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mercredi 23 août 2023

Leur domaine (Jo Nesbo)

[...] Tu peux vivre avec ce que tu sais ?

    Le livre (688 pages, 2021, 2020 en VO) :

Pour une fois (et ça nous va bien) Jo Nesbø délaisse son flic fétiche Harry Hole pour s'attaquer à un gros pavé : pas vraiment un polar, un roman noir plutôt.
Histoire de changer un peu des rebondissements policiers avec l'ami Harry et surtout l'occasion de découvrir d'autres facettes du talent de cet auteur et d'autres facettes de la vie norvégienne.
Leur domaine (Le royaume en VO) c'est celui de deux frères qui tiennent station service et ferme d'alpage, tout là-haut dans les montagnes de Norvège.

    On aime très beaucoup :

❤️ On aime quand l'auteur prend tout son temps pour installer une ambiance tendue, sourde, menaçante, celle des huis-clos familiaux plombés de trop lourds secrets. Le drame est fait de non-dits, les dialogues de sous-entendus, le récit de spirales entre passé et présent où l'on découvrira peu à peu différentes vérités.
[...] Carl ne m'a pas tout dit, n'est-ce pas ? 
— Tout sur quoi ? 
— Sur vous deux. 
—  On ne peut jamais tout raconter. Sur qui que ce soit. »
❤️ On apprécie de partager le quotidien de ces norvégiens plus américains que jamais.
❤️ On tremble d'effroi et de plaisir à la lecture de cette histoire puissante et prenante, de cette mécanique infernale et diabolique.
❤️ On est bien surpris de déjà tenir le secret de l'histoire au quart seulement de ce gros pavé : mais dans quel piège diabolique s'est-on laissé embarquer ? Que nous réserve Jo Nesbo pour les 450 pages à venir ? Que ne nous a-t-il pas dit ?

      L'intrigue :

La saga de deux frères qui pourraient être jumeaux (ils n'ont qu'un an d'écart) tant ils sont proches l'un de l'autre, tant ils ne forment qu'un seul tout.
Leurs parents sont morts dans un accident de voiture, dans le fatal virage des Chèvres, la Cadillac repose au fond du ravin Huken qui verra bientôt d'autres épaves ...
[...] Nous entendions les premières voitures lutter dans la côte, vers le virage des Chèvres. Rétrograder. Rétrograder encore.
[...] — Après ça, je pense qu'ils installeront une glissière de sécurité. »
[...] J'ai balancé mes affaires sur la banquette arrière, suis monté à l'avant, me suis frappé le front contre le volant, ai tourné le contact, accéléré vers le virage des Chèvres. L'espace d'un instant, cette possibilité m'a traversé. La solution définitive. Un tas d'épaves et de cadavres qui ne faisait que grandir et grandir.
Quinze ans plus tard, Carl, le cadet charismatique, revient d'Amérique tout auréolé de gloire et porteur d'un projet d'hôtel ambitieux pour redynamiser leur village de montagne qui se meurt à petit feu.
[...] C'était un endroit où les gens lui faisaient encore confiance, ils le voyaient comme le wonderboy du bourg.
Roy, l'aîné taciturne et solitaire, était resté au bourg et tenait une modeste station-service.
[...] Cette loi naturelle qui place la famille en premier. Avant le bien et le mal. Avant le reste de l'humanité. Cette loi qui dit que c'est toujours nous envers et contre tous. 
[...] — Putain, ce que tu es mauvaise, me suis-je marré. 
— Non, a-t-elle répondu d'un ton grave. Je suis une bonne personne. Je fais ce qu'il faut pour protéger ceux que j'aime. Y compris de mauvaises actions. »
On tient là un formidable récit qui passe à deux doigts du vrai coup de cœur : le bouquin est tout de même un peu trop long et quelques péripéties auraient peut-être pu être évitées.

Pour celles et ceux qui aiment les Cadillac.
D’autres avis sur Bibliosurf et sur Babelio.

vendredi 14 janvier 2022

Le couteau (Jo Nesbo)

[...] Détective privé. Ou devrais-je dire détective givré ?

Suite de notre série "relectures de Jo Nesbø" : après Le fils, voici Le couteau qu'on avait lu, peu après sa sortie, début 2020 en plein confinement.
Et avec du vrai Harry Hole dedans.
Avouons que le début du bouquin est un peu plombant : Harry Hole se noie dans l'alcool, on a l'habitude, pour oublier son chagrin d'amour puisqu'il n'est plus avec la belle Rakel.
[...] Alors pourquoi les choses avaient-elles mal tourné ? Parce qu'il était lui, bien sûr. Harry fucking Hole. « The demolition man », comme l'appelait Øystein.
Et voilà que son chagrin redouble (et les doses d'alcool aussi) lorsque la belle Rakel est assassinée ! Ça commence fort ! Remettez-moi un verre.
Heureusement, le naturel du meilleur flic d'Oslo va prendre le dessus.
[...] Trois heures de l'après-midi, Harry cessa de boire.
Les amateurs de fausses pistes ne seront pas déçus : au premier tiers du bouquin, le coupable est déjà démasqué et passe aux aveux !
[...] Vous êtes ici en tant que détective privé. Ou devrais-je dire détective givré ?
[...] Kaja le dévisagea. « Tu déconnes ? 
— Non. Il apparaît qu'il n'y a aucune limite morale à ce que je suis prêt à faire pour prendre Svein Finne. 
— Je ne l'aurais pas formulé autrement.
Ce n'est certainement pas le meilleur de la série "Harry Hole" mais tout aussi sûrement l'intrigue la plus tortueuse et la plus tordue de ladite série.

