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mardi 19 avril 2016

Condor (Caryl Férey)

[...] Hostile. Le monde était devenu hostile.

Notre auteur national d'ethno-polars Caryl Férey, continue son tour d'Amérique du Sud et après son Mapuche argentin, nous emmène au Chili où l'on se doute qu'avec un tel guide, ce ne sera certainement pas une promenade de santé.
Il sera encore question ici d'indiens mapuche et bien sûr du sombre passé d'un pays qui a bien du mal à gérer l'héritage de violence économique et sociale : Caryl Férey a convoqué les dictatures et la tristement célèbre Opération Condor [clic] qui sert de décor à un thriller très actuel.
En fait, Caryl Férey convoque un peu tout de le monde et nous sert un best-of d'empenadas à la chilienne.
Plusieurs passages nous évoqueront par exemple Les évadés de Santiago ou encore le No du référendum.
[...] La dérégulation tous azimuts que les Chicago Boys expérimentaient au Chili était une nouvelle forme de capitalisme où l'État non seulement se désengageait de l'économie et des services publics, mais bradait le pays entier au secteur privé.
[...] « Ils » avaient privatisé la santé, l'éducation, les retraites, les transports, les communications, l'eau, l'électricité, les mines.
[...] Les Chicago Boys de Guzmán avaient passé le pays au tamis de la cupidité.
[...] Le monde avait changé. Les défenseurs du « Non » lors du référendum ne s'y étaient pas trompés : personne ne voulait revoir les images de la Moneda en flammes, la répression, la torture. Trop anxiogène.
Sans compter que ça démarre à la Zulu avec de pauvres gosses d'un bidonville décimés par une nouvelle drogue et que la cavale qui s'ensuivra rappelle bigrement celle de Mapuche. Autant dire que les empenadas sentent un peu le réchauffé.
[...] On a eu le résultat des analyses tout à l'heure, annonça-t-elle. La cocaïne est quasi pure. Quatre-vingt-dix-huit pour cent, d'après le flic des narcotiques.
— La coke d'El Chuque ?
— Mm, mm, fit-elle, la bouche pleine.
— Comment cette petite racaille peut se trimballer avec un produit pareil dans les poches ? s'étonna Stefano.
— C'est aussi la question qu'on se pose. Et d'après le copain flic d'Esteban, cette coke est un vrai danger public. On n'a pas de preuves pour le moment, mais ça expliquerait l'hécatombe parmi les jeunes de La Victoria.
[...] — Ça n'explique pas le lien entre la cocaïne et l'achat de terres dans la région, dit-il. Jamais Edwards ne se serait fourvoyé dans une histoire de drogue. Il y a autre chose, forcément, un business avec Schober…
— Sa nouvelle société minière ? avança Stefano.
Ajoutons à cela qu'au fil des années, la prose de Férey se fait de plus en plus prétentieuse et alambiquée : le vol de ce Condor multiplie les passages en voltige, au style pompeux gorgés d'effets ampoulés ou au lyrisme poétique qui finissent par irriter.
[...] Même les courants d'air faisaient figure de survivants.
[...] Un nuage blanc passa dans son esprit. Une série d'anamorphoses au brouillard aveuglant qui la tinrent en haleine.
Et puis soudain, au détour d'un chapitre, comme si l'oiseau se laissait rattraper par la puissance et la  violence de son histoire, on plonge en piqué pour un thriller prenant et efficace : Caryl Férey n'a pas perdu la main.
Un bouquin très inégal qui n'apporte finalement rien de bien nouveau depuis Mapuche.
Une déception après les auteurs chiliens lus récemment [clic] comme Boris Quercia ou Ramón Díaz Eterovic.
Ah, petit coup de cœur personnel de MAM & BMR pour la fin du parcours qui emmène le lecteur jusqu'à San Pedro de Atacama, au bord du désert trop salé du même nom - un de nos plus beaux voyages [clic] - pour un final aux allures de western.
[...] Manque plus qu'une attaque d'Indiens à cheval, ironisa Porfillo pour détendre l'atmosphère.
Ah encore, on ne peut résister au plaisir de deux autres petites citations :
[...] Le carabinier avait quarante-neuf ans, une vingtaine d'hommes sous ses ordres, dont la moitié était aussi corruptible qu'une banque d'investissement.
[...] Autant croire au protocole de Kyoto.

Comme d'habitude avec cet auteur : pour celles et ceux qui aiment voyager, y compris dans le passé récent.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 20 novembre 2014

Mapuche (Caryl Férey)

Les enfants volés de la dictature Argentine (bis)

