vendredi 14 septembre 2007

BD : Là où vont nos pères

La BD sans bulles.

>Avec Là où vont nos pères de Shaun Tan (The Arrival en VO), voilà bien une bande dessinée qui sort de l'ordinaire puisque les cases sont ... muettes.
Une BD sans texte où seul le dessin parle de lui-même et se montre suffisamment expressif pour raconter quand même une (belle) histoire.
Une idée originale mais aussi réussie, puisqu'ici «BD sans bulles» ne signifie pas «BD plate».
On déambule avec plaisir dans le montage des images sépias (alternant zooms, gros plans et vues d'ensemble), genre photos à l'ancienne, d'où se dégage un parfum étrange et un peu nostalgique qui rappelle les films expressionnistes du début du siècle (films ... muets, eux aussi !).
L'agencement des cases sans bulles de cet album fait d'ailleurs penser à un montage de cinéma.
Shaun Tan est australien et son album raconte une histoire d'émigrant parti «là-bas» («là-bas, là où vont nos pères», et pour une fois le titre en VF vaut largement la VO).
Parti «là-bas» pour travailler bien sûr et nourrir sa famille restée au pays, quitter une terre inhospitalière et gagner un eldorado.
On ne sait ni où ni quand situer cet universel «là-bas», même si les premières planches font assurément référence à Ellis Island où débarquaient les émigrants candidats au statut d'américain (et dont la visite aujourd'hui dégage toujours une forte émotion, visite qu'on vous recommande lors d'un passage à NY !).
La suite nous plonge dans un monde un peu fantastique peuplé de fruits et d'animaux étranges.
Le héros y est confronté à une langue et des signes inconnus. Et comme lui, l'absence de dialogues et la présence de signes cabalistiques nous rend nécessairement attentif aux expressions, aux visages et aux gestes.
Un monde d'exil plein de poésie et une BD très «graphique».


D'autres en parlent sur Critico-blog ou sur Critiques Libres. 
Malaurie en parle longuement. Gachucha et Philippe aussi. 
Guillaume présente quelques planches de l'album, de même que le site de l'auteur Shaun Tan. 
Le site de Dargaud propose de beaux fonds d'écran.

vendredi 7 septembre 2007

Tokyo express (Matsumoto Seicho)

Un policier charmant et facile du "Simenon" japonais.


Après deux semaines passées cet été à sillonner le Japon en Shinkansen, on ne pouvait mieux tomber que sur cette aimable surprise : Tôkyô Express du japonais Matsumoto Seicho surnommé le «Simenon japonais».
Pour ceusses qui n'auraient pas encore goûté à la littérature du pays du soleil levant, cette petite perle (180 pages et en poche) offre une première incursion facile en territoire Ni Hon (incursion timide certes, mais aussi sans risques).
L'écriture est simple et sage et la couverture ne cache ni les étrangetés, ni les bizarreries dont sont coutumiers les extrêmes auteurs orientaux.
On relèvera juste une intrigue minimaliste (on oublie de temps à temps qu'il s'agit d'un polar et qu'il y a peut-être eu crime ...) et puis cette douce répétition des petites choses, cette attention portée aux petits riens.
C'est précisément ce qui fait tout l'attrait de ce charmant polar, de cette minutieuse et progressive enquête, un peu «à la Columbo», alors que le lecteur aura tout deviné ou presque dans les premières pages et qu'il s'agit seulement du démontage patient et obstiné d'un alibi qui avait été élaboré avec tout autant de soin et de minutie.
[...] «Comment se fait-il qu'ils étaient là à cette heure et par le seul fait du hasard ?» se demanda Mihara, mais en même temps, une pensée bien différente naissait dans sa tête. 
«Est-ce vraiment un hasard ?» 
Quand on commence à douter même du hasard, il n'y a plus de limites.
Avec au passage, de maintes occasions pour pénétrer lentement les délicates et hiérachiques relations feutrées entre les différents personnages.
Pour goûter calmement les rites exotiques de la vie japonaise : apporter des gâteaux, fréquenter les hôtesses de bar, enlever ses chaussures, prendre son bain le soir, déposer son parapluie, ...
Et, enfin, pour avoir un aperçu de la légendaire ponctualité des trains nippons !
[...] Mihara aimait beaucoup ce tramway et le prenait sans même savoir où il allait. Cela pouvait sembler curieux de monter ainsi dans un tramway, mais lorsqu'il était pris dans ses pensées, Mihara aimait à prendre place dans un train et y réfléchir. La vitesse lente et le bercement modéré du wagon l'incitaient à la réflexion.
 Après avoir lu récemment plusieurs polars américains ou européens avec leur étalage et déballage de pensées, états d'âme et autres tourments intérieurs des flics occidentaux, quel contraste que cette douceur feutrée du côté des enquêteurs aux yeux bridés !

Pour celles et ceux qui aiment Simenon et les policiers au rythme sage. 
Cottet replace ce bouquin dans la tradition du polar japonais des années 60. 
Mais sur l'Agora, tout le monde n'a  pas aimé, contrairement à nous et à Nicolas. 
D'autres encore en parlent ici.

vendredi 31 août 2007

Cannibale (Didier Daeninckx)

Une toute petite mais édifiante tranche d'Histoire.

On connaissait de Didier Daeninckx ses polars engagés et militants.
Avec Cannibale, le voici dans un autre registre, qui nous donne une petite mais édifiante leçon d'Histoire, à faire figurer dans notre florilège des opuscules minuscules.
Sobre épisode (une centaine de pages écrites sans fioritures) mais sombre épisode.
En 1931 (oui, y'a pas de faute de frappe : 1931 et non pas 1831), pour l'Exposition Coloniale qui verra la naissance du zoo de Vincennes et de Babar, une centaine de canaques sont "amenés" de Nouvelle-Calédonie, déguisés en sauvages et parqués à côté des singes.
[...] J'étais l'un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m'avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse : « Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie ».
Une partie de cette "cargaison humaine" sera même échangée contre une autre curiosité, des crocodiles d'un zoo allemand.
Hasard des promenades, nous passions en vélo un soir devant le Musée des Arts Coloniaux de la Porte Dorée, le zoo et les vestiges des pavillons africains.
Didier Daeninckx brode sur cette histoire véridique une petite fable effarante.
D'une écriture simple, sans développer de thèse politique sentencieuse : juste un oeil ouvert quelques instants sur quelques moments de notre histoire.
En tissant discrètement, comme en filigrane, un autre épisode, situé lui dans les années 80, pendant "Les Evénements" lorsque les kanaks agiteront l'île calédonienne, 50 ans après l'Exposition Coloniale.
Comme pour mettre tout cela en perspective historique.
Mais notre lecture effarée de cette affaire de 1931 (oui : 1931, pas 1831) peut éclairer également un autre parallèle historique : quand on voit l'arrogance et le racisme de la bêtise coloniale de cette époque, comment s'étonner que le monde ait basculé dans la barbarie moins de 10 ans plus tard ?
Édifiant ....

