jeudi 8 octobre 2026

J'étais Abigail Boone (Dominic Nolan)

[...] Elle avait disparu un peu plus de quatre jours.


Premier roman du britannique Dominic Nolan : un polar survolté où son héroïne Abigail Boone fait une entrée fracassante, au propre comme au figuré. 

❤️❤️❤️🤍🤍 

L'auteur, le livre (432 pages, septembre 2026, 2019 en VO) :

On a parlé de Dominic Nolan l'an passé avec un sacré roman, White City, un polar inscrit dans sa fresque socio-historique sur le Londres des années passées, qui lui a valu notoriété et succès depuis Vine Street. 
Le revoici dans un registre plus classique, avec J'étais Abigail Boone qui fut son premier roman publié en 2019 en VO. Un second épisode mettant en scène l’héroïne amnésique Abigail Boone (After Dark - 2020 en VO) n'a pas encore été traduit en français.
La traduction de l'anglais est signé d'Isabelle Maillet.

Le pitch et les personnages :

De nos jours en Angleterre. Abigail Boone est séquestrée pendant plusieurs jours, maltraitée, droguée, et quand elle se réveille salement amochée, la tête en vrac au propre comme au figuré, elle ne souvient plus de rien. Totalement amnésique.
« D’après les médecins, une perte de la mémoire à court terme n’était pas rare après un traumatisme majeur et pouvait expliquer une certaine confusion mentale.
[...] Pour ce qui était de sa mémoire autobiographique : rien. Le néant total. Elle ne se rappelait pas qui elle était, ni d’où elle venait, ni qui était dans sa vie.
[...] Elle n’avait aucun moyen de se repérer. Ne se rappelait rien avant ce jour dans l’appartement. Le passé n’existait pour elle que par son absence, et elle n’avait aucune idée de sa structure ni de son ampleur. »

L'enquête de police ne donne rien mais Abigail Boone était flic et va mener ses propres investigations, tenter de retrouver une autre jeune femme qui était séquestrée avec elle et surtout retrouver son passé oublié.

♥ J'aime parce que ...

⋯ parce que je reconnais que résumée comme cela, cette histoire a tout du roman policier en tête de gondole d'un relais de gare. Mais bien vite la plume sèche de Nolan fait son effet, et Boone va nous entraîner au cœur des réseaux de ceux qui tirent profit de la traite humaine. Les personnages (presque tous féminins) sont pleins de vitalité, prenants et attachants,
⋯ parce que l'amnésie d'Abigail Boone dépasse le simple ressort narratif destiné à faciliter un scénario policier. Dominic Nolan en a fait le véritable moteur de son personnage. Les interrogations de Boone à la recherche de son passé oublié, de sa vie disparue, son regard perdu en face de ceux qui se disent sa famille (son toubib de mari, son ado de fils), tout cela est finement décrit,
« Cette attitude enjouée des débuts, comme si l’ancienne Abby allait revenir d’un instant à l’autre, avait peu à peu laissé place à la résignation et aux sourires crispés. Aux conversations contraintes à table. Aux silences. »
Le livre s'ouvrait d'ailleurs sur une citation de John Steinbeck : « Comment vivre sans nos vies ? Comment savoir que c’est nous, sans notre passé ? » et Nolan ne manque pas de s'interroger sur le lien entre notre mémoire et notre personnalité. Rapidement le lecteur se pique de curiosité pour une Boone sans souvenirs, se prend d'empathie pour une femme qui ne se laisse pas faire, et veut en savoir plus sur ce personnage sans passé. Que cache cette amnésie ? Que lui est-il arrivé ? Qui était Abigail Boone ?
« – Tu veux reprendre ton enquête pour qu’elle t’aide à te rappeler ton ancienne vie. Mais c’est à cause de la même enquête que tu as eu la tête cassée et que tu as tout oublié. 
– Qu’est-ce que je peux faire d’autre ?
[...] – Tu as prévenu la police ? Boone fit non de la tête. 
– Boone… 
– J’ai besoin de temps pour comprendre.
[...] – Je lui avais dit que c’est stupide de remettre le nez dans cette merde. C’est tenter le destin. 
– Sauf que Boone n’écoute pas les simples mortels. »
⋯ parce que déjà dans ce premier roman, on peut deviner les thèmes de prédilection de Dominic Nolan (précarité sociale, exploitation des plus faibles, habitat insalubre, racket immobilier, ...) qui viendront bientôt secouer les codes traditionnels du polar dans Vine Street et White City,
⋯ mais j'aime moins parce l'amnésique indestructible fait une entrée fracassante dans l'histoire - du haut d'un balcon ! - et que le dénouement ne sera pas non plus de tout repos : ces violences répétées sont un peu too much et visiblement l'auteur ne se soucie guère de vraisemblance. Dans ce premier épisode il construit une héroïne solide et solitaire et il ne nous reste qu'à attendre la traduction de la suite After Dark, où l'on espère bien retrouver Boone et son fusil de chasse !

Pour celles et ceux qui aiment oublier.
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Livre lu grâce aux éditions Rivages (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.