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mardi 8 novembre 2011

La mort, entre autres (Philip Kerr)

Polar noir des années noires.

Revoici l'écossais Philip Kerr et son étonnant détective privé Bernie Gunther, façon Nestor Burma chez les nazis.
On avait beaucoup apprécié le gros volume précédent qui réunissait trois épisodes : c'était la Trilogie Berlinoise.
Cette quatrième aventure, La mort entre autres, se laisse lire avec toujours autant de plaisir (Philip Kerr est un bon auteur de polars) mais n'atteint pas le niveau de la trilogie précédente.
Le goût de la nouveauté et le plaisir de la découverte ne sont évidemment plus là. Et l'intrigue de cette enquête, de cette manipulation dont est victime l'ami Bernie est un brin rocambolesque.
Reste, outre le plaisir de lire un bon polar, un polar bien noir, l'intérêt de relire quelques pages de notre Histoire, des pages bien noires.
Puisque tout l'intérêt des histoires de Philip Kerr c'est que, sans jamais pontifier, il nous fait voyager de Berlin à Vienne ou Garmish et même Tel-Aviv, il nous fait rencontrer toutes sortes d'aimables personnages comme Eichmann ou encore Hadj Amin le Grand Mufti de Jérusalem. Il nous balade entre les prémices du nazisme avant guerre jusqu'aux compromissions de l'Église, de la Croix-Rouge et de la CIA, toutes très occupées à faire échapper un grand nombre de nazis et de SS vers l'accueillante Argentine de Peròn.
Et toutes les ‘anecdotes’ dont Philip Kerr émaille son récit sont tristement avérées : depuis la visite d'Eichman à Tel-Aviv pour trouver une terre d'accueil où envoyer les juifs d'Allemagne, jusqu'au plan B qui consistait à récupérer une colonie française pour ce faire. C'était Madagascar. La suite on la connait et une autre solution, plus finale, sera mise en oeuvre.
Y'a de quoi déprimer pour le pauvre Bernie qui navigue en eaux troubles :
[...] Je me sentais aussi solitaire qu'un poisson dans une cuvette de toilette. Je n'avais pas de parents, et pas d'amis à qui parler, hormis le type dans le miroir de la salle de bains, celui qui d'ordinaire me souhaitait le bonjour, le matin. Dernièrement, il avait cessé de m'adresser la parole, même lui, et j'avais l'impression qu'il me saluait trop souvent d'un sourire sarcastique, comme si ma présence lui était devenue odieuse. Nous étions peut-être tous devenus odieux. Nous tous, les Allemands. Les Américains nous regardaient tous avec un mépris silencieux.
Alors bien sûr il faut en revenir aux fondamentaux de tout bon détective :
[...] Voyez un peu les pays qui boivent beaucoup de bière. Ils sont presque tous protestants. Et ceux où l'on boit beaucoup de vin ? Tous catholiques.
- Et les Russes ? Ils boivent de la vodka.
- C'est une boisson qui aide à trouver l'oubli, répondit le père Bandolini. Absolument rien à voir avec Dieu.
L'époque était des plus sombres. Ce polar noir l'éclaire un tout petit peu.
Chacun connait bien désormais les sinistres compromissions dont firent preuve français, anglais ou américains à la fin de la guerre, par exemple avec les ‘médecins’ nazis qu'évoque largement ce bouquin.
Ce qui reste généralement passé sous silence, et pour cause, ce sont les compromissions des mêmes, avant guerre dans les années 30, pour trouver un consensus sur une solution au ‘problème juif’, aucun n'en voulant chez lui. On connait la suite.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
D'autres avis sur Critiques Libres.
Le Livre de poche édite ces 565 pages qui datent de 2006 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Johan-Frédréik Hel Guedj.


mardi 16 octobre 2012

Une douce flamme (Philip Kerr)

Cold case chez les SS.

Chez le britannique Philip Kerr, il y a des hauts et il y a des bas. Faut dire qu'avec l'excellente Trilogie berlinoise, la barre avait été haut placée.
Mais, allez savoir pourquoi, on aime beaucoup beaucoup son personnage, Bernie, tantôt flic, tantôt privé, parfois rebelle, parfois complaisant, selon les époques de cette trouble période de l'Allemagne nazie ...
Alors on est bien content de retrouver un excellent épisode avec cette Douce flamme.
Avec un montage très habile puisque l'histoire (pardon l'Histoire avec Philip Kerr) ici se fait double : d'un côté les années 30 quand Bernie était encore flic à Berlin, de l'autre côté l'Argentine des années 50 où les nazis trouvent refuge.
Entre les deux, ‘on’ demande à notre Bernie de ré-ouvrir outre-Atlantique un dossier berlinois qu'il avait dû classer sans suite vingt ans plus tôt. Et quand on lance Bernie sur une enquête, il n'est pas facile de le manipuler ou de lui faire lâcher prise ...
Vingt ans après ... ou Cold case chez les SS ...
[...] « Les enquêtes criminelles marchent de la façon suivante, Arthur : quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur.— Comme un nouveau meurtre ? » J’acquiesçai. Nebe demeura un instant silencieux.Puis il ajouta : « Oui, je peux comprendre ça. N’importe qui peut le comprendre. Même vous.
— Moi ? Qu’est-ce que vous voulez dire, Arthur ?
— Quelquefois, il faut d’abord que le pire se produise pour pouvoir espérer le meilleur ? C’est le seul motif pour lequel quelqu’un irait voter pour les nazis. »
Alors on est enchanté de découvrir les débuts de Bernie à la Kripo de l'Alexander Platz (le Quai des Orfèvres berlinois).
Et au chapitre suivant, on est passionné par la découverte de l'Argentine fasciste de Perón. Le mélange est parfaitement dosé.
Comme toujours chez Philip Kerr, l'histoire cède le pas à l'Histoire au prix de quelques rocambolesques invraisemblances qui permettent à Bernie de côtoyer Goebbels, Eichman ou Mengele (rien que du beau monde !).
Mais qu'à cela ne tienne, on aime bien ces troubles balades dans les pages sombres de l'Histoire.
Comme ses compatriotes exilés, Bernie a vieilli et reste hanté par les mauvais épisodes de son passé (on le serait à moins).
D'autant que l'instructive postface jettera un regard désabusé sur le sombre passé de l'Argentine qui, à cette époque, avait décidé de retenir le meilleur de l'Allemagne hitlérienne et de l'Italie de Mussolini. Une postface où l'on découvrira que les tribulations rocambolesques de Bernie étaient construites sur un bien sinistre fond de vérités à peine romancées. À peine : Philip Kerr n'a malheureusement pas besoin de prendre trop de libertés avec l'Histoire.
On peut sauter l'épisode précédent (La mort entre autres) qui évoquait la fuite de Bernie vers l'Amérique du Sud en compagnie de quelques uns de ses « amis » et compatriotes, mais il ne faut pas manquer l'excellente Trilogie avant de poursuivre avec cette petite flamme argentine.
[...] Les nazis parlaient d’un Reich de mille ans. Mais, parfois, je me dis qu’à cause de ce que nous avons fait, le nom de l’Allemagne et les Allemands sont couverts d’infamie pour mille ans. Qu’il faudra au reste du monde mille ans pour oublier. Vivrais-je un millier d’années que jamais je n’oublierais certaines des choses que j’ai vues.
La flamme argentine de Perón s'éteindra bientôt, noyée dans la dictaturomanie sudaméricaine, mais elle aura suffisamment éclairé l'Histoire pour confirmer définitivement que le fascisme n'était pas qu'un accident italo-allemand.
Soixante ans après, l'Allemagne tire l'Europe et n'est plus couverte d'infamie : est-ce parce que le monde veut oublier ou plutôt parce qu'inconsciemment chacun sait bien que le fascisme a rencontré trop de complaisances et même d'adhésions pour qu'on puisse tout mettre sur le dos de l'Allemagne ?