Voilà bien longtemps qu’on avait lu un bouquin du français Caryl Férey, grand voyageur et coutumier de polars ethniques.
On se rappelle bien sûr de Utu, de Haka, de Zulu (récemment adapté au cinéma [clic] ).
C’est Nadine qui nous aura invités à repartir en voyage avec Caryl Férey Airlines : après la Nouvelle-Zélande, après l’Afrique du Sud, ce sera cette fois pour l’Argentine avec Mapuche.
Où il est à nouveau question des sombres années de la dictature et des enfants volés que pleurent les grands-mères sur la Place de Mai [clic] : rappelez vous l’histoire de Luz, c’était cet été, un roman d’Elsa Osorio [clic].
C’est donc sur le rappel de ce même fond historique que va se dérouler le thriller de Caryl Férey (qui se déroule de nos jours).
[…] Parmi les cinq cents bébés volés durant la dictature, beaucoup n’étaient pas répertoriés à la BNDG, la banque génétique. La plupart de leurs parents n’avaient jamais réapparu, pulvérisés à la dynamite, brûlés dans des centres clandestins, incinérés dans les cimetières, coulés dans le béton, jetés des avions : sans corps exhumés ni recherchés par les familles, ces enfants resteraient à jamais des fantômes. On confiait les bébés à des couples stériles proches du pouvoir, officiers, policiers, parfois même aux tortionnaires, faux documents à l’appui.
Le roman a un peu de mal à démarrer.
Notre auteur voyageur en fait des tonnes dans le registre touristique à Buenos Aires.
[…] Bastion populaire au sud du centre-ville, la municipalité essayait de réhabiliter le quartier autour de la Plaza Dorrego, ses bars et son marché aux puces.
Notre auteur rockeur en fait également des tonnes dans le registre sordide et social des bas-fonds argentins (façon : les travelos naissent en Amérique du Sud).
Faut reconnaître que côté plume, Caryl Férey n’hésite pas à prendre des risques, et c’est au prix, parfois, de quelques maladresses qu’il arrive aussi, souvent, à placer de superbes envolées.
[…] Jana sourit enfin, en grand, les yeux comme des diamants. Et le monde changea de peau : elle aussi avait l’âme bleue.
[…] Un spectre amoureux qu’elle aimait à balles réelles.
[…] La Mapuche passa la main par la vitre ouverte pour absorber un peu de fraîcheur, la reposa sur le genou de Rubén endormi, et la laissa grésiller.
Après une première partie peu convaincante, l’histoire et les personnages se mettent en place et on va se laisser prendre par l’enquête menée par le couple de héros que forment Jana, indienne mapuche, et Rubèn, pseudo-détective (pas toujours crédible en justicier invincible).
Tous deux portent les stigmates du passé et vont se trouver embarqués dans une cavalcade pourtant très actuelle.
[…] La fêlure était maintenant béante. Il n’avait rien dit aux autres, rien montré. Il avait vu la Mort, celle qu’on ne doit pas voir, sous aucun prétexte, sauf à devenir fou.
Faut avoir l’estomac bien accroché pour suivre Jana et Rubèn tout du long, au fil des péripéties d’aujourd’hui et des souvenirs du passé.
Le notre (d’estomac) s’est un peu crispé sur la dernière partie qui comporte quelques scènes un peu gores (et qu’on trouve toujours un peu trop facilement racoleuses) : quelques ellipses auraient sans doute été bienvenues.
Une lecture éprouvante mais un roman beaucoup plus passionnant que celui d’Elsa Osorio pour découvrir le passé trouble de l’Argentine.
Et de quoi nous donner envie de relire Zulu et les autres.

Pour celles et ceux qui aiment voyager, y compris dans le passé récent.
D’autres avis sur Babelio.

lundi 24 mars 2025

Islander (Caryl Férey, Corentin Rouge) tome 1 - L'exil


[...] Les illégaux sont trop nombreux !

Premier épisode d'une trilogie dystopique qui nous emporte avec d'autres réfugiés climatiques jusqu'en Islande.
Avec les dessins magnifiques de Corentin Rouge et un scénario post-apocalyptique signé Caryl Férey.

❤️❤️❤️🤍🤍

Les auteurs, l'album (160 pages, janvier 2025) :

📖 Rentrée littéraire hiver 2025.
On avait déjà bien aimé Sangoma, un polar en Afrique du Sud aux parfums exotiques de sorcellerie et nous retrouvons ici ce duo très efficace : Caryl Férey au scénario, Corentin Rouge au dessin.
Les revoici avec Islander, premier tome (intitulé : L'exil) d'une trilogie.

Le canevas :

Dans un futur proche, l'Europe est à feu et à sang et les réfugiés affluent dans les ports pour gagner "les îles épargnées". Le port du Havre est un nouveau Calais où trop de migrants se pressent pour embarquer sur de trop rares bateaux et tenter de gagner l'Écosse, dernier refuge. 
Il y a là un homme âgé que l'on appelle le Prof, deux jeunes femmes (des sœurs semble-t-il) et Raph, un passeur.
Un autre migrant mystérieux, sans passeport. Tout comme en Méditerranée aujourd'hui, la traversée ne sera pas de tout repos et tous n'arriveront pas ... en Islande.
Une Islande curieusement séparée en deux avec, au nord, un état sécessionniste de Reykjavík.
Pourquoi le prof voulait se rendre coûte que coûte en Islande ?
Pourquoi cette île est-elle coupée en deux ?
Et quel est donc ce mystérieux projet Islander ?
Même si Reykjavík n'a rien à voir avec Le Cap, les échos sont nombreux avec Sangoma : magnifiques dessins, regard inquiétant sur la couverture de l'album, discussions houleuses au parlement, contexte sociopolitique à la base même de l'intrigue, liens complexes entre les personnages, histoires de famille au sombre passé, ...

