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mercredi 3 juin 2026

Et Athènes brûlait (Nikos Nikolopoulos)

[...] La guerre du feu.


Le port d'Athènes a été vendu aux chinois. Les méga-feux ravagent les environs. Ce thriller catastrophe cache un véritable reportage sur un pays en perdition dans un climat déréglé, symbole de notre Europe à la dérive.

  • Près d'Athènes, Le Pirée a été vendu aux chinois de Cosco Shipping
  • Un thriller environnemental et sociétal
  • Une Grèce en perdition, symbole d'une Europe à la dérive
❤️❤️❤️❤️🤍 

L'auteur, le livre (352 pages, mai 2026) :

Le journaliste Nicolas Verdan, est un écrivain suisse né dans le Vaudois. Mais sa mère est d’origine grecque et, en guise d'hommage, il signe désormais ses romans noirs sous le pseudonyme de Nikos Nikolopoulos.
On le découvre ici avec son dernier roman : Et Athènes brûlait, le premier paru aux éditions de L'Aube.

Le pitch et les personnages :

Début du communiqué d'un groupuscule d'activistes écolos :
« Nous étions le 19 septembre de l'an deux mille vingt-quatre après J.-C. et le monde était dans la tourmente. »
C'est la fin de l'été 2024, quand les méga-feux faisaient rougeoyer le ciel tout autour d'Athènes et que les cendres retombaient sur la ville comme de la neige, quand « une odeur de feu de cheminée flottait dans l'atmosphère ».
Construit comme un thriller, le récit multiplie les brefs chapitres où s'entrecroisent plusieurs personnages dont on devine que les trajectoires convergent vers une catastrophe annoncée.
Jour après jour, le compte à rebours est lancé, dix, neuf, huit, ...
Il y a là Dimitris, un pêcheur désormais à la peine à cause de la pollution du golfe de Saronique, face à l'extension chinoise du port du Pirée d'Athènes. Son père était pêcheur d'éponges dans les îles.
Evguenia, une fliquette d'origine russe, témoin malgré elle des bavures des collègues de sa patrouille qui chassent les migrants.
Stamatis, un activiste écolo à moitié allumé, à moitié invalide.
Evangelos, un ancien de la police militaire au passé pas trop clean.
La figure principale c'est Popi, une agente des services de renseignement, en état d'alerte suite aux menaces proférées à l'encontre du ministre de l'environnement, Takis Starkos.
Elle se retrouve écartelée entre ses sympathies écolo et sa mission pour la sécurité d'état. 
« - Starkos jouit d'une bonne image ici, en Grèce.
- Un pollueur corrompu vendu aux Chinois ?
- Qui graisse la patte à tout va quand il s'agit de défendre ses intérêts et ceux de Cosco.
- Et tu dis que les Grecs l'aiment bien.
- Oui, parce qu'il est irrésistible, comme tous les milliardaires dans son genre. »
Autour d'Athènes, ce sont les incendies qui éclairent le décor : précarité des migrants, bouleversement climatique, violences policières, éco-terrorisme, ... tout cela alors que les pelleteuses chinoises creusent sans discontinuer le port d'Athènes pour Cosco Shipping, « le bras maritime international de Pékin », déversant leurs boues polluées un peu plus loin dans les zones de pêche.
Oui, la Grèce, appauvrie par les américains puis vendue aux chinois, part en sucette : « le monde devient fou. Le Pirée aux chinois, ça aura été le premier signal du dérèglement ».
« Elle s'en fout. Parce que demain, le compte à rebours sera à zéro. »

♥ On aime beaucoup :

➔ Avec son allure de scénario catastrophe, on redoutait un peu que ce bouquin ne soit qu'un énième pamphlet écolo teinté de cynisme. 
En fin de compte, c'est plutôt une très bonne surprise : si l'amertume est bien là, le compte à rebours n'est pas celui d'un thriller haletant mais plutôt celui d'un véritable reportage au rythme posé et didactique.
Verdan-Nikolopoulos va nous en apprendre beaucoup sur la Grèce en général et sur Athènes et Eleusis en particulier.
Sans hésiter à tisser des liens entre l'actualité apocalyptique et le passé tourmenté du pays : un passé aux cicatrices encore vives, qu'il soit question de la colonisation étasunienne ou de la dictature des colonels.
➔ On est d'autant plus attentif à son propos que l'on devine que, par analogie, l'écrivain suisse a fait ici de sa Grèce maternelle en perdition le symbole de notre Europe à la dérive.
➔ Et tout cela est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. La prose est simple, fluide, et les personnages sont soigneusement dessinés : le lecteur va s'attacher peu à peu à la figure centrale de l'agente Popi qui va l'emmener jusqu'au bout de cette tragédie grecque et amère.

