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dimanche 14 février 2021

L'honorable société (DOA & Dominique Manotti)

[...] – L'opacité de la filière nucléaire française.

Décidément la période est celle de la redécouverte des grandes figures du polar français : après Hervé Le Corre, voici des retrouvailles avec Dominique Manotti et DOA  (le pseudo de Hervé Albertazzi).
Deux auteurs que l'on connait déjà [1] [2] mais qui se retrouvent ici pour écrire un thriller politique à quatre mains.
On retrouvera bien sûr les passions et les travers de l'un comme de l'autre (notamment le déplorable engouement de DOA pour les sigles technos !) mais le mélange s'avère finalement plutôt réussi.
À la veille de l'élection présidentielle, quelques barbouzes commettent une bavure en voulant cambrioler l'ordinateur du responsable de la sécurité du CEA. La victime ne se relèvera pas et pendant le même temps quelques activistes écolos s'égarent dans des bêtises.
[...] Une barbouzerie qui a mal tourné. À enterrer, en urgence.
Voilà  de quoi affoler tout le monde : le candidat-président et son entourage, l'opposition, les journalistes, les multiples services de sécurité et de polices. 
C'est parti pour une intrigue vive et percutante, un montage cinéma sans temps mort, des personnages et des actions multiples qui vont s'entrecroiser : tous les codes du genre sont réunis ...
On s'amusera peut-être à deviner (le bouquin a été écrit en 2011) qui se cache derrière les masques de tel candidat-président hyperactif, de telle femme à la tête du nucléaire français ou encore de telle entreprise de béton implantée en françafrique, mais c'est à la fois facile et inutile car là n'est pas vraiment l'enjeu de cette politique-fiction qui préfère seulement nous rappeler quelques saines vérités pas toujours bonnes à écrire : c'était l'époque où Bouygues a fait main basse sur Areva mais plus globalement les auteurs veulent mettre un coup de projecteur sur la collusion entre le monde des affaires et celui de la politique.
Aujourd'hui, c'est devenu monnaie courante, si l'on peut dire.
[...] — Comment tu as formulé ça, déjà ?
— La propension congénitale à l’opacité de la filière nucléaire française. 
[...] La patronne d’un groupe privé a dicté les termes de la privatisation d’un bijou industriel public à un futur président d’abord et avant tout choisi par elle.
[...] Confusion totale des genres entre les sphères dirigeantes des grandes entreprises et le bien public.
Tout cela se lit avec plaisir, le bouquin est écrit par des pros et c'est un bon page-turner avec plusieurs personnages qui bénéficient de portraits fouillés. Mais il manque à cette histoire comme un petit supplément d'âme, comme un souffle épique qui viendrait animer ce sujet un peu aride et réveiller une mise en scène finalement un peu convenue.

Pour celles et ceux qui aiment en savoir un peu plus.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 19 août 2015

L'homme de Kaboul (Cédric Bannel)

Drone de guerre.

Après la fort décevante lecture du Pukthu de DOA, on nous avait conseillé celle de L'homme de Kaboul de Cédric Bannel.
Un conseil avisé : même s'il brasse les mêmes thèmes que DOA dans la situation chaotique de l'Afghanistan, le bouquin de Cédric Bannel est tout à fait passionnant et on l'y apprend une foultitude de choses sur la vie afghane, les différentes ethnies et obédiences religieuses, le quotidien kabouli.
À tel point que le bouquin de DOA souffre gravement de la comparaison : Cédric Bannel est allé sur place, il connait bien le pays et cela se sent.
Le volet européen de ce thriller est peut-être un peu trop ‘standard' mais laisse suffisamment de place pour que les épisodes afghans nous emmènent tout du long.
Côté intrigue justement, nous allons suivre les pas d'Oussama, un qomaandaan de police kabouli à qui l'on demande d'enterrer une affaire (l'assassinat maquillé en suicide d'un homme d'affaires) mais qui fait la sourde oreille aux pressions de sa hiérarchie et qui entend bien démêler la pelote emberlificotée d'un gros bazar qui prend sa source … en Suisse.
[…] Le mollah soupira.
— Vous êtes un homme courageux, frère Oussama. Essayez de rester vivant encore quelques jours. Votre enquête m'intéresse.
On regrette juste un peu l'insistance pédagogique avec laquelle Bannel décrit la situation des femmes du pays et nous dispense ses bons conseils et savants préceptes : non pas que la sinistre condition des femmes afghanes ne mérite notre attention bien sûr, mais cela sent beaucoup trop la figure imposée à tout bon roman écrit sur le moyen-orient.
On aimerait bien que cet auteur touche-à-tout nous concocte une nouvelle aventure du qomaandaan Oussama, peut-être en l'insérant encore plus dans la vie quotidienne du pays et en laissant un peu la guerre en décor d'arrière-plan.

Pour celles et ceux qui aiment le dessous des cartes.
D’autres avis sur Babelio.

mercredi 3 juin 2015

L'évasion (Dominique Manotti)

Le voyou qui voulait être écrivain.

