jeudi 18 juillet 2019

Bouquin : Une confession


[...] L’enquête la plus absurde qu’on puisse imaginer.


Curieux livre que cette Confession (Cul-de-sac en VO) de l’anglais John Wainwright, bouquin écrit dans les années 80, salué à l’époque par George Simenon, mais traduit en français seulement aujourd’hui.
L’auteur est également celui d’un autre polar : À table qui a donné le fameux Garde à vue au cinoche.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’auteur (décédé en 1995) a beau avoir une tête d’Hercule Poirot et le bouquin dater du siècle dernier, l’écriture est suffisamment ‘moderne’ pour passer facilement aujoud’hui.
Curieux livre également que ce polar peut-être sans crime et en tout cas sans arme : le couple sans âme de John et Maude, la cinquantaine vieillissante, n’en finit plus de s’éteindre.
[...] D’après ce que je sais, les mariages des autres ressemblent au mien. Les deux parties gardent soigneusement pour elles (comme nous) leurs querelles. Des disputes dissimulées. Des humiliations cachées. En apparence, les autres sont heureux. Moyennement heureux. Tout du moins, ils ne s’affichent pas ouvertement comme malheureux. 
Au cours d’une de leurs rares balades, Maude dégringole en bas de la falaise.
L’affaire de cette mauvaise chute est rapidement classée.
 Sauf qu’un témoin se réveille un peu plus tard, un peu trop tard, pour annoncer qu’il aurait vu ce jour-là John pousser sa femme ...
Evidemment le mari est toujours le premier suspect, air connu, c’est évident. Tellement évident justement que le lecteur se demande bien où Wainwright veut l’emmener ...
Convaincu d’avoir à faire à un crime quasi-parfait avec une vraie victime et un véritable assassin, un flic opiniâtre et tenace (un conseil : éviter sa région si vous passez en Angleterre) va s’attacher à remonter le fil (le journal intime de John, les interviews de ses (rares) proches, ...) pour apporter la preuve de la culpabilité de John. Pas si simple.
[...] Les meurtres « tranquilles »… qui pourraient tout aussi bien ne pas en être. Formuler une hypothèse. Choisir qui croire. Puis, à tort ou à raison, dérouler l’hypothèse jusqu’à sa conclusion irréfutable. Identifier le meurtrier, puis poser des questions à son sujet. Le connaître avant de le rencontrer. Son caractère, ses forces, ses faiblesses. De la patience. La patience du vrai bon boulot de la police judiciaire. Ne pas se lasser. Ne jamais s’estimer satisfait. 
On peut reprocher à ce polar ‘psychologique’ quelques longueurs dans les pages du journal intime de John, quelques répétitions dans les atermoiements du témoin ou les mauvaises humeurs du flic, un usage immodéré des italiques pour souligner certains mots, mais l’intrigue est suffisamment inhabituelle et l’écriture plaisante pour que l’on recommande vivement cette bonne lecture.
Et puis la grande scène finale, ah ! Quel art du dialogue entre les cinq personnages réunis autour de la table ! Quand tous les fils tissés tout au long des pages viennent se nouer en quelques pages à haute densité, c’est magique.
[...] Les tactiques d’interrogatoire n’avaient aucun secret pour Tallboy. Il les avait pratiquées des centaines de fois. Mais jamais de la sorte.
[...] Tallboy se rendait compte qu’il assistait à quelque chose qui se rapprochait de la magie. Cette histoire. Ça allait dans le mille chaque fois. Mais comment ? 
À savourer comme un bon whisky.
[...] Je connais la fin. Quelqu’un doit la raconter. Soit vous, soit moi. Je suis beau joueur, je vous laisse le choix. 
Allez, on est beau joueur également : on vous laisse la découvrir !



Pour celles et ceux qui aiment les interrogatoires.
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