D'autres blogs en parlent ici.

La peur du loup (Karin FOssum)

Histoire de fous sous les sapins norvégiens.

Il faut un peu de patience pour entrer dans l'univers de la norvégienne Karin Fossum et de son faux polar nordique : Celui qui a peur du loup.
La trame policière (un meurtre doublé d'une invraisemblable tentative de braquage) n'est qu'un prétexte à la mise en scène de trois «personnages».
Trois éclopés de la vie. Trois exclus de la société.
Un échappé de l'asile, un échappé de prison et un échappé de l'orphelinat (on aura reconnu ici, trois institutions bien commodes).
Ces trois-là se retrouvent bon gré mal gré errant dans la forêt aux confins de la Norvège, de la Finlande et de la Suède.
Certains chapitres avec de longues digressions en compagnie des «voix intérieures» de ces trois cerveaux malades dérangent un peu et il faut du temps pour se laisser imprégner par l'atmosphère insolite de ce roman.
[...] Une fois, nous étions tout un groupe assis dans le fumoir, en train de jouer aux cartes. Errki était là aussi, mais il ne jouait pas, il ne supporte pas de jouer. Il était tard dans la soirée, il faisait noir au dehors, et le plafonnier était allumé. Tout à coup, Errki a dit de sa voix bizarre et tranquille : nous aurions dû mettre des bougies sur la table. Oui, j'ai pensé, ça pourrait être sympa. Je lui ai demandé s'il voulait aller en chercher une dans la cuisine, mais il n'a pas voulu. Les autres non plus. Ils pensaient que la bougie gênerait le trajet des cartes. J'avais mal pour lui. Pour la première fois, il avait proposé quelque chose, et personne ne voulait l'écouter. Et à ce moment-là, le courant a été coupé. Une obscurité absolue s'est abattue sur le fumoir et sur le reste de la maison, et il y a eu tout un chahut épouvantable tandis que nous nous marchions dessus pour trouver une lampe. «J'ai essayé de prévenir», a dit sèchement Errki.
[des trois échappés, vous devinez que le 'Errki' dont il est question ici, est celui qui vient de l'asile]
Mais la patience est récompensée et il finit par se dégager de ce bouquin un charme étrange.
On se laisse peu à peu prendre au jeu, tout comme nos trois éclopés, de la tête ou du coeur, qui finissent par lier connaissance au fil de l'intrigue.
À un point tel que le commissaire Konrad Sejer (le héros récurrent de Karin Fossum), qui se fait ici porteur de notre regard, semble traverser cette enquête sur la pointe des pieds et sortir de cette forêt comme à regret.
À regret de n'avoir pas vraiment pu pénétrer tous les secrets de ces trois personnalités-là.

Au final, il semble que nous ne sommes pas tombés du premier coup sur le meilleur épisode des enquêtes du commissaire Sejer.
À défaut d'avoir été vraiment convaincus par ce premier numéro, il va nous falloir réïtérer l'expérience avec un autre volume : à suivre donc !

Papillon parle de la série policière de Karin Fossum comme d'autres, sans oublier Critiques Libres.

vendredi 24 août 2007

Le café de l'Excelsior (Philippe Claudel)


On a préféré le Rapport de Brodeck.

Quelques brefs souvenirs à rajouter dans notre liste des opuscules minuscules.
Philippe Claudel décrit son enfance auprès de son grand-père, le tenancier du Café de l'Excelsior dans un petit village.
Repère d'ivrognes ou îlot d'humanité. Au choix.
Comme on dit, voilà une nostalgie qui fleure bon cette vieille France provinciale, celle d'il y a maintenant une ou deux générations. Celle du côté d'Épinal.
[...] Mais le dimanche on s'habillait tout de même : les costumes remplaçaient les bleus. La plupart de ces hommes n'en possédaient d'ailleurs qu'un, le plus souvent celui de leur mariage, qui avait traversé les modes, quelques enterrements, ainsi qu'un demi-siècle dans l'entêtante compagnie de la naphtaline. Si certains corps avaient grossi, le costume s'était adapté, et saucissonnait désormais l'individu que jadis il servait galamment. 
Les  gestes dominicaux en subissaient une majesté guindée, une sorte de lenteur et de gêne protocolaire qui finissaient par déteindre sur les conversations, un semblant plus sérieuses.
À notre goût, à notre oreille, le ronflement savoureux de ces textes appliqués finit cependant par résonner un peu comme celui d'une dictée scolaire. Dans le genre « exercice de style ».
Comme si la mécanique trop bien huilée de cette prose que l'on devine ciselée et polie avec amour, finissait par tourner un peu à vide ...
[...] Les sommeils des siestes paraissent étirer les vies, et les dormeurs du jour se repaissent de force que la nuit jamais ne dévore.
Pour suivre avec Philippe Claudel : Le rapport de Brodeck, excellent ! 

La plupart de nos voisins de blogs sont plus enthousiastes : ici ou . 
Agora en parle aussi et Philippe a bien aimé.

vendredi 17 août 2007

La défense Lincoln (Michaël Connelly)

Un Connelly moins convainquant que les autres.

Après Echo Park et surtout Deuil interdit, voilà le troisième opus de Michael Connelly qui sort de notre PAL cet été.
Mais franchement, celui-ci aurait pu ne pas y entrer (on avait d'ailleurs longtemps hésité) car il nous a un peu déçus.
Même si Connelly fait des efforts louables pour sortir du moule habituel et quitter les enquêtes du LAPD avec
sonnotre détective fétiche Harry Bosch.
Avec La défense Lincoln, nous sommes ici dans la plus pure tradition du roman de "procès", le thriller judiciaire, avec un avocat pas trop regardant qui va se retrouver plongé (et nous avec) dans une intrigue à tiroirs bien tarabiscotée (voire peu crédible à certains moments).
Il s'ensuit une quasi partie d'échecs (d'où le jeu de mots du titre en VF) entre le vilain et son avocat malgré lui, où chacun d'eux cherche à anticiper le coup suivant.
On pense un peu à La faille (le film avec A. Hopkins sorti en mai où l'assassin choisissait lui-même son flic) et c'est plutôt prenant : un polar sympa pour les plages de l'été mais, pour tout dire et sans vouloir être méchant, ça ressemble plus à du Harlan Coben qu'à du Connelly (L'Express fait d'ailleurs lui aussi le rapprochement, peut-être involontairement).
Côté écriture, ça nous a tout l'air d'un petit côté "bâclé en vacances", pourtant le traducteur est bien le même que d'habitude ...
Au-delà de ce gentil et facile divertissement donc, si vous voulez vraiment goûter à du "bon Connelly" (le vrai, celui avec du Harry Bosch dedans !) rabattez-vous plutôt sur l'excellent Deuil interdit, en poche également. 
Cependant ce bouquin pas si fameux connaîtra de beaux succès au cinéma (films et séries).    