Pour celles et ceux qui aiment les films catastrophes.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions de L'Aube (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

lundi 1 juin 2026

Les yeux sur moi (Christos Markogiannakis)

[...] Du moins en apparence.


Ce criminologue grec joue avec les codes du polar et les phobies du lecteur dans une construction cérébrale très sophistiquée. Âmes sensibles, détournez votre regard !

  • un serial-killer qui "lit" votre mort dans votre regard
  • un modus operandi constant : strangulation puis énucléation !
  • un récit choral où l'auteur brouille les apparences et le regard
❤️❤️🤍🤍🤍 

L'auteur, le livre (320 pages, mai 2026) :

Christos Markogiannakis, spécialiste de criminologie, est né à Athènes mais vit désormais à Paris où il étudie les liens entre l'art et le crime.
Son dernier roman, Les yeux sur moi, met à nouveau en scène son flic récurrent : le capitaine Christophoros Markou.
La traduction du grec est signée par Hélène Zervas.

Le pitch et les personnages :

Un serial-killer terrorise Athènes et les flics sont à cran.
Nous avons là le capitaine Christophoros Markou, son collègue Constantinos Manias et une profileuse, Roubini Gaetanou.
Le tueur, on le connait dès le début, c'est Yannis Papadakis, « un nom banal pour un homme banal, voilà tout ce qu’il était. Du moins en apparence ».
Oui : en apparence, tout est là, car c'est avec les apparences et le lecteur que joue Markogiannakis !
Le meurtrier a été horriblement défiguré (attaque au vitriol ?) et cherche à se venger d'un monde qui ne veut plus le regarder, pour « poser à nouveau les yeux sur le monde, qui ne pose pas les siens sur moi ».
Il est également affligé d'un terrible don de divination : dans les yeux de ses interlocuteurs, il "voit" leur mort prochaine ... 
Il lit « la mort dans les regards, comme d’autres l’avenir dans le marc de café ou la paume de la main ».
Et puisqu'on parle beaucoup de regard, Yannis Papadakis joue de la petite cuillère pour énucléer ses victimes qui sont toutes trucidées selon un « modus operandi similaire : strangulation, puis énucléation ». 
Voilà le décor est planté au pied de l'Acropole !
Mais ce n'est pas tout ! Le capitaine Markou souffre d'ommétaphobie (ça tombe pas trop bien pour cette enquête !) et lit José Saramago.
« Il posa le livre sur la table, la couverture jaune bien visible. José Saramago, L’Aveuglement. »
Quant à la profileuse, elle est atteinte d'une dégénérescence héréditaire de la rétine (rétinopathie pigmentaire) et va bientôt devenir aveugle !
« Quelle ironie. Deux meurtres avec énucléation, et moi qui vais perdre la vue. Ses yeux s’emplirent de larmes. »
Vous l'avez compris, Christos Markogiannakis aime jouer avec les codes et manie l'ironie avec brio.
« C’est surréaliste, pensa Markou. On se croirait dans un polar nordique. »

♥ On aime un peu :

➔ Ce polar, écrit par un criminologue, fourmille de références et se termine sur une postface qui cite le Décalogue de Ronald Knox. Un prêtre qui était aussi auteur de romans policiers et qui, vers 1930, avait édicté les dix commandements (lui non plus ne manquait pas d'humour) pour tout auteur de polars qui se respecte.
➔ L'intrigue est tarabiscotée à souhait et le lecteur comprend vite qu'il est vain de chercher à devancer les enquêteurs. Dans ce récit choral où chaque chapitre nous plonge dans l'esprit des différents personnages, y compris celui du tueur, l'auteur s'amuse à brouiller les apparences et à mener son lecteur par le bout du nez (et les yeux fermés ?). 
Dans les toutes dernières pages, on découvrira que rien n'est tout à fait exactement comme on le croyait. Comme on le voyait.
➔ Tout cela est écrit simplement, sans réelle ambition stylistique, sans recherche d'effets littéraires, et la plume de Christos Markogiannakis est toute entière au service d'une construction cérébrale sophistiquée et bien tordue ! 

Pour celles et ceux qui aiment porter des lunettes de soleil.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Fayard (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.  

vendredi 9 mai 2025

L'arbre de Judas (Michalis Makropoulos)


[...] J’ai des raisons de ne pas le nier.