Pour celles et ceux qui aiment les flics imbibés.
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vendredi 7 janvier 2022

Le Fils (Jo Nesbo)

[...] Ça devait être lui. Le Fils. Il était revenu.

Quel plaisir de relire Le fils du norvégien Jo Nesbø l'un de nos auteurs de polars préférés.
Un épisode que l'on avait découvert à sa sortie en 2015 [clic] mais que l'on vient de relire avec beaucoup de plaisir.
On l'a déjà dit, Nesbø est sans doute l'auteur européen de polars le plus "américain" et ses bouquins, même s'ils se passent à Oslo (ou parfois en "province" à Bergen !), ses bouquins sont construits comme les meilleurs thrillers US.
Et Le fils est sans aucun doute l'un de ses meilleurs polars même si son détective fétiche Harry Hole, n'y apparaît pas.
D'entrée de jeu cet épisode nous plonge dans les bas-fonds de la pègre de la capitale norvégienne.
Dehors, on croise sdf, toxicos et prêtres douteux, à l'intérieur, on hallucine dans une prison de haute sécurité lorsqu'on découvre la combine manigancée par le directeur de la taule et des avocats véreux : en échange de dosettes d'héroïne, faire porter le chapeau d'assassinats commandités à l'un des prisonniers, Sonny, un jeune drogué incarcéré depuis des années qui n'a plus rien à perdre ou qui a déjà tout perdu.
Il y a quelque chose de pourri au royaume de Norvège.
[...] C'est une longue histoire. Il a été question pendant plusieurs années d'une taupe dans nos services qui rapportait tout directement à une certaine personne qui dirige l'ensemble ou presque du trafic de stupéfiants et de la traite d'êtres humains dans Oslo.
Mais les choses vont changer lorsque Sonny va découvrir par hasard que son père ne s'était pas, comme tout le monde l'a cru, donné la mort pour échapper à une accusation de flic ripoux. Des amis bien intentionnés l'avaient suicidé pour se débarrasser d'un policier trop intègre et maquiller des affaires de corruption.
[...] « Je connaissais ton père », dit Johannes Halden. [...] « J'étais son indic », dit Johannes. Sonny était assis dans le noir contre le mur du fond, et on ne pouvait pas voir son visage. Johannes n'avait pas beaucoup de temps, bientôt ils seraient enfermés chacun dans leur cellule pour le soir. Il inspira. Car elle allait sortir maintenant, la phrase qu'il se réjouissait et redoutait tout à la fois de prononcer, la phrase dont les mots étaient enfouis si profondément dans sa poitrine qu'il craignait qu'ils n'aient pris racine et ne puissent plus sortir. « Ce n'est pas vrai qu'il s'est suicidé, Sonny. » Voilà. C'était dit. Silence. « Tu ne dors pas, Sonny ? »
Dès cette première partie alors même que rien n'a vraiment commencé, on est happé par cette histoire : sans doute est-ce dû à l'épaisseur des personnages, les gentils comme les méchants.
Et puisque Harry Hole n'est pas au rendez-vous c'est un duo de flics mal assortis et bien sympathiques qui mène l'enquête : lui est un vieux briscard, un des derniers flics intègres de la police d'Oslo visiblement, et elle une grande sauterelle d'un blond nordique, une intellectuelle ambitieuse qui potasse ses bouquins de droit pendant les pauses car elle n'a pas l'intention de moisir bien longtemps à l'étage de la brigade criminelle.
Le fils Sonny a donc décidé de reprendre son destin en main, de régler ses comptes et ceux de son père et d'actionner lui-même le bras de la Justice : les affreux peuvent numéroter leurs abattis.
[...] Ça devait être lui. Le Fils. Il était revenu.
[...] Il faut bien que quelqu'un mette de l'ordre dans toutes ces saloperies ici-bas.
[...] Vous savez ce que son père, Ab, disait souvent ? déclara-t-il en tirant un peu sur son pantalon. Il disait que le temps de la grâce est passé et que le temps du châtiment est venu. Mais comme le Messie est apparemment en retard, c'est à nous de faire le travail. Il n'y a personne d'autre que Sonny qui puisse les punir.
[...] Il s'en prend à ce qui est pourri dans notre société. 
— Mais il est lui-même un criminel. 
— C'est précisément tout l'intérêt de l'histoire.
Rares sont les polars où le lecteur prend fait et cause pour le serial-killer !
On jubile de suivre pas à pas Le fils qui va punir les méchants par là où ils ont pêché, et qui à sa façon, va rendre une justice très personnelle, puisque ni celle des hommes ni celle de dieu ne se soucie de nous.
Un thème cher à Jo Nesbø.
Mais on a aussi appris que cet auteur était passé maître dans l'art de nous faire suivre de longues fausses pistes au cours de ses intrigues tortueuses : Le fils n'échappe pas à la règle et le lecteur aura finalement droit à quelques jeux de miroirs et quelques surprises où la morale sera encore un peu plus malmenée.

