mardi 29 janvier 2008

Bouquin : Le bouddha de banlieue

Londonistan.

Hanif Kureishi est plus connu comme l'auteur de My beautiful Laundrette qui a servi de scénario à Stephen Frears.
Avec Le bouddha de banlieue, voici un roman fortement autobiographique qui raconte la jeunesse à Londres d'un fils d'émigré Paki ...

[...] Comme beaucoup d'indiens, mon père, quoique petit, était beau et bien fait avec des mains délicates et des manières gracieuses. À côté de lui, la plupart des anglais donnaient l'impression d'être des girafes maladroites. [...] Il était en particulier aussi fier de sa poitrine que nos voisins l'étaient de leur cuisinière électrique. Au moindre rayon de soleil, il enlevait sa chemise, se précipitait dans le jardin avec un transat et son journal.
et d'une mère British ...
[...] Ma mère était une femme potelée qui n'attachait guère d'importance à son corps. Elle avait un visage rond et pâle et de gentils yeux mordorés. Elle considérait son corps comme un objet gênant qui l'entourait, uen sorte d'île déserte, inexplorée, sur laquelle elle aurait échoué.
Hanif Kureishi est fin et plein d'humour, tendre envers ses personnages, et il n'est jamais aussi bon que quand il décrit sa famille paki émigrée dans la banlieue Sud de Londres : les parents, les frères, la cousine émancipée, les tantes ou les oncles épiciers, ...
On parcourt ainsi les rues de Londres mais aussi les années 70 (puis 80) et c'est, pour ces immigrés comme pour beaucoup d'autres, les années de la découverte de la liberté : Soft Machine, Pink Floyd (ahh Ummagumma !), King Crimson, Emerson Lake & Palmer, tout y est ! ... avant plus tard les punks.
Une époque où les drogues n'étaient pas encore dures et où le désir n'était pas synonyme de maladie sexuellement transmissible (Karim, le héros de Kureishi s'essaie à tous les plaisirs et avance à voile et à vapeur).
On a lu en diagonale un passage un peu plus lourdingue quand Karim se lance dans le théâtre (l'agit-prop des années 70 !) et se regarde un peu trop le nombril (pour ne pas dire un peu plus bas) préfigurant ainsi la gay generation dont la seule préoccupation existentielle semble être de savoir avec qui coucher ce soir.
Mais cela ne suffit pas à gâcher cette intéressante et amusante plongée dans les années passées et les milieux indiens de Londres.

Pour celles et ceux qui aiment replonger avec nostalgie dans leurs années 70. 
D'autres avis sur Critiques Libres.

Bouquin : Le bouddha de banlieue

Londonistan.

Hanif Kureishi est plus connu comme l'auteur de My beautiful Laundrette qui a servi de scénario à Stephen Frears.
Avec Le bouddha de banlieue, voici un roman fortement autobiographique qui raconte la jeunesse à Londres d'un fils d'émigré Paki ...

[...] Comme beaucoup d'indiens, mon père, quoique petit, était beau et bien fait avec des mains délicates et des manières gracieuses. À côté de lui, la plupart des anglais donnaient l'impression d'être des girafes maladroites. [...] Il était en particulier aussi fier de sa poitrine que nos voisins l'étaient de leur cuisinière électrique. Au moindre rayon de soleil, il enlevait sa chemise, se précipitait dans le jardin avec un transat et son journal.
et d'une mère British ...
[...] Ma mère était une femme potelée qui n'attachait guère d'importance à son corps. Elle avait un visage rond et pâle et de gentils yeux mordorés. Elle considérait son corps comme un objet gênant qui l'entourait, uen sorte d'île déserte, inexplorée, sur laquelle elle aurait échoué.
Hanif Kureishi est fin et plein d'humour, tendre envers ses personnages, et il n'est jamais aussi bon que quand il décrit sa famille paki émigrée dans la banlieue Sud de Londres : les parents, les frères, la cousine émancipée, les tantes ou les oncles épiciers, ...
On parcourt ainsi les rues de Londres mais aussi les années 70 (puis 80) et c'est, pour ces immigrés comme pour beaucoup d'autres, les années de la découverte de la liberté : Soft Machine, Pink Floyd (ahh Ummagumma !), King Crimson, Emerson Lake & Palmer, tout y est ! ... avant plus tard les punks.
Une époque où les drogues n'étaient pas encore dures et où le désir n'était pas synonyme de maladie sexuellement transmissible (Karim, le héros de Kureishi s'essaie à tous les plaisirs et avance à voile et à vapeur).
On a lu en diagonale un passage un peu plus lourdingue quand Karim se lance dans le théâtre (l'agit-prop des années 70 !) et se regarde un peu trop le nombril (pour ne pas dire un peu plus bas) préfigurant ainsi la gay generation dont la seule préoccupation existentielle semble être de savoir avec qui coucher ce soir.
Mais cela ne suffit pas à gâcher cette intéressante et amusante plongée dans les années passées et les milieux indiens de Londres.

Pour celles et ceux qui aiment replonger avec nostalgie dans leurs années 70. 
D'autres avis sur Critiques Libres.

lundi 28 janvier 2008

Cinoche : No country for old men

Chassé-croisé.

Les frères Ethan et John Coen «frappent fort» avec ce film d'humour absurde, noir et macabre.
No country for old men, c'est un pays où il ne fait pas bon vieillir.
Ce pays c'est le Texas, à la frontière mexicaine. Un pays désertique, où le vent de la bande son siffle continuellement.
La violence, le fric, la drogue ont pris possession de ces lieux désolés et le shérif vieillissant (Tommy Lee Jones, toujours impec) semble dépassé par les événements.
Les événements justement : un échange de drogue en plein désert a mal tourné et laisse sur le sable une douzaine de cadavres et une mallette pleine de millions de dollars. Une mallette que va ramasser Josh Brolin, le cow-boy du coin, looser un peu paumé.
Les narcos ne l'entendent pas de cette oreille et lancent à ses trousses un tueur chargé de récupérer le fric : c'est là qu'entre en scène l'espagnol Javier Bardem, le méchant du film, qui a la désagréable manie de défoncer les serrures et les crânes avec une bouteille de gaz sous pression, comme celles dont on se sert pour tuer les boeufs.
Il a pris également l'habitude (très stressante) de discuter, quelques instants, philosophie avec ses futures victimes, voire de jouer leur vie à pile ou face, ce qui nous vaut quelques dialogues dignes du meilleur théâtre de l'absurde.
Un gars qu'on n'a pas trop envie de voir débarquer chez soi parce qu'il est plutôt du genre à essuyer ses bottes non pas avant d'entrer à la maison, mais en sortant de chez vous ...
Bref, les frères Cohen ont brossé là le portrait d'un véritable «personnage», qui traverse le film presque comme un fantôme mais dont chaque apparition déclenche dans la salle un rire très nerveux ...
Et nous voici donc embarqués dans une sorte de road-movie, de course poursuite, entre le shérif, le paumé et le méchant.
Même si ces trois-là ne se verront jamais de tout le film !
Enfin, pas de leur vivant en tout cas !
Les frères Coen jouent avec nos nerfs, étirent parfois le temps quand le film se fait nonchalant, l'accélèrent quand les poursuites se font stressantes (la course de nuit devant les projos du 4x4 puis le chien dans la rivière !) et que les cadavres s'accumulent.
Et ils sortent même à plusieurs reprises le grand jeu du Grand Guignol sanguinolent, par exemple quand Javier Bardem s'extrait lui même une balle de la cuisse. C'est parait-il très gore (on peut pas dire : c'est une scène qu'on n'a pas vraiment regardée, ou alors juste quelques moments entre les doigts !).
Le film est tiré d'un bouquin de Cormac MacCarthy.


Pour celles et ceux qui aiment les westerns et les bottes de cow-boy. 
D'autres avis sur Critico-Blog.

Cinoche : No country for old men

Chassé-croisé.

