[...] Marchander des vies humaines.
Un thriller juridique ou roman de prétoire qui détaille le difficile travail des avocats commis d'office pour marchander peines et chefs d'accusation en faveur de leurs clients. Et un polar plus malin qu'il n'y paraît ...
- un thriller juridique, un roman de prétoire dans les règles de l'art
- le travail des avocats commis d'office pour négocier peines et chefs d'accusation
- et puis quelques twists pour retourner lecteur et personnage !
L'auteur, le livre (325 pages, mai 2026, 2025 en VO) :
Avant de devenir écrivain, Gabriel Urza a débuté par une carrière d'avocat commis d'office dans le Nevada, à Reno et il y a sans doute beaucoup de sa propre expérience dans ce qu'il nous raconte. Dans le désert du Nevada est un thriller juridique qui évoque inévitablement La défense Lincoln de Michael Connelly.
La traduction de l'anglais (US) est signée par Pierre Reignier et le titre en VO était The silver state : le surnom du Nevada depuis la ruée, non pas vers l'or, mais vers les mines d'argent dans les années 1850.
Le pitch et les personnages :
Le récit s'étale sur une dizaine d'années, les années 2010-2020. Le juriste Santi Elcano revient sur les débuts de sa carrière comme avocat commis d'office à Reno pour le comté de Washoe. Il a connu des débuts difficiles, surmontés à grand renfort d'anxiolytiques, pour enchaîner les comparutions à la va vite et tenter de négocier quelques remises de peine pour « les clients quittant la salle d’audience menottes aux poignets ou avec des larmes de soulagement » sans oublier « le renouvellement régulier de [son] ordonnance de Xanax ».
Chaque soir, Santi a bien du mal à tirer un trait sur sa journée trop remplie avant de commencer à se tracasser pour celle à venir.
Mais « le désert du Nevada, dit-on, est rempli de vieux fantômes » et depuis huit ans, il y en a deux qui hantent ce récit, tout comme les jours et les nuits de Santi Elcano (et bientôt du lecteur !).
Le fantôme de Michael Atwood qui croupit toujours en prison, condamné pour meurtre, et celui de Anna Weston la victime, dont le corps avait été retrouvé en bordure du désert.
♥ On aime :
➔ La première partie du récit n'est pas tout à fait un thriller classique de procès : au travers de différentes petites affaires, Gabriel Urza nous présente le travail de la défense dans un récit, précis, minutieux, de la vie de son personnage, Santi. Un travail qui consiste justement à éviter le procès en négociant peines et chefs d'accusation. Mais c'est bel et bien un roman de prétoire, qui nous place au cœur des rouages de la machine judiciaire, un récit de « salle d’audience pour faire notre travail, marchander des vies humaines ». Dans cette mécanique bien huilée, « quand tu vas au procès, c’est en général parce que quelqu’un a foiré quelque chose » et Santi n'a pas choisi « la bonne carrière pour avoir une conscience ».
« J’avais cru qu’en devenant avocat commis d’office, je contribuerais à réparer les engrenages défectueux du système. En réalité j’étais moi-même devenu un engrenage défectueux parmi d’autres. »
➔ Quant à la grosse affaire qui va être plaidée par Santi, la condamnation de Michael Atwood pour le meurtre d'Anna Weston, elle n'arrive véritablement qu'à mi-parcours (la police mettra plus d'un an avant d'arrêter un suspect) mais cette fois le procès a bien lieu.
Alors, les avocats de la défense ont-ils laissé la justice du comté condamner un innocent ?
Il faudra attendre les derniers twists pour comprendre le fin mot de l'histoire et réaliser qu'après moult tours et détours, Gabriel Urza est un malin qui aura conduit son personnage et son lecteur, exactement là où il voulait les mener ...
➔ Comme avec Mickey Haller, le personnage du roman de Connelly déjà cité, le récit autodiégétique est mené à la première personne, avec ce "je" comme si Santi venait témoigner devant nous. Et ça marche plutôt bien d'autant que tout cela est écrit de manière fluide, efficace, sans effets de manche même si l’on est souvent au prétoire : bien vite le lecteur ne peut que partager les difficultés et les épreuves de Santi Elcano.
➔ Pour l'anecdote et pour se détendre entre deux vies humaines brisées par l'impitoyable mécanique judiciaire, ce roman est aussi l'occasion de re-découvrir un Nevada que l'on ne connait guère que par ses déserts et ses casinos. Visiblement Gabriel Urza entend nous faire partager "son" Nevada, comme lorsqu'il nous emmène à la pêche à la mouche, exercice littéraire plutôt classique chez de nombreux écrivains US.
« J’avais appris à aimer ce mélange de précision obsessionnelle et d’insouciance qui caractérise la pêche, cette infinité de petites décisions sans conséquence : quelle mouche sélectionner, jusqu’où la lancer, s’il fallait la laisser dériver en surface ou la plomber, à quelle vitesse ramener la soie, à quel moment changer de mouche, de canne ou de bas de ligne. »
Pour celles et ceux qui aiment les thrillers juridiques.
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Livre lu grâce aux éditions Liana Levi (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.

