dimanche 30 mai 2021

Bouquin : Un homme seul

[...] Et ainsi fit-il.

Antonio Manzini nous livre ici avec Un homme seul, la suite de l'épisode précédent (Maudit Printemps) et, pour une fois, il faut les lire dans l'ordre.
L'enlèvement de la petite Chiara a été résolu par le sous-préfet Schiavone, sans aucun doute le meilleur personnage de flic italien du moment, mais visiblement tous les comptes ne sont pas soldés et Schiavone se retrouve même la cible d'un assassin ...
[...] J’ai l’impression que l’histoire n’est pas terminée. Ça ne tourne pas rond.
Malheureusement, l'intrigue semble avoir bien du mal à se relancer, comme si Manzini hésitait entre terminer la suite de l'épisode précédent et ouvrir une nouvelle enquête.
Le lecteur ne sait plus trop où focaliser son attention et c'est assurément le moins réussi de la série, qui rappelons-le encore, mérite un gros coup de cœur pour les autres volumes.
[...] — Je suis certain que quelque chose m’échappe. 
— La nuit porte conseil. Demain, tu auras les idées plus claires.

Pour celles et ceux qui aiment les flics bougons.
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dimanche 16 mai 2021

Bouquin : Maudit printemps

[...] Un emmerdement de dixième degré.

Ah quel plaisir de retrouver avec Antonio Manzini, son sous-préfet Schiavone, sans aucun doute le meilleur personnage de flic italien en ce moment et peut-être même de l'Europe policière.
On avait d'ailleurs déjà épinglé des coups de cœur lors des épisodes précédents.
Toujours aussi bougon, toujours aussi furax de se retrouver muté (une sanction pour on ne sait trop quelle raison) depuis sa Rome capitale préférée dans ce trou perdu qu'est la province du Val d'Aoste, région froide et inhospitalière, peuplée de montagnards abrutis. 
Selon le calendrier le Maudit printemps devrait être déjà là, mais la météo du coin en a décidé autrement.
[...] Plusieurs mois de froid intense, de neige, de pluie et de gel qui lui avaient coûté pas moins de dix paires de Clarks, les seules chaussures qu’il utilisait.
[...] Dehors, il pleuvait encore. « Mais ça ne s’arrête plus ?
— Vous savez que l’année dernière, il a neigé en mai à Aoste ?
— Tu sais que si ça se reproduit cette année, je commets un homicide ? »
[...] Que Dieu et tous les saints maudissent cette ville, la pluie, le vent et ce putain de froid !
On comprend mieux pourquoi il a besoin de se fumer un petit joint pour démarrer sa journée ... Quel personnage !
[...] — Il est toujours comme ça ? 
— Non. Aujourd’hui, il est calme.
[...] — Et cette histoire avec le joint ? demanda-t-il à Rocco. 
— Ça me fait du bien. Ça ouvre les centres nerveux, ça me réconcilie avec une journée de merde et ça me donne la force de continuer. Ça te suffit ? 
— Oui », répondit Italo.
Pour compliquer encore les affaires du sous-préfet Schiavone, une drôle d'affaire lui tombe sur les bras, des emmerdements de classe dix selon sa classification.
[...] Le sous-préfet avait une échelle très personnelle de ce qu’il appelait les emmerdements.
[...] Au neuvième degré, les intempéries, froid neige vent tempête et grêle, les crétins, aller voter et les caries. Au dixième degré, souverain et impérial, figurait le plus bel emmerdement que la vie pouvait lui réserver : une affaire sur le râble.
Une affaire apparemment bien tordue, l'enlèvement d'une jeune fille alors même que la famille (des notables du coin) n'a pas appelé la police ...
Le sous-préfet Schiavone va devoir lutter contre le temps compté à la jeune fille séquestrée on ne sait où. Il va pouvoir compter sur ses intuitions dignes d'un Adamsberg vargassien.
[...] — À ce train-là, tu sais combien de temps on va mettre ?
— Toute la nuit s’il le faut, Antonio. Toute la nuit s’il le faut.
Pour le fun, on notera au passage ce que cet impayable sous-préfet pense du golf et du yoga pratiqués par son copain légiste :
[...] — J’en ai rien à foutre du golf. Ce n’est pas un sport.
— Comment ça, ce n’est pas un sport ? s’indigna le médecin.
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle, tu appelles ça un sport ?
— Et comment tu appellerais ça ?
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle.
[...] — Et que vas-tu faire de beau ?
— Du yoga.
— Ce truc où tu te fais des nœuds et après il faut la scientifique pour te décoincer ?
— Quand on sera vieux, que je serai agile et huilé et que tu ne pourras même pas te baisser pour ramasser tes clés, on en reparlera.
Une prose efficace et agréable, un humour sarcastique et grinçant, une intrigue solide et bien ancrée dans la région, des personnages bien dessinés que n'éclipse pas complètement l'inénarrable sous-préfet, bref une série dont chaque épisode est la garantie d'un très bon moment de lecture.
On ne va pas épingler un troisième coup de cœur ici, mais c'est toute la série que le mérite et on s'en réjouit d'avance puisqu'il y a encore plusieurs épisodes déjà parus en italien.

