lundi 28 septembre 2009

L’homme qui exauce les vœux (Tarquin Hall)

Sherlock Poirot à Delhi.

On avait déjà parlé de l'Inde il y a peu avec un petit polar de Bombay Saveurs Assassines de l'indienne Kalpana Swaminathan (un peu déçus, avouons-le, par le second épisode : La chanson du jardinier).
Nous revoici en Inde, à Delhi cette fois, avec un autre petit polar sans plus de prétentions : L'homme qui exauce les voeux, de Tarquin Hall, un anglais qui vit avec une indienne.
C'est peut-être un tout petit peu moins authentiquement "indien" que les histoires de Swaminathan, mais on a préféré le roman de Tarquin Hall, sans doute justement parce que son bouquin nous est un peu plus facile et accessible.
Mais le pittoresque est toujours également au rendez-vous, l'histoire est également parsemée de mots hindis, et la vie agitée (du moins en apparence) des indiens y est également décrite avec autant de verve, de saveur(s) et d'humour.
Là où Swaminathan mettait en scène une enquêtrice façon Miss Marple qui naviguait parmi les personnages du show-biz de Mumbay, Hall nous décrit une sorte de Sherlock Poirot ou Hercule Holmes, version locale, tout aussi savoureux.
Un gros bonhomme aux bacchantes en guidon de vélo, qui ne quitte sa casquette que pour dormir (et à regret), cultive ses propres piments (n'en trouvant pas d'assez épicés), grignote en cachette de son épouse et de son médecin et qui, comment dire ?, se considère comme LE grand détective du sous-continent depuis le IV° siècle, rien de moins !
Vish Puri (L'homme qui exauce les vœux en VO) dit Chubby par ses intimes, nous est forcément sympathique, coincé entre son toubib, sa mère et sa femme Rumpi (Belle-croupe en VO !).

[...] Rumpi se serra contre lui et sentit la crosse froide du révolver contre sa hanche.
- Fais bien attention à toi, Chubby.
Puri se met à rire.
- Ne t'inquiète pas pour moi, ma chérie ! J'ai un sixième sens, quand il s'agit du danger.
- Oh, je ne pensais pas à ce danger-là ... mais plutôt au risque mortel que tu cours à te bourrer de pakoras et de saucisses au poulet !

L'intrigue est plutôt bien ficelée et l'on y découvre la corruption qui gangrène la police et la justice indienne, entre deux enquêtes pré-nuptiales qui sont le pain quotidien et pittoresque de l'agence de détectives Most Private Investigators de Vish Puri (tiens ... sagesse bouddhique ? les détectives indiens enquêtent avant, pour le mariage et non pas pour le divorce ... !).
Même si la littérature indienne a encore du mal à nous emballer, on se laisse aisément emporté le temps de cette petite excursion à Delhi jusqu'à ce que le pouvoir légendaire de déduction de Chubby finisse par démêler avec doigté les fils de toutes ces intrigues.


Pour celles et ceux qui aiment les voyages exotiques.
10/18 policier édite ces 316 pages en poche qui datent de 2008 en VO et qui sont traduites de l'anglais poar Anne-Marie Carrière.
La librairie des cinq continents en parle ainsi que Belle de nuit. D'autres avis sur Critiques Libres.

vendredi 11 septembre 2009

BD : New Byzance


Théorie de la relativité.

Face à la surabondance de la production et à la mode des séries en tout genre et à rallonges, les éditeurs de BD rivalisent de coups éditoriaux et médiatiques pour attirer notre attention.
On avait eu droit il y a un an à plusieurs albums publiés chaque mois comme dans un feuilleton télé : c'était Delcourt avec Empire USA qui surfait déjà sur la mode du terrorisme mais où scénario et dessin pâtissaient de ce rythme imposé (on n'avait même pas évoqué cette décevante série ici).
Cette fois, c'est Glénat qui propose Uchronie(s) avec 3 séries de 3 albums chacune : 3 visions différentes mais parallèles de New York après les attentats du 11 septembre.
Un même scénariste (Corbeyran en grande forme, dont on avait déjà adoré les Stryges) et 3 dessinateurs pour retracer les 3 versions différentes de la "réalité".
Un dixième album viendra dénouer le tout. Pour le moment, 2 albums de chacune des 3 histoires sont parus.
Au petit bonheur on commence par l'une ou l'autre des facettes de cet unique scénario : New Byzance, New York puis New Harlem, mais peu importe puisqu'on part pour une lecture et relecture en boucle et que chaque histoire apporte un éclairage et un lot d'informations qui donnent une tout autre perspective aux deux autres, pour un peu ça n'en finirait pas !
Dans New Byzance ce sont évidemment les intégristes islamistes qui ont pris le contrôle : on fait ses courses, voilée, dans les souks de New York. Le propos est simpliste, les amalgames faciles et Corbeyran enfonce toutes les portes ouvertes.
Avec New Harlem, le black power est aux commandes et les blancs végètent dans le ghetto de Harlem ...
New York semble être l'épine dorsale du Grand Tout.
On retrouve les mêmes personnages dans les trois histoires parallèles qui se répondent et se font écho.
Malgré les propos politiquement un peu courts de New Harlem et New Byzance (c'est le moins qu'on puisse dire) c'est plutôt original et le scénario se montre complexe à souhait : on passe évidemment d'une réalité à l'autre, le temps et l'espace sont tout relatifs, les mêmes personnages vivent des situations proches mais légèrement différentes,  ... Philip K. Dick n'aurait rien trouvé à y redire !
Une planche de New Byzance ici.


Pour celles et ceux qui aiment les parallèles qui se croisent.
Wiki parle d'uchronie et d'Uchronie(s). Le site officiel.

mercredi 9 septembre 2009

L’empreinte du renard (Moussa Konaté)

La magie du pays Dogon.

Après un voyage magique au pays Dogon en février (les photos sont là), je ne pouvais laisser passer une série polar d'un auteur malien, Moussa Konaté, qui met en scène le commissaire Habib de Bamako aux prises avec les mystères des différentes ethnies du pays : les pêcheurs bosos, les dogons, ...
Pour débuter la série, j'ai bien sûr choisi L'empreinte du renard qui nous emmène au pied de la fameuse falaise de Bandiagara, dans les villages du pays des Dogons.
Bien sûr mon avis est partial : je reviens de là-bas et j'ai retrouvé dans ce petit bouquin tout plein de traces, non pas de renards, mais de la magie de ce pays préservé. Les femmes qui remontent la falaise avec leurs emplettes (clic clac photo), les tissus bogolans (clic clac photo), les rares mosquées (clic clac photo) et les rares musulmans de cette région animiste et réfractaire à l'islamisation, les sépultures nichées dans la falaise (clic clac photo), les ruelles des villages et leurs greniers (clic clac photo), les champs d'oignons sur le plateau (clic clac photo), la danse du masque et le masque de la grande maison (clic clac photo), ... j'en passe (et des pages du bouquin et des photos de l'album).
Au point que je me suis demandé si ce bouquin serait autant apprécié par ceusses qui n'ont pas encore eu la chance de voyager là-bas (mais la réponse est oui : MAM a, elle aussi, beaucoup aimé).
L'écriture est fraîche et naturelle, pour nos esprits européens nourris de fioritures sophistiquées, et cette simplicité laisse toute sa place à l'histoire contée, comme dans une légende dogon.
La subtilité vient de la mise en scène du commissaire Habib, venu de la capitale Bamako qui débarque pour enquêter au village dogon comme sur la lune. Il est étrange de réaliser ainsi qu'il y a pratiquement autant de différence culturelle entre Paris et Bamako ... qu'entre Bamako et Bandiagara ...

[...] - Dis-moi, demanda le commissaire au chauffeur, tu les connais les Dogons ?
- Personne ne peut jurer qu'il connait les Dogons, répondit Samaké avec une gravité inhabituelle. Il y en a à Mopti et un peu partout dans la région, mais c'est surtout à Bandiagara et dans les villages voisins qu'ils vivent. Moi, je me méfie d'eux.
- Tiens ! Et pourquoi ? s'étonna le policier.
- Parce que ce sont des gens qui ont des pouvoirs de sorcier. Tu as vu leur façon de vivre dans les villages ? On se croirait au temps de nos ancêtres.
- Ils ne semblent pas malheureux, c'est l'essentiel.
Rien ne prouve qu'ils voudraient vivre comme toi.
- Je sais, mais je veux dire que ce sont des gens d'un autre temps. Je les crains parce que je ne les comprends pas. Et avec tout ce qui se dit sur eux, il y a de quoi.
- Et qu'est-ce qu'on dit d'eux ? insista Habib.
- On dirait que tu mènes une enquête comme si tu étais policier, lança le chauffeur en regardant le commissaire.

Ce qui explique sans doute en partie la "magie" d'une visite au pays dogon : ce n'est pas seulement l'Afrique qu'on y découvre, mais quelque chose comme l'Afrique de l'Afrique ...
Le bouquin est simple, l'intrigue aussi : on se doute bien que les assassinats magiques ou rituels cachent un règlement de comptes entre quelques gardiens de la tradition ancestrale et d'autres qui ont cru pouvoir toucher de l'argent pas très propre au mépris des us et coutumes dogons.
Cette simplicité apparente cache quand même quelques pages absolument superbes quand le commissaire de la capitale interroge les vieux du coin (le Devin puis le Grand Hogon du village) : de véritables joutes oratoires toutes en subtilités, en non-dits et sous-entendus, véritables parties de cache-cache où il s'agit de parler sans dire, de reconnaître sans avouer, ...
Précipitez-vous au pays Dogon, un des plus beaux voyages qui puissent être, puis sur les bouquins de Moussa Konaté pour prolonger la visite.
On essaie de voyager plutôt souvent et plutôt partout : mais on est bien forcés de constater qu'une fois attrapés, l'Afrique noire ne nous lâche plus. On pense retourner au pays Dogon l'an prochain, à la saison des pluies cette fois, histoire de surprendre le Mali verdoyer.
D'autres enquêtes du commissaire Habib nous feront patienter d'ici là.