♥ On aime :

 Après Sangoma, on retrouve avec beaucoup de plaisir les dessins très réalistes de Corentin Rouge qui flirtent parfois avec la précision photo. Les traits des visages et les regards sont esquissés avec une grande expressivité et une précision méticuleuse pour donner vie aux personnages. La mise en page est dynamique, du vrai cinéma, ce qui est idéal pour les thrillers de Caryl Férey.
Mais Corentin Rouge ne se limite pas à des portraits serrés, il excelle également à capturer la splendeur des paysages islandais, nous offrant des fresques grandioses, certaines s'étalant sur deux pages.
 Côté scénario, ce premier volume nous laisse forcément un peu sur notre faim, c'est naturel : Caryl Férey met en place les décors et les bases de son histoire en trois épisodes et ce n'est que le premier.
Il y a peu d'explications (elles viendront plus tard !) mais le contexte semble propice à une bonne histoire où plusieurs personnages aux passés mystérieux et aux liens complexes vont s'entrecroiser. On est impatient de découvrir la suite, mais il faudra être patient car ce n'est sans doute pas pour cette année !
 Et puis il y a ce contexte d'Europe dévastée, affamée (sans doute par des catastrophes climatiques), que fuient les migrants en quête de terres plus accueillantes : une inversion des rôles plutôt bien vue mais qui nous fait grimacer et nous oblige à ouvrir les yeux sur une réalité qui, même si aujourd'hui n'est pas "la nôtre", pourrait bien le devenir (morale : on est toujours le migrant de quelqu'un).
[...] - Nous avons fermé nos frontières face à l'afflux de réfugiés européens. Mais des navires continuent d'arriver malgré nos lois !!! Les illégaux sont trop nombreux ! [...] Nous devons faire face à la grogne de nos administrés, qui se crispent sous la menace démographique des réfugiés. Il faut être drastiques !

Pour celles et ceux qui aiment les mystères.
D’autres avis sur BDthèque, BédéThèque et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Glénat (SP).
Ma chronique dans la revue ActuaLitté et dans Benzine.

mercredi 14 octobre 2015

Zulu (Caryl Férey)

L'histoire des enfants perdus de Cape Town.


La rentrée littéraire de BMR & MAM en noir & blanc

Curieusement, lorsque l'on parcourt de mémoire nos étagères du polar franchouillard, on peut citer quelques rares grands noms [1] [2] mais on oublie presque toujours Caryl Férey. Peut-être est-ce dû à cet étrange(r) patronyme plein de 'y' et à la coloration très ethnique des polars de ce globe-trotter (Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Argentine, ...).
http://bmr-mam.blogspot.fr/search/label/afrique-du-sud+polarPour nous rattraper on s'était promis, depuis le film de Jérôme Salle en 2013, de (re-)lire ce Zulu qu'on avait un peu oublié depuis sa sortie en 2008.
À l'occasion de ces retrouvailles, le verdict est sans surprise : le bouquin gagne en épaisseur comme en densité et garde très confortablement l'avantage. Le cinéma peut toujours courir après la 3D, l'écriture a plus d'une dimension en réserve !
Le récit prend son temps pour distiller les infos au fil des pages, pour fouiller plusieurs personnages secondaires, là où le film se concentrait rapidement sur le duo B&W des deux flics des deux stars hollywoodiennes.
On garde quand même en mémoire de beaux décors de cinéma (les plages de Muizenberg ou de Noordhoek, les dunes de Sossusvlei dans le désert namibien) qui fournissaient l'occasion de fortes images, toujours imprimées sur nos rétines. Mais elles datent déjà de deux ans et l'écriture de Caryl Férey est suffisamment forte pour plaquer ses propres paysages sur l'album photos du cinéaste, à la manière d'un palimpseste.
[...] La baie de Noordhoek était dangereuse et peu fréquentée : les rouleaux et les requins qui croisaient au large interdisaient toute baignade, et plusieurs crimes ayant été commis sur la plage, un panneau avertissait les promeneurs de ne pas trop s’éloigner du parking…
Contrairement au début laborieux de Mapuche (bouquin qui évoquait les enfants perdus de la dictature en Argentine : ici on s'intéresse plutôt aux enfants perdus des townships), les premières pages de Zulu nous accrochent immédiatement, sans doute parce que l'auteur se concentre sur ses différents personnages et son trio de flics et qu'il évite le guide du routard à Cape Town.
Des personnages qui, justement, partagent avec leur ville au cœur de l'apartheid, une histoire puissante et tourmentée, celle d'un pays dur, sec, violent, qui s'est construit (et se construit encore) dans la douleur, un pays où les blancs se sont fait la guerre (celle des Boers) et où les noirs se sont entretués (le bouquin fait notamment référence à la rivalité - un doux euphémisme - entre l'Inkatha du zoulou Buthelezi et l'ANC du xhosa Mandela).
Au fil de nos lectures, on sait bien désormais que l'Afrique du Sud est un pays qui ne se décrypte pas en noir et blanc, ni entre gentils et méchants, et que la principale couleur de la Nation Arc-en-Ciel est bien le rouge. Le rouge sang.
[...] Des centaines de milliers de logements étaient toujours plongés dans la misère mais c’était le prix à payer pour le « miracle sud-africain » — l’avènement pacifique de la démocratie dans un pays au bord du chaos…
[...] Contrairement à ce qu’avait annoncé le président, le crime n’était pas « sous contrôle ». Il suffisait d’allumer la télévision ou d’ouvrir le journal pour constater l’ampleur du fléau.
[...] Comment la première démocratie d’Afrique pouvait être le pays le plus dangereux au monde ?
[...] La réalité se heurtait aux chiffres : dix-huit mille meurtres par an, vingt-six mille agressions graves, soixante mille viols officiels (probablement dix fois plus), cinq millions d’armes à feu pour quarante-cinq millions d’habitants, les chiffres du pays étaient effrayants.
La police était impuissante et même victime de cet état de fait.
D'ailleurs Caryl Férey ne faillit pas à sa réputation et nous assène quelques scènes insoutenables (tout comme dans Mapuche d'ailleurs) : au ciné, fastoche, il suffit de fermer les yeux quelques secondes mais au fil des pages ce bon vieux truc ne marche pas et il n'est point d'échappatoire !
[...] Neuman ferma les yeux quand le tsotsi lui coupa l’autre main. Fletcher eut un cri affreux avant de s’évanouir.
— Du poulet rôti ! éructa Tout-en-nerfs, la machette brandie. Joey souriait, extatique. Le tsotsi ramassa les mains coupées et les jeta sur la grille du barbecue. Neuman rouvrit les yeux mais c’était pire : le flot de sang qui giclait des moignons, son ami à terre, évanoui, les braises attisées par le vent, l’odeur de viande, le grésillement des mains sur la grille incandescente. 
Mais qu'on ne se méprenne pas sur le message de Férey : en dépit du passé tourmenté de ce pays, l'ultra violence dont il imbibe son bouquin et qui dessèche les cœurs de ses personnages est clairement annoncée comme celle de notre société mondialisée et ne doit que peu de chose aux gènes sud-africains et au folklore local.
[...] Écartées pour cause d’effets secondaires indésirables, des milliers de molécules dormaient sur les étagères des laboratoires : certaines avaient pu être recyclées par des organisations peu scrupuleuses…
[...] Le 11 Septembre avait engendré une période de violation des normes internationales, en particuliers aux USA : on continuait l’expérimentation a priori interdite d’armes chimiques.
[...] Le légiste avait fini les analyses complémentaires de l’autopsie de Nicole Wiese.
— J’ai trouvé le nom de la plante ingérée quelques jours avant le meurtre, dit-il bientôt : de l’iboga, une plante d’Afrique occidentale utilisée lors des cérémonies chamaniques. Par contre, le nom de la substance inhalée avec le tik nous est inconnu.
— Comment ça, inconnu ?
— Il y a bien une molécule chimique, fit le biologiste, mais sa composition ne figure nulle part.
— Une saloperie quelconque qu’on aura rajoutée pour couper la dope ? avança Neuman.
— C’est possible, répondit Tembo. Ou bien il s’agit d’une nouvelle combinaison de produits, qui formeraient une nouvelle drogue.
[...] Les meurtres ravivaient un passé trouble, volontairement occulté au nom de la réconciliation nationale. La chute du Mur, l’inéluctabilité de la mondialisation et la personnalité hors norme de Mandela avaient eu raison de l’apartheid et des guerres intestines.
[...] En saluant ses ennemis politiques, le président Mandela avait mis fin aux massacres mais le monde, au fond, n’avait fait que se déplacer : l’apartheid aujourd’hui n’était plus politique mais social.
Plus équilibré que l'histoire argentine de Mapuche, plus dense et plus fouillé, Zulu est sans doute l'un des meilleurs ethno-polars sur l'Afrique du Sud et vient parfaitement actualiser les tableaux de Malla Nunn.