Pour celles et ceux qui aiment les flics bougons.
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jeudi 13 mai 2021

Bouquin : Rouge tango

[...] Patek, comme Rolex, n’a jamais pu être identifié.

À peine refermé l'épisode Bleu calypso, on enchaine avec Rouge tango, sans prendre le temps de ranger les cannes à pêche.
C'est reparti avec Charles Aubert et son héros Niels, au bord des étangs palavasiens.
Cette fois c'est l'un des amis de sa petite bande qui a disparu et l'enquête nous fera découvrir le "milieu" comme on dit, puisque nous ne sommes pas loin de Marseille et que ça s'annonce "corsé".
On aura même droit à des tueurs à gage surnommés Rolex et Patek !
L'ambiance est aussi cool et sympa que dans le premier tome et l'on retrouve avec plaisir la petite bande d'amis.
Après une première partie un peu plus pesante (ah, les états d'âme de Aubert/Niels ...), l'amourette de Niels avec sa jolie journaliste prend forme et surtout l'on découvre son Daddy, un irlandais, un traveller plus exactement, la version irish des gitans.
[...] Un vieux traveller bagarreur et hâbleur qui trimballait sa belle gueule de shooting photos en casting et une journaliste hyperactive qui mettait toujours son nez là où il ne fallait pas.
La série ne prétend pas au grand prix de littérature ni à celui du polar de l'année, mais c'est assurément la lecture idéale pour un été au bord de la mer.
Il ne nous reste plus qu'à remettre ça avec la suite : Vert samba.

Pour celles et ceux qui aiment (ou pas) la pêche.
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Bouquin : Bleu calypso

[...] Le kayak avait une dérive idéale.