Pour celles et ceux qui aiment l'Afrique.
Points policier édite ces 265 pages en poche qui datent de 2006.
Sylvie, Sophie, Katell, Valdebaz et le Bibliomane en parlent. D'autres avis sur Critiques Libres.
Pour voyager pour de vrai : 1, 2, 3.

lundi 7 septembre 2009

Fakirs (Antonin Varenne)

Un petit crochet côté polar.

Les éditions Viviane Hamy pourraient bien nous refaire le coup de Fred Vargas ... avec Antonin Varenne et son roman Fakirs.
Avec comme nouveau héros, un flic tout à fait parisien et tout à fait impossible comme son collègue Adamsberg : Guérin , un flic de la PJ (celle du Quai des Orfèvres), relégué dans un placard (au sens propre comme au figuré) après une sombre histoire avec des collègues (des ripoux ?), désormais chargé des enquêtes sur les suicides (c'est gai !), l'esprit tourmenté à la recherche de connexions secrètes pour expliquer notre monde inexplicable, attifé d'un imper jaune (à côté duquel celui de Columbo aurait l'allure d'un smoking), toujours à se gratter le cuir chevelu jusqu'au sang quand il réfléchit, ...
Il est affublé au bureau d'un adjoint pas très futé qui vient bosser en survêtement de foot (c'est pour dire !) et, à la maison, d'un perroquet qui l'accueille avec des "tu rentrrres taaard !" en imitant la voix de sa regrettée maman (elle exerçait le plus vieux métier du monde).
Antonin Varenne excelle à rendre vivants ses personnages improbables, insolites : le duo de flics, des collègues nécrophiles, le gardien de nuit du Luxembourg et son chien Mesrine, un baba-cool qui se promène place de la Concorde avec un arc, une artiste peintre allemande qui se jette nue et recouverte de peinture contre les murs, la patronne homo d'un club sado-maso du quartier latin, quelques paysans du Lot, de gays américains à Paris, ...
Son écriture est propre et nette, avec du mordant et de l'incisif mais sans les agaçantes fioritures dont la sphère littéraire française est coutumière.
Dans cette ambiance un peu déjantée on imagine bien que l'intrigue policière gentiment emberlificotée se promène et nous égare, va et revient, nous balade de ci et de là, à l'insu de notre bon gré !
Comme le suggèrent titre et couverture, on a donc affaire à un américain sado-maso qui s'écorche et se perce sur scène, jusqu'à ce qui ressemble fort à un suicide en direct-live. Et qui dit suicide, dit Guérin qui sort de son placard de la PJ.
L'ami américain baba-cool sort de sa retraite du Lot et l'ambassade de sa réserve ...
Avouons que ce côté américain du bouquin semble bien décalé et qu'on serait bien resté cloîtré dans le grenier du Quai des Orfèvres avec Guérin et son collègue ahuri, à cogiter des "adamsbergueries" (cf. ici) sans queue ni tête sur les saisons et les horaires des suicides à Paris.

[...] C'était l'heure où la ville s'accorde un répit, une petite demi-heure pendant laquelle rien ne bouge. Quatre heures du matin. Guérin savoura le calme, ce moment suspendu où même la mort faisait une pause. Les suicides, à cette heure de la nuit, étaient exceptionnels. Les suicidés de quatre heures du matin étaient pour la plupart des individus sans antécédents, sans histoires, frappés par une révélation violente qu'ils n'avaient pas anticipée, et ne souffrant aucun délai.

Un bouquin à deux facettes, comme si Varenne avait hésité entre un clone de Fred Vargas et un thriller branché actualité.
Reste le plaisir de la découverte : un nouvel auteur (c'est quand même son 2° ou 3° bouquin), un style et une écriture solides, un personnage, ... assurément un filon à suivre !


Pour celles et ceux qui aiment l'acupuncture.
Viviane Hamy édite ces 284 pages qui datent de 2009.
Moisson Noire en parle, comme Black Novel et Serial Lecteur

vendredi 4 septembre 2009

BD : L’encre du passé

Estampes japonaises.

On avait découvert le dessinateur Maël avec Les rêves de Milton dont on avait parlé ici-même fin 2008.
Voici de nouveau cet artiste peintre dans une japonaiserie écrite par Antoine Bauza : L'encre du passé.
Dans les Rêves de Milton, les aquarelles de Maël formaient une alliance subtile avec les éléments liquides qui imprégnaient le scénario : pluies et larmes, boues et débâcle des États-Unis après la crise de 29.
Avec les estampes japonaises de l'Encre du passé, l'alchimie est encore plus évidente mais tout aussi réussie. Les paysages humides des montagnes et les transparences des paravents trouvent ici sous le pinceau de Maël, une profondeur inégalée.
Côté scénario, bravo à Bauza pour avoir su construire sur un seul album (chose rare aujourd'hui avec la mode des séries à rallonges) une histoire profonde et intimiste : un maître es calligraphies, au passé tourmenté, s'entiche d'une petite sauvageonne chez qui il a su détecter la maîtrise du pinceau. La fillette l'accompagne jusqu'à la capitale, Edo l'ancienne Tokyo, où il la remettra entre les mains d'un maître es peintures.
Quinze ans plus tard, la jeune femme se retrouve en mal d'inspiration et son vieux maître es peintures se meurt : elle repart à la recherche du calligraphe de ses débuts.
Tout cela est mené au rythme lent de la marche dans les montagnes, au rythme lent de l'apprentissage du difficile art d'écrire ou de peindre, un éternel recommencement.
Dans cette zénitude s'accomplissent scénario de Bauza et dessin de Maël au point que certaines planches se passent même de tout texte ou dialogue : les caractères fouillés des personnages et les expressions travaillées de leurs visages se répondent.
Un des plus beaux albums de l'année.
Le dossier de Dupuis comporte une dizaine de pages de l'album.


Pour celles et ceux qui aiment les beaux arts.
ActuaBD et Krinein en parlent.

jeudi 27 août 2009

Le sauveur (Jo Nesbo)

Sauve qui peut !

Le dernier Jo Nesbo, Le bonhomme de neige, nous avait laissé un arrière-goût de déception tant le maître norvégien es polars nous avait habitués à du bon, du très bon.
Ouf, la veine n'est pas tarie : Le sauveur renoue avec les meilleures heures de l'inspecteur Harry Hole.
C'est du pur Jo Nesbo, noir et désespéré à souhait.
Ça démarre on ne peut plus glauque entre un faux suicide de junkie et un viol dans les rangs de l'Armée du Salut.
[...] " Tu dis un seul mot, et je te taille en pièces " chuchota-t-il.
Et elle ne dit jamais un seul mot. Car elle avait quatorze ans, et elle était sûre que si elle fermait les yeux très fort et se concentrait, elle verrait les étoiles à travers le toit. Dieu avait le pouvoir d'accomplir ce genre de choses. Si seulement Il le voulait bien.
Mais, comme chacun sait aujourd'hui, Dieu est très occupé et n'est que très rarement à l'écoute de ses ouailles ...
[...] " Mais quand Dieu ne fait pas son boulot, il faut bien que quelqu'un d'autre le fasse. "
Alors c'est Le Sauveur qui s'y colle.
Un croate qui a gagné son surnom pendant le siège de Zagreb en rampant sous les chars serbes pour leur coller une mine aux fesses. Et qui depuis, s'est recyclé en tueur à gages, choisissant soigneusement les causes à sauver, accordant le salut éternel avec une efficacité toute professionnelle.
Bien sûr ça dégénère et l'ami Harry Hole devra démêler tout cela sans s'y mêler lui-même, enfin pas trop.
Un milieu original que cette Armée du Salut, décrite ici comme une secte obsédée par le "salut" de ses junkies, une famille trop unie où la loi du silence prime coûte que coûte, et qu'on ne s'attendait guère à retrouver dans ce pays nordique, riche et modèle ...
[...] Et n'était-ce pas un constat d'échec criant pour la démocratie sociale la plus réussie - tout au moins la plus riche - du monde que d'autoriser que la drogue et l'argent puissent changer de main au grand jour, en plein cœur de la capitale ?
Un excellent épisode, on l'a dit, où Jo Nesbo nous promène par le bout du nez de Zagreb à Oslo (avec même une petite virée à Paris !).
Et où les fans de la série découvriront de nouvelles ramifications de la corruption qui gangrène la police d'Oslo depuis le trafic d'armes de l'affreux Waaler, mis à jour dans les épisodes précédents.


Pour celles et ceux qui aiment les contes de Noël.
Folio policier édite ces 670 pages en poche qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites du norvégien par Alex Fouillet.
Le Golb en parle. D'autres avis sur Critiques Libres.

samedi 18 juillet 2009

BD : L’île sans sourire

Les pêcheurs ont la vie dure.