Pour celles et ceux qui aiment Bernie et les histoires avec de l'Histoire dedans. 
Ces pages datent de 2008 en VO et sont traduites de l'anglais par Philippe Bonnet. 
D'autres avis sur Babelio.

vendredi 9 janvier 2026

La trilogie berlinoise

[...] Bernie, il a parfois un humour déroutant.


Un sans faute pour cette relecture en images de la fameuse Trilogie Berlinoise, quand Philip Kerr nous entraînait aux côtés du détective Bernie visiter les sombres coulisses du Berlin nazi. Avec fidélité au texte original, ces deux premiers albums de Pierre Boisserie et François Warzala redonnent une nouvelle jeunesse à ces polars devenus légendes.

❤️❤️❤️❤️❤️

Les auteurs, les albums (144 pages, novembre 2021 et avril 2025) :

Ah la Trilogie Berlinoise ! Quel amateur de polars n'a jamais eu cette série culte entre les mains ?
Une série qui a même désormais ses pages Wikipedia.
On l'avait découverte à sa réédition en 2008 (même si les premières éditions en français dataient des années 90) et les enquêtes de Bernie Gunther dans le Berlin nazi venaient à point nommé pour nous sortir du matraquage marketing autour d'une autre saga culte, celle du suédois Stieg Larsson avec Millénium : au début des années 2000, le rayon polar envahissait les tables grand public des libraires.
Près de vingt ans plus tard, nous sommes de nouveau bien gâtés avec cette adaptation en BD, particulièrement réussie.
Deux albums sont disponibles (aux éditions Les Arènes) qui correspondent aux deux premières novellas de la trilogie.
L'été de cristal est sorti en novembre 2021 et La pâle figure en avril 2025.
Le scénario de Philip Kerr (décédé en 2018) est adapté par Pierre Boisserie, un habitué des intrigues historiques, et les dessins sont signés François Warzala.

Le canevas et les personnages :

Le personnage clé de cette mini-série c'est bien entendu le flic Bernie Gunther. 
Selon les époques et les épisodes, on le retrouve tantôt flic à la Kripo (la KriminalPolizei du Reich dont le siège - l'Alex - se trouve Alexander Platz au centre de Berlin), tantôt comme simple détective privé, ou même détective du célèbre hôtel Adlon. 
Un amateur de jolies femmes et de bons alcools, aussi désabusé qu'impertinent, qui peut évoquer un Philip Marlowe ou un Nestor Burma.
Dans les années 30 il était bien difficile de ne pas composer avec le pouvoir nazi et Bernie est un personnage complexe, qui se permet de côtoyer les figures les plus emblématiques du Reich (les Göring, les Himmler, les Heydrich, ... l'auteur était plus soucieux de pédagogie que de vraisemblance). 
Heureusement son humour grinçant et sarcastique lui permet de garder ses distances en évitant une trop grande compromission avec les nazis.
« - Avez-vous lu Mein Kampf ?
- Ce vieux bouquin qu'ils distribuent aux jeunes mariés ? Pour moi, c'est la meilleure raison que j'ai trouvée de rester célibataire. »
« La seule raison pour laquelle il n'y a pas de miroir dans les toilettes de l'Alex, c'est pour que personne ne soit obligé de se regarder en face. »
« Au fond, le plus surprenant dans tout ceci était ma capacité à être encore surpris par ce qui se passait en Allemagne. »
Ce qui lui vaudra également quelques dangereuses inimitiés.
Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes en égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime.
« - Pour quelle raison avez-vous quitté la Kripo ? L'avez-vous quittée de votre propre chef, d'ailleurs ? [...]
- C'est moi qui suit parti. Je ne suis pas national-socialiste, et si vous n'êtes pas avec eux, vous êtes contre eux. Alors ils se seraient débarrassés de moi de toute manière.
[...] - De nos jours, j'enquête sur les disparitions, en forte hausse depuis que les nationaux-socialistes sont au pouvoir.
- Ne fais pas attention à ce que dit Bernie, il a parfois un humour déroutant. »
Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 alors que l'Allemagne prépare les JO de Berlin, en pleine ascension du parti National-Socialiste.
Le titre en VO (March violets) évoque « les violettes de mars », lorsque fleurirent toutes les adhésions "spontanées" à ce parti nazi sans qui les affaires ne peuvent prospérer et le trafic pour obtenir un "petit" numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la nouvelle doctrine en vogue.
À la demande d'un riche patron, le détective Bernie enquête sur le meurtre de sa fille et de son gendre nazi. 

Le second album, La pâle figure (le titre fait référence à Nietzsche), nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes.
Le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ...
Une fois que tout le contexte a été mis en place dans le premier tome, ce second épisode est encore plus fluide et l'intrigue, bien homogène, bien rythmée, en est encore plus captivante.