Il n’est jamais trop tard et voilà donc que l’on se prend à vouloir rattraper le temps perdu avec quelques auteurs français de polars bien de chez nous, histoire de changer un peu des figures imposées par la déferlante nordique ou même de nos voyages plus ou moins exotiques …
Parfois cela donne quelques nuits sans lendemains avec le décevant DOA, mais il se pourrait bien que l’on assiste ici à la naissance d’une relation durable avec sa collègue et complice : Dominique Manotti.
Une auteure réputée pour ses engagements sociopolitiques (il faut dire que c’est un peu la marque de l’école française en matière de policiers). Avec L’évasion, Dominique Manotti nous replonge à la fin des années 80, à la fin de l’épopée des Brigades Rouges italiennes, lorsque repentis et dissociés avaient délogé les attentats de la Une des journaux. Carlo, un ex-brigadiste des années de plomb s’évade de prison (trop facilement ?) et embarque dans sa fuite (par erreur ?) un simple et vulgaire droit commun, Filippo, un petit voyou des abords de la gare de Termini. On vous laisse découvrir les détails du hold-up manqué qui mènera Carlo sur la touche tandis que Filippo, l’évadé malgré lui, se retrouvera à Paris au cœur du milieu intellectuel des réfugiés italiens.
Le voyou apprivoisé au parfum sulfureux se met à fréquenter le beau monde et les jolies femmes d’une intelligentsia qu’il n’imaginait même pas.
[…] Les avocats des réfugiés italiens ? Rencontrés une fois. Un souvenir cuisant. Des grands seigneurs condescendants. “Prévenez-nous, si vous avez des problèmes. Nous assurons la défense des réfugiés politiques, pas des droits communs comme vous.”
Carlo n’étant plus à ses côtés pour profiter de sa gloire d’ex-brigadiste, le petit voyou se dit qu’il ne tient qu’à lui d’enjoliver, un peu au début puis beaucoup ensuite, d’enjoliver l’histoire de sa cavale et son passé.
[…] Décidément, il est charmant ce jeune type qu’elle prenait pour un illettré quasi aphasique. Auteur d’un roman plutôt flamboyant, ou petit escroc paumé qui monte un coup, à vérifier. Mais beau gosse de toute façon, et attendrissant.
Consumé d’envie et de jalousie envers les arrogants réfugiés italiens qu’il fréquente désormais, il se met, au propre comme au figuré, à (ré-)écrire son histoire et un engrenage étonnant se met alors en branle.
[…] Une sacrée revanche. Devenir un écrivain.
[…] Mais tout au fond de lui, sans jamais en parler à personne, il sait que c’est un rôle de composition, un rôle usurpé.
On savoure avec plaisir la reconstitution de cette époque, l’évocation des années de plomb (on se souvient encore des carabiniers romains fouillant notre voiture …).
On découvre avec étonnement la construction soignée d’une intrigue qui entremêle un thriller politique avec une surprenante histoire de création littéraire : le process de l’écriture et la recette de fabrication d’un succès de librairie sont au cœur de ce bouquin.
[…] Demain, il achètera une belle couverture cartonnée, écrira dessus L’ÉVASION, récit de Filippo Zuliani, glissera les feuillets dedans et déposera le tout dans la boîte aux lettres de Cristina Pirozzi, sans un mot d’explication.
[…] Il n’a jamais accompagné Carlo dans sa cavale, et sa source unique pour construire son récit du hold-up est un article de journal. Ce qui ne pose aucun problème, tous les romanciers travaillent de cette façon. Mais lui s’applique à entretenir l’ambiguïté, bien aidé par son éditeur, d’ailleurs. En jouant là-dessus, il se met lui-même en danger.
[…] Votre manuscrit. Nous sommes bien d’accord, il s’agit d’un roman. Soyons clairs : je ne veux rien savoir de plus. Je veux pouvoir continuer à penser et à dire que c’est un roman en toute sérénité. Sommes-nous bien d’accord ? — Oui. C’est un roman. — Très bien. Ce que nous aimons, dans ce roman, c’est l’apparente authenticité du récit, le poids du vécu à toutes les pages, et je suis convaincu que la critique nous suivra là-dessus.
Pour tout dire on oublie souvent qu’il s’agit d’un roman tant on se croit dans une histoire vraie, un quasi reportage (il faut dire que l’auteure s’est visiblement inspirée, très librement, des aventures politico-littéraires de Cesare Battisti)

Pour celles et ceux qui aiment les voyous écrivains.
D’autres avis sur Babelio.

samedi 16 mai 2015

Pukhtu (DOA)

Drone de guerre.