Jolie découverte que cette Île sans sourire, une histoire aux parfums de soupe miso écrite par ... un uruguayen, Enrique Fernandez.
Amateurs de Miyazaki précipitez-vous sur cet album ! Une japoniaiserie savoureuse, ... encore que l'histoire pourrait se passer ici ou ailleurs.
Un dessin proche de l'animation (l'auteur en vient, parait-il) et un conte onirique peuplé de créatures inquiétantes ou délicieuses.
Un triste géologue torturé par son passé débarque sur l'île de Yulkukany. Il y rencontre une étrange petite fille, Eli, seul rayon de soleil (et seul sourire) sur cette île sombre où les familles de pêcheurs ont la vie dure.
Leur rencontre nous vaudra quelques planches superbes.
Comme cette version améliorée des roses et des choux :

[...] Pendant que les hommes sont en mer, les femmes se mettent à grossir pour faire de la place dans leur ventre aux graines de bébés. Les graines de bébé se trouvent dans les entrailles des baleines. On les plante à l'intérieur des femmes, et là, elles poussent et deviennent des personnes. Mais maintenant il y a moins d'enfants à Yulkukany parce qu'on ne pêche plus de baleines depuis longtemps, et les graines de bébés, on ne les trouve que dans les gros poissons, comme les thons.

Ou encore une planche magnifique (qu'on ne vous dévoilera pas) qui met en scène des fleurs, des oiseaux et la petite Eli (décidément, il est encore question de graine !) :

[...] Pour protéger leurs graines contre les oiseaux des alentours, les fleurs ont construit un grand bouclier. Elles savent que quand il y a de l'orage, il y a beaucoup de vent. Alors, quand elles entendent le tonnerre qui se rapproche et qui résonne de plus en plus, elles projettent leurs graines le plus haut possible. Les fleurs comptent sur le vent pour emporter les graines loin des oiseaux et faire pousser d'autres champs de fleurs ailleurs. De leur côté, les oiseaux en profitent pour se nourrir et apprennent à leurs petits à voler sans avoir peur de l'orage. C'est merveilleux, non ?

Bientôt apparaîtront quelques créatures fantomatiques que l'on croit sorties tout droit, on l'a dit, du bestiaire de Miyazaki.
Un bel album auquel il manque peut-être un souffle épique, un rythme un peu plus soutenu ou plus fortement tenu, pour nous emporter définitivement sur Yulkukany.
De quoi nous faire saliver en attendant le prochain voyage de ce prometteur Enrique Fernandez.
Des planches extraites de l'album ici, là et là.


Pour celles et ceux qui aiment les créatures des îles.
ActuaBD, SudOuest et MadMoiZelle en parlent. Virginie partage notre avis.

jeudi 9 juillet 2009

Ténébreuses (Karin Alvtegen)

Histoire de famille.

Cette suédoise, Karin Alvtegen, est donnée comme l'alter ego féminin d'Henning Mankell, maître es polar nordique.

Il est pourtant difficile de classer ce bouquin, Ténébreuses, parmi les policiers.
Pas d'enquête, pas de flic, pas vraiment de cadavre et presque pas de meurtrier.
C'est tout juste si l'on évoque effectivement un cadavre enfoui dans les mémoires, un cadavre dans un placard, comme on dit.
Car c'est d'une histoire de famille qu'il s'agit. Une sombre histoire de famille.
Une famille où, de père en fils et de fils en petit-fils, une chape de plomb pèse sur les âmes.
Une chape de compromissions et de lâchetés, de fuites et d'abandons, d'égoïsmes et de sacrifices, de trahisons et de mensonges.
Une famille presque normale quoi !
La famille d'un écrivain réputé (jusqu'au prix Nobel) qui aura tout sacrifié à son œuvre.
L'auteur fameux est au crépuscule de sa vie, la gouvernante de la maison vient à décéder.
Commence alors une lente exhumation des secrets enfouis dans les placards de la maison.

[...] « Bon. Ainsi soit-il, maintenant tu es au courant. Le mieux pour nous tous est que cela reste dans la famille, c'est pas quelque chose dont on a à parler. »
Les épaules de Jan-Erik arrêtèrent immédiatement de se soulever. Lentement, il se redressa et elle aurait préféré éviter de recevoir le regard qu'il lui donna. Puis il se leva, entra dans le salon et récupéra le papier. Continua vers l'entrée et sans qu'un mot fut prononcé, il disparut par la porte. Alice regarda sa montre. L'émission de télévision qu'elle avait attendue allait bientôt commencer. Pourquoi ressasser des souvenirs qui de toute façon ne servaient à rien. Intacts, ils reposaient mieux là où ils étaient.
Elle retourna vers le canapé et s'arma de la télécommande.

Le roman est habilement construit qui entremêle les flash-backs du passé et les tâtonnements du présent et qui, à chaque tour de roue, fait avancer la compréhension de la spirale infernale.
Au fil des pages, on tourne autour des secrets qui gangrènent depuis des années les relations chez ces gens-là.
Mais il faudra attendre les dernières pages pour retrouver la mémoire de l'horreur.
Mais ce n'est pas tout, encore quelques lignes et une autre horreur se dévoile.
Et une troisième, pire encore !
Dans les derniers chapitres, tout s'enchaîne et les personnages basculent un à un dans l'abime. Brrrr.
Noir, c'est noir. Ce qui finalement justifie la couverture et le titre français.


Pour celles et ceux qui aiment les cadavres dans les placards.
Points édite ces 349 pages qui datent de 2007 en VO et qui sont traduites du suédois par Magdalena Jarvin.
Amanda en parle, Antigone et Clochette également. Même les nanas givrées en causent.

mercredi 8 juillet 2009

La trahison de Thomas Spencer (Philippe Besson)

Faux-frères.

Thomas et Paul sont nés le même jour et s'ils ne partagent pas les mêmes parents, ils partagent toute leur enfance, leur adolescence.

[...] Je crois que si Paul et moi nous sommes autant attachés l'un à l'autre, c'est parce qu'il nous a manqué quelqu'un : à lui un frère, à moi un père.

Deux faux-frères qui partagent toutes les choses de la vie, même les premières amours.

[...] D'après ce que j'en savais, il revenait aux garçons de séduire les filles. Ils jouaient les durs tandis qu'elles faisaient de simagrées. Ils s'emportaient lorsqu'à leur première tentative ils se faisaient éconduire, et abdiquaient tout machisme dès qu'elles consentaient à les laisser approcher. À la fin, l'affaire était faite. Ils étaient amoureux, le seraient pour la vie. Et ça durait une semaine.
Néanmoins une semaine d'amour fou, c'étaient des mois à avoir des trucs à raconter aux copains. Sans compter tout ce qu'on inventait.

Jusqu'à, plus tard, La trahison de Thomas Spencer.
Philippe Besson nous emmène aux US, pour y faire du tourisme : la vie de Thomas et Paul se confond avec l'Histoire récente des États-Unis.

[...] Comme j'ai le goût des dates et que je crois depuis longtemps que l'Histoire, celle qui s'écrit avec une majuscule, nous accompagne dans les grandes étapes de notre vie, j'ai tendance à envisager que ce sont les évènements du dehors qui nous fournissent des repères et décident même parfois du cours de nos existences.

Une thèse qui nous vaut la rétrospective photo de l'Histoire yankee en accéléré : Enola Gay, la guerre de Corée, le MacCarthysme, Eisenhower, le choc du premier Spoutnik russe, Castro, Kennedy et le Vietnam ou Marylin, les missiles de Cuba, ... tout y passe.
Un procédé un peu artificiel, un peu appuyé, mais quand même plutôt sympa et sans doute très frenchy : notre vision touristique de l'Histoire US.
Quant à l'histoire, celle avec un petit "h", celle des deux garçons, on préfère leur enfance et adolescence car l'entrée dans l'âge adulte et bientôt la fameuse trahison de Thomas Spencer, renouent avec les clichés méli-mélo-romanesques, de manière un peu décevante.


Pour celles et ceux qui aiment les US vus d'ici.
Julliard édite ces 265 pages qui datent de 2009.
Biblioblog et Virginie en parlent.  Le site de l'auteur.

dimanche 5 juillet 2009

BD : Chute de vélo


La vie ordinaire des gens ordinaires.

On a découvert il y a peu, le destin (enfin, la première partie du destin) de Lulu femme nue d'Étienne Davodeau.
De quoi nous inciter à découvrir d'autres BD de cet auteur, comme cette Chute de vélo.
Encore une histoire ordinaire de gens ordinaires : à la fin de cet album, on peut lire une interview de l'auteur qui explique justement ses partis pris en matière de scénario composé de scènes vues, entendues ou vécues.
Avec cette chute de vélo, on retrouve une famille et des amis (ambiance proche de Lulu) en semi-vacances dans la maison de la mamie. La vieille mamie souffre d'Alzheimer, il faut remettre en ordre la maison avant la vente.
D'autres personnages, des vrais gens, entrent en scène, on devine quelques secrets, ...
Comme dans Lulu, un beau portrait de femme (ici, Jeanne la fille de la mamie).
Comme dans Lulu, un montage dynamique qui fait s'entrecroiser les histoires, les moments et les personnages, comme pour nous tenir en haleine.
C'est tout. Une histoire qui aurait pu être celle de votre belle-sœur l'été dernier.
C'est tout mais c'est tout le charme de ces histoires simples d'Étienne Davodeau.
Dont on va continuer d'explorer les albums : Les mauvaises gens entre dans la PAL.
Une planche de la Chute de vélo.