Roman noir au pied des montagnes enneigées de l'Épire.
Une tragédie grecque à la frontière albanaise où l'avenir, déjà écrit, surprendra le lecteur.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (144 pages, mai 2025, 2014 en VO) :

On n'a jamais eu trop de chance avec les auteurs grecs de polars : aucun d'eux n'a vraiment retenu notre attention jusqu'ici.
Mais il ne faut jamais dire jamais, alors c'est reparti en compagnie de Michalis Makropoulos qui nous emmène, avec L'Arbre de Judas, en Épire, la région méconnue du nord-ouest, frontalière avec l'Albanie.
C'est Clara Nizolli qui assure la traduction du grec.

Les personnages :

Nous allons suivre Ilias, un citadin, qui après des déboires professionnels et conjugaux, quitte Athènes, sa femme et ses filles pour retourner vivre chez sa mère, à Delvinaki, un petit village d'Épire, non loin de la frontière albanaise.
Sa mère c'est madame Guelo, une vieille dame.
« [...] Delvinaki, dans la commune de Pogoni sur les hauteurs de l’Épire, à la frontière gréco-albanaise.
Il allait vivre avec sa mère. Son père, il l’avait perdu deux ans plus tôt.
Il la haïssait car elle était son unique refuge.
C’était lui-même qu’il haïssait quand il voyait son reflet dans son regard plein de compassion. »
Au village il retrouvera son très cher ami d’enfance « Kostas Mendis, dit Kotsomendis, commandant de police, à la tête du poste de garde-frontières de Delvinaki ».
Le village semble être sous la coupe de Yannogassis : « un salaud , il trempe dans de sales affaires. Contrebande, femmes, drogues… Et il a le bras long, y a quelqu’un qui le couvre ».
Et puis voilà une première victime : Adela Meidani, une jeune albanaise. 
« [...] — Elle avait quel âge, Kostas ? Tu sais ? 
— Vingt-et-un. C’était une fille publique de Tirana. Il y a un circuit de commerce de femmes albanaises. »

♥ On aime :

➔ Makropoulos nous invite dans la campagne grecque, une campagne qui lui est chère et qu'il connait bien, une vraie campagne à l'ancienne où, avant d'être quelqu'un, on est d'abord le fils de son père ou le cadet de son frère aîné.
C'est dans ces montagnes qu'Ilias, son personnage, se laissera aller, de bar en café, noyant son chagrin dans les verres de tsipouro, complètement neurasthénique à l'idée d'avoir abandonné ses filles restées à Athènes.
On se demande bien pourquoi l'auteur nous a amenés ici avec ce curieux personnage, en apparence pas trop sympathique.
➔ Mais c'est une tragédie, grecque bien sûr la tragédie. Il y aura donc une première victime, une jeune albanaise, certainement tombée dans les trafics illicites du peu recommandable Yannogassis : « Tout le monde savait. Dans le village, la moindre nouvelle, le vent la chuchotait à toutes les oreilles. Pas besoin de le dire. Ça se disait tout seul ».
Le lecteur découvre alors que Ilias est parfois capable de communiquer avec les défunts (un peu comme le commissaire Ricciardi de l'italien Maurizio di Giovanni ). 
En tout cas le fantôme de la jeune albanaise vient le voir et lui demander des comptes, lui réclamer justice.
Faut-il qu'il dénonce l'affreux Yannogassis ?
« [...] Il ne savait pas si on le croirait, c’était sa parole contre la parole de Yannogassis, qui était un homme du village et qui serait soutenu par certains villageois, des gens qui avaient quelque chose à y gagner, qui lui devaient une faveur ou avaient peur de lui. »
➔ On tient là un polar bien curieux qui surprendra l'amateur de romans policiers : Makropoulos prend tout son temps pour nous faire partager le spleen neurasthénique de son personnage Ilias, tandis que l'intrigue se noue peu à peu en arrière-plan au rythme lent et paisible de la campagne.
Bien sûr, comme dans un roman noir bien ficelé, on sait d'avance que le drame va naître de la rencontre de ces quelques personnages, une rencontre qui n'augure rien de bon.
Mais finalement, c'est une tournure inattendue qui viendra clore le récit, un dénouement plutôt surprenant. 
Alors qui sera le Judas du titre ? 
Et que cache cette mystérieuse phrase : « J'ai des raisons de ne pas le nier » ?

Pour celles et ceux qui aiment le tsipouro.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Agullo (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.

dimanche 6 décembre 2020

Stavros (Sophia Mavroudis)

[...] Vous ne contrôlez plus rien.