Il nous reste à attendre impatiemment le prochain épisode qui devrait reprendre Un requiem allemand : 1947, la guerre est enfin terminée et Vienne est devenue un nid d'espions.

♥ On aime vraiment beaucoup :

➔ Le texte de cette BD est assez bavard (notamment avec le monologue intérieure de Bernie en voix off) et reste particulièrement fidèle au bouquin de Philip Kerr, souvent mot pour mot. Les enquêtes policières ne sont que le prétexte à une visite guidée très complète de l'Allemagne nazie et chaque épisode met en scène des événements bien réels.
➔ La série de Philip Kerr avait été abondamment surexploitée par les éditeurs et s'était un peu usée au fil du temps : ces albums tombent à pic pour donner un petit coup de renouveau à ces intrigues qui sont restées passionnantes et surtout très instructives. 
Il est vraiment plaisant de se livrer à la relecture de ces grands classiques.
Même si ces albums peuvent toutefois se lire sans connaître l'original, je pense, et donneront peut-être envie de s'y (re-)plonger.
➔ Le dessin de Warzala est celui d'une ligne claire franco-belge très pure qui rappelle Blake et Mortimer, et dont le trait un peu désuet convient parfaitement à cette reconstitution des années 30. 
Dessin et mise en page restent plutôt sages pour laisser toute sa place au récit.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D’autres avis sur BD Gest, Bdthèque et Babelio.
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

dimanche 6 mars 2016

Les ombres de Katyn (Philip Kerr)

[...] Il y a des fois où il est presque aussi triste d'être un homme que d’être un Allemand.

L'ombre du massacre de Katyn assombrit depuis des décennies l'histoire de notre Europe : en 1940, la police secrète soviétique (le NKVD) extermine plusieurs milliers d'officiers et d'intellectuels polonais dans la forêt près de Smolensk. Trois ans plus tard, la Wehrmacht progresse à son tour vers l'est et les nazis découvrent les charniers de Katyn.
Une aubaine pour leur propagande antisémite et anti-soviétique qui arrive au moment où ça commence à sentir le roussi, juste après Stalingrad.
Avec Nuremberg puis la guerre froide, l'ombre portée de cette propagande nazie amènera les alliés (britanniques et américains) à laisser dans le noir les responsabilités russes à Katyn pendant encore de nombreuses années.
Il faudra presque attendre les années 2000 pour voir enfin la vérité sortir timidement au grand jour.
Nous voici donc ravis de retrouver Philip Kerr qui va nous aider à éclaircir un peu Les ombres de Katyn.
[...] C’était la première fois que j’entendais le nom de la forêt de Katyn.
[...] Un loup avait déterré des restes humains dans la forêt.
Embarquons dans un Junker pour Smolensk avec notre ami Bernie Gunther, qui est envoyé sur le front de l'est pour enquêter, après la découverte des premiers charniers : s'agit-il bien, comme on l'espère à Berlin, de crimes perpétrés par ces affreux Rouges ou bien de dommages collatéraux commis par des Sonderkommandos trop zélés ?
[...] — Que je ne commette pas d’erreur. Si cette fosse commune est remplie de Juifs, alors je dois l’oublier. Mais si elle est remplie d’officiers polonais, cela fera le bonheur du Bureau.
— Ce n’est pas une manière très élégante de résumer la chose. Mais oui, voilà exactement ce que nous attendons de vous, capitaine Gunther.
[...] Il y a au moins quatre mille officiers polonais enterrés dans la forêt de Katyn. Et, si la moitié de ce que le commandant Blokhine m’a dit dans son délire est vrai, Katyn n’est que la partie visible de l’iceberg.
[...] Lavrenti Beria est le nouveau chef du NKVD. C’est Beria qui a orchestré le massacre de tous ces pauvres officiers polonais. Avec l’approbation de Staline, naturellement.
[...] Depuis la guerre de 1920, il est presque aussi difficile d’être polonais sous les bolcheviks que juif sous les Allemands.
Une sombre histoire qui prenait ses racines dans une guerre précédente et où le sinistre Beria fit ses premières armes.
Comme à son habitude Philip Kerr prend juste ce qu'il faut de libertés avce l'Histoire pour nous raconter une histoire et l'on retrouve l'ami Bernie aux prises avec ses compatriotes : Wehrmacht, nazis, SS, ...
On découvre  même cette fois les compromissions de la noblesse prussienne avec le régime allemand, des von et des zu coincés entre l'appât du gain et du pouvoir et les complots répétés et malencontreux pour éliminer le Führer : bougrement intéressant.
Malheureusement le bouquin s'enlise à plusieurs reprises dans la boue des charniers de Katyn et à vouloir suivre plusieurs histoires, le lecteur peine un peu à maintenir son attention.
Bref, à réserver aux fans de la série et aux curieux des noirs événements de la sombre forêt de Katyn.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
Bientôt d’autres avis sur Babelio.

jeudi 9 octobre 2025

La cinquième femme (Maria Fagyas)

[...] La révolution était réservée à la jeunesse.


La collection Série Noire nous a ressuscité une pépite : l'auteure hongroise nous livre un captivant récit policier qui se déroule au cœur du soulèvement de Budapest, juste avant que les soviétiques ne reprennent le contrôle.
Un polar qui rappelle un peu ceux de l'écossais Philip Kerr avec son Bernie à Berlin au temps des nazis.

❤️❤️❤️❤️❤️

L'auteure, le livre (320 pages, juin 2025) :

Pour ses 80 ans, la mythique Série Noire n'en finit pas de dépoussiérer ses collections, pour notre plus grand plaisir de lecture.
Au risque de dénicher de véritables pépites comme cette Cinquième femme.
Maria Fagyas est née à Budapest en 1905, elle ira s'installer plus tard à Berlin avant d'émigrer aux US à la fin des années 30 pour fuir les nazis. 
En 1963, quelques années après l'insurrection de Budapest, elle publie (en anglais aux US) son premier roman : La cinquième femme, qui met en scène la révolte hongroise et la répression soviétique.
Le roman paraîtra en français en 1964 dans la fameuse Série Noire, dans un format poche volontairement limité, et le voici ré-édité cette année en version "longue", avec une préface de Marie-Caroline Aubert qui a également revu et complété la traduction initiale de Jane Fillion (décédée en 1992).

