[...] Décidément c’est la saison des traîtres.
L'été 1940 fut « la saison des traîtres », une époque il n'était guère facile de faire les bons choix. Ce récit fait s'entrecroiser quelques jours en juillet, quatre femmes aux personnalités et convictions très différentes. Quatre femmes et les hommes qu'elles ont séduits, trompés, repoussés, utilisés ou trahis.
- Été 1940, De Gaulle est à Londres, Pétain à Vichy, les Allemands à Paris.
- Quatre femmes aux sympathies opposées et leurs proches, leurs relations
- Vichy et le petit monde de l'édition littéraire et du cinéma
L'auteur, le livre (480 pages, août 2026) :
Romain Slocombe est un auteur aux multiples visages. Après s'être construit une réputation sulfureuse avec des infirmières japonaises adeptes du bondage [clic], il a créé le personnage littéraire de Léon Sadorski, flic collabo et antisémite des années 1940.
En 2024 avec Une sale française, il abandonnait son flic fétiche pour un autre style de roman toujours ancré dans cette période de la guerre qui le passionne : les itinéraires croisées de deux femmes prises dans les bouleversements de l'époque. Le revoici avec cette fois le récit de quatre parcours, quatre femmes emportées par la tourmente : Un été de trahison c'est l'été 1940.
Le pitch et les personnages :
Paris, juillet 1940, De Gaulle est à Londres, Pétain à Vichy. Les Allemands sont à Paris.
Autour d'une chambre d'hôpital, il y a là Gabrielle Charnay, gravement blessée, « une aviatrice aussi célèbre que Maryse Bastié, Maryse Hilsz ou la regrettée Hélène Boucher… j’en passe et des meilleures ». Sa figure est librement inspirée de la véritable Madeleine Charnaux et ne cache pas ses sympathies pour Pétain et le régime de Vichy (son époux est l'un des porte-plumes pro-nazis de Jacques Doriot, comme le Jean Dujardin/Luchaire du film récent de Xavier Giannoli).
Il y a là Gisèle Rollin, infirmière et « simple militante mais issue d’une famille de syndicalistes cheminots, communistes de la première heure », empêtrée dans les contradictions de son parti devenu clandestin.
Et puis Marie-Louise Guirlange, « gantée et chapeautée de noir », veuve décidée à rester joyeuse en dépit des événements (un fin et savoureux portrait).
La quatrième, la plus jeune, c'est Jacqueline Perret dite Jacqui, jeune lycéenne et « degauliste en herbe », persuadée que les Français vont tous rejoindre le Général en Angleterre.
Quatre femmes qui se croisent par hasard, des milieux et des tempéraments différents, des sympathies opposées, ... et leurs proches, leurs relations, ces hommes qu'elles séduisent, épousent, trompent ou repoussent, ceux qu'elles utilisent ou ceux qu'elles trahissent ... une manière de radiographier la France de cette époque aussi troublée que troublante parce que l'été 1940, « décidément c’est la saison des traîtres » et l'auteur n'oublie pas de nous rappeler que « l’intelligence est l’art de tromper ».
« La France. Son aisé désordre démocratique, sa populace de petits-bourgeois bourrus, mal peignés, comiquement satisfaits, éprise de mots à double sens, de pari mutuel, de promenades en famille, d’apéritifs, de scandales, de belote au café, de déjeuners sur l’herbe, de beaux crimes… Une France passionnée par ses prix de beauté, ses prix littéraires puérils, ses compétitions cyclistes, une chanson nouvelle… »
On aura l'occasion de croiser également quelques personnalités bien réelles : le neveu de Louis Renault, les dirigeants de Vichy comme Pierre Laval, ou encore le curieux Gerhard Heller, officier allemand francophile et bibliophile. D'autres invités se présenteront sous un nom d'emprunt (le dirigeant du PCF Jean Catelas, ...) et nous croiserons même quelques personnages de fiction comme ce colonel Paul-Jean Husson qui était déjà l'acteur principal du roman Monsieur le Commandant écrit par Romain Slocombe en 2011. Alors bien sûr, les personnages ne sont pas tous sympathiques et l'Histoire en jugera certains ...
« Le Maréchal était l’homme dont nous avions besoin pour remettre la nation au travail ! C’est un grand Français qui se trouve à la tête du pays ; notre devoir est de suivre notre chef et de lui faire entière confiance ! La paix revient en Europe… pas trop tôt ! »
♥ On aime :
➔ Les années sombres de l'Occupation sont décidément une période bien à la mode ces derniers temps - peut-être pour réveiller quelques mémoires oublieuses ou qui sait, pour se faire l'écho d'inquiétudes plus contemporaines - et ce roman de Slocombe fournit d'ailleurs un excellent contrepoint au film d'Antonin Baudry sur De Gaulle.
➔ Les curieux apprendront encore pas mal de choses avec ce récit très documenté qui évoque le milieu du journalisme, le petit monde de l'édition littéraire ou encore l'industrie du cinéma. Les pages sur Vichy sont particulièrement éclairantes : « Vichy est une scène de théâtre où défile désormais le meilleur monde. »
➔ Pour autant il est difficile d'avoir un avis tranché sur ce livre. C'est un roman un peu "choral", polyphonique, où chacune des quatre femmes déjà citées apporte sa voix, sa sensibilité. Mais ce ne sont que les simples hasards de l'intrigue qui provoquent leurs rencontres, et l'unité de ton, de mouvement, se fait cruellement attendre dans un récit finalement un peu longuet.
➔ Si les portraits de l’aviatrice, Gabrielle, et de la veuve joyeuse, Marie-Louise, se montrent particulièrement fins, savoureux et réussis, j'avoue m'être quelque peu lassé des déboires de Gisèle, l'infirmière communiste, tandis que les péripéties de la jeune gaulliste, Jacqui, m'ont évoqué les aventures d'Alice détective - si vos souvenirs adolescents de la Bibliothèque verte sont encore là - ou plutôt, ici, celles d'une Alice résistante.
➔ Si les portraits de l’aviatrice, Gabrielle, et de la veuve joyeuse, Marie-Louise, se montrent particulièrement fins, savoureux et réussis, j'avoue m'être quelque peu lassé des déboires de Gisèle, l'infirmière communiste, tandis que les péripéties de la jeune gaulliste, Jacqui, m'ont évoqué les aventures d'Alice détective - si vos souvenirs adolescents de la Bibliothèque verte sont encore là - ou plutôt, ici, celles d'une Alice résistante.
Pour celles et ceux qui aiment comprendre.
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Livre lu grâce aux éditions du Seuil (SP).
Ma chronique dans la revue ActuaLitté.