lundi 1 janvier 2007

Best-of 2007

Comme l'an passé, notre blog sacrifie à la tradition du «best-of» de l'année.
Pour les plus pressés d'entre nous, c'est aussi l'assurance de ne pas louper ce qu'on pourrait appeler «les coups de coeur de nos coups de coeur».
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs,  car le tri a déjà été fait une première fois avant d'arriver sur le blog  ...


  • Dans la catégorie bouquins, Soie d'Alessandro Baricco fait l'unanimité chez nous comme ailleurs. Même ovation tous ensemble pour 84, Charing Cross Road de l'américaine Hélène Hanff. Mais il nous a été impossible de choisir pour la troisième place. MAM voulait distinguer Là-bas de Peter Cameron, BMR ne voulait pas que Brady Udall et Lâchons les chiens se retrouve out à la quatrième place. Mais vous pourrez retrouver tous les autres candidats nomminés dans le best-of bouquins.
Voilà, c'est dit, c'est fait, vive 2008 !

Et pour ceux qui auraient raté le best-of 2006 : c'est
!

Best-of 2006

La période est propice aux rétrospectives et best-of de toutes sortes et notre blog, pour rester branché, doit certainement sacrifier à cette tradition.
Pour les plus pressés d'entre nous, c'est aussi l'assurance de ne pas louper ce qu'on pourrait appeler "les coups de coeur de nos coups de coeur".
Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs, car tous les films qu'on a vus, tous les bouquins ou BD qu'on a lus, toutes les musiques qu'on a écoutées, n'ont pas tous eu droit aux honneurs de ce blog et le tri a déjà été fait une première fois ...


  • Dans la catégorie bouquins, Le vieux jardin du coréen Hwang Sok-Yong et Terre des oublis de la vietnamienne Duong Thu Huong se partagent le podium avec la relecture des romans de l'américain Thomas Savage.
Ouf, c'est dit, c'est fait, vive 2007 !

vendredi 15 décembre 2006

Terre des oublis (Duong Thu Huong)

Dernier roman de la vietnamienne Duong Thu Huong : Terre des oublis, qui avait été repéré dans la sélection "étranger" du prix Femina (voir aussi Wikipédia).
Ce gros pavé (qui se lit facilement, l'écriture sait rester simple) nous a emporté loin là-bas grâce à la puissance de ses évocations : bruits, odeurs, couleurs, saveurs, ... on découvre tous les détails pittoresques de la vie quotidienne des villages de ce Viêt Nam de l'immédiat après-guerre.
Comme dans la plupart des romans asiatiques on y parle beaucoup de nourritures et porté par toutes ces images savoureuses, on dévore le bouquin comme un polar.
L'histoire est celle d'amours tragiques (vers la fin du livre, les réunions du village formeront même une sorte de choeur antique) : un soldat rentre au bercail longtemps après avoir été donné pour mort. Sa femme (mais ils ne restèrent mariés que quelques mois juste avant la mobilisation) a depuis refait sa vie et file le parfait amour avec un autre homme.
La morale (qui est aussi sa morale) lui commandera de retourner vivre avec ce premier mari qu'elle avait oublié.
Les destinées de ces trois personnages (que l'on découvre tour à tour, dans toute leur complexité, grâce à d'amples flashbacks) basculent alors dans un enfer impossible dont on a hâte de découvrir l'issue, car comme le répète plusieurs fois le sergent : "dans la guerre, c'est le plus endurant, le plus obstiné qui gagne, dans la vie il en va de même car la vie est un combat." ...
[...] On dit que les femmes des régions de pêche sont particulièrement sensuelles parce qu'elles mangent plus de poisson que de riz. 
[...] En temps de guerre, le mariage ressemblait à l'accomplissement d'un devoir ou à un cadeau que les villageois offraient aux jeunes gens avant leur départ à la guerre. 
[...] Sa femme devient plus tendre que jamais, non pas de la tendresse d'une femme paisiblement installée dans son bonheur, mais de la tendresse désespérée, démente de celle qui sera bientôt chassée du paradis et qui le sait. 
[...] Quand on quitte la vie ce sont les membres qui refroidissent d'abord. Après viennent le ventre, la poitrine et la tête. Chez les hommes aimants, le coeur refroidit en dernier. Chez les hommes intelligents, la tête conserve les dernières chaleurs.
Enfin, je ne peux résister à l'envie de citer l'un des nombreux proverbes qui émaillent le récit (à prendre au second degré, mesdames) : Ah ces femmes ! Incapables de pisser plus haut que l'herbe, de penser plus loin que leurs cheveux (mais chacun sait que les vietnamiennes ont les cheveux très longs).