Pour celles et ceux qui aiment les vrais gens.
Le site officiel. PlaneteBD en parle.

vendredi 3 juillet 2009

Little bird (Craig Johnson)


Le cri du flocon dans les montagnes.

Après une virée dans les parcs de l'Utah, après les polars de William G. Tapply, après ceux de Tony Hillerman, après le billet d'Amanda, ... on ne pouvait laisser passer la sortie d'un nouvel auteur : Craig Johnson et son bouquin Little Bird.
L'occasion de poursuivre notre théorie (!) élaborée récemment à l'occasion du billet sur James Lee Burke et sa Brume électrique, et qui veut opposer les flics des villes aux flics des champs.
Walt Longmire, le shérif de Craig Johnson est un flic des champs.
Ou plutôt des montagnes, celles du Wyoming, et Walt Longmire c'est un peu l'autre côté, le côté "blanc", de Leaphorn, le flic navajo de Tony Hillerman : Walt Longmire côtoie les indiens cheyennes.
Walt, est un shérif un peu nonchalant qui traverse le roman sans trop y croire et on espère avec lui que l'enquête chaotique continuera d'avancer toute seule, le laissant savourer la paix de ses montagnes enneigées depuis sa véranda.
Un flic des champs, on vous le dit.

[...] À un moment, plongé dans mes réflexions, je vis un petit flocon tout rond traverser mon champ de vision, se poser contre l'un des blocs de ciment et disparaître. Il y en avait d'autres, maintenant, qui flottaient doucement dans la fraîcheur de l'air nocturne. Les scientifiques disent que les flocons, en tombant dans l'eau, font un bruit, comme le gémissement d'un coyote; le son atteint son apogée puis décroît, le tout en environ un millième de seconde. Ils ont découvert ça quand ils ont utilisé un sonar pour repérer les migrations des saumons en Alaska. Les flocons de neige faisaient tellement de bruit que les signaux émis par les poissons étaient inaudibles et l'expérience dut être abandonnée. Le flocon flotte sur l'eau, et il y a peu de bruit en dessous; mais dès qu'il commence à fondre, l'eau monte par capillarité. On suppose qu'il y a des bulles d'air qui sont émises par le flocon, capturées par l'eau qui monte. Chacune de ces bulles vibre en essayant d'atteindre l'équilibre avec son entourage et émet des ondes sonores, un cri si faible et si aigu qu'il est indétectable par l'oreille humaine.

Mais bien sûr un crime viendra troubler la paix des montagnes.
Un blanc est assassiné. Un blanc qui avait violé une jeune indienne il n'y a pas si longtemps. Vengeance ?
Oui, vengeance, puisque le titre en VO c'est Cold dish ... mais bien sûr, une vengeance peut en cacher une autre.
La prose de Craig Johnson est simple et directe, sans fioritures et avec pas mal d'humour.

[...] Je lui avais posé des questions sur Jim et elle m'avait dit qu'il était parti dans le Nebraska chasser avec des amis, chasser l'oie. Son ton était hésitant et j'étais certain qu'il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j'avais utilisé un de mes vieux truc de flic et je lui avais demandé s'il n'y avait pas quelque chose qu'elle voudrait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m'avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

Ou encore :

[...] - Lucian, fais moi plaisir, ne descends personne.
Il actionna la pompe du Remington et fourra une balle de calibre .12 dans la chambre.
- Y'a rien de mal à descendre des gars, tant qu'on descend les bons.

On reste juste un petit peu sur notre faim - à force d'être gâté avec du très bon, on devient difficile - vu qu'on a moyennement adhéré au personnage de Walt Longmire, le shérif. Alors que les personnages secondaires sont plutôt bien dessinés, le héros semble, lui, comme manquer d'épaisseur (même s'il a un peu d'embonpoint !).
Rien à voir avec les flics de Tony Hillerman, par exemple, qu'on serait prêt à reconnaitre dans la rue si on venait à les croiser.
C'est le premier épisode (en français du moins) et on espère que tout cela gagnera en maturité.
Une premier essai de lecture prometteur, à suivre.
Le chapitre 1 est accessible sur le site de l'éditeur, ici-même.


Pour celles et ceux qui aiment les paysages de l'ouest.
Gallmeister édite ces 409 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites de l'américain par Sophie Aslanides.
L'avis d'Amanda, celui de Yann, celui d'Incoldblog et d'autres sur Critico-Blog.

dimanche 28 juin 2009

Le poète (Michaël Connelly)

Serial thriller.

Notre teenageuse maison découvre Connelly et il fallait donc qu'on relise à nouveau les premiers de la série noire, à commencer par l'un des plus réputés : Le poète.
Même si le détective Harry Bosch n'est pas encore aux commandes de l'enquête (on découvre quand même Rachel Walling du FBI), c'est du polar, du vrai, du bon, du béton : une histoire de serial-killer comme on les aime.
Pas grand chose à voir, cependant, avec la future série des Harry Bosch : Le poète reste un (très) bon thriller mais depuis, Michael Connelly a très largement dépassé ce premier stade.
Le poète signe ses crimes d'un vers extrait des œuvres d'Edgard Poe. Et apparemment ses doubles crimes : celui d'un enfant (on évoque les milieux pédophiles mais sans complaisance heureusement) et puis celui du flic qui était chargé de l'enquête et dont la mort est maquillée en suicide.
[...] - S'il existe un seul meurtrier, qui est la véritable cible ? demandai-je, comme si je me parlais à moi-même. La première victime ou l'enquêteur ?
Le V reparut sur le front de Washington.
- Peut-être a-t-on affaire à un type qui veut tuer des flics. C'est ça son objectif. Alors, il se sert du premier meurtre - Smathers, Lofton - pour attirer sa proie. C'est-à-dire le flic.
Je regardai autour de moi. Le fait de prononcer ces paroles à voix haute, même si j'y pensais depuis que j'avais pris l'avion pour venir ici, provoqua en moi un frisson glacé.
- Effrayant, hein ? dit Washington.
- Oui. Terrifiant.
- Et vous savez pourquoi ? Parce que si tel est le cas, il y a forcément d'autres victimes. Chaque fois qu'un flic est supposé s'être suicidé, l'enquête est bouclée en quatrième vitesse. Toutes les polices ont hâte de liquider ce genre d'affaires. On ne se pose pas trop de questions.
Et ben nous, on s'en pose des questions, et tout au long du bouquin et jusqu'à la dernière page !
L'un de ces flics assassinés avait un frère journaliste : c'est lui qui lève le lièvre et s'accroche aux basques des agents du FBI (dont la fameuse Rachel) en quête du scoop de l'année.
C'est parti, on ne lâche plus ni l'enquête, ni le bouquin.
[...] Mon frère m'avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu'à ce qu'il l'atteigne. Sean parlait des cadavres. Il était persuadé qu'un flic ne pouvait en supporter qu'un certain nombre et que ce nombre variait en fonction de chacun. Certains atteignaient rapidement la limite. D'autres assistaient à vingt morts violentes sans même l'approcher. mais pour tout le monde, il y avait un seuil. Et quand celui-ci était atteint, c'était fini.
Insistons quand même pour dire que ça ne vaut pas la série des Harry Bosch.

Pour celles et ceux qui aiment les serial thriller.
Points policier édite ces 543 pages qui datent de 1996 en VO et qui sont traduites de l'américain par Jean Esch.


mardi 23 juin 2009

BD : Okko


L’eau, la terre, l’air, …

Après le cycle de l'eau (2 tomes) et le cycle de la terre (2 autres), le premier volume du cycle de l'air vient de sortir : la série Okko s'étoffe sous la plume de Hub (Humbert Chabuel).
Les dessins sont plutôt sympas (deux belles planches de la BD : ici et là) et savent mettre en valeur les japoniaiseries dont nous sommes friands.
Le cycle de l'eau nous valait quelques beaux paysages d'îles, de bateaux et même de châteaux suspendus. Le cycle de la terre nous emmenait en montagne à la découverte de mystérieux monastères accrochés à flanc de rochers.
Le cycle de l'air nous emporte dans une vallée où soufflent des vents magiques, les kamikazé (les vents des kamis - les vents des dieux), comme ceux qui jadis, protégèrent le Japon des invasions maritimes du Khan mongol.
Dans cette BD, la petite équipe qui accompagne le sieur Okko est plutôt amusante : un moinillon porté sur le saké qui invoque les kamis un peu trop facilement, un féroce guerrier aux forces surnaturelles qui, comme dans les jeux vidéos, met plusieurs planches ... à récupérer d'une attaque ennemie, ...
et l'humour qui pimente les dialogues est plutôt bienvenu qui fait qu'on ne se prend pas trop au sérieux.
On attend la suite du cycle de l'air impatiemment, d'autant que dans ce nouvel épisode, le sieur Okko qu'on avait accompagné durant les quatre premiers tomes, perd la face lors d'un duel contre un bunraku de combat. Et quand on dit "perdre la face", il faut comprendre que sa face, proprement détachée du cou par le tranchant d'un sabre, roule à terre ... que se passe-t-il donc ?
D'autres planches de la BD sur le site officiel.


Pour celles et ceux qui aiment que les kamis les accompagnent.
PlaneteBD en parle.

jeudi 18 juin 2009

BD : Carthago


Les dents de la mer.

