jeudi 7 mai 2020

Bouquin : Un travail à finir

[...] Meurtre dans une maison de retraite.

Agréable découverte que ce polar écrit à quatre mains et deux cerveaux par le vosgien Eric Damien et l’espagnole Teresa Todenhoefer qui vivent tous deux en Allemagne.
Un travail à finir se déroule à Nancy (le bar Au grand sérieux existe pour de vrai dans la vraie vie) et nous permet de découvrir un flic que l’on aura plaisir à suivre de nouveau (chic, d’autres épisodes sont déjà parus) : Andreani, partagé entre jazz et musique classique, désabusé mais pas trop alcoolisé, un dinosaure plus vraiment de son époque, épaulé par le seul collègue capable de supporter ses mauvaises humeurs et ses écarts de conduite.
Pour ce numéro, les auteurs ont choisi de rouvrir quelques plaies mal refermées après la Guerre d’Algérie.
Soixante après, les survivants de l’époque sont en maison de retraite et commencent à quitter la scène.
Certains pas vraiment de leur plein gré ...
[...] Le fait certain, c’est qu’il y avait eu homicide. Meurtre dans une maison de retraite. Un bon titre pour un roman d’Agatha Christie. 
Lourdier, le vieillard que l’on a décédé s’avère bien étrange : d’étranges tatouages et pas de numéro de sécu, depuis 1958 il n’existe pas ou plus.
Voilà de quoi exciter la curiosité d’Andréani alerté par sa fille qui travaillait à la maison de retraite.
[...] Lourdier était passé du statut de pensionnaire d’une maison de retraite décédé accidentellement à celui d’ancien militaire condamné qui avait disparu dans la nature pendant plus de cinquante ans.
[...] On ne disparaît pas pendant plus de cinquante ans sans une bonne raison.
[...] Les fantômes du passé refaisaient surface, et nul n’avait envie de ressortir les cadavres du placard où ils prenaient la poussière depuis des décennies.
[...] – Une vengeance ? – Pourquoi pas ? – Soixante ans plus tard... Je sais que c’est un plat qui se mange froid, mais là... 
Qui donc ruminait sa vengeance depuis soixante ans ?
Quels crimes avaient commis Lourdier en Algérie ?
Pourquoi son dossier militaire est-il toujours classé secret défense après si longtemps ?
On suit Andreani dans cette enquête difficile qui nous fera (re)découvrir les côtés sombres de notre Histoire et ses ramifications longtemps après les accords d’Evian.
Un polar plutôt intimiste et pas tape-à-l’œil, à l’ancienne pourrait-on dire.
Des personnages réussis, une intrigue captivante, une lecture agréable avec un dénouement étonnant, peu commun dans le monde du polar, mais parfaitement maîtrisé par les deux auteurs.
On repassera par Nancy très bientôt.

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire contemporaine.
D’autres avis sur Bibliosurf.

samedi 2 mai 2020

Bouquin : La peste


[...] Fermez la ville.


La peste d’Albert Camus.
C’était évidemment LE livre à lire ou relire en cette période.
Mais au-delà de l’opportunisme de circonstance, ce classique réserve au lecteur deux excellentes surprises.
En premier lieu, la redécouverte d’une écriture résolument moderne qui n’a pas pris une ride depuis 1947.
Le ton neutre et un détachement critique font de ce récit une chronique presque journalistique des événements d’Oran (Camus s’est inspiré de petites épidémies de peste qui ont eu effectivement lieu à Oran et Alger dans les années 40).
Et puis, il y a bien sûr le sujet.
L’auteur lui-même ne s’est pas caché d’une certaine analogie avec la peste brune apportée par les nazis, même s’il entend bien dépasser cette allégorie pour dépeindre la condition humaine face à l’épidémie qui met chaque homme devant responsabilités à l’heure des choix.
Mais aujourd’hui, le récit entre en résonance parfaite avec le confinement que nous vivons.
Et cela d’autant plus si l’on veut bien se rappeler quelques dérives de l’Histoire : les délations pour dénoncer son voisin, les laissez-passer et les couvre-feu, les patrouilles, ...
Même si les causes de la peste brune (d’origine bien humaine celle-là) et celles de la pandémie actuelle sont fondamentalement différentes.
[...] Pendant quelques jours on compta une dizaine de morts seulement. Puis tout d’un coup, elle remonta en flèche. Le jour où le chiffre des morts atteignit de nouveau la trentaine, Bernard Rieux regardait la dépêche officielle que le préfet lui avait tendue en disant : « Ils ont eu peur. » La dépêche portait : « Déclarez l’état de peste. Fermez la ville. »
[...] Les journaux publièrent des décrets qui renouvelaient l’interdiction de sortir et menaçaient de peines de prison les contrevenants. Des patrouilles parcoururent la ville.
[...] La plupart étaient surtout sensibles à ce qui dérangeait leurs habitudes ou atteignait leurs intérêts. Ils en étaient agacés ou irrités et ce ne sont pas là des sentiments qu’on puisse opposer à la peste. Leur première réaction, par exemple, fut d’incriminer l’administration. 
Autant de bonnes raisons de relire ce classique malheureusement pas démodé.

Pour celles et ceux qui aiment les grands classiques.
L'article du Monde sur le regain de popularité de ce roman en temps de pandémie.

vendredi 1 mai 2020

Bouquin : Le disparu du Mékong

[...] Tout avait foiré.

Un écrivain français jusqu’ici inconnu de nos services : Marc Charuel et un thriller Le disparu du Mékong.
Charuel nous emmène au Vietnam, à Ho Chi Minh City pour être précis (l’ancienne Saïgon) et on avait fort envie de retrouver pour quelques pages, le marché Bên Thành ou la rue Đông Khởi.
D’autant que l’intrigue ressemblait fort à une version asiatique du Bureau des Légendes : un agent français a disparu de Saïgon sans explications (enlevé ? par qui ?) et la DGSE envoie un autre agent à sa recherche.
Un journaliste utilisé en free-lance par les barbouzes du boulevard Mortier, un reporter de guerre qui, dans sa jeunesse, avait couvert la fin de guerre américaine.
Une sorte de double de Marc Charuel lui-même, parti à la chasse aux souvenirs indochinois.
Las, le disparu reste introuvable et tout le monde tourne en rond à sa recherche : DGSE, services secrets viets, CIA, espions chinois.
[...] Tout avait foiré. Les emmerdements s’accumulaient. 
L’intrigue s’emberlificote à loisir : un troisième agent est envoyé par la DGSE pour éliminer les deux premiers !
[...] De mémoire, jamais un agent en fuite n’avait été certainement autant traqué. Les Français, les Chinois, les Viêts et les Américains… Ça faisait beaucoup !
[...] Ça faisait depuis quelques jours un sacré paquet de macchabées dans le coin : un agent du TC2, des opposants au régime, un journaliste japonais, le représentant de la CIA et maintenant un diplomate français ! 
Qu’avait donc découvert le disparu pour mettre ainsi en émoi tout le petit monde du renseignement ?
Que traficotent les chinois et certains vietnamiens, officiellement ennemis héréditaires ?
[...] Oui, l’ennemi. Héréditaire. Nous avons mis cent ans à nous débarrasser des Français. Une dizaine des Américains, mais mille des Chinois. Et les voilà qui reviennent. 
Malheureusement, l’écriture de Charuel est aussi brouillée et approximative que son intrigue. Tout cela manque de tenue, la forme comme le fond, et on s’agace même des grossièretés viriles à répétition.
Reste une petite visite rapide du Vietnam et de la situation actuelle.

Pour celles et ceux qui aiment le Vietnam.