Pour celles et ceux qui aiment les justiciers.
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jeudi 19 mars 2020

Le couteau (Jo Nesbo)

[...] Détective givré ?

Allez, rien de tel pour passer ces temps confinés, qu’un excellent Jo Nesbo : Le couteau, histoire de se faire peur avec autre chose.
D’autant que Jo et son héros Harry sont ici en pleine forme.
Nous voici à peine au premier tiers du bouquin que les meurtres et les crimes ont été commis, que le suspect (une vieille connaissance de Harry) a été attrapé et qu’il a même avoué ses forfaits !
Bien sûr, on connait Jo Nesbø et l’on sait bien que les 600 pages de ce gros pavé recèlent bien d’autres surprises : c’est presque plusieurs polars en un ! on a en a pour son argent !

Depuis quelques temps Harry Hole n’est plus vraiment un flic border line : il est franchement passé de l’autre côté de la ligne jaune et c’est pas avec cet épisode (où il est pourtant suspendu de ses fonctions !) que ça va s’arranger.
Harry est décidément le flic le plus imbibé de substances diverses de toute la littérature, le flic de tous les excès.
[...] Kaja le dévisagea. « Tu déconnes ?
— Non. Il apparaît qu'il n'y a aucune limite morale à ce que je suis prêt à faire pour prendre Svein Finne.
— Je ne l'aurais pas formulé autrement.
[...] Vous êtes ici en tant que détective privé. Ou devrais-je dire détective givré ?


Pour celles et ceux qui aiment Harry Hole.
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samedi 21 novembre 2015

Le fils (Jo Nesbo)

[...] — Alors ? — Alors ça ne fait que commencer. »

On l'a déjà dit, Jo Nesbø est certainement le plus 'américain' des auteurs de polar nordiques (si ce n'est même européens).
Avec sa gueule d'ange, on se laisserait facilement embobiner par le beau gosse mais en voilà un qui cache bien mal son jeu et prend vite des airs de démon sous sa capuche.
Le fils révèle une fois de plus cette face diabolique à peine voilée. 
Ça commence très fort avec une évasion plutôt réussie d'une prison de haute sécurité. Sonny Lofthus est décidé à se venger ou plus exactement à venger son père, un flic intègre que l'on a suicidé en faisant croire que c'était un ripoux. À la mort de son père, Le Fils Sonny a plongé dans la drogue (et autres traficotages) et depuis quinze ans, il grandit en prison. Mais las, ça suffit et 'justice' doit être rendue. Sevré d'héroïne depuis sa 'sortie de prison', Sonny se fait une idée très personnelle de sa réinsertion.
[...] « Quel genre de travail tu cherches ? » demanda-t-elle. Son souffle, curieusement, était un peu court. « Quelque chose dans la justice », répondit-il.
Les méchants peuvent numéroter leurs abattis.
[...] Quand il revint à lui, Kalle était allongé sur le dos, un pistolet pointé sur lui par un type en sweat à capuche, avec des gants de vaisselle jaunes.
[...] Ça devait être lui. Le Fils. Il était revenu.
[...] — Alors ?
— Alors ça ne fait que commencer. »
Harry Hole est peut-être en congés (ou en pré-retraite, c'est la mode !) et du côté des flics, c'est donc un sympathique tandem qui mène la danse : un vieux briscard, Simon (un ancien pote de Ab Lofthus, le flic intègre suicidé, le père de Sonny), et une jeune fliquette ambitieuse qui n'a pas froid aux yeux. De tous ses collègues, Simon est le seul à avoir suffisamment de flair (et pas trop de casseroles attachées à la queue) pour deviner ce que Sony a en tête quand il parle de travailler dans la justice
[...] Bon, à quoi vous pensez maintenant ? » Simon haussa les épaules : « Qu'il faut que nous trouvions Lofthus avant qu'il ne mette encore plus le bordel. »
Le fils fait partie de ces bouquins où l'on hésite entre tourner les pages pour les dévorer jusqu'à la fin, et reposer le bouquin le temps d'un (petit) intermède afin de prolonger le plaisir de la lecture. De ces bouquins où l'on jette un œil de temps en temps au compteur en espérant pouvoir se dire une fois de plus : ouah, c'est cool il m'en reste encore tout plein.
[...] — Vous savez ce que son père, Ab, disait souvent ? déclara-t-il en tirant un peu sur son pantalon. Il disait que le temps de la grâce est passé et que le temps du châtiment est venu. Mais comme le Messie est apparemment en retard, c'est à nous de faire le travail. Il n'y a personne d'autre que Sonny qui puisse les punir, Martha. La police est totalement corrompue, elle protège les criminels. Je crois que Sonny fait ça parce qu'il pense qu'il le doit à son père. Parce que son père est mort pour la justice. Une justice qui est au-dessus des lois. » Il jeta un regard vers l'autre femme devant le confessionnal où elle s'entretenait à voix basse avec un prêtre. « Et vous ? dit Martha.
— Moi ? Je représente la loi. Alors je dois arrêter Sonny. C'est comme ça.
On jubile tout du long, il n'y a pas d'autre mot même s'il est plutôt galvaudé. On jubile de suivre pas à pas Le fils qui va punir les méchants par là où ils ont pêché, qui à sa façon, va rendre une justice très personnelle, puisque ni celle des hommes ni celle de dieu ne se soucient de nous.
Un thème cher à Jo Nesbø (rappelez-vous Le sauveur), tout comme la corruption qui semble gangréner la police norvégienne.
Tout cela nous a presque fait oublier que cet auteur était également le roi de la fausse piste : Jo Nesbø ne faillira pas ici à sa réputation et le lecteur découvrira donc un peu tard qu'un jumeau peut en cacher un autre !
Un polar où l'on tremble de peur que le serial-killer ... soit attrapé par la police !