Les frères Ethan et John Coen «frappent fort» avec ce film d'humour absurde, noir et macabre.
No country for old men, c'est un pays où il ne fait pas bon vieillir.
Ce pays c'est le Texas, à la frontière mexicaine. Un pays désertique, où le vent de la bande son siffle continuellement.
La violence, le fric, la drogue ont pris possession de ces lieux désolés et le shérif vieillissant (Tommy Lee Jones, toujours impec) semble dépassé par les événements.
Les événements justement : un échange de drogue en plein désert a mal tourné et laisse sur le sable une douzaine de cadavres et une mallette pleine de millions de dollars. Une mallette que va ramasser Josh Brolin, le cow-boy du coin, looser un peu paumé.
Les narcos ne l'entendent pas de cette oreille et lancent à ses trousses un tueur chargé de récupérer le fric : c'est là qu'entre en scène l'espagnol Javier Bardem, le méchant du film, qui a la désagréable manie de défoncer les serrures et les crânes avec une bouteille de gaz sous pression, comme celles dont on se sert pour tuer les boeufs.
Il a pris également l'habitude (très stressante) de discuter, quelques instants, philosophie avec ses futures victimes, voire de jouer leur vie à pile ou face, ce qui nous vaut quelques dialogues dignes du meilleur théâtre de l'absurde.
Un gars qu'on n'a pas trop envie de voir débarquer chez soi parce qu'il est plutôt du genre à essuyer ses bottes non pas avant d'entrer à la maison, mais en sortant de chez vous ...
Bref, les frères Cohen ont brossé là le portrait d'un véritable «personnage», qui traverse le film presque comme un fantôme mais dont chaque apparition déclenche dans la salle un rire très nerveux ...
Et nous voici donc embarqués dans une sorte de road-movie, de course poursuite, entre le shérif, le paumé et le méchant.
Même si ces trois-là ne se verront jamais de tout le film !
Enfin, pas de leur vivant en tout cas !
Les frères Coen jouent avec nos nerfs, étirent parfois le temps quand le film se fait nonchalant, l'accélèrent quand les poursuites se font stressantes (la course de nuit devant les projos du 4x4 puis le chien dans la rivière !) et que les cadavres s'accumulent.
Et ils sortent même à plusieurs reprises le grand jeu du Grand Guignol sanguinolent, par exemple quand Javier Bardem s'extrait lui même une balle de la cuisse. C'est parait-il très gore (on peut pas dire : c'est une scène qu'on n'a pas vraiment regardée, ou alors juste quelques moments entre les doigts !).
Le film est tiré d'un bouquin de Cormac MacCarthy.


Pour celles et ceux qui aiment les westerns et les bottes de cow-boy. 
D'autres avis sur Critico-Blog.

Miousik : Tokyo hôtel

Quand les vents souffleront ...

Il est rare qu'on ait l'occasion d'écouter du rock allemand.
Ces accents nous ramènent aux temps où l'on écoutait Nina Hagen, ou même encore plus loin aux temps d'Amon Düül ... (là oui je sais, ça fait loin ...).
Un petit parfum de nostalgie flotte donc entre les écouteurs avec Tokio Hotel, et avec un nom pareil, on ne pouvait pas les louper ...
Tokio Hotel et son chanteur androgyne, Bill Kaulitz, tout aussi troublant que beaucoup de jeunes japonais, comme ceux qu'on a croisés lors de notre dernier voyage.
On n'est pas trop fan du rock de Tokio Hotel et y'a longtemps qu'on n'écoute plus Nina Hagen mais on a pêché un aimable titre dans une version «unplugged» (paradoxalement ça fait «branché», mais là surtout l'orchestration est plus cool).
Un morceau au titre enchanteur : Durch den Monsun, un mot qui, en anglais ou ici en allemand, nous a toujours fait rêver (allez savoir pourquoi).
Un mot qu'on avait déjà croisé avec Brent Berry début 2007.
Les paroles de Tokio Hotel en allemand et en français sont .

Assez causé, écoutons :
- Durch den Monsun ...

Miousik : Tokyo hôtel

Quand les vents souffleront ...

Il est rare qu'on ait l'occasion d'écouter du rock allemand.
Ces accents nous ramènent aux temps où l'on écoutait Nina Hagen, ou même encore plus loin aux temps d'Amon Düül ... (là oui je sais, ça fait loin ...).
Un petit parfum de nostalgie flotte donc entre les écouteurs avec Tokio Hotel, et avec un nom pareil, on ne pouvait pas les louper ...
Tokio Hotel et son chanteur androgyne, Bill Kaulitz, tout aussi troublant que beaucoup de jeunes japonais, comme ceux qu'on a croisés lors de notre dernier voyage.
On n'est pas trop fan du rock de Tokio Hotel et y'a longtemps qu'on n'écoute plus Nina Hagen mais on a pêché un aimable titre dans une version «unplugged» (paradoxalement ça fait «branché», mais là surtout l'orchestration est plus cool).
Un morceau au titre enchanteur : Durch den Monsun, un mot qui, en anglais ou ici en allemand, nous a toujours fait rêver (allez savoir pourquoi).
Un mot qu'on avait déjà croisé avec Brent Berry début 2007.
Les paroles de Tokio Hotel en allemand et en français sont .

Assez causé, écoutons :
- Durch den Monsun ...

Bouquin : Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?

Pourquoi ? Parce que !

Non, ce n'est pas encore un nième polar polaire, mais en ce début d'année, alors que les prix du pétrole flambent, alors que la politique épouse le spectacle, alors que le chômage avance et que la retraite recule, alors qu'il fait froid, ..., tout un chacun se pose légitimement des questions, des questions, des questions ...
Détendez-vous !
Ce livre, lui, apporte des réponses ! Enfin !
Et aussi plein de questions que vous ne vous étiez peut-être pas posées, de peur de ne savoir y répondre.
Un peu dans la lignée des livres tout à fait inutiles et donc absolument indispensables comme Les listes du bon docteur Schott, dont on s'était déjà fait l'écho ici.
Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?, pourquoi les moutons courent-ils droit devant les voitures ?, pourquoi les poissons-volants volent ? ... ça c'est pour le côté "nos amies les bêtes",
Pourquoi pleure-t-on quand on épluche des oignons ?,  pourquoi le fromage fondu fait des fils ?, pourquoi le ciel est bleu quand il fait beau ?, pourquoi certains sacs en plastiques sont-ils bruyants ?  ... ça c'est pour le côté vie pratique,
Il y en a comme cela des kilos, 111 pour être précis.
Mais l'intérêt de cet amusant recueil n'est pas dans les questions mais bien sûr dans les réponses.
Toutes ont été collectées auprès de différentes sommités et éminences savantes (ce sont des extraits d'une rubrique du New Scientist) qui ont répondu avec précision, science et surtout, surtout, humour. Et il y a parfois de véritables polémiques et controverses qui naissent ainsi sous nos yeux à partir d'une question tout à fait inutile.
Comme quoi on peut être sérieux et ne pas se prendre au sérieux.
Comme quoi on peut avoir l'esprit plein et être plein d'esprit.
Quant à nous on s'amuse en s'instruisant, mais on peut faire l'inverse, ça marche aussi.

Pour celles et ceux qui aiment réflechir à de vraies questions. 
Moleskine en parle aussi.

Bouquin : Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?

Pourquoi ? Parce que !