D'autres en parlent sur Agora.

jeudi 30 novembre 2006

L'homme qui marchait ... (Philippe Pollet-Villard)

En marge des prix littéraires de la rentrée, voici un "premier roman" qui était recommandé par de nombreux blogs et certains magazines.
L'homme qui marchait avec une balle dans la tête, de Philippe Pollet-Villard, nous raconte l'errance d'un petit braqueur de seconde zone, depuis son enfance d'immigré italien dans le XIII° à Paris, jusqu'à sa sortie de prison.
Une douce histoire, même si l'on y vole beaucoup et tue un peu, pleine de poésie loufoque, à l'image de cet homme qui finira par aller avec une balle dans la tête. Les effets de style sont parfois un peu trop appuyés (notamment dans la seconde partie du livre) mais voilà quand même un roman prometteur ...
[...] Elle aimait prononcer ce mot-là : fille de joie, et je ne crois pas qu'elle mettait une fonction particulière derrière ce terme, c'était juste l'image d'une fille légère, joyeuse. Ca devait exister quelque part, une sorte de femme qui lève ses jupons en chantant. C'était la poésie de Toulouse-Lautrec et le gangster idéal devait être pour elle, ma mère, une sorte d'Aristide Bruant, un homme toujours pressé avec un grand chapeau et une écharpe rouge nouée autour du cou.
[...] Tout ce qui coûtait cher nous intéressait. Il fallait consumer cet argent, lui faire payer violemment, le pulvériser, parce que le moment qui nous plaisait le plus était justement celui où nous sentions que l'argent viendrait à manquer. Nous aimions ça comme le bord d'une falaise.

vendredi 24 novembre 2006

La joueuse de go (Shan Sa)

La joueuse de go est un court roman qui prend pour toile de fond l'invasion de la Chine (de la Mandchourie pour être précis) par les japonais à la veille de la seconde guerre mondiale.
Les chapitres font alterner les deux "joueurs" : une jeune lycéenne chinoise, championne de go, qui découvre l'amour, et un officier japonais empêtré dans son honneur militaire.
Les deux protagonistes finiront par s'opposer au fil des jours tout au long d'une partie de go sur la place du village. Au-delà de ces deux personnages, c'est aussi deux cultures qui s'opposent : celle du Japon moderne et conquérant et celle de la Chine traditionnelle.
Une écriture très accessible (Shan Sa est une chinoise exilée en France qui écrit en français) pour découvrir nos "voisins" de l'extrême-orient.

Voir aussi La porte de la paix céleste, lecture suivante.

samedi 18 novembre 2006

La femme de Bratislava (Leif Davidsen)

Nous continuons notre exploration de la littérature nordique après les polars polaires dont nous avions déjà parlé avec Mankell ou d'autres et reparlé avec Indridason. Cette fois, nous vous proposons un petit tour du côté du Danemark avec Leif Davidsen et un roman qui s'apparente plus à l'espionnage qu'au polar proprement dit : La femme de Bratislava.
On y apprend beaucoup beaucoup de choses : tout d'abord sur nos voisins danois et leur mode de vie qui nous rappelle bien souvent le notre. Sur leur histoire récente également, notamment pendant les années sombres de la dernière guerre et la collaboration avec les nazis (tiens, là aussi, cela nous rappelle quelque chose).
Et puis sur la guerre froide avec les pays de l'est (le roman nous promène en Pologne, en Tchéquie et bien sûr à Bratislava en Slovaquie).
Et pour finir sur la guerre toute récente des Balkans en future-ex-Yougoslavie (Kosovo, Albanie) : les danois furent en effet partie prenante des forces de l'OTAN.
Et apparemment, ce n'est pas l'épisode dont Leif Davidsen est le plus fier.
Un roman qui est donc aussi une leçon d'histoire et de géopolitique.
Un roman d'espionnage on l'a dit, mais aussi une histoire de famille, vue à travers les 3 personnages principaux : le héros (universitaire ex-gauchiste), sa sœur (activiste et féministe) accusée d'intelligence avec l'ennemi et enfin le policier de service qui tentera d'éclaircir quelques mystères.