Pour celles et ceux qui aiment que justice soit rendue.
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mercredi 13 mai 2015

Du sang sur la glace (Jo Nesbo)


Glace parfum surprise pour les plages cet été.

Voilà un moment que l'on commence à décrier les déferlantes continues de polars nordiques auxquels on est devenus accros, même si l'on avait été ravi de succomber aux premières vagues.
Voilà même quelques temps que l'on condamne Jo Nesbø, pris en flagrant délit [1] [2] de remplissage de tête de gondole de relais de gare.
C'est dire avec quels préjugés on a abordé ce Sang sur la glace !
Même si l'on avait lu par avance que cet exercice de style, sans Harry Hole, sortait un peu des sentiers battus et rebattus par Jo Nesbø, la surprise a été grande !
Effectivement, l'auteur abandonne bien son détective fétiche imbibé.
Effectivement, il se livre à une sorte de pastiche des romans noirs à ranger sur l'étagère des polars hard-boiled.
Mais avec quel humour et surtout quel brio !
La plume de Jo Nesbø a toujours été très maîtrisée et particulièrement agréable à lire (jusque dans ses dernières livraisons un peu trop commerciales) et ce bouquin est une preuve supplémentaire que ce gars-là sait vraiment très bien écrire (et pas toujours dans le même registre).
Notre écrivain s'en donne à cœur joie : visiblement il s'est franchement amusé et notre plaisir de lecteur est à la hauteur.
On est toujours en Norvège, mais cette fois dans les années 70, question d'ambiance.
Et nous voici propulsés dans la tête d'un truand, Olav.
[...] La prostitution. Un peu pareil : ça ne me pose pas de problème que des filles gagnent de l'argent comme elles l'entendent et qu'un gars – moi, par exemple – touche un tiers de leurs revenus pour faire en sorte qu'elles puissent se concentrer sur leur artisanat. Un bon mac vaut chaque couronne qui lui est versée, je l'ai toujours pensé. Le problème, c'est que je tombe très vite amoureux, et j'en perds de vue les affaires.
Olav n'était finalement doué ni pour les braquages, ni pour le proxénétisme.
Il sera tueurs à gages.
[...] Ma première mission fut un Bergenois qui avait vendu dans la rue pour Hoffmann, mais qui avait pioché dans le chargement, l'avait nié et s'était mis à travailler pour le Pêcheur à la place. Il fut facile à trouver, les gens de Bergen parlent plus fort que les Norvégiens d'ailleurs, et les r grasseyés bergenois déchiraient les ténèbres nocturnes.
(Rappelez-vous les pointes d'ironie que Nesbø distillait dans ses romans sur la rivalité entre la provinciale Bergen et l'arrogante Oslo !)Mais voici que Hoffmann, le patron d'Olav, lui demande d'expédier (sous entendu ad patres) sa propre femme, oui, Corina la femme du patron.
Même si la demande est bien légitime (Corina est infidèle), Olav est bien embêté par cette nouvelle mission, pas facile à gérer, en dépit d'une grosse prime à la clé.
[...] La nouvelle mission que m'avait confiée Hoffmann me défrisait fortement. Il voulait que j'expédie sa femme.
[...] Tout me plaisait chez Corina Hoffmann. Tout, sauf son nom de famille.
[...] Je me sentais comme un gars qui est assis à une table de poker avec quatre mauvais perdants lourdement armés et naturellement suspicieux. Et on venait de me distribuer une main de quatre as. Parfois, les bonnes nouvelles sont si invraisemblablement bonnes qu'elles sont mauvaises.
Bien évidemment, Olav va tomber raide amoureux de la donzelle infidèle.
Et toujours bien évidemment, rien ne va se dérouler comme prévu.
On ne vous en raconte pas plus, cela n'aurait d'ailleurs pas grand intérêt ici : vous avez déjà vu ou lu cette histoire au moins une dizaine de fois, c'est le principe même de ce  ‘à la manière de ...’.
On peut ranger par exemple, ce bouquin juste à côté d'un autre coup de cœur : Il faut tuer Lewis Winter, de Malcolm MacKay.
Mais en bon écrivain, notre ami Jo a l'excellente idée d'épicer de quelques saveurs inattendues ce qui aurait pu n'être qu'un bel hommage aux anciens ou qu'un habile exercice de style.
Et en premier lieu on goûte la savoureuse personnalité d'Olav, le tueur à gages : dyslexique, nul en calcul, un gars qui évite de réfléchir.
[...] Je réfléchissais. D'ordinaire, j'essaie de m'en abstenir, ce n'est pas là une activité dans laquelle je vois un potentiel d'amélioration par la pratique, et, d'expérience, elle mène rarement à quoi que ce soit de bon.
Mais un gars qui lit Victor Hugo (pas facile quand on est dyslexique), qui s'intéresse à l'histoire de l'art, qui écrit des poèmes (encore moins facile, il faut patiemment remettre toutes les lettres dans le bon ordre) et qui cite les philosophes : Darwin, Hume, ...
[...] Darwin estimait qu'il n'existait que six expressions universelles du visage pour traduire les sentiments humains.
Et puis, cerise glacée sur le gâteau, après une tuerie apocalyptique, on découvre la dernière partie du bouquin : c'est elle qui justifie le coup de cœur, et dans tous les sens du mot.
Car l'auteur est un petit malin qui nous a promené par le bout du nez : histoire de tueurs sans pitié, humour au second degré, pastiche de polar hard-boiled, ... ouais, ouais, on avait bien sûr vu tout cela ...
Mais on avait un peu vite oublié que Jo Nesbø est coutumier des longues fausses pistes et tout cela cachait soigneusement une autre histoire, presqu'un autre bouquin et une très belle histoire ... d'amour. Et oui.
Allez, souhaitons que Jo Nesbø sache encore nous surprendre !
Un petit (150 pages) bouquin pour tous : pour les fans de Jo Nesbø qui ne seront pas déçus (même en l'absence d'Harry Hole), pour les fans de polars qui ne seront pas déçus ou tout simplement pour ceux qui veulent un bouquin facile, agréable, amusant et surprenant (et rafraîchissant) pour les plages cet été, et qui ne seront pas déçus non plus.