Après une expérience mitigée avec Le Plongeur de Minos Efstathiadis on retente notre chance en Grèce avec Sophia Mavroudis et les enquêtes de Stavros.
Malheureusement, l'auteure en fait vraiment des tonnes avec un commissaire Stavros imbibé d'alcool (le résiné et l'ouzo coulent à flots) et de chagrin (il a perdu sa femme lors d'un épisode précédent).
[...] La douleur gravée sur ses traits, les sanglots muets, le regard éteint, puis ses coups de sang et ses coups de poing.
[...] Mué en loque humaine. Stavros n’était plus que l’ombre de lui-même.
Aux côtés du grec, même Harry Bosch passerait pour le commissaire Maigret.
À longueur de pages, c'est un peu too much : irritable et ingérable pour ses collègues, Stavros est difficilement supportable pour le lecteur et prend toute la place dans le bouquin, éclipsant même l'intrigue.
Dommage car l'enquête nous emmène au cœur d'Athènes, une grande ville un peu méconnue, aux frontières de l'Europe et de l'Orient, ce qui n'est peut-être pas la meilleure place à notre époque.
[...] Ton pays, Stavros, est un vrai bazar. En bordure des zones de conflits, économiquement dépendant et politiquement faible. Vous ne contrôlez plus rien.
[...] Nous sommes otages de nos frontières poreuses et d’une situation géographique aux premières loges des conflits. Des années à subir le joug des empires, à faire la guerre avec les voisins, et à endurer les trafics illicites sur notre sol.
[...] Pour notre plus grand malheur, nous sommes le principal point d’entrée de l’espace Schengen par le sud. 
Le point de vue de Sophia Mavroudis (elle vit en France mais a grandi en Grèce) est intéressant sur ce pays en pleine transformation et qui a fait la Une de l'actualité ces dernières années, avec les Jeux Olympiques, l'effondrement économique et des élections surprises.
Il sera notamment question de trafic d'œuvres antiques : les travaux du métro et des JO ont mis à jour de nombreux vestiges qu'Athènes n'avait ni l'argent ni le temps de traiter correctement. Une bonne part de ce patrimoine a pris le plus court chemin dans les mains les trafiquants de tous bords.
[...] Les musées de Munich et de Vienne ont restitué des œuvres, tout comme le British Museum qui a rendu des trésors volés pendant la colonisation en Afrique et en Asie. L’heure est venue de faire pareil avec la Grèce.
Le pays souffre d'un passé trop pesant (le rayonnement passé de l'Antiquité, les blessures mal refermées de la dictature des Colonels, ...) et traverse un présent trop compliqué.
[...] Aujourd’hui, le quartier est un lieu où les Grecs se font rares ; un ghetto où s’entassent des immigrés indiens, pakistanais, africains, des laissés pour compte aux rêves taris par la crise, entassés là parce que le reste de l’Europe n’en veut pas.
[...] Les murs recouverts de tags de l’organisation d’extrême droite, Aube dorée, les enjoignent à quitter le pays.
Un regard intéressant sur Athènes et la Grèce, amer et désabusé, mais plombé par des personnages beaucoup trop stéréotypés.

Pour celles et ceux qui aiment le résiné et l'ouzo.
D’autres avis sur Bibliosurf.

samedi 28 novembre 2020

Le plongeur (Minos Efstathiadis)

[...] À certaines questions il n’y a pas de réponse.

Il aura fallu les avis enthousiastes de quelques valeurs sûres de la blogosphère [ici] pour nous amener à lire Le Plongeur de Minos Efstathiadis.
Et puis tout de même, l'état civil gréco-germanique de l'auteur attisait la curiosité.
[...] C’est merveilleux d’être né entre deux pays. On sent rapidement qu’aucun des deux ne veut de vous.
Ça commence tout doux à Hambourg, avec l'histoire classique du détective privé désœuvré et désabusé qui se retrouve embarqué dans une chambre d'hôtel de seconde zone et dans une intrigue qui le dépasse complètement.
On n'y comprend pas grand chose, le héros non plus. 
Les cadavres s'accumulent lentement mais sûrement sans qu'on sache trop s'il s'agit de vrais crimes crapuleux et/ou de faux suicides. C'est sûr, le grec nous balade et son détective avec.
Et nous voici maintenant en Grèce justement, sur les plages du golfe de Corinthe.
Et là, ça devient sérieux. 
Minos Efstathiadis nous rappelle que c'est un grec, Eschyle, qui inventa les tragédies ... 
[...]  Les événements de Kalavryta inaugurèrent l’époque de la terreur absolue.
Minos Efstathiadis convoque soudain le massacre de Kalavryta au cours duquel, le 12 décembre 1943, les troupes allemandes fusillèrent plus de 1.400 civils [clic].
Quel lien entre ces terribles événements passés et les morts d'aujourd'hui ?
Faut-il d'ailleurs vraiment aller plus loin et chercher des réponses ?
[...] Il ne nous vient pas une seconde à l’idée qu’il s’agit d’une énigme que nous ne devons à aucun prix déchiffrer.
[...] En fin de compte personne ne peut complètement effacer le passé.
[...] Au fond, personne ne veut rien apprendre. Certains essaient juste de faire leur travail, de trouver un coupable facile, afin de rejeter ce poids de leurs épaules.
La construction du bouquin est un peu tordue, l'intrigue aussi et les dernières pages sont d'une horreur absolue, un peu gratuite par rapport à l'histoire : finalement on ne sait trop si c'est bien une lecture à recommander.

