lundi 28 juillet 2008

Malavita (Tonino Benacquista)

Et paf le chien.

Tonino Benacquista ne nous avait guère laissé un souvenir impérissable il y a quelques années avec La Maldonne des sleepings et un style un peu brouillon limite vulgarité.
Quelques années ont passé et l'écriture a gagné en maturité.
Voici donc Malavita un petit polar sans prétention, amusant et pas prise de tête. Presque une nouvelle et où il n'y a même pas de serial-killer à chercher.
Puisque c'est le méchant lui-même qui est devenu le héros, amusant, sinon gentil.
Fred Blake et sa famille s'installent en Normandie, aux bons soins du FBI puisque Fred est un mafieux repenti qui a dénoncé ses pairs.
Les affreux vilains le recherchent et veulent sa peau, le FBI le protège.
Ce côté polar ne casse pas trois pattes à un canard même si on peut s'amuser de l'incroyable suite de coïncidences qui remettra les méchants sur la piste du presque gentil.
Ce qui rend le bouquin piquant sinon intéressant c'est le côté «un américain en Normandie».
Y'a pas plus ricain que la famille Blake et y'a pas plus France profonde que le petit village de Cholong (bien vite devenu So Long).
D'autant que Fred s'ennuie à tourner en rond planqué dans sa maison et se met bientôt en tête d'écrire ses mémoires (ce qui nous vaut d'ailleurs des extraits du bouquin dans le bouquin, habile contrepoint).

[... discussion entre les deux ados de la famille ... ] - Trois mois qu'il s'enferme dans sa putain de véranda, dit-il, tout son vocabulaire doit y passer plusieurs fois par jour.
- Dis que ton père est analphabète ...
- Mon père est un Américain de base, tu as oublié ce que c'était. Un type qui parle pour se faire comprendre, pas pour faire des phrases. Un homme qui n'a pas besoin de dire vous quand il sait dire tu. Un type qui est, qui a, qui dit et qui fait, il n'a pas besoin d'autres verbes. Un type qui ne dîne, ne déjeune et ne soupe jamais : il mange.  Pour lui, le passé est ce qui arrivé avant le présent, et le futur ce qui arrivera après , à quoi bon compliquer ? As-tu déjà listé le nombre de choses que ton père est capable d'exprimer rien qu'avec le mot "fuck" ?
- Pas de cochonneries, s'il te plait.
- C'est bien autre chose que des cochonneries. "Fuck" dans sa bouche peut vouloir dire : "Mon Dieu, dans quelle panade me suis-je fourré !", ou encore : " Ce gars-là va me le payer cher un jour", mais aussi "J'adore ce film". Pourquoi un type comme lui aurait besoin d'écrire.

Ce n'est certainement pas de la grande littérature mais ça se laisse plaisamment dévorer.
Sympa pour cet été.


Pour celles et ceux qui aiment les hamburgers au camembert.
Folio édite ces 374 pages.
ValDeBaz et Lo en parlent.
Herwann parle de la suite : Malavita encore.

mercredi 23 juillet 2008

Le bonhomme de neige (Jo Nesbo)

Glaçant.

Une idée rafraîchissante pour l'été : Le bonhomme de neige du norvégien Jo Nesbo.
Ce n'est peut-être pas le meilleur opus du plus américain des auteurs de polars européens (on aura préféré les précédents) mais c'est certainement le pavé de l'été pour la plage.
L'intrigue semble avoir quelque mal à démarrer et on patauge dans la neige fondue pendant quelques chapitres. Est-ce parce qu'au début du bouquin le détective Harry Hole ne boit plus, ne fume plus, ne ... ?
Heureusement cet ascétisme ne saurait durer bien longtemps et bien vite on file sur les traces d'un serial-killer à la mode norvégienne.
[...] - J'ai demandé à l'Institut de météorologie de vérifier les dates et les lieux qui nous intéressent. Et tu sais quoi ?
Harry savait quoi. Et il aurait dû le savoir depuis longtemps.
- La première neige, répondit-il. Il les chope le jour où tombe la première neige.
- Exactement.
Et avec la première neige, vient forcément la joie de faire un bonhomme de neige.