Pour celles et ceux qui aiment les tueurs dyslexiques.
D'autres avis (plus partagés ...) sur Babelio.

vendredi 26 décembre 2014

Police (Jo Nesbo)

Harry, es-tu là ?

Est-ce le réchauffement planétaire et la fonte des glaces mais la source des polars nordiques semble intarissable et Jo Nesbo n’est pas en reste.
Voici donc Police (on a loupé un ou deux épisodes précédents).
Pourtant depuis quelques temps, depuis le Bonhomme de neige notamment, la plume du norvégien s’est essoufflée et semble avoir pris un virage qui ne nous enthousiasme plus guère : thriller, serial-killer et policiers ripoux, ces ingrédients trop classiques prennent désormais toute la place et Police(avec un titre pareil, c’était couru !) coule de la même veine.
Reste notre fidélité à cet auteur découvert il y a plusieurs années et une écriture toujours très pro, évidemment.
Un serial-killer s’en prend à des flics qui semblent avoir en commun le fait de ne pas avoir élucider d’anciennes affaires …
[…] « Tu vois quelque chose ? demanda Katrine.
— Ouais, dit Harry.
— On a besoin des TIC ?
— Ça dépend.
— Ça dépend de quoi ?
— Ça dépend si la Brigade criminelle est prête à se charger de cette mort. »
[…] Comme disait Harry, un tueur en série, c'est une baleine blanche. Un tueur en série de policiers, c'est une baleine blanche à pois roses. Il n'y en a pas deux.
[…] Rien que dans le district d'Oslo… il y a combien de policiers ?
— Mille huit cent soixante-douze », dit Katrine. Ils la dévisagèrent.
Elle haussa les épaules. « Je l'ai lu dans le rapport annuel de la police du district d'Oslo. »
Ils continuèrent de la dévisager. « La télé du studio ne marche pas, et je n'arrivais pas à dormir. OK ?
— Peu importe, dit Bjørn.
Jo Nesbo nous a habitué aux fausses pistes longuement crédibles, mais cet épisode est épicé de deux passages particulièrement retors (au tout début et à la toute fin) pendant lesquels l’auteur nous roule joliment dans la farine sur plusieurs pages et nous fait prendre, très habilement il faut le reconnaitre, des vessies pour des lanternes : on se surprend même à relire frénétiquement les pages précédentes en se disant mais, bon sang de bonsoir,  comment a-t-on pu lire/croire que …
Cruel est l’auteur pour le lecteur crédule.
Et bien sûr c’est un festival, on a droit à du ‘grand’ Harry Hole toujours aussi déjanté qui ravira, une fois de plus, les inconditionnels de la première heure.
[…] — Il a parlé d'une intuition, dit Beate. Par là, il veut dire…
— Une analyse fondée sur des faits non structurés, dit Katrine. Connue sous le nom de “méthode Harry”.
[…] Øystein prit une cigarette et l'alluma avec son briquet.
« Harry.
— Oui.
— T'es le plus enculé de solitaire que je connaisse. » Harry regarda sa montre. Bientôt minuit. Il cligna des yeux.
« Je dirais plutôt seul.
— Non. Solitaire. Par choix. Et bizarre.
— Bon, dit Harry en ouvrant la portière.
[…] « Bon sang, Harry… Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
— Juste une explosion. C'est moins grave que ça en a l'air.
— Pas grave ? Tu as l'air d'une orange de Noël avec ses clous de girofle.
— C'est seulement…
— Je veux dire, une orange sanguine, Harry. Tu pisses le sang.
[…] Harry déboula à l'accueil. Les gens le regardaient fixement et s'écartaient. Une femme se mit à crier, une autre plongea derrière un comptoir. Harry se découvrit dans le miroir derrière le comptoir. Un type de près de deux mètres, rescapé d'une bombe, avec à la main le pistolet automatique le plus hideux de la planète. « Sorry, folk », marmonna Harry. Et il passa la porte à tambour.
Réservé aux fans.
À ceux qui ne connaîtraient pas encore (mais est-ce possible ?), on conseillera plutôt d’anciens épisodes comme Le sauveur ou Rue Sans-souci, dans un registre moins thriller et plus intello-polar.


