[...] Ni d'ici, ni de là-bas.
Ce polar est un voyage immersif dans les Marquises, bien éloigné des cartes postales. Pendant quelques heures, Marin Ledun nous ouvre une fenêtre sur "un monde que l'Histoire officielle n'enseigne pas".
L'auteur, le livre (416 pages, février 2025) :
Dans ces romans, Marin Ledun évoque souvent les fêlures de notre société et leur impact social. On n'a pourtant pas lu beaucoup de bouquins de cet auteur français (une lacune qu'il nous faudra rattraper !) mis à part celui sur le pays basque : L'homme qui a vu l'homme.
Henua c'est le mot marquisien pour désigner la Terre, le Pays, l'équivalent du Fenua tahitien.
Comme j'ai eu la chance de me rendre un jour dans cet archipel perdu au fin fond du Pacifique, celui de Brel et de Gauguin, je ne pouvais que me réjouir de retrouver la bière Hinano, le cargo Aranui, les pirogues vaka (va'a en tahitien), et tous ces noms chantants qui roulent les 'rrr' et débordent de voyelles, ...
Les personnages :
Il y a là le lieutenant Tepano Morel venu de métropole. Comme son patronyme le suggère, c'est un "demi", un métis : sa mère était originaire des Marquises mais la famille vivait jusqu'ici en métropole. Avec ce statut de "visiteur", c'est lui, qui est "de nulle part, ni d'ici ni de là-bas", qui va nous servir de guide pour la balade. C'est un gendarme français, un "mūtoi farani pas tout à fait farani qui enquête sur l'assassinat de Paiotoka".
Il y a là Poerava Wong, l'officier de police locale, native de l'île, qui joue le rôle de son 'fixeur' sur place.
Et puis tous ceux que la victime, Paiotoka, fréquentait pour le meilleur et pour le pire.
Le canevas :
Un chasseur de chèvres sauvages découvre un corps au pied d'une falaise : celui de Paiotoka O'Connor, "une jeune Marquisienne de vingt-huit ans, une belle femme et une excellente danseuse, impossible de ne pas la remarquer. Elle était très investie dans la vie culturelle locale et dans les associations de préservation de l'environnement". Et ça ne ressemble pas à un accident.
Femme libre et indépendante, Paiotoka a-t-elle été tuée par un(e) amant(e) ?
Militante écolo, la belle Paiotoka a-t-elle été victime d'un braconnier ? Par exemple, un chasseur de Upe, un oiseau rare qui ressemble à un gros pigeon : une espèce protégée, comme la tortue, mais très prisée des touristes 'gourmets' ...
♥ On aime beaucoup :
➔ Ce livre est sans conteste un voyage immersif dans les Marquises, un périple plus vrai que nature, bien éloigné d'une simple lecture du guide du routard. Marin Ledun peint une fresque saisissante, d'un réalisme frappant, d'une authenticité crue, pleine de l'atmosphère de cet archipel égaré aux confins du Pacifique, à des lieues de Tahiti, et encore plus éloigné de la métropole.
Ici "l'amour, la sexualité, le désir, la misère sexuelle, l'interdit, la tradition, l'argent, tout ça se mélange et s'emmêle parce qu'une île, c'est aussi une sorte de petite cage où les règles ne sont pas tout à fait les mêmes que sur le continent".
➔ Mais c'est un polar, après tout. Et dans ces îles, qui ne se réduisent pas à des plages de rêve et aux toiles de Gauguin, les violences domestiques sont un véritable fléau. Pour que le tableau soit complet, Marin Ledun se devait donc de mettre la misère sociale et la maltraitance familiale au cœur de son intrigue car ici c'est "comme dans le monde entier. Des hommes battent leurs femmes, les deux s'entendent pour battre leurs gosses".
➔ Mais c'est un polar, après tout. Et dans ces îles, qui ne se réduisent pas à des plages de rêve et aux toiles de Gauguin, les violences domestiques sont un véritable fléau. Pour que le tableau soit complet, Marin Ledun se devait donc de mettre la misère sociale et la maltraitance familiale au cœur de son intrigue car ici c'est "comme dans le monde entier. Des hommes battent leurs femmes, les deux s'entendent pour battre leurs gosses".
➔ L'enquête progresse au rythme tranquille du Pacifique, et Marin Ledun prend tout le temps nécessaire (le roman compte plus de 400 pages) pour que son flic Tepano puisse rencontrer et interroger les différents milieux et micro-sociétés qui composent l'île : une enquête difficile sur cette île de taiseux où la dernière chose à faire est de parler sur ses voisins, et "où l'intimité est quelque chose de compliqué à gérer, où le silence vaut parfois protection de la vie privée".
[...] — Ce qu'on est en train de faire, c'est précisément ça : rétablir une forme de vérité autour de la vie de Paiotoka , déterrer toutes ces choses enfouies, les brasser et les dévoiler pour qu'elle puisse partir en paix. C'est normal que ça remue. Surtout ici, sur cette île, où vous vivez les uns sur les autres.
[...] — Tu vois, Tepano, tout ce qui est simple ailleurs se complique, sur une petite île comme Nuku Hiva. Les frontières bien délimitées entre le bien et le mal deviennent poreuses.
➔ Le temps de quelques heures, Marin Ledun nous ouvre une fenêtre sur "un monde que l'Histoire officielle n'enseigne pas".
Pour celles et ceux qui aiment les îles.
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Livre lu grâce aux éditions Gallimard (SP).
Mon billet dans la revue ActuaLitté.
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