samedi 27 mars 2021

Bouquin : Arrêtez-moi là !

[...] Je suis en prison, et je vais passer devant le juge. Je suis complètement baisé.

Voilà un moment que l'on tournait autour des polars de l'anglo-américain Iain Levison , un auteur réputé que l'on compare souvent avec Donald Westlake.
On a donc fait connaissance avec ce titre : Arrêtez-moi là !
Dès les premiers chapitres, la comparaison avec Westlake tourne court : Iain Levison a beaucoup d'humour bien sûr, mais c'est un humour plutôt grinçant et si l'on sourit souvent, on va s'apercevoir bien vite que l'on rit jaune, de la même couleur que le taxi.
Faut dire que l'histoire n'est pas celle de Joe le taxi mais celle de Jeff Sutton, taxi driver à Dallas.
Tout va bien pour Jeff jusqu'à ce qu'un beau jour les flics l'arrête et l'inculpe d'un crime plutôt horrible.
Le pauvre Jeff n'y est pour rien mais se retrouve victime de deux ou trois méprises ou négligences policières, coïncidences ou hasards malheureux, ...
La machine à broyer judicio-policière se met en branle et le pauvre Jeff a beau ne pas avoir la peau noire (on sait que ça pardonne pas ça, là-bas) il est bien parti pour y laisser sa peau claire.
[...] – Qu’est-ce que tu as fait ? 
– Rien. Je suis innocent. 
– Innocent », il rit. Il a l’air d’être amusé par le mot.
Et ce n'est pas son minable avocat commis d'office qui va le sortir des griffes de la machine.
[...] Je soupire et je me prends la tête à deux mains. Non seulement mon avocat me croit coupable, mais il n’a même jamais envisagé une autre éventualité. Il n’écoute pas et il s’en fiche.
C'est assez réaliste et c'est donc assez effrayant. Tout est fait pour que cette histoire soit celle d'un banal chauffeur de taxi ordinaire, celle de Monsieur Tout-le-monde.
L'histoire est d'ailleurs librement inspirée d'un fait divers américain.
Sauf que Monsieur Tout-le-monde ne s'attend pas vraiment à se retrouver dans le couloir de la mort pour un crime dont il ignore tout.
Iain Levison se veut le témoin des petites gens ordinaires pour qui le rêve américain est un mensonge.
[...] Qu’ont-ils à gagner à me laisser libre s’il existe une possibilité que je sois coupable ?
[...] Il leur suffit d’être à peu près sûrs de mettre le vrai coupable à l’ombre.
[...] Ç’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un. Ils m’ont exhibé moi.
À mi-parcours, un rebondissement laissera entrevoir une lumière au bout du tunnel, une porte de sortie, c'est le cas de le dire, pour notre ami Jeff.
Mais l'illusion ne dure que quelques lignes et Iain Levison reprend la main bien vite.

Un film de Gilles Bannier avec Reda Kateb en a été tiré en 2016.

Pour celles et ceux qui aiment les romans noirs.
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Bouquin : L'usurpateur

[...] Quelque part dehors se promenait un tueur en série.