Pour celles et ceux qui aiment Harry Hole.
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vendredi 11 mars 2011

Le léopard (Jo Nesbo)

Vacances au Congo.

Avant de parler du dernier Jo Nesbo Le léopard (ouais, forcément on l'a ! c'était même le cadeau de Valentin de BMR, merci MAM !), avant donc : une parenthèse sur les “hackers” ou plutôt hackeuses qui, modernité oblige, commencent à peupler nos polars.
Passons rapidement sur la punkette suédoise Lisbeth chez feu Stieg Larsson, elle aura eu au moins le mérite de nous avoir fait connaître la silhouette de Noomi Rapace à l'écran.
On avait déjà la délicieuse Signorina Elettra en talons aiguilles chez Dona Leon dont ne sait jamais trop d'où lui viennent ses entrées dans les arcanes informatiques italiennes : surdouée de l'informatique ou bien carnet rose d'anciens amants bien rempli ? Le mystère est bien gardé !
Dans un tout autre genre, Josiane la acqueuse (sic) valait également le déplacement chez Fred Vargas, une mamie capable d'égaliser les finances des riches et de donner aux pauvres. Mais visiblement, j'ai regardé le JT ce soir : elle a dû cesser ses activités ... dommage.
Et puis voici donc Jo Nesbo qui y va de sa contribution au panthéon des pirates para-policières : originalité garantie pur jus d'airelles de Norvège, avec cette fois une Katherine mal remise de son aventure avec le Bonhomme de Neige et devenue hackeuse dans un asile psychiatrique : elle utilise le PC de la salle de récréation quand l'infirmière en chef a le dos tourné ...
On se contrefout des aspects technico-électroniques (y'a suffisamment de séries télé pour ça et puis on n'est pas au boulot) mais alors, nom d'un cookie, quels personnages ! quelles fortes et originales personnalités !
Nul doute qu'on reparlera de cette bientôt fameuse collection de acqueuses .... (tiens, que des femmes ?)

Allez revenons à ce nouveau Nesbo.
On reste exactement dans la veine du précédent Bonhomme de Neige : polar fleuve, serial-killer, fausses pistes en tout genre. En peut-être un peu mieux.
Disons le tout de go, depuis le Bonhomme de Neige, le filon des premiers épisodes s'est un peu tari : Jo Nesbo semble se cantonner à du bon vieux polar classique. Et à nos yeux, ça ne vaut quand même pas les premières enquêtes de Harry Hole. Bon c'est dit.
Reste du très bon polar, façon Connelly, revisité Scandinavie, tendance Hannibal Lecter.
Exit le vilain ripoux Waaler, on découvre désormais Bellman un nouveau méchant d'une brigade rivale, beau et ambitieux, grrr...
Comme précédemment, Jo Nesbo confirme qu'il est devenu le maître incontesté de la fausse piste : on aura pas moins de trois arrestations dans cet épisode ! dont une à mi-parcours (mais vu la taille du bouquin, le lecteur futé se doute bien que c'est pas la bonne, ha ha !).
Qui plus est Jo Nesbo a renoué avec son envie de faire voyager son inspecteur Harry : on ira avec lui jusqu'au Congo, on fera une petite virée en NZ (cf. L'homme chauve-souris) et au début du bouquin, la jolie Kaja Solness est obligée d'aller chercher Harry dans les bas-fonds de Hong-Kong (l'alcool ne suffit plus, il est devenu accro à l'opium après la débâcle du Bonhomme de Neige !).
Bref, tous les ingrédients sont là.
Avec même une petite référence au sinistre roi Leopold II de Belgique connu pour les exactions commises dans sa colonie privée du Congo, un triste sire qu'on avait déjà croisé dans le film Blood Diamond.
Léopold, léopard ... Ce Léopard (l'animal qui adapte sa propre respiration à celle de sa proie pour mieux la surprendre ... brrr), ce léopard donc, pourrait bien être le pavé idéal pour les plages cet été (dès que les températures seront remontées).
[...] Il se rendit compte au même instant que la fenêtre de la chambre était ouverte, qu'il aurait dû ... Il retint soudain son souffle. Quelqu'un parut cesser de respirer en même temps que lui. Pas quelqu'un, quelque chose. Un animal.
Il se retourna. Ouvrit la bouche. Son cœur avait cessé de battre. Comment est-ce que cela pouvait s'être déplacé aussi vite et sans un bruit, comment est-ce que ça avait pu arriver  ... aussi près ?