Pour celles et ceux qui aiment les histoires avec de l'Histoire dedans.
D’autres avis sur Bibliosurf.

vendredi 27 novembre 2015

Liquidations à la grecque (Petros Markaris)

Pensez-vous que Robin des banques va encore frapper ?

On n'a pas résisté à l'envie d'aller se faire voir chez les grecs, ne serait-ce que pour épingler un petit drapeau supplémentaire sur notre carte des voyages en classe polar.
D'autant que ce pays a fait la Une des actualités économiques et sociales ces derniers mois et que Liquidations à la grecque, le bouquin de Petros Makaris, se déroule de nos jours, en pleine crise économique : la troïka européenne vue par les locaux de l'étape.
La crise vue de l'intérieur, dans ce pays qui avait connu une période de vaches grasses, même si les vaches étaient empruntées au voisin.
[...] La Grèce entière marche à l’emprunt. Prêts au logement, à la consommation, aux entreprises, prêts vacances ; les prêts sont le moteur qui fait tourner la machine. Les banques tiennent en otage plus de la moitié des Grecs.
Un serial-killer de banquiers décapite au sabre un puis deux puis trois magnats de la finance locale pendant qu'Athènes est inondée de tracts appelant à la désobéissance financière (ne remboursez plus vos emprunts !).
Tout porte à croire qu'un déçu de la crise cherche à se venger ...
S'agit-il d'un robin des banques qui décapiterait les riches pour qu'ils ne volent plus les pauvres ?
C'est à peu près le seul intérêt de ce petit polar dont ni le style ni l'enquête ne justifient vraiment le prix du billet d'avion jusqu'à Athènes.
D'autant que les explications économiques tournent vitre très court et que la seule chose que l'on découvre c'est que les Grecs vivaient au-dessus de leurs moyens et que la fête est finie.
Ces pages sont d'ailleurs salutaires pour nous autres, lecteurs européens, et pourraient bien figurer ce qui nous attend peut-être dans quelques années : une sorte de finance-fiction ... ?
Heureusement, un brin d'humour mi-caustique mi-amer vient sauver le lecteur :
[...] – Nouveau calcul d’itinéraire. Dans cent mètres, tournez à gauche.
Va te faire voir.
– Mais dis-moi, pourquoi tu gardes allumé ce machin qui nous soûle, puisque tu ne l’écoutes pas ? J’arrête la Seat et j’éteins le contact.
– Pour faire du bien à mon ego, dis-je.
– C’est-à-dire ?
– Toute la journée j’entends les uns et les autres raconter leurs salades. Quand ce n’est pas Guikas qui me dit ce que je dois faire, c’est le ministre. Cette fille-là est la seule qui me dit ce que je dois faire et que je peux envoyer paître. Ça me remonte le moral. Celui qui s’installe dans un boulot a besoin d’un GPS pour se défouler. Tu comprends, maintenant ? Je remets le contact et redémarre. Le silence revient.
Mais avec parfois quelques dérives qui fleurent bon le machisme méridional et où il faut vraiment renifler très fort pour percevoir un effluve de second degré :
[...] Bravo pour la nouvelle secrétaire, lui dis-je, une fois seuls.
– Voyons comment elle se débrouille. En tout cas, il n’y a qu’une seule Koula. Il la veut non seulement belle, mais efficace.
Bref, tout cela ne mérite guère le voyage d'autant que le bouquin déborde de clichés tous plus convenus les uns que les autres, tant sur la vie locale (les embouteillages d'Athènes) que sur la crise économique (les coupes dans les salaires et les retraites) ou le sport (le dopage) etc ... On a même cru un moment que c'était écrit par un 'touriste' étranger : mais non, vérification faite, Petros Markaris est bien un grec vivant à Athènes.

Pour celles et ceux qui aiment les vengeurs masqués et les robins des bois.
D’autres avis sur Babelio.