Cette fois Christophe Bec laisse les pinceaux à Éric Henninot et prend les commandes du scénario.
Coïncidence ou air du temps, on retrouve dans Carthago, une fable écolo qui rappelle un peu le cycle de Léo (Aldébaran, Bétélgeuse et Antarès) mais une fable qui en serait la face sombre, le côté obscur.
Au fin fond du Pacifique, une plate-forme de forage off-shore perce par erreur une grotte sous-marine géante qui abritait des monstres fossiles auprès desquels les tyrannosaures faisaient figure de gentils toutous : des bancs de mégalodons (l'ancêtre géant du requin, avec des dents grosses comme notre tête) sont lâchés dans les mers ... de quoi attiser les peurs, les convoitises, et toutes sortes d'aventures, d'autant que les grosses bébêtes semblent cacher bien d'autres mystères encore (on parle d'Atlantide, on croise une jeune fille à branchies - tiens comme dans Antarès justement, ...).
On plonge dans une sorte de Jurassik-lac.
Les deux premiers tomes de la série plantent le décor (et quelques crocs aussi) avec différentes histoires qui démarrent ici ou là et qui s'entrecroisent comme dans un thriller américain : dans un lac de l'Aveyron, dans le lagon australien, dans le golfe de Djibouti, dans le Pacifique, et même au Tibet ou dans les Carpathes, ...
Un montage plutôt dynamique, très cinéma.
Les requins de la finance qui président aux destinées de la plate-forme de forage (qui s'appelle Carthago) préfèrent ne pas suspendre leurs activités nocives ... alors, est-ce que Carthago delenda est ? ... on attend la suite avec impatience.
Une planche ici, en guise d'amuse gueule.


Pour celles et ceux qui aiment les grosses bêtes.
D'autres planches chez Coolture. PlaneteBD en parle.

samedi 13 juin 2009

Monstrueux (Natsuo Kirino)

Trop belle pour toi.

On avait été emballé (étonné puis emballé) par le précédent roman de Natsuo Kirino : Out, qui avait même terminé sur notre podium l'an passé.
Monstrueux, pourtant plus récent, s'avère une demi-déception.
Est-ce dû à la traduction de seconde main (une traduction de la version anglaise elle-même traduite du japonais) ? Est-ce dû à la construction du roman, pas toujours homogène, à ses quelques longueurs ?
On retrouve pourtant les caractéristiques des romans de Natsuo Kirino : histoire contée à plusieurs voix, histoire ordinaire de l'horreur quotidienne, histoire de femmes malmenées dans le Japon d'aujourd'hui.
Monstrueux (Grotesque en VO), raconte la vie de trois femmes : deux sœurs et une amie de collège. Les deux sœurs sont métis (le père est suisse) et l'on effleure le racisme nippon. La sœur cadette est l'incarnation de la beauté et cela lui sera fatal.
Le sort de la sœur ainée et de l'amie d'école ne vaudra guère mieux et toutes les trois finiront dans la prostitution au terme d'une lente mais inexorable descente aux enfers.
La vie de ces trois adolescentes qui deviendront femmes et finiront prostituées est emplie de haine, de mensonge, de noirceur, de jalousie, de rancœur, ... brrr.
[...] - Tu n'as jamais souhaité qu'elle meure, ta sœur ?- L'idée ne me quitte jamais. Mais il y a d'autres gens que j'aimerais voir mourir avant elle !- Comme qui ?Il était parfaitement sérieux.Qui j'aurais aimé voir mourir ? Ma mère, Kamei, le directeur du bureau des recherches, des tas de gens en fait, pensai-je. Il n'y a personne que j'apprécie vraiment. Et personne ne m'a jamais aimée, me dis-je soudain.
Amoureux des intrigues policières, passez votre chemin.
C'est glauque voire trash et on persiste à croire que le pessimisme très noir de Natsuo Kirino n'est qu'un petit reflet obscur du Japon.

Pour celles et ceux qui aiment les curiosités.
Points édite ces 717 pages qui datent de 2003 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Vincent Delezoide.
L'ombre du polar en parle, et plutôt bien, Cottet aussi.

mercredi 10 juin 2009

BD : Lulu femme nue


La vie ordinaire des gens ordinaires.

Qu'est-ce donc qui fait le charme prenant de cette BD qui, mis à part son titre un peu racoleur, ne paie pas de mine ?
Des dessins pas tape-à-l'oeil pour deux ronds, une histoire ordinaire de gens ordinaires, ... mais alors qu'est-ce donc qui fait qu'une fois en mains, on ne peut plus la lâcher ?
Même à l'occasion d'une petite relecture par ci ou par là, nous voici happés par le destin de Lulu femme nue. 
Mystère et surtout magie de l'auteur-dessinateur, Etienne Davodeau.

L'histoire de Lulu est pourtant des plus banales : délaissant la recherche d'emploi, le mari un peu beauf (ouais, beaucoup), les enfants, les amis et sa vie ordinaire, Lulu plaque tout son petit monde et s'offre une escapade ...
L'astuce du scénario consiste à nous raconter cela par bribes, qu'on découvre peu à peu au cours d'une soirée qui réunit les amis de Lulu : petit à petit, se reconstitue la fugue de Lulu et peu à peu, on découvre qui se cache derrière Lulu.
Le dessin est doux mais l'histoire est amère, on lit et on relit ce premier épisode et on ne sait toujours pas ce qui peut faire le charme prenant de cette BD !
Vivement la suite ...
En attendant, une autre BD de cet auteur, Chute de vélo, est entrée dans la Pile À Lire !

Pour celles et ceux qui aiment les vrais gens. 
Le site officiel. PlaneteBD en parle.

vendredi 5 juin 2009

Dans la brume électrique … (James Lee Burke)

Au fond du bayou.

Merci, merci à Bertrand Tavernier. Deux fois merci.
Merci pour nous avoir donné le film Dans la brume électrique il y a quelques jours.
Merci pour nous avoir fait connaître James Lee Burke et son roman Dans la brume électrique avec les morts confédérés.
Dans notre billet sur le film, on parlait d'un montage très «livresque» (déroutant dans les premières images) et le bouquin s'avère particulièrement fidèle au film !
C'est rare qu'on procède dans ce sens-là. D'habitude on préfère lire avant de voir : le ciné impose ses images, ses sons et «referme» le champ des possibles que la lecture laisse grand ouvert.
Mais là, forcément, on ne pouvait que suivre Tavernier et découvrir James Lee Burke qu'on ne connaissait pas jusqu'ici, faute de goût impardonnable.
Car, assurément, voilà un excellent polar.
Dans la plupart des standards du genre (Connelly, Mankell, Indridason,  ...), on retrouve des flics, des pros, englués jusqu'au cou dans la fange nauséabonde de nos grandes villes modernes : ce sont nos égoutiers, ils sont nés dedans, ils y laisseront leur peau sans doute, peut-être n'ont-ils même pas eu droit à une âme, ...
À l'opposé, chez Hillerman, William G. Tapply, ou ici James Lee Burke, on a affaire à des flics ou des demi-flics, solidement ancrés dans leur "campagne rurale" (les réserves navajos, le Maine, le bayou, ...) et, avec une certaine nonchalance, ils tentent de chasser d'un revers de main l'écume nauséabonde qui (venue sans doute des villes ?) dérange la communion avec la nature.
En quelque sorte, le flic des villes (celui qui fait nos poubelles) et le flic des champs (celui qui défend son territoire).
Bon assez pontifié, revenons à nos confédérés dans la brume du marais.
À New Iberia près de La Nouvelle-Orléans, la torpeur étouffante du bayou est seulement troublée de temps en temps par les orages et ouragans venus du Golfe du Mexique. Jusqu'à ce que l'on retrouve un, puis deux, cadavres de jeunes filles sauvagement mutilées.
Dans le même temps, les notables de la petite bourgade se réjouissent de voir revenir au pays un enfant pas sage mais avec les milliers de dollars utiles à la production et au tournage d'un film. Même s'il s'agit d'argent sale puisque l'enfant prodigue est devenu un gangster notoire.
Avouez qu'il y a là de quoi troubler la paix que croyait avoir bien mérité Dave Robicheaux !
[...] À 6 heures le lendemain matin, je pris une tasse de café et le journal que j'emportai sous la galerie et m'installai sur les marches. L'air était frais, bleui par l'ombre sous les arbres et chargé des odeurs de belles-de-nuit en fleur et des coques de noix de pacane qui moisissaient dans la terre humide.
Tout en lisant le journal, m'arrivaient le bruit des bateaux qui quittaient mon ponton et les voix des pêcheurs sur l'eau. Puis j'entendis quelqu'un remonter la pente du jardin au milieu du feuillage, je baissai mon journal et aperçus Mickey Goldman qui se dirigeait à grands pas vers moi comme un homme en quête d'une dispute.
Le bouquin a l'avantage sur le film de faire ressentir les odeurs du bayou mais le ciné avait apporté un petit plus grâce à la musique : le roman est donc à lire avec la chanson du générique qui balance entre blues afro et gigue cajun : la terre tremblante  avec les voix de Dirk Powell et Courtney Granger.
Tavernier/Burke : match nul !

Pour celles et ceux qui aiment le bayou cajun.
Rivages noir ré-édite ces 480 pages qui datent de 1992 en VO et qui sont traduites de l'anglais  par Freddy Michalski.
Eireann, Thom, ... n'avaient pas attendu le film pour découvrir cet auteur. L'ombre du polar dresse son portrait. Un autre site sur son oeuvre.

mercredi 3 juin 2009

BD : Antarès


Fable écolo.

