dimanche 16 mai 2021

Maudit printemps (Antonio Manzini)


[...] Un emmerdement de dixième degré.

    L'auteur, le livre (352 pages, 2018, 2015 en VO) :

Ah quel plaisir de retrouver avec Antonio Manzini, son sous-préfet Schiavone, sans aucun doute le meilleur personnage de flic italien en ce moment et peut-être même de l'Europe policière.
On avait d'ailleurs déjà épinglé des coups de cœur lors des épisodes précédents, voici le Maudit printemps.

    On aime :

❤️ Une prose efficace et agréable, un humour sarcastique et grinçant, une intrigue solide et bien ancrée dans la région, des personnages bien dessinés que n'éclipse pas complètement l'inénarrable sous-préfet, bref une série dont chaque épisode est la garantie d'un très bon moment de lecture.

      Le contexte :

On retrouve le sous-préfet Schiavone, toujours aussi bougon, toujours aussi furax de se retrouver muté (une sanction pour on ne sait trop quelle raison) depuis sa Rome capitale préférée dans ce trou perdu qu'est la province du Val d'Aoste, région froide et inhospitalière, peuplée de montagnards abrutis. 

      L'intrigue :

Selon le calendrier le Maudit printemps devrait être déjà là, mais la météo du coin en a décidé autrement.
[...] Plusieurs mois de froid intense, de neige, de pluie et de gel qui lui avaient coûté pas moins de dix paires de Clarks, les seules chaussures qu’il utilisait.
[...] Dehors, il pleuvait encore. « Mais ça ne s’arrête plus ?
— Vous savez que l’année dernière, il a neigé en mai à Aoste ?
— Tu sais que si ça se reproduit cette année, je commets un homicide ? »
[...] Que Dieu et tous les saints maudissent cette ville, la pluie, le vent et ce putain de froid !
On comprend mieux pourquoi il a besoin de se fumer un petit joint pour démarrer sa journée ... Quel personnage !
[...] — Il est toujours comme ça ? 
— Non. Aujourd’hui, il est calme.
[...] — Et cette histoire avec le joint ? demanda-t-il à Rocco. 
— Ça me fait du bien. Ça ouvre les centres nerveux, ça me réconcilie avec une journée de merde et ça me donne la force de continuer. Ça te suffit ? 
— Oui », répondit Italo.
Pour compliquer encore les affaires du sous-préfet Schiavone, une drôle d'affaire lui tombe sur les bras, des emmerdements de classe dix selon sa classification.
[...] Le sous-préfet avait une échelle très personnelle de ce qu’il appelait les emmerdements.
[...] Au neuvième degré, les intempéries, froid neige vent tempête et grêle, les crétins, aller voter et les caries. Au dixième degré, souverain et impérial, figurait le plus bel emmerdement que la vie pouvait lui réserver : une affaire sur le râble.
Une affaire apparemment bien tordue, l'enlèvement d'une jeune fille alors même que la famille (des notables du coin) n'a pas appelé la police ...
Le sous-préfet Schiavone va devoir lutter contre le temps compté à la jeune fille séquestrée on ne sait où. Il va pouvoir compter sur ses intuitions dignes d'un Adamsberg vargassien.
[...] — À ce train-là, tu sais combien de temps on va mettre ?
— Toute la nuit s’il le faut, Antonio. Toute la nuit s’il le faut.
Pour le fun, on notera au passage ce que cet impayable sous-préfet pense du golf et du yoga pratiqués par son copain légiste :
[...] — J’en ai rien à foutre du golf. Ce n’est pas un sport.
— Comment ça, ce n’est pas un sport ? s’indigna le médecin.
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle, tu appelles ça un sport ?
— Et comment tu appellerais ça ?
— Quatre pas au milieu des champs habillé comme un clown à taper dans une balle.
[...] — Et que vas-tu faire de beau ?
— Du yoga.
— Ce truc où tu te fais des nœuds et après il faut la scientifique pour te décoincer ?
— Quand on sera vieux, que je serai agile et huilé et que tu ne pourras même pas te baisser pour ramasser tes clés, on en reparlera.
On ne va pas épingler un troisième coup de cœur ici, mais c'est toute la série que le mérite et on s'en réjouit d'avance puisqu'il y a encore plusieurs épisodes déjà parus en italien.

Pour celles et ceux qui aiment les flics bougons.
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