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vendredi 12 mars 2021

Negra Soledad (Ramòn Dìaz Eterovic)

[...] – Faites vos bagages et retournez à Santiago.

Encore des retrouvailles, cette fois avec le chilien Ramòn Dìaz Eterovic qui nous avait régalé avec les enquêtes de son détective privé Heredia, l'amateur de courses hippiques qui dialogue avec son chat Simenon [clic].
Nous revoici donc à Santiago où Heredia se retrouve à enquêter sur l'assassinat d'un ami d'enfance, un avocat qui avait mis son nez là où il ne fallait pas.
Manifestement il ne fait pas bon fouiller dans les affaires d'un trust minier en train d'empoisonner toute une vallée ...
[...] - Nous n'avons pas pu empêcher la construction du barrage, mais nous avons l'espoir d'obtenir l'arrêt de son exploitation ou au moins l'adoption de mesures de sécurité. Nous avons demandé l'ouverture d'une procédure au sujet des eaux polluées et la construction d'un mur de protection entre le barrage et le village. Ce serait un moyen d'éviter que les déchets nous tombent dessus en cas d'infiltrations ou de fissures.
Heredia va donc enquêter sur ce meurtre et les nervis de la compagnie minière. Une enquête patiente et laborieuse pour découvrir une vérité bien protégée.
[...] - Je vais vous donner un bon conseil. Faites vos bagages et retournez à Santiago.
Mais il en faut plus pour désarmer la ténacité bougonne de l'ami Heredia.
[...] C'était mon travail, comme me l'avait dit un policier en retraite : il n'y a pas de crimes parfaits, juste de mauvaises enquêtes ou de mauvais détectives.
Dans cet épisode Heredia semble bien contrarié : l'enquête piétine, les suspects défilent, la vérité se dérobe. Même les affaires de cœur de notre détective tournent en rond.
[...] - Je suis de mauvaise humeur aujourd'hui.
- Ça se voit de loin. Méfiez-vous don. Vous êtes en train de devenir un vieux ronchon.
Et peu à peu la mauvaise humeur d'Heredia semble contaminer le lecteur : l'enquête piétine, le sujet écolo n'est pas des plus nouveaux, et l'on finit par s'ennuyer quelque peu.
Assurément ce n'est pas le meilleur épisode et l'on ne peut que vous conseiller les précédents.

Pour celles et ceux qui aiment les enquêtes écolos.
D’autres avis sur Bibliosurf.

mercredi 2 octobre 2013

Le deuxième vœu (Ramon Diaz Eterovic)


Au nom du père.

Dans la série : les bons bouquins lus cet été

Rappelez-vous [clic], c'est Le Monde et Jean-Marc qui nous avaient fait découvrir l'auteur chilien de polars : Ramón Díaz Eterovic.
Après La couleur de la peau, voici donc Le deuxième vœu.
Et un auteur de polar à ranger définitivement aux côtés des meilleurs : Indridason, Nesbo, Mankell, ...
Avec en prime, ce petit côté chilien qui nous éloigne agréablement des rivages nordiques devenus trop fréquentés.
Ce deuxième épisode possède le charme inégalé des bonnes séries : on connait mieux désormais le détective Heredia, un privé vieillissant et attachant aux finances erratiques, son chat Simenon, un bavard impénitent aux aphorismes philosophiques, et leur ami Anselmo, un vendeur de journaux bienveillant aux fructueux paris hippiques, ...  nous voici de nouveau en excellente compagnie, presqu'en famille. Exactement ce qu'il fallait pour confirmer le coup de cœur.
On apprécie la lenteur nonchalante des enquêtes de don Heredia qui se lève rarement avant midi et se couche encore plus rarement avant minuit. Ses lectures et ses bars. Ses nombreuses picoles mémorables ou ses plus rares conquêtes féminines.
Le deuxième vœu dont il est question ici, c'est celui de retrouver un père.
Car Heredia va mener une double enquête : d'un côté, un client qui veut retrouver un père qui semble fuir mystérieusement, d'une maison de retraite à une autre. De l'autre, Heredia qui découvre des vieilles photos qui le mettent sur la piste de son propre paternel (Heredia a grandi à l'orphelinat).
Ce qui nous vaudra encore quelques dialogues surréalistes avec le chat Simenon, comme par exemple ici lorsque le client pressé s’impatiente au téléphone :

J’ai fini ma bière et je me suis mis à la fenêtre pour voir passer la vie.
– Si je ne m’abuse, c’est la première fois qu’un client met un terme à ta collaboration avant d’avoir reçu le rapport final, a dit Simenon.
– Il y a toujours une première fois, fouinard de chat. Si tu continues, tu vas prendre ton envol pour le septième étage.
– Ce n’est pas une critique, je me contente de faire appel aux statistiques.
– Gabriel Servilo doit se trouver quelque part dans cette ville, ai-je dit en scrutant l’horizon. Même si Julio Servilo n’y tient pas, je vais continuer à le chercher.
– Ton père aussi, tu dois continuer à le chercher. Ou est-ce que tu comptes passer le reste de ta vie appuyé sur le rebord de la fenêtre ?