Pour celles et ceux qui aiment se faire peur.
C'est Gallimard qui édite ces ... 760 pages parues en 2009 en VO et qui sont traduites du norvégien par Alex Fouillet.
Yann en parle. D'autres avis sur Babelio.

jeudi 27 août 2009

Le sauveur (Jo Nesbo)

Sauve qui peut !

Le dernier Jo Nesbo, Le bonhomme de neige, nous avait laissé un arrière-goût de déception tant le maître norvégien es polars nous avait habitués à du bon, du très bon.
Ouf, la veine n'est pas tarie : Le sauveur renoue avec les meilleures heures de l'inspecteur Harry Hole.
C'est du pur Jo Nesbo, noir et désespéré à souhait.
Ça démarre on ne peut plus glauque entre un faux suicide de junkie et un viol dans les rangs de l'Armée du Salut.
[...] " Tu dis un seul mot, et je te taille en pièces " chuchota-t-il.
Et elle ne dit jamais un seul mot. Car elle avait quatorze ans, et elle était sûre que si elle fermait les yeux très fort et se concentrait, elle verrait les étoiles à travers le toit. Dieu avait le pouvoir d'accomplir ce genre de choses. Si seulement Il le voulait bien.
Mais, comme chacun sait aujourd'hui, Dieu est très occupé et n'est que très rarement à l'écoute de ses ouailles ...
[...] " Mais quand Dieu ne fait pas son boulot, il faut bien que quelqu'un d'autre le fasse. "
Alors c'est Le Sauveur qui s'y colle.
Un croate qui a gagné son surnom pendant le siège de Zagreb en rampant sous les chars serbes pour leur coller une mine aux fesses. Et qui depuis, s'est recyclé en tueur à gages, choisissant soigneusement les causes à sauver, accordant le salut éternel avec une efficacité toute professionnelle.
Bien sûr ça dégénère et l'ami Harry Hole devra démêler tout cela sans s'y mêler lui-même, enfin pas trop.
Un milieu original que cette Armée du Salut, décrite ici comme une secte obsédée par le "salut" de ses junkies, une famille trop unie où la loi du silence prime coûte que coûte, et qu'on ne s'attendait guère à retrouver dans ce pays nordique, riche et modèle ...
[...] Et n'était-ce pas un constat d'échec criant pour la démocratie sociale la plus réussie - tout au moins la plus riche - du monde que d'autoriser que la drogue et l'argent puissent changer de main au grand jour, en plein cœur de la capitale ?
Un excellent épisode, on l'a dit, où Jo Nesbo nous promène par le bout du nez de Zagreb à Oslo (avec même une petite virée à Paris !).
Et où les fans de la série découvriront de nouvelles ramifications de la corruption qui gangrène la police d'Oslo depuis le trafic d'armes de l'affreux Waaler, mis à jour dans les épisodes précédents.


Pour celles et ceux qui aiment les contes de Noël.
Folio policier édite ces 670 pages en poche qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites du norvégien par Alex Fouillet.
Le Golb en parle. D'autres avis sur Critiques Libres.

mardi 2 septembre 2008

Rue Sans-souci (Jo Nesbo)


Il y a des tziganes en Norvège !

Sans doute le meilleur polar lu cet été (si l'on excepte l'inclassable japonais Out).
Un excellent Jo Nesbo, très supérieur au récent Bonhomme de neige, lu, lui aussi, cet été.
Assurément l'un des meilleurs polars de cet auteur, même s'il n'a pas l'exotisme de L'homme chauve-souris (en Australie) ou des Cafards (à Bangkok).
Enfin, on a quand même droit ici à une petite excursion au Brésil, sur les traces de l'inénarrable inspecteur Harry Hole, toujours aussi imprévisible pour ses collègues.
On retrouve également le vilain ripoux Waaler, ennemi juré de l'inspecteur.
Côté romance (si avec Harry on peut appeler ça comme ça !), Rakel et son petit Oleg sont à Moscou en train de négocier avec le père du garçon.
Rue Sans-souci (Sorgenfri Gatan en VO), c'est l'adresse où l'on retrouve le cadavre d'une ... amie de Harry (amie avec laquelle il vient de passer la soirée).
Ça commence mal pour l'inspecteur qui a déjà la gueule de bois !
Dans le même temps, un braquage tourne mal et la caissière de la banque est froidement descendue.
On errera bien évidemment de fausses pistes en coups tordus tout au long de cette captivante enquête.
Dans Rouge-Gorge, Jo Nesbo  convoquait déjà une figure de la mythologie (Urias) et cette fois c'est Némésis, la déesse de la vengeance, qui est au rendez-vous.
La toile de fond de l'intrigue dépeint le milieu des tziganes (mais oui il y en a aussi en Norvège !), un peuple au cœur de l'actualité cette année.
Si comme nous, vous voulez en savoir un peu plus sur ces Roms méconnus venus du fin fond du Rajasthan, on vous propose un intéressant article de Courrier International paru cet été.