Non, ce n'est pas encore un nième polar polaire, mais en ce début d'année, alors que les prix du pétrole flambent, alors que la politique épouse le spectacle, alors que le chômage avance et que la retraite recule, alors qu'il fait froid, ..., tout un chacun se pose légitimement des questions, des questions, des questions ...
Détendez-vous !
Ce livre, lui, apporte des réponses ! Enfin !
Et aussi plein de questions que vous ne vous étiez peut-être pas posées, de peur de ne savoir y répondre.
Un peu dans la lignée des livres tout à fait inutiles et donc absolument indispensables comme Les listes du bon docteur Schott, dont on s'était déjà fait l'écho ici.
Pourquoi les manchots n'ont pas froid aux pieds ?, pourquoi les moutons courent-ils droit devant les voitures ?, pourquoi les poissons-volants volent ? ... ça c'est pour le côté "nos amies les bêtes",
Pourquoi pleure-t-on quand on épluche des oignons ?,  pourquoi le fromage fondu fait des fils ?, pourquoi le ciel est bleu quand il fait beau ?, pourquoi certains sacs en plastiques sont-ils bruyants ?  ... ça c'est pour le côté vie pratique,
Il y en a comme cela des kilos, 111 pour être précis.
Mais l'intérêt de cet amusant recueil n'est pas dans les questions mais bien sûr dans les réponses.
Toutes ont été collectées auprès de différentes sommités et éminences savantes (ce sont des extraits d'une rubrique du New Scientist) qui ont répondu avec précision, science et surtout, surtout, humour. Et il y a parfois de véritables polémiques et controverses qui naissent ainsi sous nos yeux à partir d'une question tout à fait inutile.
Comme quoi on peut être sérieux et ne pas se prendre au sérieux.
Comme quoi on peut avoir l'esprit plein et être plein d'esprit.
Quant à nous on s'amuse en s'instruisant, mais on peut faire l'inverse, ça marche aussi.

Pour celles et ceux qui aiment réflechir à de vraies questions. 
Moleskine en parle aussi.

samedi 26 janvier 2008

Bouquin : Typhon sur Hong-Kong

La menace du dragon chinois.

Scoop inédit : ce qu'il y a de bien avec les polars, c’est qu’ils permettent de voyager facilement et de découvrir de nouveaux pays.
Comment ça, « on se répète » ?!
On avait déjà parlé de John Burdett avec l'excellent Bangkok 8, qui comme l'indiquait le titre du billet, nous emmenait en Thaïlande.
Cette fois, l'avion atterri à Hong Kong, en 1997 à la veille de la restitution à la Chine de l'ancienne colonie britannique, vestige de la guerre de l'opium lorsque les blancs exploitaient l'immense marché chinois.
On retrouve quelques clés de lecture propres à Burdett et notamment le choc des cultures qui oppose finement des chinois de Chine ou de Hong Kong, des Britanniques et même des Américains ou des Australiens.
[...] Chan aimait l'odeur des livres chinois, subtilement différente des livres occidentaux. Pas de photos sur les couvertures, pas de racolage commercial - tout était dans le texte imprimé. C'est cela que les livres devraient toujours sentir : le papier, la reliure et les mots, pas les fanfreluches.
Ce récit (écrit en 1997 pendant les événements de Hong Kong) nous a semblé un petit peu moins maîtrisé que l'humour ravageur de Bangkok (qui date de 2003) mais les quelques passages un peu faciles (genre yacht, sexe and sun) sont vite lus au bénéfice d'un bouquin très intéressant : le rayon polars de l'année 2008 commence avec une belle surprise.
Le typhon qui menace l'île de Hong Kong au début du bouquin est rapidement oublié : ce n'est qu'une allégorie de la menace plus sérieuse, celle de la Chine à qui vont être restitués ces territoires abandonnés par les anciens colons britanniques.
[...] Chan avait lu un poème contemporain dans lequel le vent était comparé à la ruée d'un milliard d'hommes invisibles écrasant tout sur leur passage. Le poète n'avait pas besoin d'être plus précis : dans la mythologie ancienne, le vent est une manifestation du Dragon, et le trône du Dragon appartenait à l'empereur de Chine.
À deux mois de l'échéance de juin 1997, il reste six millions de secondes : une pour chacun de ces habitants de l'île qui campent devant l'antre du Dragon chinois.
[...] À cinquante kilomètres au nord vivaient 1,4 milliard d'êtres humains dont l'attention collective était rivée sur Hong Kong, deux mois avant sa restitution à la République Populaire de Chine. C'était comme vivre dans une soufflerie mentale : vous sentiez le vent d'une envie et d'une haine incontrôlables accumulées de l'autre côté de la frontière. Quelqu'un a dit que Hong Kong est un lieu emprunté vivant en sursis. Ce sursis se mesurait maintenant en heures : quinze cents pour le moment, et filant vite. Les communistes arrivaient, ils étaient presque là.
Tout cela prend des allures de fin de siècle et tout le monde s'apprête à basculer du colonialisme anglais (une « dictature éclairée » !) à la dictature tout court.
[...] En Chine, Hong Kong n'est qu'une décoration de Noël, et Noël sera bientôt fini.
Le livre a été écrit, on l'a dit, en 1997 et depuis, il s'est avéré que le dragon chinois avait finalement bien appris des leçons du capitalisme et que les erreurs du passé (notamment l'effondrement de Shanghaï après sa reconquête en 1949) n'ont pas été reproduites : dix ans après, Hong Kong continue son expansion florissante, même sous le drapeau rouge.
Mais ça l'auteur ne le savait pas encore.
Dans ce décor géo-politique soigneusement dessiné, John Burdett trame une intrigue policière riche et complexe qui entremêle argent sale (on est à Hong Kong !), triades et mafias occidentales (russes, italiens, ... il y en a pour tous les goûts), politique, drogue et même nucléaire.
La prose sans pitié de John Burdett fait souvent mouche et l'on renifle même parfois des parfums de Michael Connelly, belle référence.
Chacun en prend pour son grade : les colons britanniques finissants, les expatriés de tout poil venus s'enrichir ou s'exotiser, et bien entendu les redoutés chinois, qu'il s'agisse des cadres corrompus de l'armée populaire ou des anciens fanatiques des Gardes Rouges dont les échos des atrocités commises pendant la Révolution Culturelle résonnent encore.
Il n'y avait pas grand monde à sauver en 1997 à Hong Kong ...
[...]- Franchement je donnerais dix ans de ma vie pour rester à Hong Kong. 
- Sur ce rocher pollué, infesté de chinetoques, superficiel, grossier, matérialiste, étouffant ? 
- Vous savez pourquoi ? Parce qu'il grouille de vie, nuit et jour. Il en déborde. Les gens courent dans tous les sens pour gagner leur croûte, personne n'a le temps de rester assis à gémir. L'Angleterre est au Vallium, l'Amérique au Prozac. Ici, les gens se comportent encore en êtres humains. Il y a de la jeunesse, de l'ambition, de l'énergie. Quatre-vingts pour cent de la population ont moins de trente ans.
Même si on a plutôt mis en avant dans ce billet le côté historique, voilà bien un polar «tous publics» et de quoi renforcer l'idée d'une petite escale à l'occasion d'un futur voyage ...<

Pour celles et ceux qui aiment découvrir les «charmes» de l'Orient. 
L'avis (que l'on partage) de Jean-Marc.

Bouquin : Typhon sur Hong-Kong

La menace du dragon chinois.

