[...] - Le sale boulot.
Un polar sur fond historique qui rappelle beaucoup l'ambiance de la Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. À Munich en 1946 sous l'occupation US, les destins de réfugiés, profiteurs, militaires, prisonniers, s'entrecroisent tandis qu'un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes.
- Plongée historique en 1946 dans un Munich occupé par les américains
- Anciens nazis, nouveaux collaborateurs, réfugiés, trafiquants et profiteurs
- Un serial-killer s'attaque à des jeunes femmes
L'auteur, le livre (400 pages, mars 2026) :
Munich en ruine est le roman d'un tout nouvel auteur, Chris Follon, un avocat discret de la région lyonnaise resté jusqu'ici un peu dans l'ombre des médias. Son récit nous plonge dans une Allemagne au lendemain de la guerre et rappelle beaucoup le style et l'ambiance de la fameuse Trilogie Berlinoise de l'écossais Philip Kerr.
Le pitch et les personnages :
En 1946, près d'un an après la capitulation du Reich, Munich et ses environs se situent en secteur américain. Les bombardements alliés ont détruit une grande partie de la ville. Les logements et la nourriture manquent cruellement. « La plupart des gens qui vivaient encore ici habitaient dans les caves. Ce qui fut leur refuge lors des bombardements alliés qui dévastèrent la ville en 1944 était maintenant leur demeure à plein temps. »
Il y a là un ancien SS qui, pour faire oublier son passé, a endossé l'uniforme et l'identité d'un simple soldat allemand, Hans Folber. Sa connaissance de l'anglais a fait de lui un collaborateur des Américains au sein d'un bureau dont la mission, cruel paradoxe, est de traquer les criminels de guerre parmi les nombreux Allemands prisonniers.
« — Vous faisiez quoi pendant la guerre ? demanda-t-elle finalement. Hans but le restant de son verre avant de répondre :— Le sale boulot. »
Il y a là deux flics, Bob Bohman et son coéquipier allemand Vermeer Dietrich. Bob est un Juif américain vindicatif à la « réputation de chasseur de nazis » qui collerait bien tous les Allemands devant le peloton d'exécution, sans trop s'embarrasser de distinction subtile.
Et puis Birgid, une ancienne infirmière allemande qui s'est associée avec un trafiquant bien placé, Klaus Hauser, avec qui elle essaye « de survivre et de profiter de certaines opportunités ».
Bob et Dietrich sont chargés d'enquêter sur un tueur en série, surnommé Le Barbier parce qu'il rase entièrement ses victimes que l'on retrouve étranglées et violées. Mais le quatrième cadavre est celui d'une Américaine et il est donc grand temps de mettre un terme à cette série.
♥ On aime beaucoup :
➔ Dans un Munich dévasté après-guerre, Chris Follon a réuni habilement tout son petit monde : anciens nazis, nouveaux collaborateurs, déportés, trafiquants et profiteurs, soldats US arrogants, ... On comprend vite que, s'il n'était déjà pas facile de choisir son camp sous les nazis, la période d'après-guerre se révèle décidément tout aussi trouble et difficile. Les différents personnages rassemblés ici, pas tous aimables, offrent un bon aperçu de la situation à Munich à cette époque.
➔ Pour autant, l'auteur n'oublie pas qu'il nous a invités dans un polar et son intrigue flirte avec le roman noir où tout est réuni dès le départ pour que tout parte bientôt en vrille et que les événements échappent rapidement à tout contrôle. Au premier abord, son Américain Bob Bohman semble particulièrement antipathique - il cogne d'abord, discute ensuite - mais il finira par incarner à merveille la figure du détective privé solitaire qui ne rechigne pas à prendre des coups. Et à en donner.
« — Bon Dieu, qu’avez-vous fait à votre visage ?— Je me suis cogné contre une porte, monsieur.— Ils étaient combien derrière la porte ? voulut savoir Big One.— Un peu trop. »
➔ Plus tard, les multiples toiles tissées par Chris Follon vont se resserrer étroitement en un page-turner que l'on ne pourra plus lâcher. Avec une galerie de personnages pas tous recommandables mais soigneusement fouillés, l'auteur parvient à rendre cette époque particulièrement troublée où, quels que soient les choix que l'on avait subis ou consentis, les notions d'innocence, de rédemption ou de pardon n'avaient pas encore retrouvé leur place.
➔ Il faut noter que ce n'est qu'un premier ou second roman et qu'il faudra donc excuser quelques maladresses comme par exemple des scènes un peu racoleuses autour du personnage de Birgid, un peu répétées et pas toutes nécessaires.
Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
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Livre lu grâce aux éditions du Toucan (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.