Pour celles et ceux qui aiment se faire secouer.
D’autres avis sur Babelio et un petit texte utile sur la mosaïque sud-africaine.

samedi 25 décembre 2021

Sangoma (Caryl Férey, Corentin Rouge)


[...] Et surtout, on ne remue pas le passé.

Après Zulu Caryl Férey nous invite à nouveau en Afrique du Sud post-apartheid.
La nation construite dans la douleur peine encore à trouver ses couleurs "arc-en-ciel" pour sortir de l'antagonisme noir & blanc et pas sûr qu'un remède de Sangoma (un guérisseur, un sorcier) suffise à lui redonner des couleurs.
Férey et son dessinateur, Corentin Rouge, nous plongent au cœur des discussions sur la redistribution des terres accaparées.
Pendant les débats houleux au parlement, un meurtre est commis dans une exploitation vinicole.
C'est un flic blanc qui va mener l'enquête : Shane Shepperd traîne son look de Bob Morane entre les townships et une trop jolie maîtresse black.
Tout cela nous vaut de belles pages sur les vignobles du Cap ou ses townships.
[...] Personne ne veut faire un pas vers l'autre, comme si les positions s'étaient figées du temps de l'apartheid.
[...] C'est plus l'apartheid, mais on s'échine pareil pour gagner de moins en moins. La ferme est une exploitation, oui, et c'est nous qu'on exploite. La réforme agraire va changer les choses, je vous le promets !
Comme on pouvait s'en douter avec Férey, le texte est très explicatif mais l'album réussit à condenser dans ses quelques 150 pages, une intrigue complexe où tous les personnages sont reliés les uns aux autres : Bob Morane (!) aura bien du mal à démêler les mensonges, ceux d'aujourd'hui comme ceux du passé.
[...] Vous devez être au courant qu'il y a des remous politiques en ce moment dans notre pays, lieutenant, que le meurtre de cet ouvrier agricole est repris en boucle sur les réseaux sociaux pour raviver de vieux conflits. C'est déjà la foire d'empoigne au parlement avec la redistribution des terres ! Il faut résoudre cet affaire au plus vite avant qu'on nous taxe de laxisme sous prétexte que cet ouvrier est noir !

Pour celles et ceux qui aiment le monde en noir et blanc.
D’autres avis sur La Bédéthèque.

dimanche 26 janvier 2020

Paz (Caryl Férey)

[...] Les cadavres s'accumulaient. Plus d'une trentaine.