On avait déjà arpenté les rives d'Aldébaran puis les canyons de Bételgeuse.
Nous voici avec toujours autant de plaisir dans les plaines d'Antarès (les deux premiers tomes de cette nouvelle "saison" sont parus).
Cette BD qui pourrait passer pour une aimable bluette (la première série, Aldébaran, évoquait les premières amours adolescentes ... mais depuis les héros ont grandi !), cette BD possède un charme indéfinissable ... à quoi cela tient-il donc ? 
Peut-être le discours gentiment écolo ... sans doute la rêverie de colonisation des exo-planètes ... certainement la faune aux formes douces et aux pelages colorés dont Léo (Luiz Eduardo de Oliveira), l'auteur-dessinateur brésilien, peuple ces lointaines contrées.
Chaque planète est l'occasion de faire défiler un nouveau bestiaire et de renouveler notre coup de cœur. 
Aldébaran (ça date de 1990 !) prenait le temps de planter le décor spatio-temporel dans lequel allait évoluer l'équipe partie à la conquête de ces planètes inexplorées. 
Bételgeuse (en 2000) reprenait le flambeau, le scénario s'étoffait peu à peu, les personnages mûrissaient et de nouvelles bestioles venaient à notre rencontre (ah, les fameux Ium Ium !).
Aujourd'hui, les deux premiers volumes d'Antarès semblent évoluer plus dans l'air du temps : on y parle de secte, de magouilles financières et mercantiles, et l'esprit un peu rousseauiste des premiers volumes s'estompe ...
À suivre ou à découvrir !
Une planche d'Antarès à découvrir ici même.
À quand Les mondes d'Aldébaran en dessin animé ?


Pour celles et ceux qui aiment les drôles de bêtes.
Le site officiel (avec fonds d'écran et animations), une interview de Léo (avec des dessins) et d'autres avis sur Critiques Libres. PlaneteBD en parle.

vendredi 29 mai 2009

Saveurs assassines (Kalpana Swaminathan)

La Grande Bouffe.

Je ne sais plus trop chez qui nous avions pêché cette idée (peut-être Chimère ?), quoiqu'il en soit, voilà une bonne prise !
Saveurs assassines, un petit polar de l'indienne Kalpana Swaminathan qui nous écrit depuis Bombay en anglais (en VO), un anglais mêlé de multiples touches locales d'hindi, d'ourdou, de parsi, de tamoul ... (heureusement, il y a un glossaire à la fin du bouquin !).
Un petit polar bien sympa qui met en scène une détective à la retraite, Lalli, sorte de croisement subcontinental entre Miss Marple et Sherlock Holmes.
C'est indien, frais et épicé, plein d'humour et plutôt finaud, dépaysant et pas prise de tête, bref, idéal pour les plages de l'été qui s'annonce.
L'écriture de Kalpana Swaminathan est résolument moderne, enracinée dans la vie des indiens d'aujourd'hui. Et malgré les nombreuses notes de la traductrice, on passe sûrement à côté de nombreuses allusions ironiques à la vie des indiens de Bombay, mais qu'à cela ne tienne, il en reste suffisamment pour nous tenir en haleine.
Et derrière les aimables propos de salon on devine la dure réalité de l'Inde.
L'idée de cet épisode est d'enfermer un microcosme de la bonne société chic de Bombay dans une villa pour le week-end : un docteur, un écrivain, une top-model, un intellectuel, un journaliste, ...
Un week-end gastronomique puisqu'il est ponctué de repas savamment composés (et ponctué de quelques cadavres aussi). On en a l'eau à la bouche (à cause des repas, pas des cadavres).
Côté enquête, mais comme toujours dans les bons polars, ce n'est pas l'essentiel, on flirte avec les standards du genre : mystère de la chambre close, indices parsemés au fil de la lecture, personnages au passé trouble, déductions savamment agencées par la détective. On a l'impression de jouer au Cluedo (il y a même un plan de la demeure qui réunit les personnages pour le week-end !).

[...] - Vous avez appris la mort de Chili, déclara Lalli.
Elle est morte vers midi aujourd'hui, peu après être retournée dans sa chambre pour se reposer. Elle a été empoisonnée. Les gélules de vitamine qu'elle prenait le matin étaient remplies de mort-aux-rats.
Ujwala fit de nouveau entendre les lamentations de Cassandre.
- Je vous l'ait dit ! Je l'ai dit à tout le monde ! Je le savais ! Dès que je l'ai entendu dire, je le savais !
Lalli ne fit pas attention à elle.
- Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Alif Bey avec un signe désespéré en direction de la fenêtre contre laquelle la pluie continuait de battre sans répit.
- Vous voulez dire : à qui le tour ? demanda Félix.

La seconde enquête de dame Lalli, La chanson du jardinier, nous a quand même un peu déçus ...
et on y a préféré celle de Vish Puri, le héros de Tarquin Hall.


Pour celles et ceux qui aiment les voyages en classe polar.
Points policier édite ces 357 pages en poche qui datent de 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Édith Ochs.

mercredi 22 avril 2009

Pétales (Guadalupe Nettel)

Du Mexique au Japon.

Troisième étape dans notre périple à la découverte de la littérature mexicaine.
Après le doux parfum de mort de Guillermo Arriaga, et les nouvelles du Mexique de François Gaudry, voici Pétales et autres histoires embarrassantes de Guadalupe Nettel.Le site du Salon
Encore un recueil de nouvelles, six nouvelles d'une auteur mexicaine qui vit en Espagne.
Et qui crée la surprise : on n'imaginait pas aller si loin vers l'ouest mexicain pour découvrir une auteure aussi ... japonaise !
On se croirait chez Yoko Ogawa ...
Le livre s'ouvre même sur une histoire de ... paupières ! étrange coïncidence.
Une autre nouvelle se passe à Tokyo où il est question de bonsaï.
Dans une autre, on découvre un bézoard, celui d'une jeune femme atteinte de trichophagie (cette fois je ne mets pas de liens, na, vous ferez comme moi : vous chercherez !).

[...] Les manies de Victor étaient elles aussi imperceptibles aux yeux du monde extérieur. Il fallait l'observer un certain temps pour se rendre compte qu'il faisait craquer ses doigts de façon compulsive - et pas pour une question de style, comme j'avais pu le croire au début - car son geste était naturel et le bruit du craquement presque inaudible. Et pourtant, passé les premiers mois, ce geste superflu et acceptable a commencé à m'être désagréable. Petit à petit, mon ouïe est devenue plus sensible au craquement.

Avec ses histoires embarrassantes, Guadalupe Nettel nous emmène loin du Mexique, dans son cabinet des curiosités, là où les fantasmes prennent corps, prennent notre corps.


Pour celles et ceux qui aiment les étrangetés des corps.
Actes Sud édite ces 142 pages parues en 2008 en VO et traduites de l'espagnol par Delphine Valentin.
Leiloona en parle, Le Figaro aussi.

mardi 14 avril 2009

Des nouvelles du Mexique (François Gaudry)

Quand les éboueurs jouent aux pirates.

On poursuit sur notre lancée à la découverte de la littérature mexicaine.
Après le doux parfum de mort de Guillermo Arriaga, voici Des nouvelles du Mexique.
Un recueil d'une trentaine de nouvelles présentées par François Le site du SalonGaudry (celui qu'on avait repéré dans la traduction d'Arriaga justement).
Un recueil avec donc les avantages et les défauts de l'exercice : dans le lot il y a du bon et du moins bon, de la variété et de la diversité mais aussi moins d'unité de ton.
Mais globalement, la découverte est un beau voyage et ce recueil sans doute un moyen d'accès idéal à la littérature de ce pays.
On plonge donc avec délices et effrois dans la chaleur et la moiteur mexicaine, pour un voyage dans ce pays où l'on parle plus de mort que d'amour.
Et comme dans tout voyage, c'est l'occasion d'étranges rencontres.
Un grand-père dont on salue les cendres dans leur urne sur la cheminée ... jusqu'à ce qu'un ravisseur les emporte et exige une rançon.
Un bourreau expert dans l'art de manier la corde à pendu ... qui terrorise des fils en attendant qu'ils reprennent la charge familiale.
Des éboueurs pirates qui se mutinent à bord de leur camion-poubelle ... et qui prennent la mer (ou l'autoroute) après avoir hissé le drapeau noir.
Un flic dont les mains puent la mort, au sens propre, si on peut dire.

[...] Marcial n'avait pas dormi depuis environ deux jours, à cause d'un boulot qui n'avait pas marché, il était obsédé par l'odeur bizarre qui émanait de ses mains, et cela explique qu'il ait mal engagé cette nouvelle affaire. Au lieu de vérifier les numéros de série, il accusa d'entrée le fermier d'utiliser les moissonneuses pour une inexistante récolte de marijuana, suivant en cela la vieille pratique qui consiste à accuser d'abord et à enquêter ensuite. Il se mit à crier, cassa une carafe pleine de limonade, envoya par terre un plat rempli de tacos bien dorés, fractura d'un coup de crosse la mâchoire de la femme du fermier quand celui-ci tenta de protester et menaça de mort les deux gamins si leur père ne disait pas où se trouvait la plantation. L'un des gosses chia dans on pantalon, le père saisit le couteau de cuisine pour taillader Marcial qui le descendit d'une balle en pleine tête ... Bref, le parfait désastre.

Attachez vos ceintures, c'est l"heure du décollage pour Mexico.
Un copieux et goûteux recueil de nouvelles dont plusieurs laissent une forte impression.