vendredi 10 novembre 2006

Les miscellanées de Mr. Schott (Ben Schott)

En cette période où l'on nous rebat les yeux et les oreilles de prix qu'on court, ne manquez pas cet étrange ovni qui vient d'atterrir sur les étagères des librairies : Les Miscellanées de Mr. Schott, un petit bouquin qui bénéficie d'une pertinente traduction et d'une mise en page délicieusement rétro !
Le livre qui s'avère immédiatement tout à fait indispensable et absolument inutile : si on devait n'emporter qu'un seul bouquin sur notre île déserte, ce serait sûrement celui-ci !
Un petit livre rouge à laisser en évidence sur la table du salon (comme une boîte de toffees anglais) pour y picorer un peu de poésie au gré de nos humeurs, puisqu'il est fait, comme le dit son auteur, de "petits riens essentiels", "amusettes insignifiantes et futiles".
C'est également un remède efficace : deux ou trois pages le matin au réveil, deux ou trois listes le soir au coucher, et voici votre santé mentale assurée grâce au mélange du bon docteur Schott.
On y découvre ou redécouvre au hasard (pour l'oublier aussitôt) :
  • les 3 rois mages et leurs cadeaux, les 4 cavaliers de l'Apocalypse, les 5 prénoms du club des cinq, les 6 femmes d'Henri VIII, les 7 merveilles du monde antique, les 8 voyages de Gulliver, les 9 muses, les 10 plaies d'Egypte, les 11 pays membres de l'OPEP,  les 12 travaux d'Hercule, ...
  • les échelles de Scoville, Mohs, Glasgow, Fujita-Pearson, Beaufort, Richter, Mercalli, Turin, ...
  • les présidents des US, les maris de Liz Taylor, les films de James Bond avec les James Bond Girls et les voitures de 007 (bref, la quintessence de la culture occidentale), les différents types de sushis, les degrés de la franc-maçonnerie, les décimales de Pi, les pays où l'on roule à gauche, les gagnants de l'Eurovision, ...
  • On y apprend ce que sont : un éthylabélophile, un vaticide, un réhoboam, un triskaïdékaphobe, un kakistocrate, un myriagone, un yottamètre, un colombier belge, une roquille, un vol de nuit, ...
Les plus branchés pourront poursuivre sur la liste des listes de Wikipédia.

Dans le même ordre d'idée, on pourra lire La liste des listes de Sébastien Ripari (publié chez Alternatives). Les énumérations de Ripari n'atteignent cependant pas la poésie du fourre-tout de Mr. Schott et le résultat est en fait un livre ... plus utile, et partant ... moins indispensable !
On y découvre (par exemple) les 7 archanges, les 7 collines de Rome, les 7 mercenaires, les 7 merveilles du monde (encore !), les 7 nains de Blanche-Neige, les 7 péchés capitaux, les 7 poêtes de la Pléïade, les 7 sommets des 7 continents, etc ...
Et plus loin (puisque l'ouvrage est numériquement ordonné) : les 12 mois du calendrier républicain, les 12 apôtres, les 12 tribus d'Israël, etc ...

vendredi 3 novembre 2006

Pars vite et reviens tard (Fred Vargas)