Après la déception de notre dernier achat de colombienne [clic], on a préféré une valeur sûre et confié notre voyage en Colombie aux mains professionnelles de notre frenchy Caryl Férey.
Avec Paz, cette fois la came est sans surprise : on retrouve donc les travers connus de Mr. Férey. Violence parfois gratuite (bon, c’est la Colombie quand même, tu t’attendais à quoi ?), sex(isme) un peu complaisant, lyrisme parfois maladroit, ...
Mais tout autant son savoir-faire professionnel : rythme nerveux de l’écriture, polar rythmé et visite très documentée.
Et une Colombie (certes, vue par un frenchy pour des français) qui cherche désespérément à panser les plaies encore béantes d’un passé ultra-violent.
[...] Tout le monde n'aspirait plus qu'à la paix, l'Église omniprésente érigeait le pardon en dogme et, si les inégalités sociales restaient criantes, on préférait aller de l'avant avec une bonne humeur populaire qui cautériserait peut-être les morsures du passé.
[...] Mafieux et anciens belligérants ont souvent des intérêts communs.
[...] Des frictions entre les différents responsables des FARC : certains chefs se sont acheté une façade politique à peu de frais, sans se douter qu'une Commission pouvait les rattraper pour crimes de guerre.
[...] Il n'y avait en effet rien à espérer d'une pacification du pays. Trop d'argent en jeu, d'intérêts privés que l'État de droit remettrait en cause. 
Voilà donc le décor intéressant d’un polar aussi violent que l’histoire du pays :
[...] C'était le onzième cadavre qu'il retrouvait à Bogotá cette semaine, le trente-sixième en comptant les bouts disséminés dans le reste du pays.
[...] Ces amputations… La mise en scène du corps… Ça rappelle les massacres de la Violencia, nota-t-elle. 
Avec un flic en clair-obscur qui cherche à manœuvrer dans un pays impossible :
[...] On le disait cynique, raciste, violent, sexiste, impitoyable, retors, Lautaro Bagader emmerdait son monde. Il avait un groupe efficace, entraîné, avec des systèmes de primes qui offraient une solution à la corruption généralisée. 
Politique, histoire, reportage, ... dépaysement assuré et polar captivant en dépit d’une intrigue appesantie par une histoire de famille un peu lourdingue.

Comme d'habitude avec cet auteur : pour celles et ceux qui aiment voyager, y compris dans le passé récent.
D’autres avis sur Bibliosurf.

vendredi 20 novembre 2020

La liste au Père Noël ...


Vous ne savez pas quoi vous offrir à Noël ?
On a essayé de regrouper ici quelques bonnes idées pour celles et ceux qui n'ont peut-être ni l'envie ni le temps de se perdre dans les dédales des blogs et des réseaux.
D'un seul coup d'œil, quelques (très bonnes) idées de bouquins à picorer selon son humeur ou selon ses envies.
Et bien sûr vous ne trouverez là que des coups de cœur parmi les coups de cœur, que du bon, du très très bon !


Si vous aimez plutôt les histoires de marins, ne manquez pas :
Si vous aimez les récits de voyages ce sera :
    et si vous voulez voyager au Japon : le mot-clé dédié au pays du soleil levant
    ou dans d'autres pays d'Asie : avec notre liste des auteurs d'Orient (Chine, Inde, Japon, ...) 
Si vous aimez les polars qui font voyager, partez :
Si vous aimez les bouquins adaptés au cinéma  :
Si vous aimez les espions :
Si vous aimez le sport :
Si vous aimez les bouquins faciles, tous publics, mais 100% plaisir :
    Si vous aimez les histoires de vieux et le 3° âge :
    Si vous aimez les bios, les Vies :
    Si vous aimez les bons, très bons auteurs français :
    Si vous aimez les grands espaces, le nature-writing, façon farouest, partez :
    Si vous aimez le souffle de l'aventure :
    Si vous aimez l'érémitisme, rendez visite à :
    Si vous aimez la peinture, les peintres et leurs modèles :
    Si vous aimez les recueils de nouvelles :
    Si vous aimez les gros romans fleuves, les pavés, les sagas :
    Si vous aimez les histoires avec de l'Histoire dedans, avec un grand H :
    Si vous aimez les histoires de guerre ou l'histoire des guerres :
    Si vous aimez les histoires d'Amour avec un très grand A :
    Si vous aimez les histoires tristes (mais trop bien écrites pour passer à côté) :
    Si vous aimez l'humour avec un grand sourire, parfois féroce :
    Si vous aimez les histoires de fous et de maniaques :
    Si vous aimez les romans épistolaires :
    Si vous aimez les histoires de mecs ou d'hommes :
    Si vous aimez les histoires de nanas ou de femmes :
    Si vous aimez les courts-métrages :
    Si vous aimez les polars sans crime et parfois sans cadavre ni assassin :

    jeudi 2 avril 2026

    Minjung (Ian Manook)

    [...] Quand la baleine chahute, les crevettes trinquent.


    Second épisode des aventures coréennes de l'ex-inspecteur Gangnam au Pays des matins-gueule-de-bois, hérités du système mafieux des dictatures. Au menu touristique : de la violence, pas mal d'humour et une pincée de poésie.