Le pitch et les personnages :

Nous sommes fin octobre 1956 : la révolution hongroise est en pleine effervescence, les staliniens du gouvernement ont été remplacés, la population est en ébullition et croit en la libéralisation, les troupes soviétiques maintiennent un semblant d'ordre sans grande conviction et commencent même à se retirer du pays, laissant « les murs criblés de balles, les rangées de fenêtres sans vitres, les façades éventrées. »
Le flic c'est Lajos Nemetz. Un peu dépassé par les événements dont il se tient à l'écart, notre inspecteur vit chez sa sœur et pourrait bien passer pour un loser.
« Elle parlait de lui comme de son "malheureux beau- frère" et laissait entendre qu'elle ne l'hébergeait que pour lui éviter de finir sous les ponts. Nemetz, de son côté, ne la considérait pas comme un être humain, mais comme une de ces vexations que la vie vous inflige au même titre que les impôts, le mauvais temps, les rues bruyantes ou le vin coupé d'eau. »
À son crédit, notons tout de même qu'il lit « des romans policiers. Conan Doyle, Agatha Christie, Chandler… Et Simenon, en français. ». 
Il a d'ailleurs tout d'un Maigret avec son pull tricoté par Irène, sa secrétaire, « à une époque où elle avait encore des visées sur lui » et il pense que « la révolution, tout comme le hockey sur glace et l'amour, était réservée à la jeunesse. »
Nous sommes en pleine insurrection, les hongrois abusent du cocktail Molotov, les russes de la kalachnikov et les cadavres jonchent les trottoirs, on les enterre à la va-vite dans les parcs de la ville.
Ce jour-là devant la boulangerie, la file d'attente a été décimée. Quatre femmes gisent sur le trottoir.
Mais ce soir, il y a un cinquième cadavre, une cinquième femme ...
« Lorsqu'il était passé la première fois devant la boulangerie, à 18 heures, quatre corps étaient alignés sur le trottoir. Maintenant, à 22 h 50, il y en avait cinq. 
[...] Nemetz la reconnut aussitôt : c'était Mme Anna Halmy. La femme qui était venue le voir à son bureau un peu plus tôt dans la soirée. »
Les hypothèses ne manquent pas : une balle égarée, son mari qui rêvait de s'enfuir avec sa maîtresse, des envieux ou des concurrents dans ses combines au marché noir, ...

♥ On aime vraiment beaucoup :

➔ Maria Fagyas n'a pas directement vécu l'insurrection hongroise et la répression soviétique mais elle réussit à nous immerger complètement dans le Budapest de 1956 en plein bouleversement, aux côtés des petites gens. 
Pas ceux qui font l'Histoire mais ceux qui la subissent et qui ont bien du mal à choisir leur camp, le bon camp : en plein désordre, sur qui miser, qui sortira vainqueur ? 
La réponse est évidente et facile aujourd'hui mais le lecteur va comprendre qu'à l'époque, les hongrois étaient à deux doigts de changer le cours de l'Histoire.
➔ Maria Fagyas accorde une attention toute particulière à tous ses personnages, principaux comme secondaires. Leurs origines et leurs milieux sont variés, tout en nuances et en contradictions, l'époque n'était pas facile et chacun faisait ce qu'il pouvait face à des enjeux qui le dépassaient. 
Les personnages féminins, en particulier, sont finement travaillés. 
Le lecteur se sent là-bas presque en famille, comme si on connaissait bien tous ces gens-là, au coin de notre rue.
➔ Voici un roman qui fait inévitablement penser à la fameuse trilogie berlinoise de l'écossais Philip Kerr. Mais si Bernie (le flic de Philip Kerr) n'hésitait pas à croiser Goering ou Himmler, Maria Fagyas a choisi elle, de rester au ras des pavés arrachés aux rues de sa ville natale. 
Ce qui l'intéresse n'est pas tant la marche du siècle, que la vie quotidienne et ordinaire des petites gens malmenés par l'histoire. 
➔ Quant à l'intrigue policière, on pouvait s'attendre à ce qu'elle ne soit, comme bien souvent, qu'un gentil prétexte à une excursion romancée dans les rues en ruines de Budapest. Il n'en est rien et les ressorts de cette enquête captivante seront intimement liés aux événements en cours.
D'ailleurs tout cela se termine sur un beau final (enfin pas pour les Hongrois puisque les soviétiques reviennent en force alors que la Hongrie s'apprêtait à quitter le Pacte de Varsovie), un beau final riche en émotions, et un dénouement étroitement lié aux bouleversements politiques mais qui tranche avec les fins habituelles des romans policiers. 
Jusqu'aux dernières pages, Maria Fagyas surprendra les amateurs de polars et ne décevra pas les curieux d'Histoire.
« Nemetz réfléchit un moment. 
— Il n'y a plus d'affaire Halmy. Elle est classée. 
— Parce qu'elle n'a pas été résolue ? 
— Au contraire, parce qu'elle est résolue. 
— Vous savez donc qui est le meurtrier ? 
— Oui, je le sais. 
— Et qui est-ce ? 
— Il fait un froid, ici ! fit Nemetz. »

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

mardi 3 février 2009

La trilogie berlinoise (Philip Kerr)

Nestor Burma chez les SS.