Philippe est plus indulgent, d'autres avis sur Critiques Libres (un site découvert récemment, très riche et fort intéressant).

vendredi 10 août 2007

BD : Death note

Dans la série : il sait que je sais qu'il sait ...

Voilà un manga précédé d'une forte réputation et sorti également en "anime".
L'idée de départ de la série Death Note ne manque pas d'originalité : un adolescent récupère un cahier mystérieux (un "death note") dans lequel il peut inscrire et programmer la mort des uns ou des autres.
Au début, notre héros tente d'utiliser cet instrument fatal pour "faire le bien" en trucidant des vilains et des affreux ... mais bien vite cela dérape.
La police entre alors en scène et une équipe mène l'enquête.
C'est presque une partie d'échecs qui s'engage entre les uns et les autres et l'intrigue se focalise sur cet affrontement cérébral : il sait que je sais qu'il sait, etc.
Le côté magique ou fantastique (entre le monde des morts et des vivants) sait se faire suffisamment discret pour ne pas alourdir le récit qui reste lisible même si on a passé (depuis longtemps) l'adolescence et qu'on n'est plus branché sur le fantastique.
Mais au fil des épisodes tout cela devient un peu répétitif et manque un peu d'épaisseur.
L'idée de départ est brodée, tricotée, emberlificotée, ... comme si finalement elle ne tenait pas la distance.
On songe évidemment à l'excellentissime MonsterNaoki Urasawa maîtrisait parfaitement l'art des digressions et des rebondissements multiples.
Il en reste un bon polar au dessin soigné et un manga très accessible.


D'autres blogs en parlent (et très bien) ici même et Cathe aussi.

vendredi 3 août 2007

La colline des chagrins (Ian Rankin)

Un épisode de John Rebus.

Les polars de Ian Rankin sont dans notre bibliothèque depuis quelques années et voici avec La colline des chagrins, l'occasion de parler ici de cet écossais.
Au hit-parade des inspecteurs désabusés, John Rebus est un peu le cousin de l'américain Harry Bosch avec qui il partage une grande soif et une totale inaptitude à la vie amoureuse et familiale.
De plus, les rues sombres d'Edimbourg irriguent les bouquins de Rankin comme les boulevards de L.A. nourrissent ceux de Connelly.
Et comme pour aller jusqu'au bout du parallèle, tout comme son collègue, John Rebus est rarement en parfaite harmonie avec sa hiérarchie ...
[...] - Si quelqu'un est capable de le faire, John, c'est vous. J'ai toujours fait confiance à votre entêtement et à votre incapacité à écouter vos supérieurs. 
Rebus remit sa tasse dans sa soucoupe. 
- Je prendrai cela comme un compliment.
La colline des chagrins fait partie de ces polars sombres comme l'Ecosse, peut-être encore plus déprimants que ceux de Connelly car moins américains et donc plus proches de nous.
Peut-être pas le meilleur de Rankin (si c'est une découverte, commencez par les premiers), mais un épisode plus qu'honnête.

L'Express en parle et Polarweb aussi.

vendredi 27 juillet 2007

Rouge-gorge (Jo Nesbo)

Harry Hole nous donne une leçon d'histoire.

On a déjà eu l'occasion d'évoquer les polars du norvégien Jo Nesbo.
Le revoici avec Rouge-Gorge, une nouvelle enquête de l'inspecteur Harry Hole.
Côté détectives un brin désabusés, Harry Hole, c'est un peu le chaînon manquant entre le Harry Bosch (tiens, Harry ?) de l'américain Michael Connelly et le Kurt Wallander du suédois Henning Mankell.
Et décidément, après Le retour du professeur de danse de Mankell, La femme de Bratislava du danois Leif Davidsen, Millenium du suédois Stieg Larrson, et bien d'autres, les pays nordiques n'en finissent pas d'explorer les années noires de leur collaboration avec le nazisme.
[...] Fauke ne se réjouissait pas franchement à l'approche de la fête nationale. 
« C'est gonflant. Et trop de drapeaux. Pas étonnant qu'Hitler se soit senti chez lui au milieu des norvégiens, notre âme populaire est frénétiquement nationaliste. C'est juste qu'on n'ose pas l'admettre. »
Ici, un peu comme dans le Retour du professeur de danse, deux histoires se font écho à quelques années de distance : la guerre (sur le front Est, du côté de Leningrad) et des meurtres bien contemporains - vengeance et règlement de comptes ?
Double suspense et intrigue complexe et riche en personnages qui nous tiennent en haleine jusqu'au bout de cet excellent polar.
Un polar qui nous en apprend aussi beaucoup sur nos voisins norvégiens.
[...] « Les États-Unis sont un peu plus qu'un allié » commença Brandhaug avec un sourire invisible. Il dit cela sur le ton de quelqu'un qui raconte à un étranger que la Norvège a un roi et que sa capitale est Oslo.
« En 1920, la Norvège était l'un des pays les plus pauvres d'Europe, et elle le serait sans doute encore sans l'aide des USA. Oubliez la réthorique des hommes politiques. L'émigration, le plan Marshall, Elvis et le financement de l'aventure pétrolière ont fait de la Norvège le pays qui est probablement le plus pro-américain au monde. »
L'occasion aussi de découvrir la légende d'Urias qui fut envoyé au combat (et à la mort) par David qui convoitait son épouse Bethsabée.

D'autres en parlent ici ou .

mercredi 25 juillet 2007

De soie et de sang (Qiu Xiaolong)


L'inspecteur Chen s'attaque à un tueur en série ?

Nous sommes depuis longtemps fans et accros des enquêtes de l'inspecteur Chen Cao et des polars shanghaïens de Qiu Xiaolong.
On s'est donc jeté avec un même enthousiasme sur le dernier épisode : De soie et de sang (le titre original faisant plutôt allusion à la robe rouge traditionnelle, le qipao dont sont habillées les victimes).
Cette fois, Qiu Xiaolong s'attaque à un serial-killer, chose plutôt inattendue dans le folklore chinois auquel il nous avait accoutumés.
Est-ce cela qui nous a dérouté ?
Est-ce un terrain trop balisé par les "américains" du genre ?
Est-ce le charme de la découverte qui s'émousse et la routine qui s'installe ?
Quoiqu'il en soit on retrouve la ville de Shanghaï et le décor habituel des romans de Qiu Xiaolong : cuisine chinoise (hmmm la cervelle de singe vivant ...), poésie et littérature, trafics politiques, traumatismes encore vivaces de la Révolution Culturelle et plaies mal refermées, ... mais on n'accroche pas tout à fait à l'intrigue policière, et on peine pendant la première moitié du bouquin à suivre les traces d'un inspecteur Chen qui, comme nous, semble hésiter entre l'enquête et sa dissertation littéraire ...
Un peu déçus par ce dernier épisode donc, ce billet est l'occasion de vivement vous conseiller de découvrir (si ce n'est déjà fait) Qiu Xiaolong par ses précédents polars, tous excellents et la plupart en format poche (voir des extraits au format PDF).