Après Fermé pour l'hiver, et Les chiens de chasse, poursuivons la série de polars du norvégien Jørn Lier Horst, avec L'usurpateur, sans aucun doute le meilleur de la série (un quatrième vient de sortir en 2020 : Le disparu de Larvik qu'on n'a pas encore lu).
La plume de l'auteur est devenue plus assurée et l'inspecteur William Wisting tout comme Line, sa journaliste de fille, ont pris de l'épaisseur.
D'ailleurs Horst profite de son duo pour nous entraîner dans une double enquête.
Dans la famille Wisting je voudrais la fille, Line, qui écrit un article sur la mort d'un voisin solitaire, Viggo Hansen, dont on a retrouvé le cadavre assis devant la télé, quasi momifié plusieurs semaines après son décès solitaire.
Une bien triste fin à la veille de Noël.
[...] « La solitude, ce n'est pas d'être seul, c'est de n'avoir personne qui vous manque », avait-elle noté.
Et dans la famille Wisting je voudrais également le père, William, qui se retrouve avec un cadavre anonyme sous un sapin : lui aussi abandonné là depuis plusieurs mois, un inconnu qui ne manque visiblement à personne et qu'on ne peut relier à aucune disparition signalée.
[...] L'homme non identifié et Viggo Hansen étaient morts au même moment sans que quiconque s'inquiète de leur absence. Il n'y avait aucun lien immédiat, mais une forme de suspicion de routine l'empêchait de passer à autre chose.
L'actualité criminelle de la Norvège est habituellement plutôt calme et cette fois Jørn Lier Horst va faire venir son tueur en série ... des États-Unis !
Horst sort le grand jeu et voici donc le FBI qui débarque dans le Vestfold pour participer à l'enquête.
Le cadavre sous le sapin est-il le tueur en série recherché par les américains ? Ou sinon, quelqu'un d'autre qui était sur la piste du tueur ? 
[...] Il s'agissait bien sûr de trouver le coupable. Mais cette fois-ci, le mystère était tout aussi grand quant à l'identité de la victime.
Cette double enquête est plus dense que les précédentes et menée sur un rythme plus soutenu, même si l'auteur ne renonce pas à son habituelle description du patient et laborieux travail d'investigation qui est celui des enquêteurs (et des journalistes).
[...] Wisting se passa la main dans les cheveux. Ils ne progressaient pas. Le principal dans une enquête était de progresser. Là, ils ne faisaient que buter contre les obstacles sans avancer.
Les deux affaires ont-elles vraiment un lien entre elles, autre que la grande solitude des victimes ?
[...] Les gens en fuite qui finissent par trouver une vie creuse. Ils reprennent l'identité et l'existence anonyme de quelqu'un qui de toute façon ne manquera à personne. Ils remplissent en quelque sorte un vide et continuent ensuite de vivre tout aussi isolés et seuls que la personne dont ils ont pris la place.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes.
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mercredi 17 mars 2021

Bouquin : L'homme qui mit fin à l'histoire

[...] Il n’y a eu aucun survivant.

Surprenant (et épouvantable) roman du chinois Ken Liu qui vit aux US.
L'homme qui mit fin à l'Histoire débute comme un roman de SF ou d'anticipation.
La vue que l'on a des étoiles le soir est une photo partie il y a des milliers d'années, le temps qu'il faut à la lumière pour arriver jusqu'à nous. Ce que l'on voit est donc une très ancienne étoile, qui a beaucoup changé ou même disparu depuis.
Ken Liu imagine un procédé scientifique permettant d'avoir ce même recul spatio-temporel et donc d'aller "voir" notre Histoire, notre passé.
Mais oublions bien vite ce côté "SF", à mi-chemin entre physique et poésie, car si Ken Liu a entrepris de nous faire voyager dans le temps c'est pour nous emmener dans les années 30 en Mandchourie, lorsque les japonais avaient envahi la Chine.
[...] En 1931, près de Shenyang, ici en Mandchourie, éclatait la Seconde Guerre sino-japonaise. Pour les Chinois, il s’agissait du début de la Seconde Guerre mondiale, plus d’une décennie avant l’implication des États-Unis.
Près de Harbin, les nippons avaient installé la sinistre Unité 731, surnommée l’Auschwitz d’Asie, où se déroulaient toutes sortes d'expérimentations sur des cobayes chinois : vivisections, amputations, armes bactériologiques et chimiques, tests de l'endurance humaine, tortures diverses et variées pour faire avancer la recherche et médecine, la science et le progrès.
[...] Les historiens estiment qu’entre deux et cinq cent mille Chinois, presque tous des civils, ont été tués par les armes bactériologiques et chimiques mises au point ici et dans des laboratoires annexes : anthrax, choléra, peste bubonique.
[...] MacArthur, commandant en chef des forces Alliées, a préservé les membres de l’Unité 731 de toute poursuite judiciaire pour crimes de guerre afin de récupérer les résultats de leurs expériences et de soustraire lesdites données à l’Union Soviétique.
[...] Le gouvernement japonais n’a jamais reconnu les actes de l’Unité 731 et ne s’en est jamais excusé.
Heureusement le bouquin ne fait qu'une centaine de pages et les descriptions horrifiques sont courtes et peu nombreuses : Ken Liu a l'intelligence de ne pas trop en rajouter, c'est au-delà des mots.
Au-delà du nécessaire rappel de ces terribles faits historiques, l'auteur s'essaye également à philosopher sur notre approche de l'Histoire (c'est d'ailleurs le titre du bouquin) et c'est plutôt bien vu, parfois un peu too much, mais en tout cas cela soulève des questions passionnantes.
En effet, le regard que l'on obtient grâce à son procédé est instantané et unique : une fois réalisé, le "voyage dans le temps" ne peut plus être renouvelé. L'image a été consommée.
[...] Un des paradoxes cruciaux de l’archéologie, c’est que, pour fouiller un site afin de l’étudier, il faut le détruire.
À noter : la maison d'édition Le Bélial propose ce petit bouquin pour un prix modique en numérique et sans DRM pour pouvoir le prêter à ses amis. Il existe donc des éditeurs intelligents.