Scoop inédit : ce qu'il y a de bien avec les polars, c’est qu’ils permettent de voyager facilement et de découvrir de nouveaux pays.
Comment ça, « on se répète » ?!
On avait déjà parlé de John Burdett avec l'excellent Bangkok 8, qui comme l'indiquait le titre du billet, nous emmenait en Thaïlande.
Cette fois, l'avion atterri à Hong Kong, en 1997 à la veille de la restitution à la Chine de l'ancienne colonie britannique, vestige de la guerre de l'opium lorsque les blancs exploitaient l'immense marché chinois.
On retrouve quelques clés de lecture propres à Burdett et notamment le choc des cultures qui oppose finement des chinois de Chine ou de Hong Kong, des Britanniques et même des Américains ou des Australiens.
[...] Chan aimait l'odeur des livres chinois, subtilement différente des livres occidentaux. Pas de photos sur les couvertures, pas de racolage commercial - tout était dans le texte imprimé. C'est cela que les livres devraient toujours sentir : le papier, la reliure et les mots, pas les fanfreluches.
Ce récit (écrit en 1997 pendant les événements de Hong Kong) nous a semblé un petit peu moins maîtrisé que l'humour ravageur de Bangkok (qui date de 2003) mais les quelques passages un peu faciles (genre yacht, sexe and sun) sont vite lus au bénéfice d'un bouquin très intéressant : le rayon polars de l'année 2008 commence avec une belle surprise.
Le typhon qui menace l'île de Hong Kong au début du bouquin est rapidement oublié : ce n'est qu'une allégorie de la menace plus sérieuse, celle de la Chine à qui vont être restitués ces territoires abandonnés par les anciens colons britanniques.
[...] Chan avait lu un poème contemporain dans lequel le vent était comparé à la ruée d'un milliard d'hommes invisibles écrasant tout sur leur passage. Le poète n'avait pas besoin d'être plus précis : dans la mythologie ancienne, le vent est une manifestation du Dragon, et le trône du Dragon appartenait à l'empereur de Chine.
À deux mois de l'échéance de juin 1997, il reste six millions de secondes : une pour chacun de ces habitants de l'île qui campent devant l'antre du Dragon chinois.
[...] À cinquante kilomètres au nord vivaient 1,4 milliard d'êtres humains dont l'attention collective était rivée sur Hong Kong, deux mois avant sa restitution à la République Populaire de Chine. C'était comme vivre dans une soufflerie mentale : vous sentiez le vent d'une envie et d'une haine incontrôlables accumulées de l'autre côté de la frontière. Quelqu'un a dit que Hong Kong est un lieu emprunté vivant en sursis. Ce sursis se mesurait maintenant en heures : quinze cents pour le moment, et filant vite. Les communistes arrivaient, ils étaient presque là.
Tout cela prend des allures de fin de siècle et tout le monde s'apprête à basculer du colonialisme anglais (une « dictature éclairée » !) à la dictature tout court.
[...] En Chine, Hong Kong n'est qu'une décoration de Noël, et Noël sera bientôt fini.
Le livre a été écrit, on l'a dit, en 1997 et depuis, il s'est avéré que le dragon chinois avait finalement bien appris des leçons du capitalisme et que les erreurs du passé (notamment l'effondrement de Shanghaï après sa reconquête en 1949) n'ont pas été reproduites : dix ans après, Hong Kong continue son expansion florissante, même sous le drapeau rouge.
Mais ça l'auteur ne le savait pas encore.
Dans ce décor géo-politique soigneusement dessiné, John Burdett trame une intrigue policière riche et complexe qui entremêle argent sale (on est à Hong Kong !), triades et mafias occidentales (russes, italiens, ... il y en a pour tous les goûts), politique, drogue et même nucléaire.
La prose sans pitié de John Burdett fait souvent mouche et l'on renifle même parfois des parfums de Michael Connelly, belle référence.
Chacun en prend pour son grade : les colons britanniques finissants, les expatriés de tout poil venus s'enrichir ou s'exotiser, et bien entendu les redoutés chinois, qu'il s'agisse des cadres corrompus de l'armée populaire ou des anciens fanatiques des Gardes Rouges dont les échos des atrocités commises pendant la Révolution Culturelle résonnent encore.
Il n'y avait pas grand monde à sauver en 1997 à Hong Kong ...
[...]- Franchement je donnerais dix ans de ma vie pour rester à Hong Kong. 
- Sur ce rocher pollué, infesté de chinetoques, superficiel, grossier, matérialiste, étouffant ? 
- Vous savez pourquoi ? Parce qu'il grouille de vie, nuit et jour. Il en déborde. Les gens courent dans tous les sens pour gagner leur croûte, personne n'a le temps de rester assis à gémir. L'Angleterre est au Vallium, l'Amérique au Prozac. Ici, les gens se comportent encore en êtres humains. Il y a de la jeunesse, de l'ambition, de l'énergie. Quatre-vingts pour cent de la population ont moins de trente ans.
Même si on a plutôt mis en avant dans ce billet le côté historique, voilà bien un polar «tous publics» et de quoi renforcer l'idée d'une petite escale à l'occasion d'un futur voyage ...<

Pour celles et ceux qui aiment découvrir les «charmes» de l'Orient. 
L'avis (que l'on partage) de Jean-Marc.

jeudi 24 janvier 2008

Bouquin : Le demi-frère

L'apprentissage de la vie (bis).

Il y a quelques jours on parlait du Fabuleux destin d'Edgar Mint de l'américain Brady Udall et voici un autre roman qui lui ressemble : Le demi-frère du norvégien Lars Saabye Christensen.
Deux gros pavés qui se font écho, on l'a dit la semaine dernière : des histoires d'enfance ou d'adolescence, de belles plumes amples et généreuses, des personnages et des décors hauts en couleurs.Et, donc une ... machine à écrire qui accompagne les héros des deux bouquins. Avec cette fois le norvégien, voici l'histoire de l'adolescence de Barnum et de Fred son demi-frère, pas tout à fait désiré, c'est un euphémisme :
[...] « Je n'aurais pas dû naître. » J'attendais qu'il continue, tout en espérant intérieurement qu'il se taise. «J'ai été introduit de force à l'intérieur de maman, avait-il poursuivi à voix basse. J'aurais dû être retiré. Arraché puis balancé. Mais maman n'a rien dit avant qu'il ne soit trop tard et le docteur Schultz était trop fin soûl pour se rendre compte de mon existence.» « Comment tu le sais ? » Fred avait souri. « J'ai écouté. J'ai écouté la cour. Le grenier. Les histoires traînent partrout, Barnum. »
Des histoires qui commencent à la fin de la seconde guerre sur fond de dénonciation et de spoliation de juifs alors que les enfants de père allemand sont enlevés à leur mère norvégienne pour être confiés à d'autres familles.Avec l'époque moderne, Barnum et Fred grandissent peu à peu.
Enfin non, Barnum ne grandit pas, justement, et il va rester obsédé et tourmenté par sa petite taille.
[...] Si seulement tout pouvait ne pas avoir eu lieu, si seulement le temps pouvait être remonté, d'un seul coup, pour que tout ce qui allait de travers aille de nouveau dans le bon sens. 

[...] « C'est peut-être une punition », murmurai-je. Elle donna un coup de canne sur le plancher. « Une punition ! Et qui voudrait nous punir, Barnum ? » « Je ... Je ne sais pas », balbutiai-je. Boletta poussa un soupir. « Peut-être qu'en fin de compte la punition, c'est notre condition d'être humain. »
Entre quelques allées et venues du père fantasque de Barnum, on suit peu à peu son adolescence avec son demi-frère, gâtés ni par la vie ni par la nature, entourés de trois femmes : leur mère, Véra, la grand-mère, Boletta, un peu portée sur la bière et pendant un temps, l'arrière-grand-mère, La Vieille, ancienne actrice du muet. Trois beaux portaits de femmes, trois fortes et originales personnalités.
Le roman, touffu, foisonnant, oscille entre les différentes époques, mélangeant astucieusement passé et présent, au gré des humeurs et des échos du temps, comme pour nous aider à mieux cerner ses personnages dans leur entièreté.

Pour celles et ceux qui aiment les grandes sagas norvégiennes. 
D'autres avis sur Critiques libres ainsi que celui de Gachucha ou d'Agapanthe. 
Chimère parle de ces deux bouquins, elle aussi.

Bouquin : Le demi-frère

L'apprentissage de la vie (bis).

