dimanche 2 janvier 2022

Bouquin : La voie des morts

[...] Mais j'ai essayé, pourtant. Je suis désolé.

L'américain Neely Tucker  est un journaliste réputé (il est passé à deux doigts du Pulitzer) : à la fin des années 90 il a suivi l'enquête longue et laborieuse de la police à la recherche d'un tueur en série à Washington.
Il s'est librement inspiré de ces faits pour son roman policier : La voie des morts.
Le bouquin date de 2014 mais a le charme des ambiances à l'ancienne : on est à la toute fin du siècle dernier, le héros est un vrai journaliste d'avant les brèves numériques qui ont nous envahis et l'auteur rend même hommage à son aîné Elmore Leonard.
Dans un quartier pauvre de Washington, à deux pas de la Cour Suprême, la fille d'un juge fédéral est assassinée dans une ruelle. 
Trois blacks qui l'avaient un peu chahutée font rapidement des coupables parfaits.
[...] Les parents sont déjà sur place. Ils sont avec le chef de la police, en ce moment même, juste de l'autre côté du barrage. Le FBI est là. Il y a aussi les services secrets, des flics, et le maire. Tu parles d'un putain de rassemblement… La gamine était à son cours de danse ou un truc dans le genre.
[...] Trois jeunes Blacks avaient assassiné une jeune fille blanche. Voilà l'info par laquelle tout ce merdier démarrerait.
Mais, contrairement à la police, le journaliste Sully Carter ne se contente pas des évidences trop faciles et il n'a pas oublié les disparitions précédentes dans ce même quartier défavorisé, restées sans suite car les jeunes filles avaient le tort d'être latinos ou blacks, elles n'étaient ni blanches ni filles d'un juge fédéral en vue.
[...] Alors comme ça, il n'y avait pas seulement trois jeunes femmes tuées, mortes, ou disparues dans la même rue, et toutes à moins de deux cents mètres les unes des autres au cours des dix-huit derniers mois.
Délaissant les flics à leur fausse piste, le journaliste mène son enquête sur la base de quelques tuyaux que lui refile un caïd du quartier.
Sully Carter est l'incarnation de l'ancien reporter de guerre aux cicatrices de baroudeur solitaire qui dilue ses fantômes dans le bourbon, ce qui n'est plus vraiment dans l'air du temps et lui vaut quelques accrochages avec la direction du journal.
Son obstination pour la vérité et son fichu caractère lui permettront-ils d'élucider cette affaire ou plutôt ces affaires ? Le lecteur ira de surprise en surprise jusqu'à la toute fin.
[...] Il réglerait ce merdier, se dit-il. Il réparerait ce qui devait l'être.
Tout cela est très classique, l'intrigue comme le style et l'ambiance, mais c'est justement ce qui fait tout le charme de ce polar solide et bien écrit.
On sent l'envie de l'auteur de nous faire partager le travail des journalistes et on est passé à deux doigts, non pas du Pulitzer, mais bien du coup de cœur.
La série Sully Carter continue avec un autre épisode paru en anglais dont on attend la version française. 

Pour celles et ceux qui aiment le journalisme.
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