    ❤️❤️❤️❤️🤍

    L'auteur, le livre (450 pages, avril 2026) :

    Ian Manook compte parmi nos écrivains-voyageurs préférés, un peu comme Caryl Férey, et l'an passé, on avait pu apprécier Gangman qui inaugurait sa nouvelle série coréenne.
    C'est en tout cas un auteur très abordable pour qui apprécie les thrillers dits "ethniques" et il sait nous mitonner des plats savoureux qui combinent découverte, suspense et humour.
    Il nous balade depuis une dizaine d'années dans diverses contrées exotiques, depuis la Mongolie de son Yeruldelgger jusqu'à son plus récent Krummavisur islandais.
    Désormais Patrick Manoukian (son vrai nom de journaliste au bonnet de Commandant Cousteau) a donc élu domicile en Corée du Sud pour quelques enquêtes de l'inspecteur Gangnam dont voici le second épisode, Minjung.

    Le pitch et les personnages :

    Bien sûr on a tout le plaisir de retrouver ce sacré duo d'enquêteurs :
    • Gangnam, ancien voyou, ancien flic, qui « s’appelle en réalité Lee Min-ho, comme un trop célèbre acteur », c'est un « cœur de nounours » qui est désormais à la retraite mais qui a conservé ses relations parmi les dragons des clans mafieux de Séoul
    • et puis l'inénarrable inspectrice Park Chin-sun, avec ses tenues fluos improbables et sa Fiat 500 jaune poussin : « plutôt jolie et habillée comme pour un cosplay » une « fille insolente mais talentueuse [...] dans sa tenue Hello Kitty ridicule mais assumée ». Ses collègues la surnomme « Cosplay Cop ». Et quand elle change de poste dans un commissariat, elle ne négocie ni son salaire, ni ses avantages mais la liberté de venir travailler habillée comme elle l'entend ...
    Rien que ces deux-là sont déjà une promesse.
    Mais en Corée, on ne fait pas que rigoler et ils vont devoir « aller se frotter à ce qui reste du système mafieux et corrompu de la période des dictatures ».
    Et puis il y a Jeanine, « une amie française d’origine coréenne, adoptée à l’âge de 6 mois » venue découvrir les secrets de ses origines.
    Et l'impitoyable Kimchi, dragon du clan des Quatre Lanternes de Séoul, ancienne relation mafieuse de Gangnam. 
    Son surnom, il l'a gagné en enfermant quelques inopportuns dans des jarres de kimchi jusqu'à ce qu'ils s'étouffent avec les gaz dégagés par la fermentation. C'est plus original que d'être balancé à la mer avec les « palmes en béton » traditionnelles mais on retrouve bien la justice efficace et expéditive des clans mafieux de Séoul.
    On croisera aussi le sinistre destin de quelques minjungs au passé éprouvant.
    Et puis il y a ce mystérieux « évaporé », disparu à la façon des jōhatsu japonais. Il s'appelle peut-être Won Bong, on ne sait pas trop.
    Manook va tisser d'étranges et complexes ramifications entre différentes intrigues et on y apprendra au passage beaucoup de choses sur le sombre passé de Gangnam. 
    Des choses que, honnêtement, on aurait préféré ne pas savoir.

    ♥ On aime :

     Après le premier épisode (Gangman) très "touristique", histoire de nous permettre de découvrir Séoul, ses bas-fonds et les dragons des clans de la mafia, Ian Manook adopte cette fois un ton nettement plus sérieux pour nous faire connaître un peu de l'histoire tourmentée de ce pays lointain : « ce pays baptisé par malentendu celui du matin calme au lieu du matin clair, les matins ne sont ni clairs ni calmes et tout n’est que violence »
    Un pays coupé en deux après le départ des américains et où le sud fut complaisamment abandonné à des dictatures militaires à répétition dans les années 1960-70 qui laissèrent des traces profondes dans la société sud-coréenne.
     Comme toile de fond pour son intrigue, Manook va s'appuyer sur deux épisodes particulièrement sombres de cette époque.
    • Une terrible affaire d'enfants-volés (notre sinistre mot-clé se retrouve décidément partout de part le monde, d'Amérique Latine au Groenland en passant par les pays d'Europe et donc l'Asie), ce sont les « adoptions forcées d’enfants coréens dans les années sombres », c'est « le scandale des enfants coréens vendus à l’adoption. Cent quarante mille enfants entre 1955 et 1999  », autrement dit « un scandale d’État vieux de cinquante ans, voulu et couvert par la dictature de l’époque et étouffé par tous les régimes qui ont suivi ».
    • Et un autre trafic d'êtres humains, les fameux minjungs du titre, des sans abris raflés en masse dans les rues pour être emprisonnés dans de véritables camps de concentration et de travail aux mains de la mafia. Un esclavage moderne sous couvert d'aide sociale largement subventionnée par les institutions : « un réseau nébuleux de centres sociaux créés par un certain Pak Ae-chan. La Fraternité est un organisme d’aide sociale reconnu par le gouvernement et la municipalité de Busan ».
    « — C’est quoi cette histoire ? C’est pour écrire un roman ?
    — L’histoire est si dingue qu’elle ne serait pas crédible. »
     Dans ce dur et terrible paysage coréen, Ian Manook arrive fort heureusement, à préserver quelques instants de poésie, comme suspendus entre deux poursuites, deux meurtres, deux horreurs. 
    Dans cet épisode, on pourra savourer la soirée avec l'ancien moine joueur de go dans le « daldongnae, le village de la lune » (un bidonville en français - d'accord c'est moins poétique), soirée au cours de laquelle Gangnam et le lecteur apprendront plein de choses sur le passé de Lee Min-ho.
    Ou encore le jour où Gangnam retrouve la trace de l'évaporé autour de « l’ancienne gare de Neungnae ».
    Ce sont quelques moments de grâce, de respiration, qui mettent un peu de baume au cœur du lecteur.
     Et puis on sait désormais que Ian Manook est un amoureux de la langue et on pourra apprécier « la forêt décidue » ou les « les frondaisons bigarade » pour n'en citer que deux.
    Aaah et chic ! revoici les improbables dictons qui sonnent comme un écho extrêmement oriental à ceux de l'inspecteur Ari du Krummavisur islandais :
    « Les écrevisses côtoient le crabe », comme dit le proverbe.
    [...] Ce sont les charrettes vides qui font le plus de bruit.
    [...] Quand la baleine chahute, les crevettes trinquent. »