Il y a quelques jours on parlait du Fabuleux destin d'Edgar Mint de l'américain Brady Udall et voici un autre roman qui lui ressemble : Le demi-frère du norvégien Lars Saabye Christensen.
Deux gros pavés qui se font écho, on l'a dit la semaine dernière : des histoires d'enfance ou d'adolescence, de belles plumes amples et généreuses, des personnages et des décors hauts en couleurs.Et, donc une ... machine à écrire qui accompagne les héros des deux bouquins. Avec cette fois le norvégien, voici l'histoire de l'adolescence de Barnum et de Fred son demi-frère, pas tout à fait désiré, c'est un euphémisme :
[...] « Je n'aurais pas dû naître. » J'attendais qu'il continue, tout en espérant intérieurement qu'il se taise. «J'ai été introduit de force à l'intérieur de maman, avait-il poursuivi à voix basse. J'aurais dû être retiré. Arraché puis balancé. Mais maman n'a rien dit avant qu'il ne soit trop tard et le docteur Schultz était trop fin soûl pour se rendre compte de mon existence.» « Comment tu le sais ? » Fred avait souri. « J'ai écouté. J'ai écouté la cour. Le grenier. Les histoires traînent partrout, Barnum. »
Des histoires qui commencent à la fin de la seconde guerre sur fond de dénonciation et de spoliation de juifs alors que les enfants de père allemand sont enlevés à leur mère norvégienne pour être confiés à d'autres familles.Avec l'époque moderne, Barnum et Fred grandissent peu à peu.
Enfin non, Barnum ne grandit pas, justement, et il va rester obsédé et tourmenté par sa petite taille.
[...] Si seulement tout pouvait ne pas avoir eu lieu, si seulement le temps pouvait être remonté, d'un seul coup, pour que tout ce qui allait de travers aille de nouveau dans le bon sens. 

[...] « C'est peut-être une punition », murmurai-je. Elle donna un coup de canne sur le plancher. « Une punition ! Et qui voudrait nous punir, Barnum ? » « Je ... Je ne sais pas », balbutiai-je. Boletta poussa un soupir. « Peut-être qu'en fin de compte la punition, c'est notre condition d'être humain. »
Entre quelques allées et venues du père fantasque de Barnum, on suit peu à peu son adolescence avec son demi-frère, gâtés ni par la vie ni par la nature, entourés de trois femmes : leur mère, Véra, la grand-mère, Boletta, un peu portée sur la bière et pendant un temps, l'arrière-grand-mère, La Vieille, ancienne actrice du muet. Trois beaux portaits de femmes, trois fortes et originales personnalités.
Le roman, touffu, foisonnant, oscille entre les différentes époques, mélangeant astucieusement passé et présent, au gré des humeurs et des échos du temps, comme pour nous aider à mieux cerner ses personnages dans leur entièreté.

Pour celles et ceux qui aiment les grandes sagas norvégiennes. 
D'autres avis sur Critiques libres ainsi que celui de Gachucha ou d'Agapanthe. 
Chimère parle de ces deux bouquins, elle aussi.

mercredi 23 janvier 2008

Cinoche : Charlie's war

L'apprenti-sorcier.

Voilà bien un drôle de film que La guerre selon Charlie Wilson qui entend traiter d'un sujet grave (la guerre en Afghanistan) sur le ton de la comédie hollywoodienne.
Le mélange est étrange mais pas dénué de saveur, d'autant qu'il relate l'Histoire vraie et met en scène des personnages réels.
Charlie Wilson (Tom Hanks) est un petit sénateur texan porté sur le whisky et les jolies femmes (il «dispose» d'une nuée de secrétaires et d'assistantes toutes plus sexy les unes que les autres, ce qui nous vaut quelques scènes amusantes dans le style Charlie et ses drôles de dames ... !).
Charlie entraîne avec lui quelques déçus de la guerre froide dans une croisade pour raviver les braises de la lutte anti-communiste et fournir des armes aux rebelles afghans.
Pour que leur intitiative reste discrète, les américains essaient tout d'abord d'acheter des armes soviétiques aux égyptiens, aux israëliens, aux pakistanais, ... ce qui nous vaut quelques moments mémorables de négociation géo-politique où l'humour de Tom Hanks et du réalisateur Mike Nichols fait jeu égal avec la leçon d'Histoire. C'est savoureux.
Mais ces armes ne suffisent pas aux moudjahidin pour dégommer les hélicos russes dans leurs montagnes et il faut donc augmenter les crédits pour leur acheminer les fameux Stinger.
On connait la suite : les russes feront retraite, les américains se désintéresseront de l'Afghanistan, les talibans occuperont le terrain libéré, Ben Laden (qui était sur place) finira par créer Al Qaïda et préparera l'attentat du 11 septembre.
Comme le suggère le générique du début du film (l'ombre d'un moudjahidin se lève, armée d'un lance-roquette et ... se retourne vers la salle pour nous tirer dessus en pleine face), l'apprenti-sorcier américain a voulu jouer avec le feu et l'arroseur a été arrosé (la fable du maître zen est d'ailleurs citée dans le film).
La leçon est connue mais il n'est jamais inutile de la rappeler, ne serait-ce qu'à ceux qui étaient trop jeunes pour suivre ces événements ou à ceux qui les ont suivis de trop loin : ces événements qui nous ont fait basculer de la guerre froide finissante à la guerre terroriste moderne.
Mais Mike Nichols n'est pas aussi sérieux que Ken Loach et au chapitre de la comédie on notera la présence de Julia Roberts en riche héritière texane partie en croisade armée d'un crucifix (mais n'hésitant pas à user de ses charmes pour rallier les indécis à la noble cause divine) et surtout Philip Seymour Hoffman (déjà apprécié dans 7h58 et Truman Capote) méconnaisable en ringard de la CIA qui rêve de vengeance (on va tuer du russe !).
Relevons également cette capacité des américains à exorciser au cinéma leurs pires démons avec la vague actuelle des films sur les guerres du Proche-Orient : Lions et agneaux (l'Afghanistan, déjà) et surtout La vallée d'Elah (l'Irak).
Et pour bientôt (encore sur l'Irak) : Redacted de Brian de Palma en février et Grace is gone de James Strouse en avril.

Pour celles et ceux qui aiment les leçons d'histoire contemporaine.
L'avis plus «critique» de Cluny.

Cinoche : Charlie's war

L'apprenti-sorcier.

Voilà bien un drôle de film que La guerre selon Charlie Wilson qui entend traiter d'un sujet grave (la guerre en Afghanistan) sur le ton de la comédie hollywoodienne.
Le mélange est étrange mais pas dénué de saveur, d'autant qu'il relate l'Histoire vraie et met en scène des personnages réels.
Charlie Wilson (Tom Hanks) est un petit sénateur texan porté sur le whisky et les jolies femmes (il «dispose» d'une nuée de secrétaires et d'assistantes toutes plus sexy les unes que les autres, ce qui nous vaut quelques scènes amusantes dans le style Charlie et ses drôles de dames ... !).
Charlie entraîne avec lui quelques déçus de la guerre froide dans une croisade pour raviver les braises de la lutte anti-communiste et fournir des armes aux rebelles afghans.
Pour que leur intitiative reste discrète, les américains essaient tout d'abord d'acheter des armes soviétiques aux égyptiens, aux israëliens, aux pakistanais, ... ce qui nous vaut quelques moments mémorables de négociation géo-politique où l'humour de Tom Hanks et du réalisateur Mike Nichols fait jeu égal avec la leçon d'Histoire. C'est savoureux.
Mais ces armes ne suffisent pas aux moudjahidin pour dégommer les hélicos russes dans leurs montagnes et il faut donc augmenter les crédits pour leur acheminer les fameux Stinger.
On connait la suite : les russes feront retraite, les américains se désintéresseront de l'Afghanistan, les talibans occuperont le terrain libéré, Ben Laden (qui était sur place) finira par créer Al Qaïda et préparera l'attentat du 11 septembre.
Comme le suggère le générique du début du film (l'ombre d'un moudjahidin se lève, armée d'un lance-roquette et ... se retourne vers la salle pour nous tirer dessus en pleine face), l'apprenti-sorcier américain a voulu jouer avec le feu et l'arroseur a été arrosé (la fable du maître zen est d'ailleurs citée dans le film).
La leçon est connue mais il n'est jamais inutile de la rappeler, ne serait-ce qu'à ceux qui étaient trop jeunes pour suivre ces événements ou à ceux qui les ont suivis de trop loin : ces événements qui nous ont fait basculer de la guerre froide finissante à la guerre terroriste moderne.
Mais Mike Nichols n'est pas aussi sérieux que Ken Loach et au chapitre de la comédie on notera la présence de Julia Roberts en riche héritière texane partie en croisade armée d'un crucifix (mais n'hésitant pas à user de ses charmes pour rallier les indécis à la noble cause divine) et surtout Philip Seymour Hoffman (déjà apprécié dans 7h58 et Truman Capote) méconnaisable en ringard de la CIA qui rêve de vengeance (on va tuer du russe !).
Relevons également cette capacité des américains à exorciser au cinéma leurs pires démons avec la vague actuelle des films sur les guerres du Proche-Orient : Lions et agneaux (l'Afghanistan, déjà) et surtout La vallée d'Elah (l'Irak).
Et pour bientôt (encore sur l'Irak) : Redacted de Brian de Palma en février et Grace is gone de James Strouse en avril.