Cathe partage un peu notre avis, Michel est plus enthousiaste.

vendredi 20 juillet 2007

La brocante Nakano (Kawakami Hiromi)

Un peu du charme des Années douces.

Kawakami Hiromi nous avait enchantés avec Les années douces.
On a donc poussé avec enthousiasme la porte de la boutique de Nakano-san, brocanteur à Tôkyô.
Mais une fois entrés, on n'a pas retrouvé tout à fait le même plaisir que celui qu'on avait eu à suivre Tsukiko et son professeur qui picolaient dans les bars pendant les années douces.
La brocante Nakano procède toujours du même esprit : la description minutieuse des petits riens de la vie, on passe du coq à l'âne et du fil à l'aiguille, on suit le charme des conversations.
De l'influence du minuscule : les paroles, les odeurs et les bruits qui rythment la vie.
Cette brocante-là, c'est un sympathique bric à brac (le rythme des chapitres suit un peu celui des objets qu'on achète et qu'on vend, qui passent de mains en mains), un bric à brac des choses mais aussi de la vie et des sentiments.
Une boutique dans laquelle nous guide Kawakami Hiromi, jusqu'à une très belle fin.
[...] Quand je lui ai demandé une fois, tu aimes ce café, Takeo a eu l'air surpris. Si j'aime ce café ? ll n'avait pas l'air de comprendre. Mais oui, écoute, tu achètes toujours le même, non ? Takeo m'a répondu qu'il ne s'en était jamais aperçu. Tu as vraiment le don de remarquer de ces détails, Hitomi ! 
[...] M. Nakano l'a regardé s'éloigner en soupirant avec ostentation.« Qu'est-ce qu'il y a ? » ai-je demandé. M. Nakano avait envie qu'on lui demande ce qu'il y avait. Lorsqu'il pousse des soupirs ou marmonne tout seul, c'est qu'il a envie de parler à quelqu'un.
Mais vous l'avez compris, on aura quand même préféré Les années douces.

D'autres en parlent joliment ici et Télérama aussi.

vendredi 13 juillet 2007

La petite pièce hexagonale (Yoko Ogawa)

La reine japonaise de l'étrange.

Après L'annulaire, voici de nouveau une étrange nouvelle (100 pages) de l'étrange Yoko Ogawa.
La petite pièce hexagonale est une sorte de mystérieux confessional en bois géré par un couple de mystérieux gardiens.
On y entre et s'y asseoit pour s'y raconter, tout seul : une pièce à raconter, à se raconter.
[...] Il n'y a pas d'erreur dans ce que m'a dit Yuzuru, n'est-ce pas ? Il s'agit bien d'une petite pièce qui ne sert à rien d'autre qu'à raconter. 
[...] Mais la première fois qu'il m'a expliqué le mécanisme, j'ai été désorientée. Comme jusqu'alors je n'avais jamais entendu parler de l'existence d'une telle chose au monde, je n'ai pas été tout de suite convaincue.
[...] En fait ça ressemble à un monologue, c'est ça ? Une boîte où l'on peut murmurer tout seul autant qu'on veut, dans le style qu'on aime, sans se soucier du regard des autres.
Étrange poésie autour de ses monologues introspectifs : on chancelle à la limite du surréalisme, on reste toujours sur le fil du couteau à sushis entre poésie et fantastique.
Réservé quand même aux amateurs ...
À suivre également : La Bénédiction Inattendue et Les Paupières, ses deux derniers recueils de nouvelles (excellents !). 

La bio de Yoko Ogawa sur Evene.fr et un site sur ses différents romans et nouvelles.

vendredi 6 juillet 2007

Echo park (Michaël Connelly)

Harry Bosch aux affaires classées - 2.


Après Deuil interdit qui nous avait permis de remettre Michael Connelly au goût du jour sur ce blog, voici le deuxième épisode de la nouvelle série des "affaires classées" : Echo Park.
Toujours accompagné de sa coéquipière black Kiz Rider, l'inspecteur Harry Bosch retrouve également cette fois son ex-amie du FBI : Rachel Walling.
[...] - Je t'ai appelée en me disant que tu ne serais peut-être pas fâchée de remettre tes anciens talents à contribution. 
- Tu veux dire ... comme profileuse ? 
- En quelque sorte. Demain il faut que j'affronte un type qui reconnait être un tueur en série et je n'ai toujours aucune idée de ce qui le fait fonctionner. Il veut avouer neuf meurtres pour conclure un accord qui lui évitera l'aiguille. Je dois être sûr qu'il n'est pas en train de nous rouler. Il faut que j'arrive à savoir s'il dit la vérité avant de me retourner vers les familles ... du moins celles dont on a entendu parler ... et de leur dire qu'on tient leur bonhomme. 
Il attendit un instant qu'elle réagisse. Voyant qu'elle n'en faisait rien, il poursuivit. 
- J'ai quelques crimes, deux ou trois scènes de crime et des analyses scientifiques. J'ai aussi des photos et l'inventaire de ce qu'il y avait dans son appartement. Cela dit, je ne le sens pas.
Harry Bosch, c'est un peu le Don Quichotte du LAPD de Los Angeles. Toujours en guerre contre les magouilleurs de l'appareil policier et de l'institution judiciaire.
Le voici aux prises avec un avocat véreux, un district attorney en campagne électorale et des chefs ripoux, rien que ça.
Mais précisément, dans cet épisode, on a l'impression que Connelly en fait un peu trop, dans le registre "tous corrompus".
Et pour tout dire, on aura préféré Deuil Interdit, vraiment excellent ... et en format poche.
Il reste qu'Echo Park est quand même un très bon polar dont la fin laisse planer un parfum de doute avec un Harry Bosch pas forcément à son avantage ... 

D'autres blogs en parlent sur Critico-blog et Cathe ici.

vendredi 22 juin 2007

Millénium 1 (Stieg Larsson)

Premier opus de la trilogie suédoise.