[...au téléphone ...] - J'appelle les troupes.
- Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Il y a un bonhomme de neige, ici.
- Et alors ?
Harry expliqua.
- Je n'ai pas pigé la fin, cria Holm. La couverture est mauvaise, ici ...
- La tête, répéta Harry. C'est celle de Sylvia Ortensen.
Le silence se fit à l'autre bout du fil.
Jo Nesbo nous embarque alors dans un dédale de fausses-pistes.
Et l'on frissonne : de froid et d'angoisse.
Avec en prime, quelques vérités très norvégiennes sur la rivalité entre Oslo et Bergen (cette fois Harry travaille avec une équipière originaire de Bergen) :
[...] - Mmm. Pourquoi ne voulais-tu pas que je dise à tes collègues de Bergen que tu étais là ?
- Quoi ?
- Je me disais qu'ils trouveraient ça cool de savoir que tu bossais sur une grosse affaire de meurtre dans la capitale.
Elle haussa les épaules et ouvrit la portière.
- Les Berguénois ne considèrent pas Oslo comme la capitale. Bonne nuit.
- Bonne nuit.
Et toc.
On a lu aussi Rue Sans-Souci récemment et c'est encore meilleur !

Pour celles et ceux qui aiment les frissons.
Gallimard édite ces 524 pages traduites du norvégien par Alex Fouillet.

vendredi 18 juillet 2008

Out (Natsuo Kirino)

Quand on a des sushis d’argent.

Voilà bien un roman pas banal : Out de la japonaise Natsuo Kirino.
Un polar peut-être. Un polar social assurément.
Impossible à classer, à résumer.
L'histoire de quatre femmes ordinaires.
Quatre femmes très ordinaires qui survivent entre leur travail de nuit dans une fabrique de paniers-repas (les bentos nippons), leurs maris violents ou partis avec la caisse, leur belle-mère grabataire, leurs ados difficiles et leurs soucis d'argent.
L'argent est d'ailleurs au cœur de ce roman social : dépenses, surendettement, appât du gain, prêteurs usuriers, ...
Un roman foisonnant avec toute une galerie de personnages très fouillés (plusieurs points de vue sont alternativement donnés sur cette histoire) qui gravitent autour de ces quatre femmes. Quatre beaux portraits féminins, même si la peinture n'est pas très reluisante.
Quatre collègues qui vont, par la force des choses, s'entraider lorsque l'une d'elles va tuer presqu'accidentellement son mari lors d'une dispute. Il faut bien l'aider à se débarrasser du corps ...
[...] - Mais qu'est-ce que vous faites ?
Masako se tourna vers elle d'un air excédé.
- On le coupe en morceaux. On a décidé que c'était un travail comme un autre.
- Mais enfin ... c'est pas un travail !
- Si, c'en est un ! décréta Masako pour couper court. Tu as besoin d'argent, tu nous aides.
Ces mots la réveillèrent.
- Vous aider, mais à quoi ?
- On va en faire des petits morceaux qu'on mettra dans des sacs que tu iras jeter.
- Je
n'aurai rien d'autre à faire ?
- Non.
- Et ça me rapportera combien ?
Ce qui, 200 pages plus loin, nous vaudra une petite perle comme seuls les japonais savent les pêcher :
[...] Comme les femmes préparent les repas tous les jours, elles sont plus habituées que les hommes à la chair et au sang. Elles savent mieux manier le couteau et mieux traiter les déchets.
CQFD.
Les quatre apprenties charcutières auront bientôt fort à faire : un suspect idéal (il a déjà commis quelques méfaits par le passé) est accusé de la disparition du mari. Mais il n'entend pas se laisser faire et part à la recherche des vraies meurtrières.
On aura compris que Natsuo Kirino ne fait ni dans la dentelle, ni dans le roman à l'eau de rose.
C'est rude, c'est cru (oui, je sais, les sushis ça se mange cru), c'est sans concession.
L'horreur décrite tranquillement avec les mots de tous les jours.
Une plongée abrupte dans le quotidien du Japon d'aujourd'hui avec juste ce qu'il faut d'intrigue pour nous tenir en éveil pendant ce voyage.
Vraiment un livre à lire pour tous les curieux.
À suivre avec : Monstrueux.