Décidément le millésime 2009 de la cuvée polars s'annonce comme un bon cru.
Après les deux Fred Vargas dont on parlé tout récemment (Un lieu incertain et Sous les vents de Neptune), voici une belle trouvaille (coup de coeur Fnac) : La trilogie berlinoise de l'écossais Philip Kerr.
La ré-édition réunit trois épisodes de la série qui met en scène un privé au goût de Philip Marlowe, à l'odeur de Nestor Burma (celui de la télé plutôt que l'original de Léo) mais aux relents de Gestapo puisque la série se passe à Berlin, avant et après guerre.
Ce qu'évoque d'ailleurs la couverture avec une photo qu'on jurerait tirée des cartons de Leni Riefenstahl, l'équivoque photographe du Reich aux sujets troubles, du genre un esprit sain dans un corps sain ...
Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 pendant les JO de Berlin (filmés par Leni Riefenstahl justement), en pleine ascension du parti National-Socialiste.
Le titre en VO (March violets) évoque «les violettes de mars 1933» lorsque fleurirent toutes les adhésions spontanées à ce parti NAZI, et lorsqu'on traficotait pour obtenir un «petit» numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la doctrine en vogue.
Le privé c'est Bernie Gunther (ancien flic, ancien détective de l'hôtel Adlon, aah l'hôtel Adlon de Berlin ...) qui fanfaronne avec un humour grinçant et caracole avec une belle inconscience entre les pattes des monstres des SS ou de la Gestapo.
On croisera même Goering au détour d'une soirée mondaine ou encore Himmler à un enterrement.
Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime.
Sur les traces de Bernie on parcourt Berlin en tous sens, de la Friedrichstrasse au Kürfürstendamm et du quartier de Schöneberg au Kreuzberg, oubliant un instant dans quelle horreur s'enfonce la belle capitale (nos photos de Berlin).
Mais la radio se charge de nous rappeler aux sombres réalités.
[...] Ce soir-là, on eût dit que tout Berlin s'était donné rendez-vous à Neukölln, où Goebbels devait parler. Comme à son habitude il jouerait de sa voix en chef d'orchestre accompli, faisant alterner la douceur persuasive du violon et le son alerte et moqueur de la trompette. Des mesures avaient par ailleurs été prises pour que les malchanceux ne pouvant aller voir de leurs propres yeux le Flambeau du Peuple puissent au moins entendre son discours. En plus des postes de radio qu'une loi récente obligeait à installer dans les restaurants et les cafés, on avait fixé des haut-parleurs sur les réverbères et les façades de la plupart des rues. Enfin, la brigade de surveillance radiophonique avait pour tâche de frapper aux portes des appartements afin de vérifier se chacun observait son devoir civique en écoutant cette importante émission du Parti.
C'est tout l'intérêt de ce bouquin que de nous plonger dans la vie quotidienne berlinoise juste avant-guerre et de nous montrer les plus petits rouages de la mécanique nazie en marche.
Instructif et édifiant.
[...] Je commençai par aller voir au X Bar, un club de jazz illégal dont l'orchestre glissait des morceaux américains au beau milieu de la soupe aryenne ayant l'aval des autorités. Les musiciens se livraient à ces acrobaties avec suffisamment de finesse pour ménager les consciences nazies qu'aurait pu choquer cette musique dite inférieure.
Le second épisode, La pâle figure, nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes.
Cette aventure est plus classique : le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ...
Le dernier épisode, Un requiem allemand, nous propulse en 1947 à la fin de la guerre, où l'on retrouve Bernie, marié (si, si !) dans Berlin en ruines.

[...] Dans beaucoup de quartiers, un plan des rues n'était guère plus utile qu'une éponge de laveur de carreaux. Les artères principales zigzaguaient comme des rivières au mileu de monceaux de décombres. Des sentiers escaladaient d'instables et traîtresses montagnes de gravats d'où, l'été, s'élevait une puanteur indiquant sans erreur possible qu'il n'y avait pas que du mobilier et des briques ensevelis dessous.
Les boussoles étaient introuvables, il fallait beaucoup de patience pour s'orienter dans ces fantômes de rues le long desquelles ne subsistaient, comme un décor abandonné, que des façades de boutiques et d'hôtels : il fallait également une bonne mémoire pour se souvenir des immeubles dont ne restaient que des caves humides où des gens s'abritaient encore.
Un Berlin dévasté où les femmes rescapées tentent de survivre et où la peur de la soldatesque russe est de règle.
[...] Pourtant, certains disaient que les Popovs prenaient seulement de force ce que les femmes allemandes ne demandaient pas mieux que de vendre aux Anglais et aux Américains.
On suit donc Bernie jusqu'à Vienne (Autriche) en pleine dénazification, lorsque les Américains tentent de récupérer les «meilleurs éléments» allemands pour constituer, face aux soviétiques, les forces d'espionnage qui feront bientôt les beaux jours de la guerre froide.
Mais Bernie garde son sens de l'humour et sa condescendance berlinoise qui n'est pas sans rappeler notre propre arrogance parisienne !
[...] Tard le soir, Vienne ne soutenait la comparaison avec aucune autre ville, sauf peut-être la capitale engloutie de l'Atlantide. N'importe quel vieux parapluie restait ouvert plus longtemps que les établissements nocturnes de Vienne.
Une excellente idée que de ré-éditer ces trois épisodes, passionnants, pertinents, prenants, qui améliorent notre compréhension de cette Allemagne, avant, pendant et après.
La visite est terminée, n'oubliez pas le guide ! Il s'appelle Philip Ballantyne Kerr (ou Bernie, c'est selon).

PS : la Trilogie a été adaptée en BD dans les années 2020 par Boisserie et Warzala (et c'est très réussi !).

Pour celles et ceux qui aiment Berlin.
Le Masque édite ces 836 pages qui datent de 1989-1991 en VO et qui sont traduites de l'anglais par Gilles Berton.

jeudi 23 juillet 2026

Munich en ruine (Chris Follon)

[...] - Le sale boulot.


Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.

  • Plongée historique en 1946 dans un Munich occupé par les américains
  • Anciens nazis, nouveaux collaborateurs, réfugiés, trafiquants et profiteurs
  • Un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes 
❤️❤️❤️🤍🤍 

L'auteur, le livre (400 pages, mars 2026) :

Munich en ruine est le roman d'un tout nouvel auteur, Chris Follon, un avocat discret de la région lyonnaise resté jusqu'ici un peu dans l'ombre des médias. Son récit nous plonge dans une Allemagne au lendemain de la guerre et rappelle beaucoup le style et l'ambiance de la fameuse Trilogie Berlinoise de l'Écossais Philip Kerr.

