Dernier roman de la vietnamienne
Duong Thu
Huong :
Terre des oublis, qui avait été repéré dans la sélection "étranger" du prix Femina (voir aussi
Wikipédia).

Ce
gros pavé (qui se lit facilement, l'écriture sait rester simple) nous a
emporté loin là-bas
grâce à la puissance de ses évocations : bruits, odeurs, couleurs,
saveurs, ... on découvre tous les détails pittoresques de la vie
quotidienne des villages de ce
Viêt Nam de l'immédiat après-guerre.

Comme dans la plupart des romans asiatiques on y parle beaucoup de nourritures
et porté par toutes ces images savoureuses, on dévore le bouquin comme un polar.
L'histoire est celle d'amours tragiques (vers la fin du livre, les
réunions du village formeront même une sorte de choeur antique) : un
soldat rentre au bercail longtemps après avoir été donné pour
mort. Sa femme (mais ils ne restèrent mariés que quelques mois juste
avant la mobilisation) a depuis refait sa vie et file le parfait amour
avec un autre homme.
La morale (qui est aussi sa morale) lui commandera de retourner vivre avec ce premier mari qu'elle avait oublié.
Les destinées de ces trois personnages (que l'on découvre tour à tour,
dans toute leur complexité, grâce à d'amples flashbacks) basculent
alors dans un enfer impossible dont on a hâte de découvrir
l'issue, car comme le répète plusieurs fois le sergent : "
dans la guerre, c'est le plus endurant, le plus obstiné qui gagne, dans la vie
il en va de même car la vie est un combat." ...
[...] On dit que
les femmes des régions de pêche sont particulièrement sensuelles parce qu'elles mangent plus de poisson que de riz.
[...] En temps de guerre, le mariage ressemblait à l'accomplissement
d'un devoir ou à un cadeau que les villageois offraient aux jeunes gens
avant leur départ à la guerre.
[...] Sa
femme devient plus tendre que jamais, non pas de la tendresse d'une
femme paisiblement installée dans son bonheur, mais de la
tendresse désespérée, démente de celle qui sera bientôt chassée du
paradis et qui le sait.
[...] Quand on quitte la vie ce sont les membres qui refroidissent
d'abord. Après viennent le ventre, la poitrine et la tête. Chez les
hommes aimants, le coeur refroidit en dernier. Chez les hommes
intelligents, la tête conserve les dernières chaleurs.
Enfin, je ne peux résister à l'envie de citer l'un des nombreux proverbes qui émaillent le récit (à prendre au second degré,
mesdames) :
Ah ces femmes ! Incapables de pisser plus haut que l'herbe, de penser plus loin que leurs cheveux (mais chacun sait
que les vietnamiennes ont les cheveux très longs).
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