Pour celles et ceux qui aiment savoir.
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samedi 13 mars 2021

Bouquin : Tu vas aimer notre froid

[...] Je ne me sens pas encouragé.

On aime bien les récits de voyages mais on a vu qu'il s'agissait là d'un exercice plus difficile qu'il n'en a l'air et que rares étaient ceux qui sortaient du lot commun.
Si l'on s'en tient à l'Asie centrale, on y a croisé des prétentieux comme Philippe Tesson, des ennuyeux comme Stanley Stewart et même parfois de drôles de zèbres comme Yoann Barbereau.
Avec Tu vas aimer notre froid, le belge Harold Schuiten n'a aucune prétention et même s'il lui fallait être sûrement un drôle de zigoto pour partir enseigner le français au fin fond de la Yakoutie, son récit humoristique n'a rien d'ennuyeux.
Peut-être est-ce dû au climat, mais l'esprit de son bouquin est assez proche du voyage au Groënland de Julien Blanc-Gras : simple et sympa, sans prise de tête, parfait pour rêver de voyages en ces années qui leur sont si peu propices.
La Yakoutie, seuls ceux qui ont joué une fois au Risk savent à peu près où c'est : tout là-haut au nord, tout là-bas à l'est, juste avant le Kamtchaka, au nord même du Japon et de la Mer d'Okhotsk. 
La région habitée la plus froide de la planète : dans les villages, on y ferme les écoles quand le mercure descend en-dessous de -50°, là ça commence vraiment à devenir vraiment dangereux pour les gosses qui vont à pied.
Après quelques circonstances hasardeuses, Harold Schuiten est parti là-bas quelques mois pour enseigner le français dans le cadre d'un improbable partenariat culturel entre la Belgique et la Yakoutie !
[...] Je pars. La nouvelle de mon voyage suscite la surprise, si ce n'est la consternation.
Des proches, des enseignants ne cachent pas leurs interrogations. Enseigner le français aux Yakoute leur semble absurde. [...] Je ne me sens pas encouragé.
Voici notre électron belge plongé dans un bain à -50° : fossé culturel, barrière des langues, incompréhensions et quiproquos, et bien sûr ce FROID, un véritable personnage à lui tout seul.
Un voyage pas ordinaire. Vraiment.
Certes la prose de Garold Skuiten (c'est ainsi qu'on prononce là-bas !) ne prétend pas être éditée dans la Pléiade : tout cela reste simple et le propos ne mène pas bien loin (enfin si très loin mais sur le plan géographique seulement). L'auteur se disperse même un peu sur la fin avec une excursion jusqu'à Komsomolsk. Mais on ne saurait lui en tenir rigueur et le bouquin n'est pas assez long pour nous lasser.
Plutôt un reportage que l'on peut lire parfois en diagonale, voire même quitter en cours de route quand on en a assez vu.

Pour celles et ceux qui aiment le froid.
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vendredi 12 mars 2021

Bouquin : Negra Soledad

[...] – Faites vos bagages et retournez à Santiago.