Pour celles et ceux qui aiment les mouches en été.
Métailié édite ces 382 pages.
Evene en parle, Essel également, Amérique latine aussi (avec une interview de François Gaudry).

samedi 11 avril 2009

De sang et d’ébène (Donna Leon)

Noël à Venise.

Voici pour la seconde fois en quelques jours Donna Leon et son commissaire fétiche, Guido Brunetti, le vénitien.
On l'a déjà dit, Donna Leon, c'est un petit peu la Fred Vargas italienne.
Et son dernier polar De sang et d'ébène est excellent, encore meilleur que le précédent : Dissimulation de preuves.
Toujours au premier plan, la ville de Venise et le commissaire Brunetti, ils sont désormais indissociables.
Le charme de Venise à Noël, voilà qui nous rappelle une récente escapade quand on arpentait les quais de la Sérénissime, sur les traces du commissaire Brunetti, rares touristes parmi les italiens en train de faire leurs derniers achats avant les fêtes.
On retrouve tout cela dans cet épisode, jusqu'aux blacks en train de vendre leurs contrefaçons de sacs Dolce & Gucci sur les pavés vénitiens.
Et justement, c'est l'un de ces Sénégalais qui est assassiné au beau milieu des touristes.
[...] - Il y avait des américains quand c'est arrivé.
- Comment savez-vous qu'il s'agissait d'américains, signora ?
- Ils avaient des chaussures blanches et parlaient fort.
C'était l'un de ces vu comprà ("vous achetez !" en VO) en vénitien de la rue, ou extracomunitari en italien politiquement correct..
[...] Il s'assit dans la cabine et ouvrit l'édition du matin du Gazzettino, mais il y apprit encore moins de choses que ce qu'il avait découvert lui-même la veille. Ne disposant que de peu de faits, le rédacteur de l'article avait choisi de faire dans le sentimental et de parler du terrible prix à payer pour ces extracomunitari qui tentaient si difficilement de survivre et voulaient gagner un peu d'argent afin de l'envoyer à leur famille. Le mort restait anonyme et sa nationalité n'était pas connue, même si l'on pensait qu'il était originaire du Sénégal, le pays d'où venaient la plupart des ambulanti. Un vieil homme, monté à Sant'Angelo, vint s'asseoir à côté de Brunetti. Il vit le journal et lut le titre en silence, puis dit : "Rien que des emmerdements, dès qu'on les laisse entrer. " Brunetti l'ignora.
Tiens donc, il y a quelques jours on évoquait les vagues du racisme qui s'attaquaient aux rivages de l'Islande, la patrie d'Indridason (c'était l'Hiver arctique). La lagune vénitienne ne semble pas non plus à l'abri.
Avec l'aide de ses rares collègues pas trop corrompus (dont la fameuse signorina Elettra dont on a déjà parlé la dernière fois !), Brunetti enquête sur cette exécution sommaire alors que le rapport d'enquête ... a disparu.
Ou plus subtilement et plus justement, comme le fait remarquer un collègue : on l'a disparu ...
Encore une lente et subtile enquête du commissaire Guido Brunetti, comme si la douceur de vivre vénitienne pouvait un temps masquer les dures réalités de la vraie vie.
Cet épisode est une excellente façon de découvrir les polars de Donna Leon.

Pour celles et ceux qui aiment les canaux de la Sérénissime, même en hiver.
Points poche édite ces 327 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites de l'anglais (Donna Leon est une américaine qui vit à Venise) par William Olivier Desmond.

mardi 7 avril 2009

Dissimulation de preuves (Donna Leon)

Tête de gondole.

On n'avait pas encore eu l'occasion de bloguer ici sur Donna Leon et son commissaire fétiche, Guido Brunetti, le vénitien.
Donna Leon, c'est un petit peu la Fred Vargas italienne.
On en reparlera à l'occasion d'un autre polar : De sang et d'ébène, excellent, mais celui-ci est déjà plutôt bien : Dissimulation de preuves.
On y retrouve avec grand plaisir la ville de Venise et le commissaire Brunetti, dans cet ordre ou dans l'autre, peu importe : ils vont de paire.
Un commissaire en apparence tout à fait à l'opposé des flics imbibés, divorcés et désabusés qui peuplent la plupart du temps les étagères de notre rayon polars.
En apparence seulement, car en dessous de l'aimable surface le constat porté sur la société est bien le même.
Guido Brunetti est un bon père de famille, épaulé par Paola, une femme adorable (et bonne cuisinière, on est en Italie quand même !) et affublé de deux ados (presque) adorables également.
Rien de machiste dans tout cela (mais on est en Italie quand même !), juste la vie tranquille, pépère (sérénissime ?), une vie comme en rêvent tous les inspecteurs imbibés, divorcés et désabusés qui peuplent la plupart du temps les étagères de notre rayon polars !
[...] Brunetti décrocha le téléphone pour avertir Paola qu'il ne rentrerait pas déjeuner.
" C'est bien dommage, les enfants sont ici et j'ai prévu ... commença-t-elle.
- Vas-y, dis toujours. Je suis un homme, je peux encaisser le coup.
- Des légumes grillés en entrée, et ensuite du veau au citron et au romarin. "
Brunetti laissa échapper un gémissement théâtral.
" Et un sorbet au citron avec un coulis de figue en dessert. Fait maison.
- C'est vrai ? demanda-t-il tout d'un coup, ou est-ce ta façon de me punir de ne pas rentrer ? "
Le silence de Paola se prolongea. " Tu préfèrerais peut-être que je les amène au McDo ?
- Ce serait de la maltraitance.
- Ce sont des ados, Guido.
- N'empêche ", répliqua-t-il en raccrochant.
Mais les romans de Donna Leon ne comportent pas que des recettes de cuisine et des virées touristiques au fil des canaux de Venise. Ce sont de bons vrais polars avec une intrigue généralement bien ficelée et adossés, comme on les aime, à la réalité sociale ou politique du lieu, en l'occurrence ici : l'Italie corrompue et berlusconienne.
[...] Comme si elle avait lu dans son esprit, elle dit : " Les empreintes digitales ", faisant allusion à la prétention du gouvernement, qui s'était vanté de pouvoir parvenir à constituer un fichier des empreintes digitales de tous les citoyens italiens et de tous les résidents du pays d'ici à cinq ans. Brunetti avait éclaté de rire, quand il avait entendu parler de cette proposition; les trains déraillent, les écoles s'effondrent au moindre frémissement de l'écorce terrestre, trois personnes se servent impunément du même passeport - et ils prétendent recueillir plus de cinquante millions d'empreintes digitales !
Dans cette police pourrie jusqu'à la moelle, Brunetti a une alliée qui vaut le déplacement en Simplon Orient-Express : la signorina Elettra, hackeuse en talons aiguilles, capable (Brunetti ne veut pas savoir comment et nous non plus) de s'ingérer dans les ordinateurs d'Interpol, les archives du gouvernement et Dieu sait quoi encore !
On penserait presque à Josette, la mamy hackeuse de Fred Vargas (les Vents de Neptune) ... si ce n'est que la comparaison physique n'est décidément pas possible entre la mémé de la banlieue parisienne et l'élégante signorina italienne que l'on soupçonne de faire appel à de multiples amants qui lui sont toujours redevables !


Pour celles et ceux qui aiment les canaux de la Sérénissime.
Points poche édite ces 287 pages qui datent de 2004 en VO et qui sont traduites de l'anglais (Donna Leon est une américaine qui vit à Venise) par William Olivier Desmond.
Bibliotheca en parle.

samedi 4 avril 2009

Un doux parfum de mort (Guillermo Arriaga)

Un avant-goût (amer) de l’été.

Cette année la littérature mexicaine est à l'honneur.
On en reparlera donc bientôt avec deux recueils de nouvelles : avec Pétales et d'autres Nouvelles du Mexique.
En attendant, voici un auteur déjà célèbre et déjà connu même si l'on n'a encore rien lu de lui puisque Guillermo Arriaga est l'auteur de scénarios à succès au ciné : Babel, 3 Enterrements, 21 Grammes, Loin de la terre brûlée, c'est lui !
Une actualité et une renommée qui suffisaient à justifier qu'on se précipite sur ce petit polar de poche.
Pari gagné. Guillermo Arriaga avait signé ici un excellent roman qui n'avait rien d'un futur scénario hollywoodien.
Un polar si on veut (il y a meurtre, voire meurtres).
Une pièce de théâtre si on veut aussi : un presque huis-clos dans un petit village perdu au fin fond de la campagne mexicaine, plus exigû qu'une scène de théâtre.
On y retrouve même le chœur des villageois pour faire avancer l'histoire ... et les héros vers le drame final.
Tout commence, comme souvent, par la découverte d'un cadavre.
Celui d'une jeune fille du village, retrouvée nue et poignardée.
Ramòn, le jeune qui tient l'épicerie-bar-tabac et qui avait eu quelques chastes regards pour cette jeune fille de son vivant, se retrouve trop vite et à l'insu de son plein gré, à endosser le rôle de l'amant mystérieux de la jeune fille.
Pour ne pas peiner les parents de son amoureuse-malgré-lui, il ne dément pas.
Pour ne pas perdre la face vis à vis des piliers qui soutiennent son bar, il ne dément pas non plus quand on évoque le devoir de vengeance.
Et lorsque les soupçons se portent sur un fier gitan que l'on sait innocent et beaucoup trop dangereux pour notre jeune Ramòn, il s'enfonce lentement mais sûrement vers un destin qui n'aurait pas dû être le sien.
Bref, de fil en aiguille, de mensonges en non-dits, le drame se noue peu à peu, chacun endossant un rôle pour lequel il n'était pas forcément taillé.
C'est cette chronique d'une vengeance annoncée qui fait l'intérêt du roman. Chronique de la bêtise humaine.