On avait acheté ce bouquin après plusieurs bonnes notes lues sur les blogs mais il avait fini par traîner au fond de la PAL (la Pile À Lire) à cause de son abominable couverture qui, invariablement, menaçait de nous plonger dans une espèce de remake des Orphelins Beaudelaire.
Mais non pourtant, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, du suédois (oui, encore !) Stieg Larsson, n'a rien d'un roman pour ados.
C'est un polar de bonne facture.
L'écriture est plutôt du genre simple et basique (Elisabeth George et Sue Grafton sont d'ailleurs citées), mais il faut avouer qu'à force de lire des auteurs qui, avec quelques mots, arrivent à vous scotcher au fond de votre canapé, on devient difficile ...
Les gentils sont bien trop gentils et sont heureux en amour comme en affaires.
Les méchants sont bien trop méchants, au point d'en devenir des caricatures peu vraisemblables, et le scénario suit parfois des péripéties à peine crédibles.
Alors, qu'est-ce donc qui fait que l'on reste accroché à ces pages ?
Sans doute la découverte de cette Suède que l'on parcourt, polar après polar : avec sa fête de la Saint-Jean (on pense à Henning Mankell et ses Morts de la Saint-Jean), ses sectes Pentecôtistes (on pense à la finlandaise homonyme Asa Larsson et son Horreur boréale) et toujours le souvenir des démons nazis des années noires (de nouveau Henning Mankell avec le Retour du professeur de danse) avec ici en prime la collusion avec le milieu des affaires.
Sans doute aussi, l'originalité d'une enquête qui, cette fois, n'est pas menée par le flic désabusé habituellement de service, mais par un journaliste économique qui, accessoirement, s'attache à une ado attardée au passé trouble, hackeuse au mauvais caractère. Ces deux-là mènent une longue investigation qui fait tout le charme de ce bouquin. Enfin Mesdames, c'est aussi, comme le titre l'indique, une diatribe contre ces hommes qui n'aiment pas les femmes et donc contre les violences subies par icelles. Le message est clair.
Un thriller bien venu pour les plages cet été.
[...] Il était d'avis que la vraie mission journalistique était d'examiner les chefs d'entreprise avec le même zèle impitoyable que les journalistes politiques surveillent le moindre faux pas chez les ministres et les parlementaires. Il ne viendrait jamais à l'idée d'un journaliste politique de donner à un chef de parti un statut d'icône.
Bon d'accord, le bouquin a manifestement été écrit avant l'avènement de Sarko.
[...] Ce jour-là Lisbeth était vêtue d'un tee-shirt noir avec une image d'E.T. exhibant des crocs de fauve, souligné d'un I am also an alien. Elle portait une jupe noire dont l'ourlet était défait, un court blouson de cuir noir râpé, ceinture cloutée, de grosses Doc Martens et des chaussettes aux rayures transversales rouges et vertes, montant jusqu'aux genoux. Son maquillage indiquait qu'elle était peut-être daltonienne. Autrement dit, elle était extrêmement soignée. 
Deux autres épisodes sont parus mais ce seront les derniers : l'auteur Stieg Larrson vient malheureusement de décéder.

D'autres blogs en parlent ici ou et surtout Jean-Marc. 

jeudi 14 juin 2007

Le dernier souper (Shusaku Endo)

Tourments d'un catholique au Japon.

Des trois nouvelles de Shûsaku Endo qui composent ce petit recueil d'une centaine de pages, seule la dernière, éponyme, Le dernier souper mérite vraiment le détour.
Les deux premières évoquent les tourments de la foi catholique dans ce Japon où les chrétiens n'étaient pas toujours bien vus, particulièrement pendant les années sombres du nationalisme nippon.
Ce qui donne quelques pages au charme exotique délicieusement inversé pour notre regard occidental.
[...] La guerre avait déjà éclaté en Chine mais la situation n'était pas encore trop tendue pour les catholiques japonais. Ils pouvaient faire sonner bruyamment les cloches, toute la nuit de Noël et le jour de Pâques. L'entrée de l'église était décorée de fleurs, et nous n'étions pas peu fiers quand les gamins du quartier regardaient avec envie les fillettes, la tête couverte d'un voile blanc comme les jeunes filles étrangères.
Mais c'est donc la troisième nouvelle qui mérite surtout d'y investir 2 euros (oui, c'est le prix du bouquin !).
Une nouvelle très "japonaise" où il est question des souffrances d'un homme hanté par un terrible souvenir de guerre.
[...] Bientôt, on remarqua que certains membres d'un bataillon qui s'était joint à eux, en cours de chemin, mangeaient en cachette de la nourriture. Ils leur racontaient qu'il s'agissait de viande de lézard séchée, alors qu'il n'était pas si aisé d'attraper ces animaux. Tsukada et Minamikawa se doutaient vaguement de quoi il retournait, cependant ils craignaient de l'avouer à voix haute car la guerre avait déjà fortement ébranlé les nerfs de tout le monde.
Voilà bien un extrait pour vous mettre ... l'eau à la bouche !
Mais en réalité, cet événement dramatique n'est encore, pour Shûsaku Endo, qu'un prétexte pour exorciser ses démons : péché, rachat, souffrance, ...
Décidément, cet auteur aura été fortement marqué par son éducation catholique.

In folio en parlait ici et d'autres sur Agora. 
Sur le même thème, voir un autre auteur, Shohei Ooka, chez Noir & Bleu.

jeudi 7 juin 2007

Le retour du professeur de danse (Henning Mankell)

Le retour en force de Henning Mankell.

C'est avec Henning Mankell que nous avions découvert les polars polaires, bien avant la naissance de ce blog et il est juste qu'une place de choix lui soit enfin octroyée.On vient de parler récemment de Mankell dans un autre genre, le roman social, avec Tea Bag.
Nous voici de nouveau au rayon polars, avec Le retour du professeur de danse (et c'est en poche).
La série des enquêtes de l'inspecteur Kurt Wallander est terminée (et c'est pas plus mal car, autant les premiers épisodes étaient excellents, autant les derniers de la série nous avaient un peu déçus) puisque c'est l'inspecteur Stefan Lindman qui reprend avantageusement le flambeau.
En toile de fond de son enquête : le passé (... mais aussi le présent) peu reluisant de la Suède qui collabora avec les nazis pendant la guerre, ce qui ne pouvait manquer de nous rappeler un autre polar lu récemment, un danois, La femme de Bratislava de Leif Davidsen. L'inspecteur Lindman est malade, atteint d'un cancer, et cela rappelle encore un autre polar (un suédois) dont on avait parlé en mai : Retour à la Grande Ombre, de Hakan Nesser.
Beaucoup d'échos donc, suscités par le retour de ce professeur de danse.
[...] - Je suis parti de Boras parce que je suis malade. J'ai un cancer. Je suis en attente de commencer une radiothérapie. J'avais le choix entre Majorque et Sveg. J'ai choisi Sveg parce que je voulais comprendre ce qui était arrivé à Herbert Molin. Maintenant je me demande si j'ai bien fait. 
Giuseppe hocha la tête. Ils restèrent une minute silencieux. 
- Les gens veulent toujours savoir d'où je tiens mon prénom, dit enfin Giuseppe. Toi, tu ne m'as pas posé la question. Parce que tu pensais à autre chose. Je me suis demandé ce qui te préoccupait à ce point. Tu as envie d'en parler ? 
- Je ne sais pas. En fait, non. Je voulais juste que tu saches. 
- Alors je ne t'interrogerai pas. 
Mankell peaufine des dialogues pleins de sens et se confirme comme un maître dans l'art du non-dit, particulièrement dans ce roman qui met en scène plusieurs personnages intéressants autour de Stefan Lindman, comme ce Giuseppe, policier du grand nord suédois, ou Elena, l'amie de Lindman, et d'autres encore (du coup, à côté de ces portraits soignés, un ou deux protagonistes du drame manquent presque un peu d'épaisseur, comme si Mankell hésitait à fouiller du côté obscur de la force, c'est dommage).
[...] Sur la table de cuisine, une thermos attendait déjà, à côté d'une assiette de brioches à la cannelle recouverte d'un torchon. Wigren apporta une deuxième tasse et l'invita à s'asseoir. 
- On n'est pas obligés de parler, dit-il de façon inattendue. C'est possible de boire un café avec un inconnu en se taisant. 
Ils burent leur café et mangèrent une brioche chacun. L'horloge au mur sonna le quart. Stefan se demanda ce qu'avaient bien pu faire ensemble les gens de ce pays avant l'arrivée du café. 
Du côté de l'intrigue, on devine tout très rapidement (le prof de danse, ancien nazi, a été rattrapé par son passé et l'une de ses anciennes victimes qui lui fait faire quelques derniers pas de tango macabres) mais bien entendu avec Mankell, si l'on devine tout, c'est que l'on ne sait rien, et il vous faudra donc dévorer le bouquin jusqu'à ses dernières pages pour comprendre le fin mot de cette histoire où le néo-nazisme sait rester discret et ne pas alourdir le récit.