Pour celles et ceux qui aiment les sushis.
Points édite ces 656 pages qui datent de 1997 en VO et qui sont traduites du japonais par Ryôji Nakamura et René de Ceccatty.
Cottet en parle, Nuages et Vent aussi.

mardi 15 juillet 2008

La mémoire courte (Louis-Ferdinand Despreez)

Ni tout noir, ni tout blanc.

Décidément les polars nous auront permis cette année d'explorer l'Afrique du Sud.
Après Deon Meyer et Henning Mankell, voici Louis-Ferdinand Despreez et La mémoire courte.
Louis-Ferdinand Despreez est un personnage un peu atypique dont on ne sait trop quoi penser (cf. l'article du Figaro). Un auteur ambigu dont il convient sans doute de se méfier. Quoiqu'il en soit, ce monsieur a fait partie des rangs de l'ANC, il écrit en français (la langue de ses ancêtres huguenots) et il met en scène un policier noir, Zondi, dans l'Afrique du Sud d'après Mandela.
Sa langue vive et féroce est toujours à la limite de la diatribe : visiblement Despreez a des comptes à régler, tant avec les noirs qu'avec les blancs. À moins que ce ne soit une façon finalement racoleuse et très politiquement correcte de critiquer tantôt les uns, tantôt les autres.

[...] Dans les jolis quartiers d'Atteridgeville où vivait depuis le milieu des années quatre-vingt-dix la jeune bourgeoisie noire, les maisons étaient encore silencieuses. Les riches dorment toujours plus tard que les déshérités. Qu'ils soient chômeurs, infirmes ou retraités, les damnés de la terre doivent commencer tôt à réfléchir à la façon dont ils vont bouffer à midi. L'oisiveté besogneuse et frénétique chez les pauvres est un job à plein temps ...

Ou encore :

[...] Tout avait commencé huit semaines auparavant, à la fin de l'été, alors que les trottoirs de Pretoria jonchés de fleurs de jacarandas pourries et piétinées répandaient une odeur de pissotière dans les rues des quartiers chics et que les quartiers pauvres ne sentaient pas plus la pisse que d'habitude.

Au-delà de cette écriture rageuse, parfois violente, à la limite de la vulgarité qui pourrait irriter (Despreez est un admirateur de Céline), l'intérêt du polar de Despreez c'est de nous faire découvrir ce pays étonnant à peine sorti du chaos et de l'horreur.

[...] C'était hier pourtant ... Entre-temps, il était devenu flic. Madiba était devenu président et la Nation Arc-en-Ciel entrait cahin-caha dans le troisième millénaire avec une bonne volonté inimaginable lorsqu'on regardait non seulement le passé, mais surtout le passif.

Un pays ou certains ont encore beaucoup de mal à oublier ce passé ou plus simplement à vivre avec ce passif.

[...] Il se disait que d'ici vingt ans tous ces abrutis qui voulaient faire sécession et créer un Volkstaat pour abriter une ribambelle de petits blancs incultes nourris de cantiques et de biltong seraient morts ou en chaise roulante et que l'on pourrait enfin commencer à travailler sérieusement. On pourrait tout simplement commencer à faire ce qui est possible, après avoir réussi l'impossible ...

Un pays au lourd passé mais qui a donc l'avenir devant lui.
Côté polar, on découvrira un sombre trafic dans les milieux de la boxe, à faire froid dans le dos, dans ce pays où la vie (du moins celle de certains) n'a pas le même prix qu'ailleurs.
À lire : les Boers sur Wiki.


Pour celles et ceux qui aiment la boxe.
Points édite ces 250 pages qui datent de 2006.
Un curieux site pour les curieux : la géographie du polar.
Le Figaro parle de (ses fantasmes sur) Despreez.
Et bien sûr, Jean-Marc l'a déjà lu.

vendredi 4 juillet 2008

Servir le peuple (Yan Lianke)

Révolution sexuelle.

