vendredi 15 juillet 2022

Bouquin : Sauf

[...] Et vous avez les réponses ?

On n'avait pas encore fait la connaissance du réputé Hervé Commère, mais voilà chose faite avec son roman au titre énigmatique Sauf.
Énigme est d'ailleurs bien le mot puisqu'il s'agit d'une histoire intrigante bien à la mode chez nous : la quarantaine passée aujourd'hui, Mat a perdu tout jeune ses parents artistes babacools dans l'incendie de leur maison de Bretagne dont il n'était rien resté.
Et voilà qu'on lui dépose aujourd'hui un album photos de son enfance, un album qui avait disparu dans les flammes.
[...] Tout n’a pas brûlé dans l’incendie du manoir où mes parents sont morts.
[...] Ma vie commence entre un père peintre qui ne peint presque rien, une mère soi-disant photographe qui n’a jamais exposé nulle part.
[...] — Deux questions se posent, reprend-il. D’abord, que s’est-il passé cette nuit-là dans le manoir de vos parents ? Ensuite, pourquoi vous transmet-on cet album aujourd’hui ?
— Et vous avez les réponses ?
— Pas encore. 
Notre héros part sur les traces de son passé mais il se sent suivi, on cambriole sa maison, et le mystère s'épaissit de plus en plus, ...
[...] Je n’imagine pas une seconde qu’à quelques pas de là, quelqu’un nous observe.
[... Elle] n’en veut pas à nos vies, elle nous manipule et on ignore pourquoi.
Tout cela est parfois un peu trop rocambolesque et le lecteur peine à prendre fait et cause pour un héros un peu superficiel, figure imposée dans cette construction très cérébrale.
Fort heureusement la plume du sieur Commère sait se faire légère et assurée.
Et surtout le rythme est donné par de courts chapitres qui se terminent tous par un twist, une révélation, un cliffhanger, de sorte qu'il est impossible de poser le bouquin ! On veut quand même savoir comment Commère va se sortir de son incroyable château de cartes !

Pour celles et ceux qui aiment les questions.
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samedi 9 juillet 2022

Bouquin : L'affaire Myosotis

[...] Le châtiment doit être plus terrible que la faute.

Fort de son expérience de reporter, le journaliste canadien Luc Chartrand nous entraîne pour une visite guidée des coulisses de la guerre larvée qui oppose depuis des années Israël et les Palestiniens.
Le prologue nous rappelle l'opération Plomb Durci en 2009.
Deux ans plus tard un juriste canadien est assassiné au cœur de la bande de Gaza : manifestement aux abois, il était venu trouver un compatriote sans doute pour lui confier quelques révélations.
[...] Un étranger assassiné à Gaza allait entraîner un enchaînement quasi inévitable de conséquences. Les autorités politiques seraient forcément informées du meurtre d’un Occidental dans les prochaines minutes. Quel que soit son auteur (ou ses auteurs), le régime en place aurait tôt fait de vouloir l’attribuer à une faction politique rivale. Avec l’aide d’Allah, une justice vengeresse s’abattrait alors rapidement sur ces criminels désignés.
C'est cet ami canadien, Paul Carpentier, qui va tenter de faire la lumière sur la mort de son ancien collègue, une affaire vraiment pas simple dans le foutoir politico-militaro-religieux des territoires occupés.
[...] Le meurtre a été orchestré de l’extérieur de Gaza. 
— Le Fatah…, laissa courir le ministre, comme une suggestion. 
— Ou les Israéliens, reprit le chef de la police. 
— Et pourquoi pas… les Canadiens ?
Heureusement l'auteur nous guide par la main pour démêler patiemment les uns des autres, les sionistes des palestiniens, le Fatah du Hamas, le Shin Beth de l'Aman, ... 
En évitant tout propos didactique ou pontifiant, Luc Chartrand arrive encore à nous en apprendre sur cette région que l'on croit si bien connaître, actualités obligent depuis de trop longues années.
Surtout, et ce n'est pas le moins intéressant, on y découvre (je cite) la montée du courant messianique parmi les membres les plus influents de la diaspora au Canada et la mainmise du lobby juif sur les institutions canadiennes.
[...] Votre gouvernement a entrepris le grand ménage dans tout ce que le pays compte d’organismes qui bénéficient de fonds publics et qui sympathisent un peu trop avec la cause palestinienne. Une sorte de maccarthysme est en train de s’installer.
[...] Une guerre de propagande féroce et s’inscrit dans ce que les Israéliens appellent la hasbara. C’est un terme hébreu qui signifie « explication » – ou carrément « propagande ».
Tout cela est évidemment passionnant et mené au rythme soutenu d'un thriller américain.
Les fines bouches pourront regretter une intrigue un peu too much au vu de l'envergure du héros ordinaire (mais il fallait bien tout ça pour parcourir cette région explosive) ou encore les déchirements de Rachel et son fils David en proie aux affres et tourments de leur judéité (mais cela permet d'explorer un peu la complexe société israélienne).
Ce thriller est un voyage mouvementé et instructif dans une région où règnent encore les lois du désert.
[...] Les lois antiques de la vendetta chez les peuplades du désert. Et les représailles ont toujours eu pour but, chez les nomades, d’imposer aux ennemis un châtiment démesuré, tant par son ampleur que par sa cruauté.

Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
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dimanche 3 juillet 2022

Bouquin : La nostalgie du sang

[...] Même les loups n’en font pas tant.

Une couverture et un titre qui claquent pour ce polar d'un mystérieux et anonyme duo d'italiens Dario Correnti.
C'est l'appel de La nostalgie du sang ...
Derrière ce pseudo se cachent deux auteurs italiens dont l'un est journaliste et cela nous vaut un beau duo de personnages au centre du roman, le premier d'une série.
L'aîné c'est Marco Besana, un vieux routier aguerri de la presse milanaise que le journal en difficulté aimerait bien pousser dehors sans attendre la retraite.
[...] Je crains bien de finir ma carrière sur un autre serial killer. La boucle est bouclée. Je me demande si j’aurai la nostalgie du sang, quand je partirai à la retraite.
[...] Ne te plains pas, nous avons eu beaucoup de chance. Nous avons vécu l’âge d’or de ce métier. Nous pouvons partir en paix. Tu les envies, les journalistes d’aujourd’hui ?
La plus jeune c'est Ilaria Piatti, une stagiaire qui rêve d'intégrer la section criminelle du journal, mais en vain car le quotidien en est aujourd'hui réduit à compter les clics sur les réseaux sociaux. Elle s'accroche tout de même à ses espoirs et ses collègues la surnomme le morpion.
Pour tout dire, un peu empotée, assez mal fagotée, elle a pas l'air bien cuite et n'a même pas internet sur son téléphone.
[...] Il jette un regard perplexe à Ilaria, peut-être à cause de ses bottes en caoutchouc Hello Kitty violettes, qu’elle porte avec des leggings.
[...] De loin, on croirait un enfant mal habillé par une maman distraite.
Mais tenez-vous bien, c'est elle qui démarre le bouquin en fanfare quand elle fait le lien entre un crime particulièrement sordide et sanglant qui vient d'être commis près de Bergame et Vincenzo Verzini [clic], la version italienne de Jack l'éventreur et le premier tueur en série italien qui sévissait dans les années 1870, l'étrangleur de femmes, comme on l’appelait en ville
Et on est toujours curieux d'histoires vraies, même si ce sont de très vieux faits divers.
Mais finalement dans ces polars, qu'importent les méchants qui se ressemblent toujours un peu, ce qui nous attirent ce sont les personnages qui mènent l'enquête et il faut reconnaitre que le duo de journalistes est ici particulièrement réussi.
[...] Piatti, ça me fait vraiment plaisir que cette affaire vous passionne, mais on n’est pas en train de regarder un épisode d’Esprits criminels, l’interrompt Besana. 
D’accord, c’est une précaire de vingt ans qui sera bientôt virée, mais ce n’est pas sa faute. Lui aussi, il sera bientôt viré.
[...] Si votre piste est réellement intéressante, je vous promets que nous signerons les articles ensemble. » Ilaria Piatti ouvre la bouche, incrédule. « Vraiment ? 
– Mais il faut le mériter. Sachez que j’ai déjà assez d’emmerdements dans la vie. Je ne veux pas d’une chouineuse comme collègue, c’est clair ? »
[...] – Vous devez vraiment continuer à m’appeler Morpion ? Même maintenant qu’on est devenus amis ?
– Qu’est-ce qui vous fait penser qu’on est devenus amis ? » 
Mais elle sourit, elle le connaît maintenant.
C'est bien le morpion (et ses relations avec son tuteur Marco) qui donnent tout son rythme et son sel à un récit, enlevé, amusant, et dont l'intrigue criminelle est à la hauteur attendue.
Le duo d'écrivains a même le bon sens de nous épargner les scènes horrifiques mais racoleuses : on leur en sait gré même si on peut déplorer quelques longueurs qui lassent un peu quand ils prennent un ton de professeur, le temps de quelques passages un peu trop didactiques sur les serial-killer, l'ADN, le journalisme ou la psycho-criminalité, mais on fait la fine bouche.
Bref, un duo d'auteurs et de personnages qu'on retrouvera avec grand plaisir dans une prochaine enquête.

Pour celles et ceux qui aiment les journalistes.
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