La voix de l'américain William Tapply nous manque depuis sa disparition en 2009 : ses doux polars dans le Maine et sa passion pour la pêche à la mouche.
Mais voilà la relève prise par ... un frenchy bien de chez nous : Charles Aubert
Ex-directeur commercial dans les assurances il a tout plaqué pour changer de vie et s'installer entre Montpellier et Sète, au bord de l'étang des Moures où il se met à écrire et ... à réparer des montres.
Premier volume : Bleu Calypso, le nom d'un appât pour la pêche sur les étangs puisque le héros, Niels Hogan, fabrique des leurres tout comme le héros de Tapply montait des mouches.
[...] J’avais pêché le saumon en Alaska, le bonefish sur les flats de Cuba, la carangue aux Bijagos, le brochet dans les lacs du Connemara. J’avais fait d’une passion un métier et j’étais devenu fabricant de leurres.
Evidemment polar oblige, Niels va découvrir un cadavre dans son étang ... et ce ne sera pas le dernier. Un serial-killer dans les étangs palavasiens ?
[...] — Ça commence à faire du monde au fond des étangs.
Non soyons sérieux, l'histoire sera sans doute plus compliquée et plus originale que cela !
Le personnage de Niels serait un peu comme un clone de l'auteur : un "décroissant" comme il le dit lui-même, rangé des voitures (enfin presque, il roule en VW 181), il s'est réfugié au bord des étangs où il vit presque en ermite.
[...] Moi, j’étais le type qui vivait en marge de la société, ivre de liberté et de soleil, celui qui s’était débarrassé de ses chaînes.
[...] Plus proche d’un misanthrope ou d’un amoureux déçu que d’un militant altermondialiste.
[...] J’étais venu me perdre dans ce coin pour trouver le calme, me mettre à l’abri de la folie du monde, pas pour jouer les James Bond en tongs.
De fait le bouquin n'est pas exempt de maladresses et ne lésine pas sur les clichés bobo. 
Mais l'ami Aubert/Niels attire forcément toute notre sympathie : en dépit des cadavres qui s'empilent, le roman est un doux polar loin de la fureur du monde, des flics ténébreux et des serial-killer effrayants. 
On va très vite s'attacher aux rencontres de Niels (un vieux voisin cuistot, une jolie fille, un copain hacker, un capitaine de gendarmerie, ...) et l'enquête menée par cette petite bande bien sympa nous entraine dans une ambiance qui rappelle un peu le Club des Cinq de notre jeunesse !
C'est gentil, frais, sympa, "local", avec juste ce qu'il faut d'auto-dérision pour ne pas se prendre trop au sérieux.
Et, une fois le fin mot de l'histoire dévoilé, on a hâte de suivre Niels dans de nouvelles aventures, d'autant qu'une amourette s'esquisse ...
[...] Avec des filles comme elle, il fallait accepter de ne pas tout comprendre. C’était comme l’eau d’un torrent qui vous filait entre les doigts. À la fin, il ne reste souvent que quelques frissons. Dans le meilleur des cas, une fugace sensation de bonheur.
On en reparle très vite avec Rouge Tango ...

Pour celles et ceux qui aiment (ou pas) la pêche.
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mercredi 5 mai 2021

Bouquin : Le port secret

[...] Ce sont les liens du sang qui commandent le monde.

L'espagnole Maria Oruna nous propose un petit séjour sur la côte Cantabrique, à Suances, petit port près de Santander.
Un britannique (mais sa mère était espagnole) a quitté son île froide pour s'installer plus au sud. 
Lors des travaux de rénovation d'une maison familiale, la Villa Marine, on découvre le cadavre momifié d'un nouveau-né, emmuré dans une cloison.
[...] Quelque chose est resté en sommeil pendant de longues années et a ressuscité à l’occasion de la découverte du bébé à la Villa Marine.
D'autres cadavres vont venir s'ajouter et les gendarmes mèneront une enquête longue et difficile qui mettra à jour de sombres histoires de famille et le passé d'une région meurtrie par la guerre civile et le franquisme.
[...] Cela ne faisait-il pas trop de coïncidences ? Trop de cadavres en une semaine, en tout cas.
[...] Les victimes elles-mêmes, toutes reliées par un fil invisible.
[...] Quelque chose ne tourne pas rond chez les enfants de la guerre.
[...] Ce sont les liens du sang qui commandent le monde.
La prose de Maria Oruna semble parfois maladroite ou naïve, explicative, et la traduction parait un peu rude (on l'intima de partir ?).
L'enquête est un peu longuette et l'on tourne longtemps en rond autour des personnages et leurs mystères.
Les révélations rocambolesques de la fin s'accumulent sur l'un d'eux jusqu'à le rendre finalement peu crédible.
C'est un peu dommage car l'auteure a visiblement cherché à rendre l'atmosphère côtière et l'histoire tourmentée de sa région (une postface est dédiée à cet aspect).

Pour celles et ceux qui aiment l'Espagne.
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