La sortie prochaine au cinéma (janvier 2007) de Pars vite et reviens tard vient d'être l'occasion de relire le polar éponyme de Fred Vargas.
Le style un peu appuyé de la dame et les effets parfois un peu forcés peuvent agacer mais à petite dose, un polar de temps en temps ne se refuse pas. Et celui-ci est sans doute l'un des meilleurs.
Le commissaire Adamsberg (qui sera incarné à l'écran par José Garcia), personnage récurrent des polars de Fred Vargas, vaut assurément le détour par Paris puisque c'est dans ce grand village que se déroulent la plupart de ses enquêtes. Pars vite et reviens tard se situe plus précisément au cœur de "notre" quartier et nous entraîne sur les traces des anciennes épidémies de peste.
- Tu sais Camille, que le jour où Dieu créa Adamsberg, Il avait passé une fort mauvaise nuit.
- Ah non, dit Camille en levant les yeux, je ne savais pas.
- Si. Et non seulement Il avait mal dormi, mais Il se trouvait à court de matériel. Si bien que, comme un étourdi, Il alla frappé chez son Collègue pour lui emprunter quelque attirail.
- Tu veux dire ... le Collègue d'en-bas ?
- Evidemment. Ce dernier se jeta sur l'aubaine et s'empressa de lui procurer des fournitures. Et Dieu, hébété par sa nuit blanche, mélangea le tout inconsidérément. De cette pâte, Il tira Adamsberg. Ce fut vraiment un jour pas ordinaire.
- Je n'étais pas au courant.
- Ca traîne dans tous les bons livres, dit Danglard en souriant.
[...]
Dès son réveil et sans bouger de son lit, son premier regard fut pour sa fenêtre. Il pleuvait. Adamsberg replia ses bras sur ses yeux et se conforta dans son intention de ne pas foutre un pied à la Brigade.

Pour suivre : le film Pars vite et reviens tard avec José Garcia.

vendredi 27 octobre 2006

BD : Tramp

On aime beaucoup Tramp, une excellente BD d'aventures avec un agréable dessin "à l'ancienne" (on songe un peu à Tardi mais en plus clair et plus lisible).
Un polar au scénario bien construit qui fourmille d'informations et qui nous plonge dans le milieu des affaires de la marine marchande dans les années 50 après-guerre : un "tramp", c'est un cargo qui cabote de port en port à la recherche d'une cargaison.
Au gré des escales et des albums, les aventures du héros vont ici de magouille en arnaque.
Les volumes 1 à 4 s'appuient sur une excellente intrigue d'escroquerie à l'assurance aux multiples péripéties. Les tomes 5 et 6 marquent un peu le pas malgré des voyages instructifs en Afrique et la série redémarre en Indochine avec le volume 7 (le 8 est à suivre ...).
Comme d'habitude, une planche de la BD à découvrir derrière l'image et un site qui présente un résumé et d'autres planches encore.

dimanche 1 octobre 2006

BD : Alpha

Des histoires d'espionnage avec Alpha, un agent de la CIA qui enquête dans les coulisses du pouvoir : agents doubles ou triples et taupes en tout genre ... apparemment la guerre froide n'est pas finie même si le mur de Berlin n'est plus là.
Les trois premiers tomes racontent une même histoire de Paris à Moscou : du trafic de roubles en dollars, sorte de thriller politico-économique. Tout au long de ces trois albums, les personnages et le scénario ont le temps de s'installer.
Les tomes suivants relatent d'autres épisodes presque indépendants, avec des scénarios plus classiques (mais ça reste toujours très bon).
Une planche de la BD derrière l'image à gauche.

La femme en vert (Arnaldur Indridason)

On avait déjà cité Arnaldur Indridason parmi les auteurs de polars venus du froid scandinave.  traduction de l'islandais : un polar, un roman plutôt, rude et sombre (il y est beaucoup question de violence familiale) comme les paysages d'Islande.
Une histoire oppressante qui fait resurgir les fantômes du passé des uns et des autres. Et La femme en vert, confirme qu'Indridason est bien digne du meilleur Henning Mankell (celui des débuts).
D'ailleurs c'est sans doute un signe, l'inspecteur Erlendur d'A. Indridason et le Wallander de H. Mankell partage tous les deux un divorce ainsi que des relations difficiles et conflictuelles avec leur propre fille !
- J'avais juste envie de te voir, interrompit-elle. J'avais juste une putain d'envie de voir de quoi tu avais l'air.
- Et alors, j'ai l'air de quoi ? demanda-t-il.
Elle le fixa du regard.
- D'un pauvre type, répondit-elle.
- Bon alors, nous ne sommes pas très différents l'un de l'autre, rétorqua-t-il.
Elle le dévisagea un bon moment et il eut l'impression qu'elle souriait.