Encore des retrouvailles, cette fois avec le chilien Ramòn Dìaz Eterovic qui nous avait régalé avec les enquêtes de son détective privé Heredia, l'amateur de courses hippiques qui dialogue avec son chat Simenon [clic].
Nous revoici donc à Santiago où Heredia se retrouve à enquêter sur l'assassinat d'un ami d'enfance, un avocat qui avait mis son nez là où il ne fallait pas.
Manifestement il ne fait pas bon fouiller dans les affaires d'un trust minier en train d'empoisonner toute une vallée ...
[...] - Nous n'avons pas pu empêcher la construction du barrage, mais nous avons l'espoir d'obtenir l'arrêt de son exploitation ou au moins l'adoption de mesures de sécurité. Nous avons demandé l'ouverture d'une procédure au sujet des eaux polluées et la construction d'un mur de protection entre le barrage et le village. Ce serait un moyen d'éviter que les déchets nous tombent dessus en cas d'infiltrations ou de fissures.
Heredia va donc enquêter sur ce meurtre et les nervis de la compagnie minière. Une enquête patiente et laborieuse pour découvrir une vérité bien protégée.
[...] - Je vais vous donner un bon conseil. Faites vos bagages et retournez à Santiago.
Mais il en faut plus pour désarmer la ténacité bougonne de l'ami Heredia.
[...] C'était mon travail, comme me l'avait dit un policier en retraite : il n'y a pas de crimes parfaits, juste de mauvaises enquêtes ou de mauvais détectives.
Dans cet épisode Heredia semble bien contrarié : l'enquête piétine, les suspects défilent, la vérité se dérobe. Même les affaires de cœur de notre détective tournent en rond.
[...] - Je suis de mauvaise humeur aujourd'hui.
- Ça se voit de loin. Méfiez-vous don. Vous êtes en train de devenir un vieux ronchon.
Et peu à peu la mauvaise humeur d'Heredia semble contaminer le lecteur : l'enquête piétine, le sujet écolo n'est pas des plus nouveaux, et l'on finit par s'ennuyer quelque peu.
Assurément ce n'est pas le meilleur épisode et l'on ne peut que vous conseiller les précédents.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes écolos.
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Bouquin : Les princes de Sambalpur

[...] C'est l'Inde, capitaine.

Après le Calcutta-Darjeeling, c'est avec plaisir que l'on retrouve l'écossais d'origine indienne Abir Mukherjee avec un nouvel épisode des enquêtes de l'anglais opiomane Sam Windham et de l'hindou brahmane Sat : Les princes de Sambalpur
Nous revoici donc dans l'Empire des années 20 et cela résonne d'autant plus après la lecture du bouquin de Lapierre et Collins sur l'indépendance du pays.
D'autant que pour cet épisode, nous sommes invités au palais de l'un des nombreux maharadjas du pays, le prince de Sambalpur, région richissime de ses mines de diamants.
[...] - C'est l'Inde, capitaine. Voyez la telle qu'elle est, pas telle que vos apologistes de l'Empire et vos professeurs d'orientalisme voudraient que vous la croyiez. Faute de quoi vous ne nous comprendrez jamais.
Avec son parfum suranné, l'ambiance policée (et policière) des Indes des années 20 pourrait presque rappeler celle d'un roman d'Agatha Christie. 
Mais l'écriture d'Abir Mukherjee est résolument moderne et son humour insolent titille intelligemment le lecteur du XXI° siècle.
Pour celles et ceux qui aiment l'Inde.
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dimanche 7 mars 2021

Bouquin : San Perdido

[...] L'histoire a tout de la légende caribéenne.