Pour celles et ceux qui aiment les leçons d'histoire contemporaine.
L'avis plus «critique» de Cluny.

mardi 22 janvier 2008

Cinoche : La graine et le mulet

Couscous poisson !

Voilà le petit film de la rentrée qui fait salle comble depuis plusieurs semaines dans les petits cinés qui ont parié (et gagné) sur lui (mais il y en a d'autres, des petits films, en cette nouvelle année 2008 !).
Adellatif Kechiche nous y dévoile sa recette du couscous au poisson : de la graine et du mulet.
Mais parmi tous les ingrédients, il ne faut surtout pas oublier une bonne et généreuse pincée de Hasfia Herzi, l'actrice qui donne la réplique (et c'est pas peu dire) au héros du film Habib Boufares (alias Slimane), viré du chantier naval de Sète et qui se met en quête de transformer une épave de cargo pour ouvrir son propre resto de couscous-poisson.
C'est un film sur la famille, celle qui gravite autour de Slimane. Une famille du sud, filmée au plus près des visages. Des visages parfois quelconques, pas spécialement beaux mais qui sous la caméra de Kechiche illuminent le grand écran.
On traîne avec plaisir au repas dominical avec cette grande tablée, et le sourire largement ouvert, on les écoute rire, parler de tout et de rien, parler la bouche pleine de couscous-poisson et on se prend à rêver de revenir dimanche prochain ...
Alors que Slimane est plutôt un taiseux, tout au long du  film ça parle, ça cause, ça gueule, ça babille, ...
C'est aussi et surtout un film sur les femmes : les ex, les nouvelles, les filles, les belles-filles et les brus, tout un essaim d'éclatantes personnalités féminines qui bruissent et brillent dans tout le film, pendant que les hommes jouent l'orchestre ou font tapisserie (ils font d'ailleurs le décor du futur bateau-restaurant) : pour ceux qui en doutaient, après en avoir été l'avenir, la femme est bien désomais le présent de l'homme, surtout de l'homme mis au rencart de l'économie libérale délocalisée.
Mais pour tout dire on a trouvé la fin un peu longuette et décevante (que vient donc faire cette histoire de mobylette volée ? à part souligner trop lourdement que Slimane poursuit un rêve inaccessible et que la vie lui est passé sous le nez ?), et de tous les petits-grands films de ce début 2008, ce n'est peut-être pas celui qu'on aura préféré (peut-être déjà victime de son succès ?) mais il vaut largement le détour.


Pour celles et ceux qui aiment les portraits de famille en gros plan. 
D'autres avis sur Critico-Blog, dont celui toujours éclairé et pertinent de Cluny.

Cinoche : La graine et le mulet

Couscous poisson !

Voilà le petit film de la rentrée qui fait salle comble depuis plusieurs semaines dans les petits cinés qui ont parié (et gagné) sur lui (mais il y en a d'autres, des petits films, en cette nouvelle année 2008 !).
Adellatif Kechiche nous y dévoile sa recette du couscous au poisson : de la graine et du mulet.
Mais parmi tous les ingrédients, il ne faut surtout pas oublier une bonne et généreuse pincée de Hasfia Herzi, l'actrice qui donne la réplique (et c'est pas peu dire) au héros du film Habib Boufares (alias Slimane), viré du chantier naval de Sète et qui se met en quête de transformer une épave de cargo pour ouvrir son propre resto de couscous-poisson.
C'est un film sur la famille, celle qui gravite autour de Slimane. Une famille du sud, filmée au plus près des visages. Des visages parfois quelconques, pas spécialement beaux mais qui sous la caméra de Kechiche illuminent le grand écran.
On traîne avec plaisir au repas dominical avec cette grande tablée, et le sourire largement ouvert, on les écoute rire, parler de tout et de rien, parler la bouche pleine de couscous-poisson et on se prend à rêver de revenir dimanche prochain ...
Alors que Slimane est plutôt un taiseux, tout au long du  film ça parle, ça cause, ça gueule, ça babille, ...
C'est aussi et surtout un film sur les femmes : les ex, les nouvelles, les filles, les belles-filles et les brus, tout un essaim d'éclatantes personnalités féminines qui bruissent et brillent dans tout le film, pendant que les hommes jouent l'orchestre ou font tapisserie (ils font d'ailleurs le décor du futur bateau-restaurant) : pour ceux qui en doutaient, après en avoir été l'avenir, la femme est bien désomais le présent de l'homme, surtout de l'homme mis au rencart de l'économie libérale délocalisée.
Mais pour tout dire on a trouvé la fin un peu longuette et décevante (que vient donc faire cette histoire de mobylette volée ? à part souligner trop lourdement que Slimane poursuit un rêve inaccessible et que la vie lui est passé sous le nez ?), et de tous les petits-grands films de ce début 2008, ce n'est peut-être pas celui qu'on aura préféré (peut-être déjà victime de son succès ?) mais il vaut largement le détour.


Pour celles et ceux qui aiment les portraits de famille en gros plan. 
D'autres avis sur Critico-Blog, dont celui toujours éclairé et pertinent de Cluny.

lundi 21 janvier 2008

Miousik :Morley

Bonne pioche !

Intrigué par une pub dans les couloirs du métro, voici BMR de retour d'une bonne pêche sur FnacMusic avec Morley, une song-writer (comme on dit) de New-York.
La dame est en concert à La Maroquinerie ce mercredi 23 et vient de sortir un album début janvier, c'est dire si ce blog est à la pointe de l'actu miousikale .

Cette chanteuse en est déjà à son deuxième album.
Le premier, Days like these, reste très folk.
Le second, Seen, tout récent, nous a beaucoup plu : métissé d'influences variées, plus soul, presque Rn'B, le son est plutôt original et les chansons pleines de douceur.
Presque tout est bon dans ce disque très homogène et c'est suffisamment rare pour être signalé.

Assez causé, écoutons  :
- la douceur de Somebody New ...
- le swing de  Say what I know...
- et le rythme de Call on me ..

Miousik :Morley

Bonne pioche !

Intrigué par une pub dans les couloirs du métro, voici BMR de retour d'une bonne pêche sur FnacMusic avec Morley, une song-writer (comme on dit) de New-York.
La dame est en concert à La Maroquinerie ce mercredi 23 et vient de sortir un album début janvier, c'est dire si ce blog est à la pointe de l'actu miousikale .

Cette chanteuse en est déjà à son deuxième album.
Le premier, Days like these, reste très folk.
Le second, Seen, tout récent, nous a beaucoup plu : métissé d'influences variées, plus soul, presque Rn'B, le son est plutôt original et les chansons pleines de douceur.
Presque tout est bon dans ce disque très homogène et c'est suffisamment rare pour être signalé.