Encore du nouveau au rayon littérature chinoise contemporaine.
Avec ce roman de Yan Lianke, presqu'une nouvelle, inclassable : Servir le peuple.
Yan Lianke n'est pas tout à fait un inconnu puisque nous l'avions découvert dans un recueil de nouvelles contemporaines : Amour virtuel et poil de cochon dont on avait déjà parlé ici.
Il y a bien sûr de l'iconoclasme chez Yan Lianke, au sens premier du terme, et c'est ce que met en avant la quatrième de couverture.
Qu'on en juge un peu :
Wu Dawang est un jeune paysan enrôlé dans l'Armée Populaire (Yan Lianke y est passé lui aussi), avide de promotion pour bénéficier d'un avancement et d'un laissez-passer pour quitter la condition de paysan et s'installer en ville avec sa femme qui, pendant son engagement, l'attend à la campagne.
Petit Wu est bientôt affecté au service d'un officier supérieur comme aide-de-camp ou ordonnance.

Alors Wu Dawang, comme une jeune recrue, hurla de toutes ses forces : 
- Servir un officier supérieur c'est servir le peuple ! 
Sa voix était sonore et puissante, bien rythmée, comme à l'entraînement lorsqu'il répétait avec ses camarades les slogans et les mots d'ordre.
Mais l'officier part au loin en mission et Petit Wu se retrouve seul avec Liu Lian, la très jeune femme de l'officier, qui, délaissée par son vieillissant colonel de mari, entend bien profiter des «services» du jeune aide-de-camp.
- Déshabille-toi ! Tu ne veux pas servir le peuple ? 
[...] - Sers le peuple ! Fais-le ! Fais-le ! Fais-le !
Les deux jeunes gens se jettent à corps perdus (c'est le mot) dans une fougueuse histoire d'amour, rivalisant d'audace. Allant, pour exciter leur désir, jusqu'à détruire les images pieuses de la maison : statues et portraits de Mao, slogans peints sur les affiches, c'est à qui se montrera le plus contre-révolutionnaire ...
Voilà de quoi plaire aux occidentaux en mal de dissidents.
Mais on aurait tort de ne lire ici qu'une critique de l'ordre communiste et militaire bien-pensant.
Car l'histoire de Petit Wu et Petite Liu est aussi une très courte mais très belle histoire d'amour.
Liu Lian et Wu Dawang avaient vécu six jours et six nuits sans se rhabiller. 
Mais la nature reprend forcément ses droits. Quand on atteint les sommets de la jouissance, la fatigue s'installe inévitablement. Ce n'est pas seulement la fatigue du corps mais aussi la fatigue de l'âme.
Un huis-clos amoureux où, en marge d'un monde codifié et normé, deux jeunes gens vivent une passion de quelques jours. De ces deux-là on pourra dire qu'ils ont vécu.

Pour celles et ceux qui aiment en vrac, Mao, l'armée, l'amour. 
Picquier édite ces 185 pages qui datent de 2005 en VO et qui sont traduites du chinois par Claude Payen.

samedi 28 juin 2008

Un ciel de glace (Mirko Bonné)

Les saints de glace.

Même si Mirko Bonné est allemand, ce bouquin n'est pas vraiment “nordique”.
Y'a même pas plus “sudiste” puisque Un ciel de glace nous raconte l'expédition Shackleton ... en Antarctique !
Mais là-bas tout en bas la température est la même qu'en haut !
En 1914, alors que la Guerre commence à se propager partout (la Marine allemande croise au large des Malouines), Sir Ernest Shackleton recrute son équipage pour sa troisième expédition au Pôle Sud, toujours vierge.

[...] Avis - Recherche hommes pour traversée hasardeuse. Paie médiocre. Froid glacial. Longs mois dans l'obscurité totale. Dangers constants. Retour sain et sauf peu probable. Récompense et .+en cas de succès - Ernest Shackleton.