    Pour celles et ceux qui aiment le pays des matins clairs.
    D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
    Livre lu grâce aux éditions Flammarion (SP).
    Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

    jeudi 30 avril 2026

    Pour 100 millions d'euros (Jean-François Pasques)

    [...] Un Français enlevé au fin fond de la Sibérie.


    Jeff Pasques crée la surprise avec ce polar rythmé qui emmène le lecteur et le commandant Delestran au fin fond de la Sibérie, chez les eunuques scoptes, pour une enquête musclée. Enfin, russe quoi !

    ❤️❤️❤️❤️🤍 

    L'auteur, le livre (304 pages, avril 2026) :

    Jean-François Pasques a décidé de brasser les cartes : après plusieurs polars très parisiens et des thèmes très "psychologiques" (l'une de ses personnages est même la psycho de service à la PJ), il va nous emmener beaucoup plus loin avec son nouveau roman : Pour 100 millions d'euros.
    Très loin, d'abord au sens propre, puisque nous irons nous perdre au fin fond de la Sibérie, en Yakoutie le long de la Lena, ce fleuve monstrueux.
    Ainsi qu'au sens figuré, puisque nous allons quitter les voyous de la banlieue parisienne pour aller nous frotter aux mafieux russes les plus redoutables.

    Le pitch et les personnages :

    Chacun sait que « en PJ toutes les aventures débutaient par une sonnerie de téléphone ».
    Et ce jour-là dans les bureaux de l'équipe du commandant Delestran, ça ne sonnait pas pour rien puisqu'on avait découvert un véritable carnage dans un entrepôt de la banlieue parisienne : « là, c’est du lourd. On a trois cadavres ! ».
    L'un d'eux est carrément éviscéré, sans doute une mule qui aura été éventrée par des impatients. Au vu de sa physionomie, les flics le surnomme l'esquimau. Curieusement, le gars est émasculé (mais cette "opération" date de bien avant son assassinat).
    À côté de lui, deux autres cadavres en gilets pare-balles, visiblement des mercenaires, peut-être des anciens du Mossad « reconvertis dans la criminalité organisée, plus lucrative certainement ».
    « – Nous voilà bien, un eunuque esquimau, chef de tribu, éventré à Paris avec deux autres cadavres israéliens tués par balle. »
    Bientôt Delestran et son équipe soupçonnent deux mafieux russes venus régler leurs comptes à Paris.
    Dans le même temps, les autorités françaises sont contactées par leurs homologues russes : « un Français a été enlevé au fin fond de la Sibérie. Il s’agit du président de l’Alliance française de Yakutsk, une ville avec un sous-sol gorgé de diamants et de pétrole ».
    Le seul lien apparent serait ce fameux esquimau (qui est en fait un yakoute ou un sakha) venu du fin fond de la Sibérie : qu'avait-il ingéré de si précieux pour motiver ce carnage ?
    Quant à sa curieuse castration, ce serait la marque de la secte religieuse des scoptes (eunuque en russe).
    Tout ces mystères étranges vont motiver la mission du commandant Delestran et de son adjointe, la capitaine Beaumont, jusqu'en Russie pour retrouver les tueurs russes ainsi que le français enlevé à Yakutsk.
    Quant aux fidèles de la série Delestran, ils auront même droit à « la révélation d’un irrépressible appel à la tendresse », mais chut !

    ♥ On aime :

     Cette fois, Jeff Pasques a changé de braquet : ses polars se coulaient jusqu'ici dans une confortable habitude parisienne mais le voici qui se lance dans un scénario international que n'aurait peut-être pas renié nos écrivains voyageurs préférés comme Ian Manook ou Caryl Férey.
     Pour autant l'auteur n'oublie pas son côté "psychologue" et le voyage en Sibérie sera l'occasion de faire se rencontrer deux cultures policières bien différentes : il n'y a pas plus éloigné d'un flic français qu'un policier russe, ou réciproquement. 
    Cette rencontre va nous donner l'occasion de trinquer « à l'amitié entre nos peuples ! » et de nous faire servir quelques réflexions et dialogues intéressants.
    Souvent l'incompréhension est totale et pas seulement à cause de la langue.
    Les russes ont une façon très personnelle de résoudre les conflits et la mission sibérienne ne sera pas un long fleuve tranquille (et la Lena non plus ...).
    « Delestran était encore tétanisé par ce qu’il avait vu. Les méthodes russes étaient vraiment effrayantes. »
     Et puis on aime bien le folklore frigorifiant mais dépaysant de la Sibérie lointaine : la ville de Yakutsk est un « grand congélateur à ciel ouvert » où les habitations sont construites sur pilotis pour ne pas s'écrouler avec le dégel du permafrost. 
    Quand Delestran et Beaumont atterrissent là-bas, ils nous emmènent dans une autre dimension et la « banale intervention de police » va alors se transformer en véritable « expédition en Arctique ».
    Mais Delestran trouve finalement que « ce n’était après tout pas si désagréable de faire le touriste ».
    « Un panneau barré d'un trait rouge annonçait la fin de la ville. Un autre indiquait la ville voisine, Mirny, située à 1.171 kilomètres ».