vendredi 1 juin 2007

La chute de Fak (Chart Korbjitti)

Quand tout tourne autour de la pagode.

Chart Korbjitti nous convie à un voyage en Thaïlande pour assister à la Chute de Fak.
Fak c'est l'homme à tout faire du temple de son village.
Mais pour son plus grand malheur, le pauvre Fak "héritera" à la mort de son père d'une belle-mère un peu fofolle qui a la gênante habitude de montrer ses fesses ou sa poitrine à qui mieux mieux.
De là à ce qu'on dise que Fak couche avec sa belle-mère, il n'y a qu'un pas que les villageois auront tôt fait de franchir.
C'en est fini de la renommée de Fak qui sombrera peu à peu dans la déchéance et se noiera dans l'alcool.
C'est cette longue descente aux enfers que raconte ce roman. Et c'est précisément cette lenteur qu'on peut lui reprocher : pas de surprise dans cette longue contemplation de la chute de Fak.
Il n'en reste pas moins une savoureuse et instructive description des moeurs et coutumes de ce village thaïlandais : la rentrée des classes, les fêtes, les crémations funéraires, jusqu'à l'arrivée de la fée électricité.
Quand l'individuel et le social ne font qu'un, quand tout tourne autour de la pagode ...
[...] La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit-fils était en âge de devenir novice, c'est à la pagode qu'on le faisait ordonner et qu'il venait résider. Bien entendu, quand quelqu'un mourait, c'est à la pagode qu'on apportait le corps pour l'incinérer. Pour quiconque voulait faire des rencontres, c'est à la pagode qu'il fallait se rendre. C'est à la pagode que le chef du village réunissait les villageois, que les officiels du district venaient établir les cartes d'identité individuelles et les services sanitaires vacciner contre les épidémies. Les vieux allaient à la pagode faire leurs dévotions et les policiers à la poursuite de malfaiteurs s'arrêtaient à la pagode pour prendre des renseignements. Individuellement et collectivement, tout le monde dépendait de la pagode.

Une interview du traducteur.

vendredi 25 mai 2007

Tea bag (Henning Mankell)

Un roman social de Mankell.

On connaissait Henning Mankell pour ses fameux polars (et notamment Le retour du professeur de danse qui vient de sortir en poche) mais voici avec Tea-Bag l'occasion de découvrir une autre facette des nombreux talents de ce suédois (il écrit aussi des pièces de théâtre : Les Antilopes étaient jouées en 2006 à Paris).
Tea-bag est un roman étrange à deux facettes, une sorte de conte social qui dépeint d'un côté, la vie vaine et privilégiée d'un poète hypocondriaque en panne d'inspiration, écartelé entre une mère possessive, une maitresse possessive, un éditeur possessif, ... bref, un écrivain en panne à qui sa propre vie semble échapper ...
[...] - Si tu refuses d'avoir des enfants, je dois me demander s'il ne me faudrait pas un autre homme. 
- Moi aussi, je veux des enfants. La seule question est de savoir si c'est le bon moment. 
- Pour moi, oui. 
- Je suis en train de modifier mon image en tant qu'auteur. Je ne suis pas certain que ce soit conciliable avec le fait d'avoir des enfants.
Clin d'oeil : son éditeur veut absolument le forcer à écrire ... un polar.
... et de l'autre côté de ce miroir social, 3 jeunes filles immigrées dans une banlieue suédoise : une black (c'est Tea-bag), une fille des pays de l'est et une autre venue du moyen-orient. Bref, un concentré de la société multi-culturelle suédoise.
Mankell s'étend longuement sur les traumatismes de ces douloureuses fuites qui ont fini par conduire ces jeunes filles jusque dans la banlieue de Göteborg (toute ressemblance avec d'autres grandes villes européennes étant, bien sûr, purement fortuite).
[...] Dans le camp, il y avait un trafic de passeports, qui avaient parfois été falsifiés plusieurs fois de suite. Un vieux Soudanais, sentant approcher le vent froid de la mort et comprenant qu'il ne ressortirait pas vivant de ce camp espagnol, m'a échangé ce passeport contre la promesse qu'une fois par mois, aussi logntemps que je vivrais, j'entrerais dans une église, ou une mosquée, ou un autre temple, et je penserais à lui pendant une minute exactement. Voilà ce qu'il voulait, en échange du passeport, un rappel qu'il avait existé autrefois, même s'il avait tout laissé, tout abandonné dans le pays qu'il avait fui.
De la rencontre incongrue entre ces personnages, Mankell construit une étrange fable où son héros écrivain finit par gratter son vernis social pour aller à la découverte de ces 3 jeunes femmes et de leurs histoires, dont il fera très certainement un ... roman !

Allie la bibliothécaire québécoise en parle ici.

