[...] Qui se souviendra d’eux ?
Cette enquête de Didier Daeninckx dans la mémoire des résistants et déportés est une poignante immersion au cœur des années 50 de l'immédiate après-guerre.
On y découvrira quelques affaires assez incroyables !
- Une immersion dans les années 50 de l'après-guerre
- Une enquête patiente au rythme de la province de l'époque
- L'affaire des faux billets nazis !
- Le recrutement français des ingénieurs nazis !
L'auteur, le livre (240 pages, avril 2026) :
Depuis de nombreuses années (son célèbre Meurtres pour mémoire date des années 80), Didier Daeninckx est une figure importante de la littérature engagée, socialement et politiquement affirmée.Le bonhomme, né au lendemain de la guerre, se situe quelque part entre anarchisme et communisme et si ses prises de position sont parfois sujettes à polémique, ses romans, toujours rigoureux, sont incontournables.
On a relu plusieurs fois par exemple, son terrible opuscule intitulé Cannibale qui évoque les calédoniens exposés au zoo de Vincennes en 1931.
Cette fois, il nous ramène à la période de l'immédiate après-guerre avec son dernier livre au titre énigmatique, Les maisons parachutées.
Un ouvrage qui fait partie de cette nouvelle vague de polars dits historiques parce qu'on aime bien les étiquettes et qui viennent éclairer un passé tout récent, comme ceux d'Alexandre Courban (le Front Populaire des années 30), de Melvina Mestre (les années 50 au Maroc), de Gwenaël Bulteau (le tout début du XXe siècle), ou encore de Gabriel Katz (l'immédiate après-guerre) ...
Le pitch et les personnages :
Nous voici dans le nivernais en 1952. Le commissaire Phillipe Ornec découvre par hasard des cadavres enterrés près d'une ferme. Visiblement depuis quelques années.« Il y avait trois corps empilés dans le sol de la ferme des Essarts, près des aciéries d’Imphy, où ça s’est battu sérieusement juste avant la Libération. Exécutés d’une balle dans la tête. L’un d’eux portait cette plaque d’identification au poignet droit. »Sur la plaque un matricule : KLM-39457.
Qui sont ces inconnus que personne ne réclamaient plus ? Victimes d'un règlement de comptes après la Libération ? Ou dégâts collatéraux d'une affaire plus compliquée ?
L'enquête avance au rythme tranquille de la province, d'autant plus lentement que quand on est flic, il n'est pas toujours facile de délier les langues, surtout après-guerre : le commissaire Ornec a combattu chez les FTP dans la Résistance mais son père a été soupçonné de collaboration.
« Pour ton père, on a toujours pensé que c’était une histoire de maisons parachutées… »L'intrigue nous fera découvrir deux ou trois histoires de cette époque, des histoires vraies, authentiques et rigoureusement documentées par l'auteur, mais pourtant à peine croyables.
Comme cette Opération Bernhard au cours de laquelle les nazis fabriquèrent des millions de faux billets (livres sterling, dollars) pour inonder l'économie ennemie : dans le camp d’Oranienburg (Sachsenhausen), les nazis rassemblèrent « le groupe de faussaires, celui des artistes, des imprimeurs recrutés dans les camps de la mort… ».
Ou encore l'étonnant décollage de la Snecma (le motoriste des avions Dassault) obtenu en partie grâce aux ingénieurs nazis "recrutés" à la fin de la guerre.
Hasard des lectures, on a déjà croisé l'ancêtre de la Snecma avec les motoristes Gnome & Rhône dans le livre d'Alexandre Courban, Rue de l'Espérance, 1935.
Didier Daeninckx nous perd un peu par contre lorsqu'il s'attarde trop longuement sur les querelles entre communistes après-guerre, un thème qui semble lui tenir à cœur : les règlements de comptes autour de Charles Tillon (le fondateur des FTP) nous laissent un peu de marbre aujourd'hui, même si l'on comprend bien que ces vives querelles étaient le reflet de cette époque troublée.
Didier Daeninckx nous perd un peu par contre lorsqu'il s'attarde trop longuement sur les querelles entre communistes après-guerre, un thème qui semble lui tenir à cœur : les règlements de comptes autour de Charles Tillon (le fondateur des FTP) nous laissent un peu de marbre aujourd'hui, même si l'on comprend bien que ces vives querelles étaient le reflet de cette époque troublée.
Ah oui et alors les fameuses « maisons parachutées » ?
Bon, on ne va pas tout vous dire et on préfère vous laisser découvrir !
« Quand je passe devant chez eux, je me dis toujours : Tiens, c'est une maison parachutée ».
♥ On aime beaucoup :
➔ Ce récit est d'abord une véritable immersion dans les années 50 (on y roule en Peugeot 203 ou en Opel Olympia, les élégantes se coiffent avec des Victory Rolls, on y fait porter un pli urgent, le boulanger pétrit des bâtards, ...), et cela jusque dans le choix d'un vocabulaire désuet et savoureux : c'est une époque où l'on parlait de grivèlerie et de maisons de tolérance !
« Il se lava de la tête aux pieds à l’évier et enfourna son linge sale dans un vieux cabas pour le porter au bateau-lavoir. »Visiblement Didier Daeninckx se délecte à nous promener dans ces années d'après-guerre.
➔ Et puis c'est une enquête dans la mémoire des protagonistes, dans leurs souvenirs de la guerre, de la Résistance ou pire, à la recherche de leur mémoire égarée dans les camps de l'horreur.
Par là-même c'est également un livre dédié a la mémoire de ces hommes et de ces femmes parce que sinon, « qui se souviendra d’eux ? ».
💡 à sauvegarder dans votre cabinet de curiosités : en exergue de son roman, Didier Daeninckx cite le Maitron (du nom de son fondateur, l'historien Jean Maitron) : un étonnant corpus de biographies du mouvement ouvrier, désormais accessible en ligne.
L'auteur a d'ailleurs dédié son roman à l'un de ces ouvriers, son grand-oncle, « Albert Alexandre Chardavoine (1899-1945), Camelot du peuple, déporté à Redl-Zipf, camp annexe de Mauthausen, mort d’épuisement à Ebensee », déporté sous le matricule KLM-39457 que l'on retrouve dans ce fameux Maitron et qui est repris dans le livre.
Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Gallimard (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine, CulturAdvisor et ActuaLitté.

