[...] L'histoire des téléphones tueurs.
Un premier thriller assez réussi avec pas mal d'humour, une curieuse intrigue et quelques personnages bien sympathiques. Cette « histoire de téléphones tueurs » pourrait bien vous guérir de votre addiction à votre smartphone.
- Un premier roman et un techno-thriller bien ficelé
- Une histoire de "téléphones tueurs" façon Mossad
- Des personnages sympas et un humour acide
- Un polar pas prise de tête ... enfin si, justement, mais seulement celles des victimes !
L'auteur, le livre (288 pages, avril 2026) :
La collection Noire des éditions de L'Aube s'y entend pour débusquer de nouveaux talents du polar un peu partout dans le monde mais chez nous aussi.
Morts à l'appel est le premier roman du français Denis Dommel, jusqu'ici réalisateur de documentaires.
Si je vous en parle c'est parce que j'aime bien découvrir de nouveaux auteurs et que Denis Dommel signe là un techno-thriller plein d'humour qui, en quelques pages seulement, va vous faire passer définitivement votre nomophobie.
Un bouquin pas prise de tête ... mais une histoire de prise de têtes, une « histoire de téléphones tueurs ».
Le pitch et les personnages :
En région parisienne de nos jours, quelques assassinats ciblés à la méthode peu classique : les cibles répondent à la sonnerie de leur smartphone ... et se font exploser la cervelle.
Tiens, un air de déjà vu ?
« Vous vous rappelez des portables que le Mossad avait refilés aux types du Hamas ? Grosse opé, des dizaines de victimes. Et tout ça commandé à distance et déclenché en même temps. »
Les (premières) victimes : un chasseur sachant chasser, une patronne du CAC 40, un lobbyiste professionnel, ... bon d'accord, ce ne sont pas des types très sympas mais de là à les trucider ?
Les moyens mis en oeuvre semblent bien trop sophistiqués pour des activistes écolos de l'ultragauche, alors ?
Du côté des flics, on mobilise une équipe pluridisciplinaire : un commandant de la section cybercriminalité, un major de gendarmerie, un commissaire de la PJ, ...
« Les ministres, le gouvernement, le CAC 40, tout le monde commençait à se mêler de cette affaire, et ça n'augurait rien de bon.[...] Quand Sallers s'engagea dans le long couloir ministériel qui succédait directement à l'escalier monumental, il sentit de très loin l'odeur du gratin qui l'attendait de pied ferme. »
Au milieu de ce jeu de quilles affolées, notre héroïne Rebecca, journaliste sur le retour, vient d'être contactée par un mystérieux correspondant anonyme.
« Pourquoi cherchait-il à impliquer la presse ? Et quelle presse : une journaliste exilée depuis des lustres avec une réputation pas si terrible que ça et des états de service antédiluviens. Il devait forcément y avoir quelque chose d'autre. »
Chaque jour un nouveau smartphone se met à sonner et exploser à l'oreille de son correspondant, au point que l'opération des flics est baptisée « prise de têtes », mais le lecteur n'a absolument aucune piste ... pas plus que les enquêteurs ou la journaleuse.
« La DGSI et la DGSE penchaient pour des services organisés, peut-être étrangers mais disposant d'une logistique conséquente. À part ça, ce qui rapprochait les victimes entre elles restait un mystère. »
Et chaque jour le téléphone sonne sans laisser aucun répit pour personne, car il s'agit de « stopper un psychopathe technophile sur le point d'assassiner trois cents personnes ».
♥ On aime :
➔ C'est ce qu'on peut appeler un polar sympathique : de l'humour (on ne se prend pas trop au sérieux), une intrigue intrigante, une écriture fluide et quelques personnages agréables, ...
➔ Certes ce n'est "que" un premier roman, certes Denis Dommel ne prétend pas goncourir, mais il sait écrire et sa lecture est agréable. On lui pardonne volontiers quelques tics de langage et les chapitres très courts permettent de passer rapidement d'un personnage à un autre sans jamais nous ennuyer entre deux péripéties, tout en nous laissant savourer ici ou là, quelques bons moments dans les rues de Paris.
« Le commandant pénétra enfin dans la chaleur ouatée de la brasserie qui, étrangement, sentait toujours le tabac froid plusieurs années après son interdiction en ces lieux. Il s'installa à une table en s'écrasant sur la banquette en skaï aux ressorts fatigués, pensa-t-il, par des millions de paire de fesses avant les siennes. Il n'était pas revenu dans le quartier depuis longtemps. »
➔ Juste un (tout petit) bémol pour le personnage de Rebecca, la journaliste, dont le genre féminin ne m'a pas semblé très affirmé : plusieurs passages la concernant pourraient tout aussi bien être inter-changés avec un vieux briscard des salles de rédaction, imbibé au whisky. Mais ce n'est qu'une petite remarque du grincheux, en passant, qui a cru voir là, sans doute à tort, un rhabillage féminin un peu trop marketing.
Pour celles et ceux qui aiment leur smartphone.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions de L'Aube Noire (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.