Avec quelques libertés romanesques, Mirko Bonné met en scène un moussaillon embarqué clandestinement à bord de l'Endurance pour nous raconter l'histoire de cette aventure, à l'époque où britanniques (Scott, ...) et norvégiens (Admundsen, ...) faisaient la course au Pôle Sud : les saints des glaces.
Les 3 ou 4 expéditions de Sir Ernest Shackleton (celle de l'Endurance, celle du bouquin, est la seconde mais il a également participé à l'expédition de Scott auparavant) sont des échecs. De véritables fiascos.
Leur bateau, l'Endurance se retrouve prisonnier des icebergs et se retrouve vite écrasé par les glaces. L'hiver austral, la nuit australe, s'annoncent.

[...] Celui qui traverse une nuit longue de plusieurs mois vit quelque chose de totalement absurde. [...] Car je vois de mes propres yeux la nuit polaire faire peu à peu de nous des fantômes.

Tenaillée par la faim et à court de vivres, la petite trentaine d'hommes de l'équipage finira par manger ses propres chiens de traineaux.

[...] Rien ou presque n'a autant d'importance pour l'équipage que la nourriture. Uzbird pense que c'est parce qu'elle seule fournit un substitut plus ou moins valable à l'activité sexuelle. Cela mérite réflexion. Le fait est que l'inventivité du cuisinier lui assure la reconnaissance générale à bord. Les hommes vénèrent ainsi Green parce qu'il réussit à donner aux petits pois un léger arôme de menthe. je sais quant à moi que, pour les petits pois, il ajoute dans la casserole une giclée de dentifrice.
[...] Lorsqu'on distribue la nourriture pendant les longues semaines dans les glaces, chacun doit fermer les yeux à tour de rôle, et il reçoit une assiette pleine. Sans savoir quelle quantité se trouve sur l'assiette, il doit désigner celui qui va manger la portion en question.

Malgré de longs mois prisonniers des glaces, ils ne mettront jamais les pieds sur le continent Antarctique et très vite l'objectif de Shackleton vire en une autre obsession : ramener ses hommes sains et saufs.

[...] Voici ce qui me tient à cœur : ce voyage est marqué par une profonde étrangeté. Parce qu'il n'aurait jamais dû avoir lieu, parce que tout ce qui pouvait aller de travers est allé de travers, parce que tous nos doutes ont été justifiés par la suite, j'ai l'impression que nous ne sommes pas en train de naviguer sur l'océan Antarctique, mais que nous avons disparu de la surface de la terre.
[...] Notre but commun, la survie, a bel et bien fini par nous diviser et nous éloigner les uns des autres. Et même si la plupart ne s'en rendent sans doute pas compte, Shackleton gaspille une bonne partie de ses forces et de sa résistance pour maintenir malgré tout notre bonne humeur.

Plus qu'un récit d'aventure ou de voyage, c'est avant tout l'histoire de cette poignée d'hommes qui, pendant de longs mois, auront réchappé de ces espaces gigantesques dans une promiscuité rarement vécue.


Pour celles et ceux qui aiment la neige et la glace.
Rivages (c'était prédestiné !) édite ces 427 pages traduites de l'allemand par Juliette Aubert.

mardi 24 juin 2008

Dur, dur (Banana Yoshimoto)

Quand jeunesse se passe.