Porte de la paix céleste (Shan Sa)

Pour ceux qui veulent prolonger la lecture de Shan Sa (une chinoise qui vit à Paris et qui écrit désormais en français) après La joueuse de go, voici la Porte de la Paix Céleste.
La porte de la paix céleste c'est, en VO, Tian An Men.
Et c'est donc aussi l'occasion de prolonger le film tout récent Jeunesse chinoise, puisque le roman débute, presque comme le film, alors qu'une étudiante s'enfuit de Tian An Men au moment où l'armée envahit la place.
Après la rapide évocation des ces événements, on retrouve exactement comme dans La joueuse de go, l'opposition, la quête entre deux êtres :
- d'un côté Ayamei, une jeune femme rebelle et romantique, poursuivie comme l'une des meneuses du mouvement étudiant et qui finira par trouver la paix céleste dans la magie des montagnes chinoises,
- de l'autre côté du miroir, un jeune soldat empêtré dans sa rigueur morale et son obéissance aux ordres, chargé de retrouver la fuyarde.
Un petit bouquin intéressant mais qui n'a pas encore l'élégance et la rigueur plus abouties de La joueuse de go qui sera écrit 4 ans plus tard.
Porte de la paix céleste est son premier roman (Goncourt du premier roman), écrit à 24 ans lorsqu'elle était chez Balthus en Suisse. Un livre sur l'innocence, comme un écho aux oeuvres du peintre ?
[...] Je suis sûre que vous découvrirez un âme pure, sensible et passionnée, que vous jugerez ma fille innocente des crimes dont on l'accuse. Vous ne l'arrêterez jamais. Ayamei est un oiseau indomptable qui mourrait si on l'enfermait. Une fois sortie de la ville, une fois rendue à la nature, elle déploiera ses ailes et prendra son essor.
Hélas, jamais elle ne reviendra.

vendredi 18 mai 2007

Deuil interdit (Michaël Connelly)

Harry Bosch reprend du service aux affaires classées.

Il y avait longtemps qu'on n'avait ouvert un Connelly.
Avec Deuil interdit, il n'aura suffit que de quelques pages pour nous replonger avec délices dans les rues de Los Angeles aux côtés de Harry Bosch, notre détective préféré.
Et on a bien vite retrouvé cette espèce de noirceur poisseuse qui semble coller aux basques des enquêteurs du LAPD, dans cette ville désabusée qui semble concentrer tout le désespoir du monde.
Après une longue série d'excellents polars, Connelly est toujours en grande forme et on a bien aimé cette intrigue-là, particulièrement bien construite jusqu'à un dénouement étonnant.
Harry Bosch reprend du service : il retrouve Kiz Rider, sa coéquipière black, et à eux deux vont réouvrir les dossiers des "affaires classées".
Le second épisode, Echo Park, est sorti ce mois-ci en France.
[...] - Le choeur des voix oubliées, dit-il. 
- Pardon ? 
- C'est ce qui me vient à l'esprit quand je pense aux dossiers qui nous attendent aux Affaires non Résolues. Une vraie galerie des horreurs. C'est notre plus grande honte. Toutes ces affaires ! Toutes ces voix ! Chacune est une pierre jetée dans un lac. Les ondes de choc se propagent à travers le temps et les personnes. Familles, amis, voisins. Comment pouvons parler de cité quand il y a encore tellement d'ondes de choc, tellement de voix que la police a oubliées ? 
Bosch lui lâcha la main et garda le silence. Il n'y avait pas de réponse à la question du chef. 
- J'ai rebaptisé le service dès que je suis arrivé. Il ne s'agit pas d'affaires éteintes, inspecteur. Jamais elles ne le sont. Pour certains, en tout cas. 
- Je comprends.

Cathe en parle ici.

36 boulevard Yalta (Olen Steinhauer)

De quoi changer un peu des enquêtes policières, voici un roman d'espionnage d'Olen Steinhauer, un américain qui a vécu dans les pays de l'est (Hongrie, ...).
Le 36, boulevard Yalta, c'est le siège de l'équivalent du KGB d'un pays de l'est, quelque part entre la Tchécoslovaquie et la Roumanie.
Nous voici donc plongés en pleine guerre froide de l'autre côté du rideau de fer où nous suivons les péripéties de l'agent Brano Sev.
La première partie du bouquin est particulièrement intéressante qui dépeint une petite ville de campagne : les habitants, leurs habitudes locales, la famille du major Sev (qui d'ailleurs ne voit pas sa profession d'un très bon oeil), ...
On passe ensuite à l'ouest et l'aventure se poursuit à Vienne de manière plus classique : on navigue dans le microcosme des espions de tout bord, en essayant de deviner qui cache son jeu (allez, un indice : en fait, à peu près tout le monde !).
Au fil des pages, nous voici, comme le héros Brano Sev, manipulé et retourné en tous sens jusqu'au dénouement final, un peu convenu il faut le reconnaître.
On finit par se prendre de compassion pour le major Sev qui se fait régulièrement rossé et malmené, ainsi que pour sa petite amie, transfuge Yougoslave, mais on a du mal à se passionner pour les autres personnages, exceptée peut-être la mère de Sev dans son village de campagne ...
Hormis cette première partie déjà évoquée avec son atmosphère dépaysante, il faut avouer qu'on est resté un peu sur notre faim ... juste de quoi avoir envie de découvrir peut-être les autres romans d'Olen Steinhauer (Cher camarade, Niet camarade) qui décrivent la vie policière dans les pays de l'est.
[...] Ce qu'il avait donné comme explication à Jan - qu'il se sentait utilisé - prenait soudain un poids nouveau. Cerny lui mettait la pression, soit pour obtenir des résultats, soit pour l'obliger à fuir. Mais comment savoir ? Il n'y avait aucune réponse toute prête au pourquoi du piège tendu par Jast comme au pourquoi des coups de téléphone de Cerny.

D'autres critiques ici ou .

vendredi 11 mai 2007

Insecte (Claire Castillon)

Quand la mère devient insectueuse ...

On dit souvent que les japonais ont l'art et la manière des nouvelles glacées et effroyables ... mais c'est faire bien peu de cas de ce recueil d'une vingtaine de très courtes nouvelles (quelques pages chacune) de Claire Castillon : Insecte.
Au moins, l'avantage avec les japonais, c'est que l'exotisme, même de façade, nous permet de nous tenir à distance respectueuse en cas de besoin. Mais ici pas de faux-fuyant ...
Des histoires d'amour/haine mère/fille où la mère est beaucoup, beaucoup trop prenante, incestueuse ou insecte-tueuse ...
De formidables portraits de femmes aussi. Où se dessinent, en creux, quelques hommes, trop souvent partis en voyage ...
Une écriture féroce, cruelle, sans concession, qui dérange souvent et lorsqu'on rit, parfois, on rit jaune ...
Claire Castillon joue habilement de nos émotions et dans ses courtes nouvelles, possède au plus haut point l'art de nous retourner comme des crêpes même si chacun sait bien que l'amour peut cacher la haine, qu'après le rire viennent les larmes, que derrière le bonheur se terre le désespoir, et que la haine peut finalement ramener à l'amour.
Chose peu fréquente, il n'y a rien à jeter dans ce recueil de quelques vingt nouvelles, même courtes : toutes sont d'égale tenue et leur unité de ton est du meilleur effet, à condition de ne pas dépasser la dose maximum de 2 ou 3 nouvelles par jour, car au-delà, des effets indésirables peuvent se manifester.
Un livre ressurgi au hasard d'un rangement de notre bibliothèque et qui a de bonnes chances de figurer sur le podium de notre best-of 2007.
[...] Elle m'énerve avec son cancer, elle n'a pas idée. On lui a d'abord prescrit quelques rayons, ça ne devait pas être méchant. Finalement, on lui a fait neuf chimio-thérapies. À force de s'écouter, comme dit papa, elle a laissé s'installer la maladie. Du coup, elle n'a plus un cheveu sur la tête et sa perruque la démange, alors souvent elle la retire, on lui a dit que ça nous choquait un peu parce que son crâne chauve est gênant, mais elle la retire quand même. Pour rire on l'appelle Tête d'Oeuf, Yul Brynner ou Bille de Noix. Le maquillage ne prend plus sur son teint jaune, mais elle s'acharne, alors elle en met trop, et l'autre jour, alors que je l'avais accompagnée faire quelques pas dans le jardin de l'hôpital, j'ai entendu quelqu'un dire Le travelo arrive, alors pour plaisanter je lui ai conseillé de se faire embaucher dans un cabaret. Mais ça ne l'a pas fait rire, j'ai été obligé de préciser que c'était de l'humour, oh là là, un peu de recul à la fin.