Pour suivre : la voix, du même auteur.

mardi 26 septembre 2006

BD : Les eaux de Mortelune

Poursuivant notre saison BD Clin d'oeil, nous avons dépoussiéré de nos étagères une série qui nous avait transportés il y a maintenant une dizaine d'années : bonne pioche, tant il est vrai que le charme a de nouveau opéré.
Les eaux de Mortelune nous plongent avec effroi dans un Paris d'après cataclysme (Lyon apparaitra dans l'album n° 4) où les pluies acides détruisent bâtiments, bêtes, hommes et mutants, et l'on y découvre peu à peu notre futur univers.
Tout y est redevenu moyen-âgeux sous la coupe du Duc Malik et du Prince Jérôme de Mortelune, deux débauchés qui détiennent les clés du pouvoir sur cette terre dévastée : le carburant et l'eau douce.
L'intrigue progresse au fil des albums et le n° 5 offre une belle fin poétique mais plutôt pessimiste à cette histoire pour adultes.
Les numéros 6 à 10 tentent avec moins de succès de faire littéralement revivre les personnages.

samedi 23 septembre 2006

BD : Le tueur

Un polar en BD à ne pas manquer avec la série Le tueur qui nous plonge dans les états d'âme d'un tueur très ordinaire et très professionnel.
Un dessin moderne et original (on vous propose une planche derrière la vignette à gauche) mais qui reste très lisible et un texte fort bien construit, digne des meilleurs polars : rien à jeter dans cette série de 5 albums qui sort de l'ordinaire et qui a le mérite de réhabiliter une profession trop longtemps méconnue !
Quelques citations :
Mon idée de la gentillesse, c'est de foutre la paix aux autres, et tout ce que je demande, c'est que les autres me foutent la paix. Tous les autres.
... Pas la peine de me parler de justice ou de morale. Même Dieu je ne le crois pas. Chez moi, il a un casier.
... Moi je n'obéis à personne, je ne crois en personne, et je ne réponds de mes actes à personne. Mon seul mobile pour faire ce que je fais, c'est l'argent.
... J'aide les richards à s'entre-tuer. Les pauvres, eux, ils n'ont pas les moyens. Ils font ça eux-mêmes. Et après, ils finissent leur vie en taule.

BD : Monster

Attention, risque d'accoutumance !

Oubliez vite qu'il s'agit d'un manga et la consonnance japonaise du nom de l'auteur Naoki Urasawa.
Ne vous arrêtez pas au titre non plus, car Monster est véritablement une excellente bande dessinée (primée au Japon et parue en français chez Kana).
Le dessin (même s'il est en noir et blanc) est plus fouillé qu'il n'y parait, les dialogues sont fort bien écrits, et l'intrigue de ce thriller s'avère au fil des 18 volumes (ben oui, quand même !), riche et complexe à souhait.
Les mangas sont aux albums BD un peu ce que les séries télé sont au film en technicolor : Naoki Urasawa profite donc de la liberté du format manga publié en épisodes pour construire savamment son intrigue et développer d'agréables digressions qui sont autant de promenades où apparaissent de multiples personnages souvent très attachants. Le suspense, et parfois l'émotion, de chaque épisode nous tiennent en haleine jusqu'au suivant.
L'action de ce polar se déroule principalement en Allemagne (et autres pays de l'est) avec en décor la chute du Mur de Berlin, la réunification allemande, les néo-nazis ...
Monster constitue aussi un accès facile à l'univers des mangas : c'est quand même un vrai manga, en noir et blanc et qui se lit de droite à gauche. A découvrir absolument !

jeudi 14 septembre 2006

La promesse de Shanghaï (Stéphane Fière)