    Pour celles et ceux qui aiment la Russie.
    D’autres avis sur Babelio.
    Livre lu grâce aux éditions Fayard (SP).
    Ma chronique dans les revues BenzineCulturAdvisor et ActuaLitté.  

    mardi 3 juin 2025

    Impact (Norek, Pontarolo)


    [...] Je n'ai rien d'un utopiste.

    L'album reprend la diatribe écologique qu'était le bouquin de Norek. Plus qu'une alerte, c'est une véritable alarme et qui résonne très fort.
    Le fond comme le ton sont sans appel : un thriller pré-apocalyptique.

    ❤️❤️❤️🤍🤍

    Les auteurs, l'album (144 pages, janvier 2025) :

    Tout comme Caryl Férey, Olivier Norek fait partie de ces écrivains qui aiment adapter leurs romans en albums de bande dessinée. Et on aime bien ça.
    Comme son polar Surface par exemple (Michel Lafon - 2022).
    Cette fois-ci il n'a pas choisi son bouquin le plus facile : Impact (sorti en 2020), un véritable pamphlet écologique, assez controversé d'autant qu'une lecture rapide pouvait laisser croire à une apologie de l'éco-terrorisme.
    L'album reprend le titre du roman, Impact - Green War, et c'est Fred Pontarolo qui prend les pinceaux, avec pour commencer cette belle couverture d'un panda qui pleure des larmes de sang.
    Une histoire qui pourrait être une version romancée du Monde sans fin de Jancovici et Blain.

    Le canevas et les personnages :

    Depuis le roman, l'histoire est connue : Virgil Solal, ancien militaire, ancien flic, a basculé du côté obscur à la naissance de sa fille. Une enfant mort-née pour cause de pollution. 
    Après ce drame, Virgil est devenu un éco-terroriste, et pour faire court : Norek Virgil est en colère.
    La trame du récit est donc celle d'un thriller policier (Norek est aux commandes !) : après le PDG du Groupe Total et une dirigeante de la Société Générale, qu'est-ce qu'ont prévu les "terroristes", comment les arrêter alors que les réseaux sociaux s'enflamment pour la cause défendue ?
    C'est une psychologue, une "profileuse", qui va faire avancer l'intrigue. Elle se soigne aux anxiolytiques contre divers troubles : « agoraphobie, haptophobie, entomophobie, germaphobie, hypocondrie, rien qui ne puisse gêner la mission ».

    ♥ On aime :

     L'album reprend cette alerte planétaire, cette diatribe écologique qu'était le bouquin. 
    Plus qu'une alerte, c'est une véritable alarme et qui résonne très fort.
    Même si le discours reste soigné et mesuré : « Je n'ai rien d'un utopiste. Et je connais les faiblesses des énergies renouvelables. Le rendement des éoliennes est trop variable. Les panneaux photovoltaïques sont faits de métaux rares, recouverts du sang des gosses qui les sortent des mines. Les voitures électriques ont leurs batteries et le nucléaire a ses déchets. »
    Mais le fond comme le ton sont sans appel et l'album est imagé d'encarts qui illustrent les pires désastres écologiques de notre planète, tout cela est fort bien documenté.
    Pour dire vrai, je n'ai pas lu le bouquin original mais je me demande si cette mise en images n'est pas encore plus appropriée au message qui nous est délivré.
     Côté dessins, le crayon de Pontarolo est connu et peut déconcerter ou même sembler brouillon, d'autant que même les cases se gondolent parfois. On aime ou on n'aime pas. Nous pas trop, mais cela ne justifie pas de passer à côté du texte, généreusement retranscrit dans les pages de cet album.
     D'autant que le ton du pamphlet très didactique n'est guère édulcoré par les images : État et Justice sont mis au banc des accusés, quand « l'appareil politique, désarmé, n'est plus que le syndic des ambitions des plus riches »
    Olivier Norek n'oublie pas de poser quelques bonnes questions : « L’écologie sans révolution, c’est du jardinage.».
    Ou bien encore : « Nous ne ferons rien sans nous allier au capitalisme. ».
     Norek et Pontarolo nous donne rendez-vous dans quelques années puisque « les glaciers disparaîtront probablement tous d'ici 2040. Nous savons ce qu'il se passe et ce qu'il faut faire. Vous seul(e)s saurez si nous l'avons fait. ».
    C'est le résumé de l'épitaphe qui figure sur une plaque apposée en 2019 sur les restes du glacier pyrénéen Arriel. 
    Dans son récit, Norek évoque plusieurs scénarios possibles pour notre futur de 2040 mais je ne suis pas sûr de croire beaucoup à celui que les auteurs ont choisi pour clôturer cet album.

    Pour celles et ceux qui aiment les pandas.
    D’autres avis sur BD Gest, Bdthèque et Babelio.
    Album lu grâce aux éditions Michel Lafon (SP).
    Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.