Vient de paraître en poche. 
Nos blogs préférés en parlent ici, ici ou .

Retour à la grande ombre (Hakan Nesser)


Toujours au rayon des polars polaires ...
Et toujours de quoi voyager avec encore un suédois, Hakan Nesser, qui situe son histoire aux Pays-Bas : Retour à la Grande Ombre, une enquête du commissaire Van Veeteren, une sorte de Maigret nordique, plein d'humour.
[...] - Des conseils à nous donner, commissaire ? demanda Münster lorsqu'ils quittèrent le bar.
Va Veeteren se gratta la nuque.- Non, répondit-il. Tu l'as très bien dit : il faut aussi savoir patienter. Les poules ne pondent pas plus vite parce qu'on les regarde.- D'où vous viennent toutes ces tournures imagées ?- Je n'en sais rien, dit Van Veeteren, content de lui. C'est comme ça avec nous autres, les poètes : l'inspiration nous vient sans qu'on sache comment.
Dans cet épisode, le commissaire Van Veeteren est hospitalisé ce qui nous vaut, avec ses différents adjoints, plusieurs personnages intéressants qui mènent l'enquête sous sa direction.
[...] Nous n'avons aucune preuve, insista Münster. Et nous n'en aurons pas. 
- Mais il ne le sait pas. 
- Il ne tardera pas à le comprendre. Ça doit lui sembler étrange qu'on ne l'arrête pas en sachant qu'il a trois meurtres sur la conscience. 
Van Veeteren écrasa sa cigarette et lâcha le rideau. 
- Je sais, grommela-t-il. C'est de l'intestin qu'on m'a amputé, pas du cerveau.
Mais la grande originalité de ce polar tient bien sûr dans l'étrange manière avec laquelle la justice sera finalement rendue ... mais ça, on ne peut pas vous en dire plus.

vendredi 4 mai 2007

Un homme heureux (Arto Paasilinna)

Enchantés par Le lièvre de Vatanen, nous avons suivi Arto Paasilinna dans une autre aventure : celle de Jaatinen, Un homme heureux, un ingénieur des ponts et chaussées parti construire un pont dans un village de Laponie.
Victime des jalousies et rivalités des gens du cru, il ira jusqu'au bout de sa vengeance à coups de pelleteuses, de grues et de grands travaux.
On retrouve bien sûr la verve ironique de Paasilinna sans toutefois le souffle épique et poétique qui portait Le Lièvre de Vatanen, auquel il se permet même de faire allusion (lorsque Jaatinen séjourne dans un hôtel de Leningrad) :
[...] Le personnel de l'Astor s'habitua si bien à Jaatinen qu'il finit par se sentir un peu chez lui. Un jour, le maître d'hôtel, un homme au demeurant sympathique et intéressant, lui parla d'un Finlandais qui avait séjourné dans l'établissement l'année précédente. 
« Vous n'imaginez pas, Jaatinen, quel client agréable c'était ! Il avait un nom un peu comme le vôtre, Vatanen, je crois. Vraiment quelqu'un de bien ! Il voyageait en compagnie d'un authentique lièvre finlandais. Nous étions tous aux petits soins pour cet animal si amusant et si discret, et parfaitement apprivoisé. Quand ce Vatanen a dû repartir en Finlande avec son lièvre, nous en avons presque pleuré ! »
L'histoire de la vengeance de Jaatinen pourrait presque se dérouler au Far-West et l'ambiance de cette invraisemblable fable sociale rappelle celle du Groenland de la Maison des célibataires de Jorn Riel dont on a parlé très récemment.
Grâce à la plume acérée et ironique de Paasilinna qui brocarde la vie de ses compatriotes, on savoure moult détails sur la vie des autochtones finnois : les anciennes rivalités entre rouges et blancs, la vie sociale et associative, la trop forte présence de l'église, ... (on pense d'ailleurs à un autre bouquin finlandais lu récemment : Horreur boréale).
Il y a presque du Don Camillo dans ce petit monde-là ...

C'est sorti en poche Folio et d'autres blogs en parlent sur Critico-blog.

Sa femme (Emmanuèle Bernheim)

Encore un petit opuscule minuscule d'une centaine de pages, presque une nouvelle.
Emmanuèle Berheim aura obtenu le prix Médicis en 1993 pour ce petit roman : Sa femme.
L'histoire d'une jeune toubib un peu (beaucoup ?) maniaco - obsessionnelle qui collectionne les traces de sa vie sentimentale comme d'autres collectionnent les papillons ou les coléoptères.
Et c'est d'ailleurs avec une remarquable écriture, d'une précision d'entomologiste, qu'E. Bernheim nous décrit la vie quotidienne de son héroïne, tous ces petits riens qui font la vie.
La limpidité, la clarté de son style, forme une étrange harmonie avec les pensées de la jeune femme (qui d'ailleurs s'appelle ... Claire) et ce petit bouquin mériterait presque de figurer parmi nos couronnes 2007.
En tout cas un petit plaisir à ne pas manquer.
[...] Quelle que soit l'heure à laquelle il arrivait, Thomas restait une heure et quart chez Claire. Jamais plus, rarement moins. 
Un jour, elle débrancha son magnétoscope et sa cafetière électrique et dissimula son réveil dans le tiroir de la table de nuit. Ainsi Thomas n'aurait plus aucun moyen de connaître l'heure et il resterait plus longtemps. 
Lorsqu'il sonna à la porte, avant d'aller lui ouvrir, Claire regarda l'heure à sa montre et la rangea dans son sac. Il était huit heures moins vingt-cinq. 
[... plus tard ...] Thomas se serra contre elle et l'embrassa doucement. Puis il s'écarta d'elle et se leva. Lorsqu'il referma derrière lui la porte d'entrée, il était neuf moins dix. Thomas était resté chez elle une heure et quart, une heure et quart pile. 
Claire ne débrancherait plus ses appareils.