Le pitch et les personnages :

En 1946, près d'un an après la capitulation du Reich, Munich et ses environs se situent en secteur américain. Les bombardements alliés ont détruit une grande partie de la ville. Les logements et la nourriture manquent cruellement. « La plupart des gens qui vivaient encore ici habitaient dans les caves. Ce qui fut leur refuge lors des bombardements alliés qui dévastèrent la ville en 1944 était maintenant leur demeure à plein temps. »
Il y a là un ancien SS qui, pour faire oublier son passé, a endossé l'uniforme et l'identité d'un simple soldat allemand, Hans Folber. Sa connaissance de l'anglais a fait de lui un collaborateur des Américains au sein d'un bureau dont la mission, cruel paradoxe, est de traquer les criminels de guerre parmi les nombreux Allemands prisonniers.
« — Vous faisiez quoi pendant la guerre ? demanda-t-elle finalement. Hans but le restant de son verre avant de répondre :
— Le sale boulot. »
Il y a là deux flics, Bob Bohman et son coéquipier allemand Vermeer Dietrich. Bob est un Juif américain vindicatif à la « réputation de chasseur de nazis » qui collerait bien tous les Allemands devant le peloton d'exécution, sans trop s'embarrasser de distinction subtile.
Et puis Birgid, une ancienne infirmière allemande qui s'est associée avec un trafiquant bien placé, Klaus Hauser, avec qui elle essaye « de survivre et de profiter de certaines opportunités ».
Bob et Dietrich sont chargés d'enquêter sur un tueur en série, surnommé Le Barbier parce qu'il rase entièrement ses victimes que l'on retrouve étranglées et violées. Mais le quatrième cadavre est celui d'une Américaine et il est donc grand temps de mettre un terme à cette série.

♥ On aime beaucoup :

➔ Dans un Munich dévasté après-guerre, Chris Follon a réuni habilement tout son petit monde : anciens nazis, nouveaux collaborateurs, déportés, trafiquants et profiteurs, soldats US arrogants, ... On comprend vite que, s'il n'était déjà pas facile de choisir son camp sous les nazis, la période d'après-guerre se révèle décidément tout aussi trouble et difficile. Les différents personnages rassemblés ici, pas tous aimables, offrent un bon aperçu de la situation à Munich à cette époque.
➔ Pour autant, l'auteur n'oublie pas qu'il nous a invités dans un polar et son intrigue flirte avec le roman noir où tout est réuni dès le départ pour que tout parte bientôt en vrille et que les événements échappent rapidement à tout contrôle. Au premier abord, son Américain Bob Bohman semble particulièrement antipathique - il cogne d'abord, discute ensuite - mais il finira par incarner à merveille la figure du détective privé solitaire qui ne rechigne pas à prendre des coups. Et à en donner. 
« — Bon Dieu, qu’avez-vous fait à votre visage ?
— Je me suis cogné contre une porte, monsieur.
— Ils étaient combien derrière la porte ? voulut savoir Big One. 
— Un peu trop. »
➔ Plus tard, les multiples toiles tissées par Chris Follon vont se resserrer étroitement en un page-turner que l'on ne pourra plus lâcher.  Avec une galerie de personnages pas tous recommandables mais soigneusement fouillés, l'auteur parvient à rendre cette époque particulièrement troublée où, quels que soient les choix que l'on avait subis ou consentis, les notions d'innocence, de rédemption ou de pardon n'avaient pas encore retrouvé leur place.
➔ Il faut noter que ce n'est qu'un premier ou second roman et qu'il faudra donc excuser quelques maladresses comme par exemple des scènes un peu racoleuses autour du personnage de Birgid, un peu répétées et pas toutes nécessaires.  

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions du Toucan (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.  

vendredi 20 novembre 2020

La liste au Père Noël ...


Vous ne savez pas quoi vous offrir à Noël ?
On a essayé de regrouper ici quelques bonnes idées pour celles et ceux qui n'ont peut-être ni l'envie ni le temps de se perdre dans les dédales des blogs et des réseaux.
D'un seul coup d'œil, quelques (très bonnes) idées de bouquins à picorer selon son humeur ou selon ses envies.
Et bien sûr vous ne trouverez là que des coups de cœur parmi les coups de cœur, que du bon, du très très bon !


Si vous aimez plutôt les histoires de marins, ne manquez pas :
Si vous aimez les récits de voyages ce sera :
    et si vous voulez voyager au Japon : le mot-clé dédié au pays du soleil levant
    ou dans d'autres pays d'Asie : avec notre liste des auteurs d'Orient (Chine, Inde, Japon, ...) 
Si vous aimez les polars qui font voyager, partez :
Si vous aimez les bouquins adaptés au cinéma  :
Si vous aimez les espions :
Si vous aimez le sport :
Si vous aimez les bouquins faciles, tous publics, mais 100% plaisir :
    Si vous aimez les histoires de vieux et le 3° âge :
    Si vous aimez les bios, les Vies :
    Si vous aimez les bons, très bons auteurs français :
    Si vous aimez les grands espaces, le nature-writing, façon farouest, partez :
    Si vous aimez le souffle de l'aventure :
    Si vous aimez l'érémitisme, rendez visite à :
    Si vous aimez la peinture, les peintres et leurs modèles :
    Si vous aimez les recueils de nouvelles :
    Si vous aimez les gros romans fleuves, les pavés, les sagas :
    Si vous aimez les histoires avec de l'Histoire dedans, avec un grand H :
    Si vous aimez les histoires de guerre ou l'histoire des guerres :
    Si vous aimez les histoires d'Amour avec un très grand A :
    Si vous aimez les histoires tristes (mais trop bien écrites pour passer à côté) :
    Si vous aimez l'humour avec un grand sourire, parfois féroce :
    Si vous aimez les histoires de fous et de maniaques :
    Si vous aimez les romans épistolaires :
    Si vous aimez les histoires de mecs ou d'hommes :
    Si vous aimez les histoires de nanas ou de femmes :
    Si vous aimez les courts-métrages :
    Si vous aimez les polars sans crime et parfois sans cadavre ni assassin :

    vendredi 1 janvier 2010

    Best-of 2009

    Best of 2008
    Bonne année 2010 à toutes et à tous !
    Voici le 4ème (et oui ...) best-of annuel sur ce blog, histoire de repérer ce qu'on pourrait appeler « les coups de cœur de nos coups de cœur ».
    Même s'il est toujours difficile de faire un choix parmi les meilleurs,  car le tri a déjà été fait une première fois avant d'arriver sur le blog  ...
    cliquez sur les vignettes ou sur les liens pour retrouver les billets en version intégrale

    Dans la catégorie Polars : La découverte de l'excellent Colin Cotterill et son coroner laotien Siri Paiboun avec Le déjeuner du coroner (ou La dent de bouddha).
    Dépaysement bon enfant garanti, humour et intelligence au rendez-vous.

    La littérature mexicaine était à l'honneur cette année, alors bien sûr Guillermo Arriaga (auteur de nombreux scénarios de films) est ici récompensé pour Un doux parfum de mort.
    Une sombre tragédie, très physique, avec un soleil écrasant et une chaleur étouffante : ça pue la sueur et les mouches volent pendant la sieste.

    Donna Leon (qui est un peu la Fred Vargas italienne) n'avait pas encore eu droit à notre podium.
    Un oubli réparé cette année grâce à l'une des meilleures enquêtes vénitiennes du sieur Brunetti : De sang et d'ébène.

    Même s'il le méritait, on n'a pas fait monter sur le podium, Dans la brume électrique, le bouquin de James Lee Burke car le film de Tavernier qui en est adapté, figure un peu plus loin au best-of cinéma de l'année !
    On aurait pu aussi citer la trilogie berlinoise de Philip Kerr.

    Dans la catégorie Romans : Justice est enfin rendue ici à Jean Échenoz qui nous a donné cette année avec Courir, un tout petit bouquin qui nous raconte l'histoire d'un grand bonhomme, Émile Zatopek.
    Échenoz a l'intelligence de replacer la course d'Émile dans celle, encore plus folle, du monde. Le monde finissant du XX° siècle.
    On suit tout cela (les courses d'Émile et la roue de l'Histoire) au rythme donné par Échenoz, dans la foulée d'Émile : c'est passionnant, captivant, haletant.
    Et comme toujours avec Échenoz, très très bien écrit.
    On ne présente plus Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, incontournable vedette des blogs.
    Sauf que la réputation de l'américaine Ann Harper Lee n'est pas surfaite et que ce bouquin est réellement excellent.
    Écrit dans les années 60 en pleine campagne des Noirs pour leurs droits civiques, l'action se situe dans les années 30, en pleine Dépression (encore !), dans un état du Sud (l'Alabama) à un moment où la ségrégation avait encore de beaux jours devant elle.
    L'auteure nous conte l'histoire d'enfants qui grandissent élevés au fil des saisons par leur père : Scout, la cadette, garçon manqué et son frère aîné, Jem.
    Pour boucler le podium des romans, l'Histoire d'Usodimare, un petit opuscule minuscule de l'italien Ernesto Franco.
    Un récit de voyage, un récit de marin.
    Le récit d'une fin, celle d'un bateau déglingué qu'Usodimare doit accompagner jusqu'au Bangladesh pour la ferraille.
    On aimerait encore citer Siri Hustvedt (l'épouse de Paul Auster) ou l'albanais Ismaïl Kadaré, une vieille connaissance relue cette année.
    Dans la catégorie BD : Incontestablement, Étienne Davodeau est notre révélation BD 2009.
    Avec ce premier épisode d'une série Lulu Femme nue ou encore avec Chute de vélo.
    Des dessins pas tape-à-l'œil pour deux ronds, des histoires ordinaires de gens ordinaires, ... mais alors qu'est-ce donc qui fait qu'une fois en mains, on ne peut plus lâcher les albums d'Étienne Davodeau ?
    Coup de cœur ensuite pour une japonaiserie de deux auteurs français, Antoine Bauza au scénario et Martin Leclerc dit Maël au pinceau.
    Dans l'ambiance zen de cette Encre du passé , texte et dessin se confondent en une agréable alchimie. C'est superbe et les auteurs ont su se limiter à un seul album, chose rare en ces temps prolixes.
    On avait déjà croisé le dessinateur aquarelliste (Maël) dans les Rêves de Milton.
    On a préféré attendre 2010 pour confirmer l'intérêt de la prometteuse série New Byzance et on a donc hissé Okko à la troisième place du podium.
    Le cycle de l'eau nous valait quelques beaux paysages d'îles, de bateaux et même de châteaux suspendus. Le cycle de la terre nous emmenait en montagne à la découverte de mystérieux monastères accrochés à flanc de rochers.
    Le cycle de l'air nous emporte dans une vallée où soufflent des vents magiques, les kamikazé (les vents des kamis - les vents des dieux), comme ceux qui jadis, protégèrent le Japon des invasions maritimes du Khan mongol. 

    Voilà, c'est dit, c'est fait, salut 2009 et vive 2010 !
    Et pour ceux qui auraient raté le best-of 2008 : c'est encore là !

    dimanche 27 mars 2016

    Une sale affaire (Marco Vichi)

    [...] à l’origine de sa faute une faute encore plus grande.

    Si vous vous en souvenez on avait placé beaucoup d'espoirs dans une nouvelle série italienne découverte avec le commissaire Bordelli et Marco Vichi.
    Florence, les années 60 (juste après-guerre), un commissaire nonchalant que l'on espérait voir arriver presque à la hauteur d'un certain Adamsberg bien connu de nos services ...
    On a donc attaqué ce second épisode avec allant.
    Pour y retrouver avec plaisir le commissaire, son fidèle adjoint Piras, son amour platonique Rosa, son cuisinier préféré Batto, sans oublier un légiste original (le signor Diotivede).
    Des jeunes filles sont retrouvées assassinées, cruellement mordues.
    Mais l'enquête piétine, les suspects ne se bousculent pas au portillon, le commissaire et son adjoint tournent en rond ...
    [...] Bordelli abattit une main sur les photos des fillettes. Jamais il ne s’était énervé à ce point au cours d’une enquête. Il s’employait d’habitude à éviter toute implication émotionnelle et y parvenait plutôt bien. Mais ces [...] gamines lui pesaient sur l’estomac comme un morceau de marbre. À la pensée que l’assassin courait toujours, une rage oppressante le clouait sur sa chaise. Il regarda encore une fois les photos éparpillées sur sa table.
    [...] Nous l’attraperons.
    – Quand ?
    – Bientôt.
    – Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
    – Je le sens… nous l’attraperons bientôt.
    – Ah ! Si vous le sentez… Magnifique ! »  
    Nous sommes habitués des enquêtes qui piétinent, des intrigues qui avancent à petits pas et qui laissent au lecteur tout le temps de découvrir le contexte et le décor : d'autres pays, d'autres villes, d'autres époques, d'autres coutumes, d'autres cultures, ...
    Mais là franchement, la nonchalance du commissaire Bordelli atteint des sommets.
    [...] « Je voudrais coincer ce type avant qu’il en tue une autre », dit-il avec amertume en pressant les doigts sur ses tempes. Son impuissance l’insupportait.
    Et nous aussi, cela commence à nous insupporter.
    Bien sûr il y a le décor de l'intrigue, une histoire policière fortement ancrée dans celle de l'Italie fasciste et des années sombres vécues avec le grand frère allemand un peu envahissant avec son cortège d'horreurs.
    [...] Il repensa aux mots de Dante : « Si un malheureux tue des petites filles, il doit y avoir à l’origine de sa faute une faute encore plus grande… »
    On songe parfois à Philip Kerr mais malheureusement ce n'est pas tout à fait en faveur de Marco Vichi.
    Bref, pas mal de déceptions pour ce second épisode des aventures du commissaire florentin.

