dimanche 1 mai 2016

Bouquin : Le lagon noir


[...] Son intérêt pour ceux qui jamais ne revenaient.

Reconnaissons à l'un de nos auteurs préférés, l'islandais Arnaldur Indridason, le talent et l'originalité d'avoir su redonner  un nouveau souffle à la saga policière de son notre commissaire fétiche, Erlendur.
Un flic usé et désabusé, que l'on connaissait trop bien, c'est le lot de toutes les séries à rallonge et des ficelles trop usées à force d'avoir été tirées.
Là où d'autres auraient cherché une suite avec une retraite méritée ou un dauphin méritant, Indridason a choisi de nous ramener en arrière, lorsqu'Erlendur débutait sa carrière, un peu à la manière des préquels en vogue au cinéma.
C'est aussi l'occasion pour l'auteur de nous faire (re-)vivre le passé de son île et les années 70-80.
Ajoutons à cela, la mise en avant d'un autre flic que l'on croyait connaître, Marion Brem, un personnage mystérieux dont aucun accord malencontreux ne viendra nous indiquer s'il s'agit d'un homme ou d'une femme. Une coquetterie littéraire dont Indridason est friand depuis son fameux Bettý.
Les lecteurs français s'étaient laissés abuser depuis des années par ce prénom aux sonorités francophones mais qui gardait tout son mystère en Islande ... puisque le prénom Marion vient de Norvège.
Donc, une seconde jeunesse pour Erlendur, un personnage au genre inconnu, le passé islandais ...
Voilà les ingrédients de la nouvelle série.
Malheureusement c'est un peu maigre. Indridason semble avoir levé la plume et parait bien peiner à mettre en place ses 'nouveaux' personnages : les premiers épisodes du préquel sont un peu poussifs, surtout après les sommets atteints par la 'suite' lue auparavant.
Et ce n'est malheureusement pas encore ce Lagon noir qui relèvera le niveau, d'autant qu'Indridason nous prend plus d'une fois pour des demeurés et nous assène quelques explications pédagogiques un peu lourdingues (la fillette dans le bac à sable, ...). Peut-être s'agit-il de donner quelques clés à une nouvelle génération de lecteurs ?
Cette fois encore il sera question de la base américaine implantée en Islande pendant la guerre froide (rappelez-vous L'opération Napoléon) et d'une double enquête : d'un côté, un cadavre retrouvé dans un champ de lave, dans les environs de cette base militaire US (trafic ? espionnage ? règlement de compte ?).
[...] – Le Champ de lave maléfique, répéta Erlendur en ouvrant la portière du conducteur. Voilà qui est de bien mauvais augure.
Et de l'autre, la mystérieuse disparition d'une jeune fille, il y a plus de trente ans, un dossier qui titille déjà les démons naissants d'Erlendur qui entend bien ré-ouvrir le dossier.
[...] Il y a dans votre version quelque chose qui cloche. Soit vous me mentez sur toute la ligne, soit vous omettez une partie de la vérité. J’ignore de quelle manière, mais je vous crois responsable de sa disparition. Vous ne pensez pas qu’il est temps de tout raconter ?
Paradoxalement (en fait, non) l'enquête principale (celle autour de la base US) perd de son intérêt au fur et à mesure que Marion et une fliquette américaine assez peu crédible progressent dans leur enquête. De l'autre côté on en vient à se laisser prendre par la quête obstinée et obsessionnelle d'un Erlendur taraudé par le mal des disparitions mystérieuses, un sujet qui finira par envahir son monde.
Mais notre bienveillance envers cet auteur préféré commence à s'émousser et il faut vraiment qu'Indridason redresse la barre s'il ne veut pas s'échouer sur les côtes islandaises.
Les fans en profiteront pour apprendre plein choses sur le passé de la petite île et toujours cette épine dans le pied islandais, cette base américaine qui suscitait à la fois envie (dans les années 60-70 !) et aversion.
[...] Erlendur avait l’impression de traverser une bourgade américaine endormie et peu avenante, de surcroît affligée d’un climat désastreux.
[...] – Drôle d’endroit. – Comme tu dis, convint Erlendur, drôle d’endroit. – Pour quelles raisons tu es contre l’armée ? – C’est possible d’être pour ? répondit Erlendur.


Pour celles et ceux qui aiment vraiment Indridason.
D'autres avis sur Babelio.

Aucun commentaire: