lundi 6 avril 2020

Bouquin : Sois gentil, tue-le


[...] Il avait suffi d’une lettre, d’un mot de quatre lignes.


Oh ! Coup de cœur pour ce bouquin du soixante-huitard et touche-à-tout au pied marin Pascal Thiriet : Sois gentil, tue-le.
Son livre (ce n’est pas son premier, ça promet d’autres bons moments) n’est pas vraiment un polar, plutôt un roman noir où il sera question de mer et de pêche, d’îles et de ‘gens’, de sacrés personnages.
À commencer par son homonyme, Pascal, patron du fileyeur Mort à crédit (sacré nom pour un bateau de pêche !).
[...] — Le Mort à Crédit c’est un nom pas commun.
 Je voulais pas trop dire. J’ai juste répondu : — C’est un livre.
 — Un livre de bateau ?
 — Je sais pas, je l’ai jamais lu. 
Comme les autres marins de son île atlantique, Pascal est un taiseux, avare de ses mots.
 Lui, il a l’esprit un peu simple. Il est ‘gentil’ aurait dit ma grand-mère.
Jusqu’au jour où il reçoit cette lettre de son ex-amie : Sois gentil, tue-le. 
Pascal prend donc la route avec son fusil pour la rejoindre dans son autre île (l’auteur a des origines corses).
[...] Il avait suffi d’une lettre, d’un mot de quatre lignes et j’avais traversé le pays. 
Difficile d’en raconter plus parce que ce qui fait la puissance de ce petit bouquin (150 pages), c’est la force de l’écriture de Thiriet : une musique mélodique et rythmée qui fait que l’on tourne, tourne les pages, non pas pour découvrir le fin mot de l’histoire, non surtout pas, mais juste pour pas que la musique s’arrête.
Tout comme son héros taiseux, l’écrivain est avare de ses mots qu’il pèse avec soin avant de nous les livrer, juste pour dire ce qu’il faut, pas plus, pour aller à l’essentiel.
[...] Il a fait semblant de réfléchir. Mais je savais bien que c’était juste qu’il n’aimait pas raconter.
[...] Les estivants habitaient des villas sur la mer, là où on voulait surtout pas habiter, vu que la mer c’est là qu’on travaille et que c’est pas un travail facile. Et puis on avait tous un proche qu’elle avait rendu tout gonflé et couvert de vase, la mer. 
Les portraits brossés par l’artiste (des marines ?) dégoulinent d’humanité littéraire : le portrait de Pascal le Simple, et ceux des femmes qu’il aura côtoyées : deux ou trois bonnes amies, sa sœur et son amie, quelques gars aussi.
En prime, une petite excursion (pas de tout repos) vers les plateformes offshore abandonnées par lesquelles transitent des migrants vers l’eldorado européen : instructif.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires simples.
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