Toujours pour accompagner les photos de notre périple en Asie, voici le roman d'un auteur français, Stéphane Fière, qui vit actuellement en Chine, à Shanghai.
Son roman décrit la vie des paysans pauvres victimes de la corruption et des expropriations, devenus des "émigrants de l'intérieur" et qui viennent chercher du travail dans les grandes villes, en l'occurrence dans le bâtiment à Shanghai. La promesse de Shanghai c'est en quelque sorte, l'envers du décor du boom économique de la Chine.
La suite du roman décrit avec beaucoup d'ironie l'ascension sociale du héros et toutes les petites magouilles qui lui permettent peu à peu de s'en sortir.
On y découvre également les occidentaux (et les français) vus au travers des yeux chinois : décapant, même si parfois le trait semble un peu forcé.
L'écriture simple de Stéphane Fière et l'humour de son bouquin en font une lecture très facile.
Ici à Shanghai pas de pitié inutile : le gros poisson gobe le petit poisson qui avale les crevettes, le camion écrase la voiture qui écrase la moto qui écrase le piéton.
... Ensuite nous nous promenons le long de la rue Xizang et dans le marché aux oiseaux j'achèterai pour elle un grillon adulte et son panier en osier, il crissera du matin au soir pour que je me souvienne de cette journée.
... Ces amis étrangers, tout de même, comment peuvent-ils s'imaginer un seul instant que nous allons nous laisser prendre par leurs pièges grossiers et jeter par dessus bord nos six mille années d'histoire et le flamboiement de notre prodigieuse civilisation pour un bout de pain sans goût, un peu de leur verroterie, les gadgets peinturlurés de leurs techniciens ou des marchandises dont nous n'aurons jamais le moindre besoin. C'est certain ils nous prennent pour des japonais.

La Chine à petite vapeur (Paul Theroux)

Après avoir traversé la Chine à pied avec Ma Jian sur les chemins de poussière rouge, voici de quoi la parcourir de nouveau en train avec Paul Theroux et son roman : la Chine à petite vapeur.
Cet américain globe-trotter a livré de nombreux récits de ses voyages et son parcours en train dans la Chine de Deng Xiaoping (il y a près de vingt ans) est d'une belle écriture.
Le récit de ses rencontres pittoresques dans les gares, les wagons ou les villes est pimenté d'un humour très caustique et on ne s'y ennuie pas un instant.
Paul Theroux est parti de Londres pour gagner Pékin par le transmongolien : c'est donc tout naturellement ce livre qui nous aura accompagnés tout au long de notre voyage en Asie.
Theroux devra finir son voyage en voiture pour gagner Lhassa au Tibet (on est en 1986) et il aura ces mots prémonitoires alors que, vingt ans plus tard, la Chine vient tout juste d'inaugurer le train Qinghai-Tibet (le dernier tronçon Golmud-Lhassa vient d'ouvrir en juillet 2006), le train le plus haut du monde :  
Mais la raison principale pour laquelle le Tibet reste si peu développé et si anti-chinois - et si totalement démodé et plaisant -  c'est qu'il est l'une des seules merveilles de la Chine qui ne soit pas desservie par le chemin de fer. La chaîne du Kunlun garantit que le train n'atteindra jamais Lhassa.
D'autres extraits à déguster avant le voyage :
Il ne suffit pas aux chinois d'avoir levé l'interdiction de la publicité commerciale ; ils ne se contentent pas de coller des affiches ou de dresser des enseignes; ils préfèrent le contact direct - prendre le touriste par le bouton de sa veste, importuner le péquenot qui débarque de son lointain Gansu, hurler dans les porte-voix, agiter des drapeaux sous votre nez.
... Dans la plupart des autres pays , un bosquet, une prairie ou même un désert définit un paysage; si bien que vous associez immédiatement le pommier avec le Canada, le chêne avec l'Angleterre, le bouleau avec l'Union Soviétique et le désert et la jungle avec l'Afrique. Mais rien de tel ne nous vient à l'esprit en Chine, où la caractéristique la plus commune et la plus manifeste d'un site est un être humain - habituellement une foule d'êtres humains. Chaque fois que je contemplais un paysage, il y avait un être humain qui me rendait mon regard.
... Les chinois, dans leur innocence, viennent regarder les étrangers comme on va au spectacle.

lundi 28 août 2006

BD : Aldebaran


Encore une BD de science-fiction chez Dargaud avec le cycle d'Aldebaran du brésilien Léo qui signe les dessins et le scénario.
Une BD à l'atmosphère indéfinissable, faite d'un peu de naïveté : au fil des pages les ados comme les adultes se laissent prendre au charme de l'histoire et des personnages perdus sur leur lointaine planète.
A tel point que nous allons embarquer pour le second cycle avec la saison qui s'intitule Bételgeuse (à suivre donc ...).

Depuis, la suite avec Bételgeuse.