Le français David Zukerman nous emmène au Panamá au tout début des années 50, un pays qui pour être officiellement indépendant, s'est vendu aux américains.
Nous voici dans un coin moins sympa que ne le laisse supposer la couverture puisque l'histoire démarre dans la décharge d'un bidonville de San Perdido.
Plus tard nous aurons accès aux hauts et beaux quartiers de la ville.
Mais entre les murs des riches maisons, pas sûr que ce soit beaucoup plus propre qu'en bas.
Le bouquin est une sorte de conte social, une fable teintée d'un peu de la magie des Cimarróns, une histoire étrange avec comme personnage central, un jeune garçon, surnommé La Langosta à cause de ses mains, véritables battoirs à la puissance terrifiante.
Rares sont ceux qui connaissent le vrai nom, Yerbo Kwinton, de ce jeune homme inquiétant qui sait écouter les battements de cœur [clic].
[...] Yerbo pouvait reconnaître le battement interne si particulier d'un être humain et l'utiliser comme un radar.
Le roman est assez déroutant et nous promène d'un personnage à un autre puis un autre encore sans que l'on comprenne vraiment lequel va devenir une des clés de l'intrigue.
[...] Elle ne comprend rien à l'histoire hétéroclite de ces personnages nouveaux qui ne cessent d'apparaître au fil des chapitres, dessinant un monde puissant, mais effrayant.
En dépit de la rudesse de la vie à San Perdido, le roman est baigné d'une très chaude sensualité toute caribéenne mais qui pourra peut-être ne pas plaire à de trop chastes lecteurs ou lectrices.
[...] Malgré l'excellente humidification des tissus de la jeune fille, la chair frottée par les vigoureux allers-retours du priapique homme d'Etat se ressent de ces longues nuits. L'enthousiasme avec lequel elle a répondu aux étreintes puissantes l'a laissée fourbue.
Après la découverte initiale de la prose et du pays, tout cela finit tout de même par sembler un peu convenu. David Zukerman nous conte une belle histoire (et c'est plutôt un bon conteur) en dosant soigneusement tous les ingrédients de sa recette tirée d'un guide touristique : décor exotique avec le soleil brûlant et la pluie chaude des caraïbes, érotisme généreux de jeunes métisses aux courbes sensuelles, drame social avec des blancs et des noirs, des bons et des méchants, des odeurs mêlées de parfums, d'alcools, de sueur et de port, une pincée de magie noire, ...
Une profusion de clichés où l'on pourra tout de même pêcher quelques perles :
[...] Que l'on soit en amont ou en aval de la rue, un cliquetis continu résonne jusqu'à la mer. Celui des rideaux de perles qui pendent devant chaque porte. Ceux des bordels ne cessent jamais de bruire. Là est la véritable pulsation de San Perdido.

Pour celles et ceux qui aiment les caraïbes.
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vendredi 5 mars 2021

Bouquin : Les chiens de chasse

[...] Quelqu’un dans la police avait trafiqué la preuve.

Après Fermé pour l'hiver, poursuivons la série de polars du norvégien Jørn Lier Horst, avec Les chiens de chasse.
C'est le deuxième épisode en français, toujours en compagnie de l'inspecteur William Wisting et de sa fille journaliste, dans le Vestfold, la région des fjords au sud d'Oslo.
Wisting se retrouve en mauvaise posture lorsque le criminel Rudolf Haglund sort de prison et, avec l'aide de son avocat, entreprend de faire réviser son procès en accusant la police d'avoir falsifié les preuves qui l'avaient condamné. C'était il y a dix-sept ans et Wisting était alors chargé de l'enquête qui avait permis l'arrestation de l'assassin d'une jeune femme.
[...] Il y a dix-sept ans, un homme de trente ans a été condamné pour l’enlèvement et le meurtre de Cecilia Linde. L’affaire est à présent entre les mains de la Commission de révision avec, entre autres, des accusations sur une importante preuve ADN que la police aurait à l’époque fabriquée de toutes pièces. 
[...] Le présentateur montra la Une du journal. Des preuves décisives fabriquées de toutes pièces, put lire Wisting en lettres capitales au-dessus de sa photo.
[...] Il n’était plus l’heure de se voiler la face : la Une du journal disait vrai. Quelqu’un dans la police avait trafiqué la preuve.
Suspendu par sa hiérarchie, Wisting doit rouvrir l'enquête et découvrir une nouvelle vérité (et celui qui, à l'époque, avait falsifié les prélèvements ADN), aidé par sa journaliste de fille.
À l'époque, Wisting et ses coéquipiers s'étaient comportés comme des chiens de chasse.
[...] C’est ce qu’ils avaient été, ses collègues et lui. Une meute de chiens lancée à la poursuite d’un meurtrier. Rudolf Haglund était l’homme qu’ils avaient rattrapé. Mais, exactement comme n’importe quels chiens de chasse, ils avaient suivi la piste la plus évidente sans prendre le temps de s’arrêter pour en chercher une autre.
Cette intrigue est une belle occasion pour l'auteur (un ancien flic) de nous faire partager les tenants et aboutissants des enquêtes policières, un travail de fourmis fait de routine, d'intuition, d'obstination et de patience.
Les choses se compliquent encore pour Wisting et sa fille lorsqu'une autre demoiselle vient à disparaître ...
L'inspecteur Wisting parait bien loin des flics imbibés et survoltés qui peuplent habituellement le rayon polars. Flic consciencieux et intègre, patient et tenace, avec un flegme très nordique, il n'en reste pas moins obsédé par son travail ou sa mission, quitte à y sacrifier sa vie personnelle. 

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes.
D’autres avis sur Babelio.