    Pour celles et ceux qui aiment l’Italie.
    D’autres avis sur Babelio.

    mardi 15 octobre 2013

    L’hiver du commissaire (Maurizio di Giovanni)

     

    Le fantôme de l’opéra.

    C'est Jean-Marc qui nous avait mis sur la piste de cette nouvelle série de polars : en Italie (à Naples) et à la période sombre du fascisme (1931).
    On commence le défilé des saisons par L’hiver du commissaire Ricciardi de Maurizio di Giovanni.
    Le côté historique de l’Italie fasciste nous rappelle bien sûr un autre enquêteur : le Bernie de la Trilogie berlinoise, même si Naples en hiver s'avère beaucoup plus sombre que le Berlin de Philip Kerr.
    Et puis  nous voici donc en Italie avec un meurtre commis à l’opéra : voilà de quoi nous connecter à la Fenice de Donna Leon !
    Le commissaire Ricciardi partage d'ailleurs avec son collègue Brunetti la même insubordination à un chef tout aussi méprisable !
    Avec toutes ces références croisées, autant dire que Maurizio di Giovanni a tout intérêt à tenir ses promesses !
    Las … dès les premières pages, l'exercice s'annonce bien difficile :
    - une intrigue dans le milieu de l'opéra lyrique, ce qui n'est pas des plus sexy à nos yeux (un grand et gras ténor est assassiné dans sa loge, un individu exécrable auprès de qui la Castafiore ferait figure d'aimable jeune femme … mais un génie du chant lyrique qui a l'oreille du Duce, alors …),
    - des images de Naples en plein hiver sous un vent glacial (quand même dommage non ?),
    - une enquête à la Agatha Christie (tout le monde avait un mobile et une occasion) ce qui n'est ni très moderne ni très à la mode,
    - un petit côté rétro voire vieillot (l'Italie des années 30 à l'arrivée du cinéma parlant) à la fois dans le contexte, le style, l'intrigue,
    - un commissaire tristounet qui ne boit pas (mais oui, ça existe ! en tout cas à Naples en 1931), un vieux garçon qui vit chez une vieille tante, qui met un filet sur ses cheveux avant d'aller se coucher et qui a des visions un peu surnaturelles,
    aaaargh ... et ben c'est pas gagné, dites donc !
    Alors ?
    Alors qu'est-ce qui fait qu'on ne lâche pas ce bouquin ?
    Comment s'est donc débrouillé Maurizio di Giovanni pour nous cuisiner un bon petit plat, parfumé et goûteux, avec ces ingrédients un peu éventés ? Insondable mystère de la cuisine italienne et peut-être de la littérature !
    Faut quand même dire que le cuistot a relevé son mélange improbable d'une épice plutôt originale.
    Peut-être vous souvenez-vous de Xavier Bardem qui (dans le film Biutiful d'Inarritu) venait recueillir les dernières après-pensées des morts. Plus prosaïquement, on peut aussi songer à la récente série télé Medium (merci MAM).
    Le commissaire Ricciardi est en effet affligé d'un don similaire : il “voit” les derniers instants vécus par ceux qui ont été emportés par une mort violente, et ce depuis son enfance ce qui n'est pas drôle du tout. À chacun de ces flashs, il partage forcément la souffrance de ceux qui passent ainsi de vie à trépas : le titre original indique Il senso de la dolore, le sens de la douleur.

    [...] Près d'un chantier, à l'heure de la pause, un gamin avec un chien et deux chèvres attachées à une corde vendait du pain et de la ricotta à un groupe de maçons. l'un d'eux, un peu à l'écart, se tenait la tête courbée dans une position qui n'avait rien de naturel. Le commissaire détourna le regard : encore un des milliers d'accidentés du travail dont ne parlait jamais.

    Alors même si ça l’aide un peu dans ses enquêtes (mais c’est plus subtil que ça), depuis toutes ces années passées à voir ces souffrances, le bonhomme n'est pas bien drôle.

    [...] Ses subordonnés ne comprenaient pas sa gravité, ses silences : jamais un sourire, jamais un commentaire superflu. Il menait ses enquêtes de manière extravagante, ne respectait pas les procédures, mais en fin de compte il avait toujours raison.
    [...] Le divisionnaire se serait volontiers passé de cet étrange homme silencieux, aux yeux tranchants comme des lames de rasoir, qui n'avait pas d'amis, ne se permettait jamais une familiarité, qui, à ce qu'on disait, n'avait ni attache ni inclination sexuelle particulière qui auraient pu le rendre vulnérable.

    L'auteur nous délivre au passage quelques indications sur cette difficile époque avec l'Italie fasciste à son apogée (ambiance famille patrie, surtout famille).

    [...] Ce n'est pas normal, à trente ans, de ne pas avoir de femme auprès de soi. Par les temps qui courent, pour un peu, ils seraient bien capables d'arrêter les célibataires.

    Et c'est par petites touches qu'on découvre la personnalité tourmentée du beau et riche commissaire Ricciardi, à la vie un peu secrète, aux yeux verts insondables.
    Aimable figure aussi que celle de son brigadier adjoint qui veille comme un ange-gardien sur son supérieur.
    Les “visions” du commissaire, savamment dosées, passent facilement et en douceur, tout naturellement et Di Giovanni échappe finement aux pièges du surnaturel et du fantastique.
    Après les révélations des dernières pages sur les pourquoi et comment du meurtre de l'affreux mais génial ténor, on n'a vite qu'une seule hâte : retrouver le commissaire Ricciardi … au printemps.
    Bon allez, on essaye de pas s’emballer trop vite et on attend le prochain épisode pour confirmer le coup de cœur, suspense oblige !
    Vite, la traduction en français est déjà disponible !


    Pour celles et ceux qui aiment l’opéra.
    D’autres avis sur Babelio et celui de Jean-Marc.