Assez causé, écoutons  :
- la douceur de Somebody New ...
- le swing de  Say what I know...
- et le rythme de Call on me ..

mardi 15 janvier 2008

Bouquin : Le destin miraculeux d'Edgar Mint

L'apprentissage de la vie.

Hasard des coïncidences, nous voici en ce changement d'année avec deux pavés bien semblables : - aujourd'hui, Le destin miraculeux d'Edgard Mint de Brady Udall
- et Le demi-frère de Lars Saabye Christensen dont on parle aussi.
Deux gros pavés qui se ressemblent à plus d'un titre : tous deux racontent des histoires d'enfance ou d'adolescence, tous deux sont issus de belles plumes amples et généreuses, tous deux campent des personnages et des décors hauts en couleurs.
Et, plus surprenant, les héros des deux bouquins sont tous deux accompagnés d'une ... machine à écrire.
D'habitude on n'est pas trop fan des histoires de gosses, mais ces deux auteurs n'écrivent pas comme s'ils avaient 13 ans et ils ont depuis bien longtemps oublié la naïveté de l'époque où ils n'avaient pas encore de poils au menton : c'est de la vraie littérature, pour adultes, c'est dur et c'est fort.
Brady Udall, on connait déjà : on l'avait découvert récemment avec quelques nouvelles qui valaient le détour et étaient même montées sur le podium du Best-of 2007. Revoici donc cet auteur avec un gros roman et toujours un art très abouti de camper toute une histoire en quelques lignes :
[...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris
l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.
Et on n'est là qu'à ... la première page du bouquin ! Un roman ample, foisonnant, débordant d'imagination, de drôlerie, de tendresse mais aussi de dureté, qui raconte l'histoire d'Edgar, un gosse à moitié abandonné (disons plutôt aux trois-quarts abandonné) qui fera le dur apprentissage des choses de la vie.
Un gosse «cabossé» (à sept ans, la jeep du facteur lui roule sur la tête) comme tous les personnages perdus dans cet ouest américain et qui vont l'accompagner pendant un bout de chemin, jusqu'à ce qu'Edgar retrouve la paix dans sa tête malmenée.
Edgar, c'est aussi un demi-Apache et l'on retrouve donc dans cette histoire quelques échos aux histoires d'indiens de Tony Hillerman dont on parlait il y a peu.Enfin, Brady Udall est mormon et si cela ne transparaissait guère dans ses nouvelles, ici, quelques chapitres pleins de tendre ironie font la part belle à une famille de l'Utah qui reccueille le jeune Edgar.
Mais au fil des nombreuses pages, le roman est peut-être un peu répétitif et, s'il s'agit d'une première découverte de Brady Udall, on préférera les petites nouvelles plus percutantes de Lâchons les chiens.

Pour celles et ceux qui aiment les grandes fresques américaines. 
D'autres avis sur Critiques libres 
Chimère parle de ces deux bouquins, elle aussi.

Bouquin : Le destin miraculeux d'Edgar Mint

L'apprentissage de la vie.

Hasard des coïncidences, nous voici en ce changement d'année avec deux pavés bien semblables : - aujourd'hui, Le destin miraculeux d'Edgard Mint de Brady Udall
- et Le demi-frère de Lars Saabye Christensen dont on parle aussi.
Deux gros pavés qui se ressemblent à plus d'un titre : tous deux racontent des histoires d'enfance ou d'adolescence, tous deux sont issus de belles plumes amples et généreuses, tous deux campent des personnages et des décors hauts en couleurs.
Et, plus surprenant, les héros des deux bouquins sont tous deux accompagnés d'une ... machine à écrire.
D'habitude on n'est pas trop fan des histoires de gosses, mais ces deux auteurs n'écrivent pas comme s'ils avaient 13 ans et ils ont depuis bien longtemps oublié la naïveté de l'époque où ils n'avaient pas encore de poils au menton : c'est de la vraie littérature, pour adultes, c'est dur et c'est fort.
Brady Udall, on connait déjà : on l'avait découvert récemment avec quelques nouvelles qui valaient le détour et étaient même montées sur le podium du Best-of 2007. Revoici donc cet auteur avec un gros roman et toujours un art très abouti de camper toute une histoire en quelques lignes :
[...] Dans le jardin de devant se dressait, squelette calciné, un vieux peuplier frappé par la foudre qui n'offait pratiquement pas d'ombre jusqu'à ce que ma mère ait pris
l'habitude d'accrocher des boîtes de bière aux branches noircies à l'aide de fil de pêche. Les centaines de canettes, auxquelles une bonne douzaine venait chaque jour s'ajouter, tintaient doucement quand la brise se levait, mais elles ne contribuaient guère à donner de la fraîcheur à la maison.
Et on n'est là qu'à ... la première page du bouquin ! Un roman ample, foisonnant, débordant d'imagination, de drôlerie, de tendresse mais aussi de dureté, qui raconte l'histoire d'Edgar, un gosse à moitié abandonné (disons plutôt aux trois-quarts abandonné) qui fera le dur apprentissage des choses de la vie.
Un gosse «cabossé» (à sept ans, la jeep du facteur lui roule sur la tête) comme tous les personnages perdus dans cet ouest américain et qui vont l'accompagner pendant un bout de chemin, jusqu'à ce qu'Edgar retrouve la paix dans sa tête malmenée.
Edgar, c'est aussi un demi-Apache et l'on retrouve donc dans cette histoire quelques échos aux histoires d'indiens de Tony Hillerman dont on parlait il y a peu.Enfin, Brady Udall est mormon et si cela ne transparaissait guère dans ses nouvelles, ici, quelques chapitres pleins de tendre ironie font la part belle à une famille de l'Utah qui reccueille le jeune Edgar.
Mais au fil des nombreuses pages, le roman est peut-être un peu répétitif et, s'il s'agit d'une première découverte de Brady Udall, on préférera les petites nouvelles plus percutantes de Lâchons les chiens.

Pour celles et ceux qui aiment les grandes fresques américaines. 
D'autres avis sur Critiques libres 
Chimère parle de ces deux bouquins, elle aussi.

lundi 14 janvier 2008

Cinoche : Shotgun stories

V pour Vendetta.

Attention, un titre peut cacher un film : Shotgun Stories n'est pas une fusillade de Tarentino ou de Hong-Kong  mais un film contemplatif de Jeff Nichols.
À England, Arkansas, petite bourgade US de 3.000 âmes errantes, perdue au milieu des champs de cotons on s'ennuie ferme et on regarde les couchers de soleil en buvant des bières sur la véranda et en écoutant le bruit lancinant des trucks sur la grande route.
Les images sont superbes, un véritable album photos, mais l'ennuie colle aux boots ...
Les 3 frères Hayes traînent dans la chaleur de l'été et tournent en rond sans avenir : l'un campe dans le jardin, l'autre vit dans un van dont il répare l'autoradio, l'aîné bosse un peu dans une ferme d'élevage (et ces images de pêche sont les plus belles du film).
Ces 3 frères qui, merci maman, ont grandi dans la haine de leur père qui les abandonnés, sont tellement accrochés les uns aux autres que les femmes ont bien du mal à se faire une place entre eux.
Sauf que le père en question a essaimé un peu plus loin une autre fratrie élevée, celle-ci, dans l'amour du prochain et du Seigneur.
Tout ça, on s'en doute, va se gâter à la mort et à l'enterrement du père des uns et des autres.
C'est l'engrenage, et peu à peu, la violence et la tension montent.
Les mots (mais il y a peu de mots dans une région comme celle-là), puis les poings et enfin les armes.
On se croirait dans une version moderne d'un roman de Thomas Savage.
Le tout aiguillonné par une espèce de diablotin improbable, Shampoo (celui assis sur la voiture sur l'affiche), qui s'occupe de verser de l'huile sur le feu dès que c'est inutile et d'apprendre aux uns ou aux autres ce qu'ils n'avaient surtout pas besoin de savoir.
Le bain de sang n'est pas loin et on serre les fesses.
Mais c'est sans compter sur l'astuce de Jeff Nichols et de son scénario.
Quelques morts plus loin (quand même !), la vie ennuyeuse de England, Arkansas, reprend son rythme lent, comme une chanson de country (belle musique), et l'on se remet à regarder les couchers de soleil en buvant des canettes.
S'est-il vraiment passer quelque chose dans ce trou perdu cet été là ?