Pour celles et ceux qui aiment les polars instructifs.
Folio édite ces 587 pages traduites du norvégien par Alex Fouillet.
Herwann l'a lu et l'a aimé cet été lui aussi. Polar Noir et Jean-Marc en parlent.

mercredi 23 juillet 2008

Le bonhomme de neige (Jo Nesbo)

Glaçant.

Une idée rafraîchissante pour l'été : Le bonhomme de neige du norvégien Jo Nesbo.
Ce n'est peut-être pas le meilleur opus du plus américain des auteurs de polars européens (on aura préféré les précédents) mais c'est certainement le pavé de l'été pour la plage.
L'intrigue semble avoir quelque mal à démarrer et on patauge dans la neige fondue pendant quelques chapitres. Est-ce parce qu'au début du bouquin le détective Harry Hole ne boit plus, ne fume plus, ne ... ?
Heureusement cet ascétisme ne saurait durer bien longtemps et bien vite on file sur les traces d'un serial-killer à la mode norvégienne.
[...] - J'ai demandé à l'Institut de météorologie de vérifier les dates et les lieux qui nous intéressent. Et tu sais quoi ?
Harry savait quoi. Et il aurait dû le savoir depuis longtemps.
- La première neige, répondit-il. Il les chope le jour où tombe la première neige.
- Exactement.
Et avec la première neige, vient forcément la joie de faire un bonhomme de neige.

[...au téléphone ...] - J'appelle les troupes.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il y a un bonhomme de neige, ici.
- Et alors ?
Harry expliqua.
- Je n'ai pas pigé la fin, cria Holm. La couverture est mauvaise, ici ...
- La tête, répéta Harry. C'est celle de Sylvia Ortensen.
Le silence se fit à l'autre bout du fil.
Jo Nesbo nous embarque alors dans un dédale de fausses-pistes.
Et l'on frissonne : de froid et d'angoisse.
Avec en prime, quelques vérités très norvégiennes sur la rivalité entre Oslo et Bergen (cette fois Harry travaille avec une équipière originaire de Bergen) :
[...] - Mmm. Pourquoi ne voulais-tu pas que je dise à tes collègues de Bergen que tu étais là ?
- Quoi ?
- Je me disais qu'ils trouveraient ça cool de savoir que tu bossais sur une grosse affaire de meurtre dans la capitale.
Elle haussa les épaules et ouvrit la portière.
- Les Berguénois ne considèrent pas Oslo comme la capitale. Bonne nuit.
- Bonne nuit.
Et toc.
On a lu aussi Rue Sans-Souci récemment et c'est encore meilleur !

Pour celles et ceux qui aiment les frissons.
Gallimard édite ces 524 pages traduites du norvégien par Alex Fouillet.

vendredi 27 juillet 2007

Rouge-gorge (Jo Nesbo)

Harry Hole nous donne une leçon d'histoire.

On a déjà eu l'occasion d'évoquer les polars du norvégien Jo Nesbo.
Le revoici avec Rouge-Gorge, une nouvelle enquête de l'inspecteur Harry Hole.
Côté détectives un brin désabusés, Harry Hole, c'est un peu le chaînon manquant entre le Harry Bosch (tiens, Harry ?) de l'américain Michael Connelly et le Kurt Wallander du suédois Henning Mankell.
Et décidément, après Le retour du professeur de danse de Mankell, La femme de Bratislava du danois Leif Davidsen, Millenium du suédois Stieg Larrson, et bien d'autres, les pays nordiques n'en finissent pas d'explorer les années noires de leur collaboration avec le nazisme.
[...] Fauke ne se réjouissait pas franchement à l'approche de la fête nationale. 
« C'est gonflant. Et trop de drapeaux. Pas étonnant qu'Hitler se soit senti chez lui au milieu des norvégiens, notre âme populaire est frénétiquement nationaliste. C'est juste qu'on n'ose pas l'admettre. »
Ici, un peu comme dans le Retour du professeur de danse, deux histoires se font écho à quelques années de distance : la guerre (sur le front Est, du côté de Leningrad) et des meurtres bien contemporains - vengeance et règlement de comptes ?
Double suspense et intrigue complexe et riche en personnages qui nous tiennent en haleine jusqu'au bout de cet excellent polar.
Un polar qui nous en apprend aussi beaucoup sur nos voisins norvégiens.
[...] « Les États-Unis sont un peu plus qu'un allié » commença Brandhaug avec un sourire invisible. Il dit cela sur le ton de quelqu'un qui raconte à un étranger que la Norvège a un roi et que sa capitale est Oslo.
« En 1920, la Norvège était l'un des pays les plus pauvres d'Europe, et elle le serait sans doute encore sans l'aide des USA. Oubliez la réthorique des hommes politiques. L'émigration, le plan Marshall, Elvis et le financement de l'aventure pétrolière ont fait de la Norvège le pays qui est probablement le plus pro-américain au monde. »
L'occasion aussi de découvrir la légende d'Urias qui fut envoyé au combat (et à la mort) par David qui convoitait son épouse Bethsabée.

D'autres en parlent ici ou .