plus d'un ...

      Le contexte :

Une petite bourgade au nord de Reykjavik : le charme provincial d'une Islande paisible ... jusqu'à ce que les polars d'Eva Björg Aegisdóttir viennent troubler la petite cité d'Akranes.
Après Elma, c'est le troisième épisode des enquêtes de la jeune fliquette Elma dans sa petite ville d'Akranes (où est née l'auteure) puisqu'on a zappé le second tome : Les filles qui mentent.

      L'intrigue :

Un jeune ado meurent dans l'incendie de la maison (les parents étaient absents) : accident, suicide, incendie criminel, ...
[...] – Est‑ce qu’il pourrait s’agir d’un accident, voire d’une mort naturelle ? suggéra Elma. Puisqu’il n’y a pas de traces de blessure.
Bientôt une disparition mystérieuse et un autre cadavre.
[...] – Deux cadavres en une semaine, c’est pas croyable. Qu’est‑ce qui vous arrive à Akranes, en ce moment ?
Il n'en fallait pas tant pour chambouler la communauté jusqu'ici paisible de la petite bourgade où officient Elma et ses collègues. Ils vont devoir remuer le passé et dévoiler quelques secrets qui sommeillaient enfouis sous les non-dits : histoires de famille, rancœurs de couple, intrigues de voisinage, ...
[...] À vrai dire, Elma était à peu près certaine qu’ils avaient déjà croisé ce garçon mystère au cours de leur enquête. Et que quelqu’un leur avait menti.
Une auteure attachante dont l'écriture gagne en maturité au fil des épisodes.

Pour celles et ceux qui aiment les gens du nord.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio - livre lu grâce à Netgalley.

dimanche 30 janvier 2022

Elma (Eva Björg Aegisdottir)

[...] Avait-elle des comptes à régler avec son passé ?

    L'auteure, le livre (372 pages, 2021, 2018 en VO) :

On croyait avoir fait le tour du polar nordique en général et du polar islandais en particulier (y'a-t-il une littérature islandaise après Indridason ?).
Mais il nous fallait encore découvrir le premier roman de la jeune Eva Björg Aegisdóttir : Elma.

    On aime :

❤️ Une prose assez classique et sans grande originalité, mais fluide et agréable à lire. 
❤️ Des personnages plutôt bien dessinés : évidemment, tout le monde se connait dans le petit village.

      Le contexte :

Après une déconvenue amoureuse à la capitale, Elma, la trentaine, revient s'installer dans la petite ville d'Akranes où elle avait grandi. Elma est flic et se retrouve donc au petit commissariat d'Akranes, dans l'ambiance d'une province campagnarde (même si on est à moins d'une heure de la capitale à cinquante kilomètres de là) où les usines à poisson ont commencé à fermer mais où règnent encore quelques notables.
[...] Les décès d'origine criminelle étaient rares en Islande - plus encore à Akranes - et les affaires souvent faciles à résoudre. [...] Mais ce n'était pas le cas cette fois.

      L'intrigue :

Polar oblige, ce charme provincial un peu ennuyeux sera vite troublé par la découverte du cadavre d'une femme au pied du phare ...
L'enquête fera ressurgir les fantômes du passé et l'intrigue rappelle un peu certains romans d'Indridason justement.
[...] Avait-elle des comptes à régler avec son passé ? D'après les témoignages des uns et des autres, Elisabet cachait une blessure.
L'intrigue mêle habilement les compromissions d'aujourd'hui aux secrets déterrés du passé.
Avec à peine plus de trente ans, c'est une auteure à suivre.
Pour celles et ceux qui aiment les phares de la côte.
D’autres avis sur Bibliosurf.