[...] À 3 heures de l'après-midi, la plupart des habitants de Loma Grande savaient que Ramòn Castaños avait l'intention de tuer son rival avec le pistolet que lui avait prêté Juan Prieto. "Le même que celui avec lequel il a refroidi un flic au Texas", certifiaient ceux qui connaissaient la véritable histoire de Juan. La rumeur avait également couru qu'il s'agissait d'un pistolet défectueux ne permettant pas de viser juste. De sorte que certains hommes du village s'étaient réunis à l'épicerie pour mesurer les avantages et les inconvénients du recours au Derringer Davis. Les avis étaient partagés.

Avec un humour noir et distancié, Guillermo Arriaga nous emmène inexorablement sur le flux de la rumeur publique : on cause, on cause, sans savoir, ou pire parfois, en sachant pertinemment la vraie vérité.
Un roman très physique aussi, avec un soleil écrasant et une chaleur étouffante, ça pue la sueur et les mouches volent pendant la sieste.
De la rumeur et de la bêtise publiques ou des mouches et du soleil d'été, inutile de vous dire qu'on devine très vite lesquels sont les plus étouffants.
Et le doux parfum de la jeune fille cache mal celui de la mort.


Pour celles et ceux qui aiment les mouches en été.
Points poche édite ces 203 pages qui datent de 1994 en VO et qui sont traduites de l'espagnol par François Gaudry, ce même François Gaudry qui a conçu le recueil de nouvelles dont on parlera bientôt.
Cathe en parle, Jean-Marc aussi..

jeudi 2 avril 2009

Samarcande (Amin Maalouf)

Lettres persanes.

Restons dans le ton "historico-oriental" : après la relecture de Kadaré il y a peu, voici celle d'Amin Maalouf.
Dans les deux cas, soulignons-le, le plaisir est toujours au rendez-vous.
Avec le libanais Amin Maalouf et Samarcande, c'est l'histoire d'un livre.
Un livre mythique : le recueil des quatrains du poète savant et persan Omar Khayyam. Les rubaïyats.
Toute une moitié du livre d'Amin Maalouf nous emmène au début du millénaire (Omar Khayyam est né vers 1050) à Ispahan, Alamut, Kom, Baghdad et Samarcande, sur les traces de ce mathématicien philosophe et poète.
Mathématicien :
[...] il entreprend la rédaction d'un fort  sérieux ouvrage consacré aux équations cubiques. Pour représenter l'inconnue dans ce traité d'algèbre, Khayyam utilise le terme arabe "chay", qui signifie "chose"; ce mot orthographié "Xay" dans les ouvrages scientifiques espagnols, a été progressivement remplacé par sa première lettre , x, devenue symbole universel de l'inconnue.
On a connu des héritages plus discrets !
Poète, poète du vin notamment :
[...] Lorsque je serai mort, lavez-moi avec le jus de la treille;
au lieu de prières, chantez sur ma tombe les louanges de la coupe et du vin.
Si vous désirez me retrouver au jour dernier,
cherchez-moi sous la poussière du seuil de la taverne.
Et enfin philosophe irrévérencieux, dans un monde pourtant très religieux :
Autrefois, quand je fréquentais les mosquées,
je n'y prononçais aucune prière,
mais j'en revenais riche d'espoir.
Je vais toujours m'assoir dans les mosquées,
où l'ombre est propice au sommeil.
L'un des intérêts du bouquin d'Amin Maalouf est de nous plonger au cœur des sectarismes religieux de l'époque tandis que s'affrontaient chiites, sunnites, ismaéliens, et oui déjà ...
[...] - Un chiite imamien ? Cela ne me gêne pas. Bien que je sois hostile à toutes les déviations. Certains de mes meilleurs collaborateurs sont des sectateurs d'Ali, mes meilleurs soldats sont arméniens, mes trésoriers sont juifs, je ne leur dénie pas pour autant ma confiance et ma protection. Les seuls dont je me méfie sont les ismaéliens.
Des batailles idéologiques qui n'ont rien à envier aux futurs conflits occidentaux entre chrétiens et juifs à Grenade, catholiques et luthériens en Saxe ou jésuites et jansénistes en Amérique du sud.
Amin Maalouf (et par sa plume, notre poète matheux Omar Khayyam) est avant tout un humaniste.
Très différente, la seconde partie du bouquin nous propulse, toujours sur les traces du fameux manuscrit, en 1870 pendant la Commune, puis vers 1900 le temps d'une révolution parlementaire iranienne écrasée sous l'oeil bienveillant de celles qu'on appelait à l'époque Les Grandes Puissances ...
[...] Si les Persans arrivaient à se gouverner comme des adultes, cela pourrait donner des idées aux Indiens ! Et l'Angleterre n'aurait plus qu'à faire ses bagages. Et puis il y a le pétrole. En 1901, un sujet britannique, Mr. Knox d'Arcy, a obtenu, pour la somme de vingt mille livres sterling, le droit d'exploiter le pétrole dans tout l'Empire perse. [...] Londres a pu obtenir du tsar un accord de partage : le nord de la Perse serait zone d'influence russe, le sud serait chasse gardée de l'Angleterre. Dès que les Britanniques ont eu ce qu'ils désiraient, notre démocratie a subitement cessé de les intéresser; comme le tsar, ils n'y voient maintenant que des inconvénients et préfèreraient la voir disparaitre.
Grâce à la plume érudite d'Amin Maalouf, on s'imagine pendant quelques heures plus intelligent.
[...] Je ne manquai pas de rappeler que notre "paradis" avait pour origine un vieux mot persan, "paradaeza", qui veut dire "jardin".
[...] Les persans eux-mêmes nommaient leur pays "Iran", raccourci d'une expression fort ancienne, "Aïrania Vaedja", signifiant "Terre des Aryens".
On avait découvert ce bouquin (et d'autres du même auteur) à sa sortie il y a une vingtaine d'années : à la lumière des conflits actuels, tout cela prend un drôle de relief ...

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
Le livre de poche édite ces 376 pages qui datent de 1988 (Amin Maalouf écrit en français).
Le site d'Amin Maalouf. Les textes des roubaïates.

dimanche 22 mars 2009

Hiver arctique (Arnaldur Indridason)

Mal des banlieues islandaises.

Raisonnable, on avait longtemps attendu avant d'acheter le précédent Arnaldur Indridason : L'homme du lac s'était avéré excellentissime et on avait donc bien regretté notre hésitation.
Cette fois, aussitôt sorti, aussitôt dans la PAL : l'Hiver arctique n'aura guère attendu.
Malheureusement, Indridason semble un peu fatigué de ce long hiver et sa dernière livraison n'est pas à la hauteur (certes, très élevée) des précédents romans et donc de notre attente.
Dans ce nouvel épisode, Arnaldur fils d'Indrid s'attaque au racisme qui semble ronger la vie sociale islandaise (tiens donc ...).

[...] - Ce n'était qu'une question de temps, commença Kjartan, d'un ton qui laissait transparaître de l'agacement. On ne devrait pas laisser ces gens-là entrer dans notre pays, continua-t-il. Ils ne font qu'engendrer de la violence. Il fallait que ce genre de choses arrive tôt ou tard.. Qu'il s'agisse de ce garçon-là dans cette école-là, dans ce quartier-là, à ce moment-là, ou d'un autre garçon à un autre moment ... ne change rien à l'affaire. Cela serait arrivé et arrivera à nouveau. Soyez-en sûr.

Et encore :

[...] - Il y en a trois comme lui dans sa classe, continua Kjartan. Et plus de trente dans l'ensemble de l'école. On ne le remarque même plus quand il y en a de nouveaux qui arrivent. Et c'est partout comme ça. Vous êtes allé au marché aux puces de Kolaport ? On se croirait à Hong-Kong ! Et personne ne s'en inquiète. Personne ne s'inquiète de ce qui est en train d'arriver à notre pays.

Heureusement qu'Elinborg, la collègue de l'inspecteur Erlendur, est là pour tempérer les propos de ce sinistre Kjartan !

[...] - Nous sommes d'accord pour que les étrangers viennent chez nous se coltiner le sale boulot sur les chantiers des barrages et dans les usines de poisson; ça ne nous gêne pas qu'ils fassent le ménage pendant qu'on a besoin d'eux pourvu qu'ensuite, ils repartent !

Bref, la lointaine Islande ne semble pas épargnée par les maux du siècle.
Apparemment nombre de Thaïlandais ont immigré là-bas : mais que diable vont faire les thaïs en Islande ?!!!
Mais bon, l'inspecteur Erlendur semble comme dépassé par les évènements : il se promène presque à côté de l'enquête, laissant le boulot à ses deux collègues (Elinborg et Sigurdur).
Il ne nous reste qu'à attendre la traduction du prochain épisode (écrit en 2007), en espérant que la crise dans laquelle se débat aujourd'hui l'Islande n'aura pas eu raison du sombre inspecteur ... 


Pour celles et ceux qui aiment les îles lointaines, même froides et pluvieuses.
Métailié édite ces 335 pages traduites de l'islandais par Éric Boury et qui datent de 2005 en VO.
Cottet, Essel et Clarabel en parlent.