Comme tout bon auteur de polar un peu désabusé, Ramòn Dìaz Eterovic a entrepris d'explorer les zones d'ombre de la société contemporaine : après le racisme chilien qui servait de décor à La couleur de la peau, cette double enquête du Deuxième vœu va nous mener sur les traces de ceux qui exploitent la misère du troisième âge, allant jusqu'à rançonner les petits vieux pour faire main basse sur leurs pensions.
Comme d'habitude, les enquêtes policières ne sont ici qu'un prétexte à peine nécessaire : prétexte à côtoyer pendant quelques pages Heredia et ses amis, à découvrir quelque face cachée de notre société, à parcourir les rues de Santiago. En somme, un prétexte pour passer un agréable et intelligent moment.
Ramòn Dìaz Eterovic est assurément la découverte polar de cette année 2013.
Même s'il ne faut pas trop abuser des bonnes choses, on attend avec impatience la suite des enquêtes de don Heredia : Les sept fils de Simenon sont déjà dans la pile à lire ...


D'autres avis sur Babelio. Et celui de Jean-Marc.


samedi 18 mai 2013

La couleur de la peau (Ramon Diaz Eterovic)

Direction le Chili en classe polar.

Un polar chilien ! Belle occasion de compléter le tour du monde en classe polar …
D’autant que l’affiche nous promet un détective privé (Heredia) amateur de littérature et un chat nommé Simenon. Un chat qui parle en plus.
Le voyage est effectivement très sympa et l’auteur, Ramón Díaz-Eterovic, sait nous plonger dans l’ambiance des quartiers de Santiago.
L’auteur est annoncé comme le Maigret chilien (d’où le chat Simenon) mais on pense plutôt à Montalban, un autre hispanique.
Un polar bien sympathique dans les pas d’un privé cool et pas prise de tête.

[…] – Les liquides sont mes seuls vices, tu le sais bien.
– Et aussi les courses de chevaux.
– Ça, c’est plutôt du sport.
– Et les femmes.
– Des clins d’œil du destin.
– Sans oublier les citations pêchées dans vos bouquins.
– Un moyen de m’expliquer la vie.
– Si je ne vous connaissais pas aussi bien, je dirais que vous êtes un saint.

Et les dialogues imaginaires avec le chat sont assez savoureux et fournissent un second degré plein d’autodérision.

[…] Ce sont les miaulements de Simenon qui m’ont réveillé. Allongé sur mon oreiller, tout près de ma tête, le chat attendait que mon corps fatigué par une nuit blanche revienne à la vie par ses propres moyens. Il a gentiment passé sa patte sur mes cheveux. Le soleil maussade de l’après-midi entrait par la fenêtre et j’ai senti dans mon estomac un furieux besoin de café et de tartines.
– Tu as vu l’heure ? La Péruvienne t’a ramolli le cerveau. Qu’est-ce que tu espères ?
– Rien. Je n’espère rien. J’étais seul et elle est arrivée en rêvant d’être ailleurs. C’était juste un petit moment de tendresse, une autre manière de passer le cap de la nuit.
– Ta naïveté est touchante. Hier, deux hommes sont venus pendant ton absence, je les ai entendus marmonner devant l’entrée. Ils ont glissé des lettres sous la porte. Tu as dû perdre deux clients.
– Les notes que j’ai trouvées ce matin le confirment. Il y avait aussi quelques grossièretés mais je ne les répèterai pas pour ne pas blesser tes oreilles, fouille merde de chat.
– Que penses-tu faire ?
– J’ai gagné assez d’argent aux courses pour payer mes vices et les tiens.
– Je faisais allusion au Péruvien et non pas à tes maigres revenus.

Mais le bouquin s’appelle La couleur de la peau et l’histoire est donc bien moins sympathique : une plongée dans un Santiago où les immigrés péruviens n’ont rien à envier à nos africains … et où le racisme des chiliens peut rivaliser avec le notre.

[…] En revenant vers mon bureau je me suis arrêté devant un mur sur lequel quelqu’un avait écrit : “Dehors, les Péruviens.”
J’avais déjà lu ce genre de graffiti, ils accusaient les Péruviens de faire entrer la tuberculose au Chili, d’augmenter la délinquance ou de priver les Chiliens de leur travail.
Certains étaient anonymes, d’autres signés par des groupes néonazis qui exprimaient tous les jours leur nationalisme odieux sur les murs du quartier dans l’indifférence générale.
Rien de nouveau sinon la stupidité vieille comme le monde de croire qu’un nom, la grosseur d’un porte feuille ou la race fait de vous un être supérieur.

C’est Le Monde des livres qui nous avait fait la promo du billet d‘avion pour le Chili et Jean-Marc en parle aussi.
Et il existe d’autres enquêtes du privé Heredia comme Le deuxième vœu.

(1) - lors de notre voyage en Bolivie avec une incursion en territoire chilien on avait pu nous même, constater que les boliviens qui nous accompagnaient n’étaient pas les bienvenus au Chili


Pour celles et ceux qui aiment les chats.
D’autres avis et d‘autres bouquins du même auteur sur Babelio.