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille. 
D'autres avis sur Critico-Blog.

Cinoche : Shotgun stories

V pour Vendetta.

Attention, un titre peut cacher un film : Shotgun Stories n'est pas une fusillade de Tarentino ou de Hong-Kong  mais un film contemplatif de Jeff Nichols.
À England, Arkansas, petite bourgade US de 3.000 âmes errantes, perdue au milieu des champs de cotons on s'ennuie ferme et on regarde les couchers de soleil en buvant des bières sur la véranda et en écoutant le bruit lancinant des trucks sur la grande route.
Les images sont superbes, un véritable album photos, mais l'ennuie colle aux boots ...
Les 3 frères Hayes traînent dans la chaleur de l'été et tournent en rond sans avenir : l'un campe dans le jardin, l'autre vit dans un van dont il répare l'autoradio, l'aîné bosse un peu dans une ferme d'élevage (et ces images de pêche sont les plus belles du film).
Ces 3 frères qui, merci maman, ont grandi dans la haine de leur père qui les abandonnés, sont tellement accrochés les uns aux autres que les femmes ont bien du mal à se faire une place entre eux.
Sauf que le père en question a essaimé un peu plus loin une autre fratrie élevée, celle-ci, dans l'amour du prochain et du Seigneur.
Tout ça, on s'en doute, va se gâter à la mort et à l'enterrement du père des uns et des autres.
C'est l'engrenage, et peu à peu, la violence et la tension montent.
Les mots (mais il y a peu de mots dans une région comme celle-là), puis les poings et enfin les armes.
On se croirait dans une version moderne d'un roman de Thomas Savage.
Le tout aiguillonné par une espèce de diablotin improbable, Shampoo (celui assis sur la voiture sur l'affiche), qui s'occupe de verser de l'huile sur le feu dès que c'est inutile et d'apprendre aux uns ou aux autres ce qu'ils n'avaient surtout pas besoin de savoir.
Le bain de sang n'est pas loin et on serre les fesses.
Mais c'est sans compter sur l'astuce de Jeff Nichols et de son scénario.
Quelques morts plus loin (quand même !), la vie ennuyeuse de England, Arkansas, reprend son rythme lent, comme une chanson de country (belle musique), et l'on se remet à regarder les couchers de soleil en buvant des canettes.
S'est-il vraiment passer quelque chose dans ce trou perdu cet été là ?


Pour celles et ceux qui aiment les histoires de famille. 
D'autres avis sur Critico-Blog.

vendredi 11 janvier 2008

Bouquin : Toxic blues

Et une autre Guinness, une !

Il y a quelques semaines (mais c'était déjà l'an passé), on avait bien aimé (BMR surtout) Ken Bruen et Delirium Tremens, alors on s'était promis de retourner en Irlande avec son ivrogne de détective : Jack Taylor.
Cette fois c'est Toxic Blues.
Et le bouquin porte bien son titre car, non content d'être imbibé d'alcool à longueur de pages, Jack Taylor est cette fois accro aux drogues dures.
Sans doute avons-nous lu cette deuxième enquête trop tôt après la première : les vapeurs d'alcool ne s'étaient pas encore dissipées et on avait encore la gueule de bois.
Et du coup on a moins apprécié ce second épisode : l'ami Jack en fait vraiment un peu trop.
Bien sûr on retrouve l'essentiel de Ken Bruen et sa marque de fabrique : une intrigue très mince mais bien ancrée dans son Irlande à lui, prétexte à une belle galerie de personnages qui tournent autour de son détective, amateur d'alcools et d'autres substances, de bagarres, de justice rendue un peu n'importe comment, de bouquins et de musique.

[...] Je ne savais pas du tout comment avoir Ronald Bryson.  Le buter était la solution la plus séduisante. Mais pour ça, il me fallait une putain de preuve. Bien sûr, je pouvais toujours dire une prière, mais je ne m'y fiais pas beaucoup. Quel que soit le cours des choses, je ne croyais pas du tout que la religion m'aiderait à coincer ce fumier. Alors j'ai fait ce que je fais quand je suis dans une impasse : j'ai lu. Appelez ça une fuite, si vous voulez. Moi, j'appelle ça la paix.
L'enquête tourne autour des tinkers (littéralement, les rétameurs), qui sont un peu à l'Irlande ce que sont les gitans au continent : des gens du voyage (même s'ils sont irlandais pure souche), anciens colporteurs, anciens métayers, expulsés et rejetés de partout, et qui, cette année à Galway semblent assassinés un peu plus souvent qu'à leur tour ...
Jean-Marc Lahérerre parle du dernier bouquin de Ken Bruen, Le dramaturge (Télérama aussi), où l'ami Jack semble s'être un peu assagi : peut-être tenterons nous un autre voyage à Galway un peu plus tard.
Mais que cela ne vous empêche pas de découvrir l'Irlande de Jack Taylor avec le volume précédent : Delirium Tremens.

Pour celles et ceux qui aiment la bière, le whiskey et cette fois, la coke. 
D'autres avis comme celui de Gachucha sur Critiques libres.

Bouquin : Toxic blues

Et une autre Guinness, une !

Il y a quelques semaines (mais c'était déjà l'an passé), on avait bien aimé (BMR surtout) Ken Bruen et Delirium Tremens, alors on s'était promis de retourner en Irlande avec son ivrogne de détective : Jack Taylor.
Cette fois c'est Toxic Blues.
Et le bouquin porte bien son titre car, non content d'être imbibé d'alcool à longueur de pages, Jack Taylor est cette fois accro aux drogues dures.
Sans doute avons-nous lu cette deuxième enquête trop tôt après la première : les vapeurs d'alcool ne s'étaient pas encore dissipées et on avait encore la gueule de bois.
Et du coup on a moins apprécié ce second épisode : l'ami Jack en fait vraiment un peu trop.
Bien sûr on retrouve l'essentiel de Ken Bruen et sa marque de fabrique : une intrigue très mince mais bien ancrée dans son Irlande à lui, prétexte à une belle galerie de personnages qui tournent autour de son détective, amateur d'alcools et d'autres substances, de bagarres, de justice rendue un peu n'importe comment, de bouquins et de musique.

[...] Je ne savais pas du tout comment avoir Ronald Bryson.  Le buter était la solution la plus séduisante. Mais pour ça, il me fallait une putain de preuve. Bien sûr, je pouvais toujours dire une prière, mais je ne m'y fiais pas beaucoup. Quel que soit le cours des choses, je ne croyais pas du tout que la religion m'aiderait à coincer ce fumier. Alors j'ai fait ce que je fais quand je suis dans une impasse : j'ai lu. Appelez ça une fuite, si vous voulez. Moi, j'appelle ça la paix.
L'enquête tourne autour des tinkers (littéralement, les rétameurs), qui sont un peu à l'Irlande ce que sont les gitans au continent : des gens du voyage (même s'ils sont irlandais pure souche), anciens colporteurs, anciens métayers, expulsés et rejetés de partout, et qui, cette année à Galway semblent assassinés un peu plus souvent qu'à leur tour ...
Jean-Marc Lahérerre parle du dernier bouquin de Ken Bruen, Le dramaturge (Télérama aussi), où l'ami Jack semble s'être un peu assagi : peut-être tenterons nous un autre voyage à Galway un peu plus tard.
Mais que cela ne vous empêche pas de découvrir l'Irlande de Jack Taylor avec le volume précédent : Delirium Tremens.

Pour celles et ceux qui aiment la bière, le whiskey et cette fois, la coke. 
D'autres avis comme celui de Gachucha sur Critiques libres.