mercredi 13 novembre 2019

Bouquin : Bluff


[...] Ça va secouer oh !

Avant de quitter la région, coup de cœur pour cette histoire de pêche dans les eaux très agitées (nous sommes dans les quarantièmes rugissants) de la Mer de Tasman au large de Bluff.
[...] Dans ces mers casse-bateaux, prier pour que l’hiver austral oublie de se mettre en colère.
[...] Partout où portait le regard, la mer était blanche de rage. 
C’est tout là-bas, dans ce dernier poste avancé de l’humanité, dans les terres habitées les plus australes, que le frenchy David Fauquemberg a choisi de nous emporter, après avoir passé plusieurs mois dans le Pacifique.
[...] Qu’est-ce qui t’amène ?… » Le Français se gratta le front, il n’avait pas réponse à ça. Partout les gens disaient qu’à Bluff, il n’y avait rien. Alors il était venu voir.
[...] T’en fais une tête !… » Il tendit à son équipier une tasse de café brûlant. « Si c’était facile, aye, tout le monde le ferait… » 
Les esprits chagrins pourront reprocher à Fauquemberg d’en faire un tout petit trop dans le style dépliant touristique sur les gentils sauvages polynésiens aux traditions ancestrales pollués par les colons blancs, façon Vaiana de Disney, mais l’auteur est avant tout un formidable conteur d’histoires et comme les vagues de la Mer de Tasman, ses récits épiques emportent tout dans leurs déferlantes, lecteur compris.
[...] C’était cette histoire-là qu’il fallait raconter, elle contenait toutes les autres. 
Son bouquin est un véritable page-turner, un vrai thriller qui au passage, nous en apprend beaucoup sur les migrations du Pacifique : celles des polynésiens bien sûr, celles de certains étonnants oiseaux, celles des huit houles de l’océan et même celles des langoustes !
[...] Crayfish, le mot était dans toutes les bouches : l’or rouge orangé de Bluff, la langouste du Sud dont la saison allait ouvrir. Les pêcheurs parlaient quotas, exportation. À quelle hauteur les marchés asiatiques placeraient-ils la barre, cette année ? En septembre, les pêcheries de la région avaient le monopole et les prix s’envolaient, ils pouvaient dépasser soixante-dix dollars le kilo, vingt de plus pour les pièces de belle taille, pourquoi ne pas rêver des cent dollars ? 
Le récit (passionnant, façon thriller) de la pêche à la langouste est entrecoupé des récits (passionnants, façon Histoire de la mer) des grandes navigations polynésiennes dont l’auteur sait nous faire sentir le souffle épique, entre Histoire des explorateurs et légendes des Héros.
[...] Quand les explorateurs venus d’Europe avaient enfin été capables de traverser le Pacifique, mille ans après les premiers Polynésiens, ils avaient été subjugués par les qualités exceptionnelles de ces pirogues doubles ou à balancier – elles paraissaient voler sur l’eau.
[...] Quand nos anciens ont fait sortir les îles du Grand Océan, ils ouvraient les chemins.
[...] La navigation aux étoiles, cet art que les Polynésiens avaient porté au plus haut point. Les marins d’Europe tremblaient encore de perdre de vue le rivage que nous avions déjà peuplé la moitié du Pacifique !… Et quand Colomb avait fini par traverser l’Atlantique, cela faisait des siècles que les pirogues doubles des Océaniens avaient relié Tahiti aux trois extrêmes du Triangle polynésien – Hawaii, Rapa Nui et la Nouvelle-Zélande. Des voyages insensés. 
Et tout cela se termine sur une vague nostalgique, un brin désabusée.
[...] Là où je vais, il n’y a pas d’île.

Pour celles et ceux qui aiment les crustacés.
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