Pris de remords d’avoir délaissé le lyonnais DOA pendant de longues années, nous voici avec son dernier gros pavé entre les mains : Pukhtu.
Le plus récent à défaut d’être le meilleur …
Tout au long de ces quelques 700 pages, DOA va décortiquer les mécanismes de la guerre US en Afghanistan.
Les ramifications et imbrications entre guerre(s) - au pluriel - et trafic(s) - au pluriel également.
Entre soldats de métier et milices privées.
Entre agences de renseignements et entreprises de l’ombre.
C’est passionnant. Non, plutôt : effarant.
Le fric, la drogue, les armes inondent les vallées et les montagnes, passent les cols et les frontières.
Du Kosovo à Jalalabad via Dubaï.
De Kaboul à Peshawar via la passe de Khyber, voilà autant de noms familiers qui nous ont été serinés à longueur de JT pendant des années.
Nous sommes en 2008, peu avant l’aboutissement de la traque de Ben Laden.
Les scènes de guerre nous sont longuement et patiemment détaillées. La nouvelle tactique américaine nous est rendue transparente : en l’air, des drones pilotés à distance par l’armée US (façon Good Kill).
Sur le terrain, sur place, des mercenaires et des supplétifs chargés de ‘marquer’ les cibles. L’armée ne se salit plus les mains.
Elle ne veut plus, elle n’en a plus les moyens.

[…] L'élan de privatisation de la chose militaire sans précédent constaté à l'occasion des invasions de l'Afghanistan et de l'Irak.
[…] Une double nécessité, le besoin de pouvoir prendre rapidement ses distances avec les paramilitaires s'ils sont découverts et le manque de moyens gouvernementaux disponibles.

Tout ce petit monde affairé doit bien vivre et les subsides officiels ne suffisent évidemment pas.

[...] L'Afghanistan produit 93 % de l'opium mondial, un commerce qui rapporte chaque année, d'après les estimations les plus conservatrices, 3 milliards de dollars à l'économie souterraine du pays, alimentant la corruption et finançant pour partie l'insurrection talibane.
[…] Pour les hérauts du capitalisme, l'enjeu commercial premier de ces deux guerres n'a jamais été la captation des richesses des pays en question mais la guerre elle-même, source d'immenses profits.

Pour faire sérieux et documenté, DOA use et abuse des sigles des armes et des armées. C’est inutile mais cela ne nuit pas à la lecture. Y’a même un lexique pour les fans de AK.
On pourrait également se perdre facilement dans l’abondance de personnages, dans cette région où les patronymes afghans ou pakis ne donnent guère de repères.
Mais là aussi, le professeur DOA fait preuve de patience et s’est également fendu d’un répertoire.
De toutes façons, on reviendra fréquemment sur chacun de ces bonshommes, on prendra le temps de faire connaissance, de chapitre en chapitre. L’auteur est patient avec son lecteur parachuté en territoire inconnu.
L’écriture est simple et directe, sans fioritures, tout cela est bien entendu viril, vulgaire parfois, pimenté de sexe inutile et de violence gratuite.
Les mecs en mission là-bas oublient peu à peu les repères du monde et du genre humain : fallait pas s’attendre à voire les GI Joe disserter sur Spinoza. N’oublions pas qu’ils sont en mission pour nous, sur ordre officiel ou suggestion officieuse de nos gouvernements. DOA nous le rappelle.
Comme il nous rappelle la genèse et l’Histoire de cette guerre sans fin.

[...] Ces connards d'Anglais ont été les premiers à participer massivement au foutoir actuel. Obsédés par leur Grand Jeu contre les Russes, ils établissent à la fin du XIXe siècle une frontière artificielle entre le Raj, les Indes britanniques, et l'Afghanistan, rabaissé au rang d'État tampon. Appelée ligne Durand, du nom du diplomate qui en négocia le tracé, cette démarcation coupe alors en deux le monde pachtoune, jusque-là naturellement réparti le long de l'Hindou Kouch, la Montagne qui tue les Hindous, et de la chaîne de Soulaïman, son prolongement méridional. Elle s'accompagne de l'annexion de six régions montagneuses déclarées zones tribales, par opposition aux zones pacifiées, c'est-à-dire le reste du Pakistan, l'Inde, le Bangladesh et une partie de la Birmanie. Dans chacune de ces six enclaves, l'Empire dépêche un administrateur dont le pouvoir repose sur un système de règles exclusives, simplistes, et de punitions collectives.
[...] Lorsque le Pakistan obtient son indépendance en 1947, il ne change pas le statut des zones tribales. La nouvelle constitution ne s'y applique pas et le droit de participer aux élections nationales n'est pas accordé aux populations locales.

En dépit de tous ces centres d’intérêt, sans vraiment s’ennuyer, on trouve les 700 pages un peu longuettes, franchement répétitives et la déception est grande lorsqu’à la place du mot FIN, on découvre qu’il ne s’agit que du premier épisode d’une série …
Un gros pavé pour se caler la tête sur le sable cet été.
On pourra même le ressortir chaque année, puis le repasser à nos petits-enfants, c’est tout l’avantage bien compris de ces guerres du Moyen-Orient.

[...] - Comment se passe ta guerre, Gareth ? » Pour Montana, Voodoo a toujours été Gareth.
- Bien. Elle est sans fin. »
- Ne le sont-elles pas toutes ? »


Pour celles et ceux qui aiment le dessous des cartes et les jeux vidéos.
D’autres avis sur Babelio.