On avait déjà évoqué ici Banana Yoshimoto avec son premier succès : Kitchen, écrit à l'âge de 23 ans.
Dur, dur, est un recueil de deux nouvelles, écrites 12 ans plus tard (et l'écriture a visiblement gagné en maîtrise).
Mais si les années ont passé, les préoccupations sont toujours les mêmes : le passage à l'âge « adulte », la perte de l'être aimé (l'amie, la sœur, ...) et le traumatisme laissé par la mort.
Et au passage, quelques fantômes qui hantent la nuit, les souvenirs et les digressions.
[...] Chaque fois que je me rappelais le temps où ma sœur parlait encore, j'avais l'impression qu'une membrane venait m'envelopper. Elle parlait beaucoup, d'une voix fluette au timbre aigu. Quand on était enfants, l'une de nous deux s'arrangeait toujours pour émigrer avec son futon dans la chambre de l'autre, et on bavardait jusqu'à l'aube. On se jurait que plus tard on habiterait, elle ou moi, une maison avec lucarne. Ainsi on pourrait continuer nos bavardages en contemplant les étoiles au ciel. C'était une jolie promesse. Dans notre rêve, la vitre de la lucarne miroitait d'un éclat noir, les étoiles scintillaient comme des diamants, l'air était d'une grande pureté. Et les deux sœurs parlaient indéfiniment, sans se lasser, sans même imaginer que le matin allait revenir.
Avec un petit coup de cœur nostalgique pour la première nouvelle qui se déroule dans un hôtel de montagne : une de ces auberges nippones où l'on va jusqu'au onsen (le bain d'eau chaude thermale) en yukata ... (nos photos ici).
Moins « tokyoïte » que Kitchen, toujours aussi féminin.

Pour celles et ceux qui aiment la douceur mélancolique d'un bain chaud.
Rivages poche édite ces 129 pages traduites du japonais par Dominique Palmé et Kyôko Satô.
Noir & Bleu, InFolio, Hydromielle, en parlent et d'autres sur Critiques Libres.

jeudi 12 juin 2008

Le maître a de plus en plus d’humour (Mo Yan)

Chambre avec vue.

Voilà un étrange petit conte chinois, presqu'une nouvelle.
Une histoire résolument contemporaine, écrite en 1999, ancrée dans la réalité sociale de la Chine d'aujourd'hui : Le maître a de plus en plus d'humour, de Mo Yan.
À l'approche de la retraite, Ding Shikou, ouvrier modèle (et en Chine c'est quelque chose !), se retrouve licencié : « descendu de son poste » en VO.
Avisant un vieil autobus abandonné derrière le cimetière, il entreprend de le réhabiliter et de louer discrètement cette « chambre » pour quelques heures aux couples qui en ont besoin ...

[...] « Maître, lui dit Xiaohu, pourquoi toutes ces embrouilles ? Est-ce que, s'il n'y avait pas votre petite chambre ils s'abstiendraient de faire ce qu'ils font ? Sans elle, ils le feraient, ils le feraient au milieu des arbres, au milieu des tombes, les jeunes de maintenant préconisent le retour à la nature et c'est la mode faire ça dehors, et bien sûr ce n'est pas nous qui diront qu'ils ont tort, c'est humain. Je vous le dis depuis longtemps, faites comme si vous aviez simplement ouvert des W.-C. publics en pleine nature, que vous récoltiez un peu d'argent, c'est l'ordre naturel des choses, la raison est de votre coté. »

Un humour plein de tendresse et de facétie, un peu décalé (effet sans doute accentué par la traduction).


Pour celles et ceux qui aiment l'humour so british, oops pardon : so chinese.
Points édite ces 108 pages traduites du chinois par les étudiants de l'Université de Provence et Liliane Dutrait.
Noir & Bleu, Emereaude, Fashion, en parlent et d'autres sur Critiques Libres.

dimanche 8 juin 2008

Pendant qu’il te regarde … (Gudrùn Eva Minervudottir)

Exotisme nordique.

Ce bouquin remporte dès la couverture deux palmes d'or : le titre et le patronyme les plus longs.
Le titre : Pendant qu'il te regarde, tu es la Vierge Marie, "Á meðan hann horfir á þig ertu María mey" en VO.
L'auteure : Gudrùn Eva Minervudòttir, une islandaise ça coule de source (chaude).
Les longueurs s'arrêtent là, car bien au contraire, le bouquin est fait de nouvelles, de très courtes nouvelles.
On va souvent chercher l'exotisme en orient, en extrême-orient même, ce blog en est témoin.
Il n'est pas besoin d'aller si loin. L'Islande recèle bien des mystères.
Des mystères policiers et criminels comme ceux découverts avec Arnaldur Indridason.
Des mystères humains comme ceux mis en scène par la jeune Gudrùn Eva Minervudòttir.
Quelques courtes nouvelles (à peine quelques pages parfois) parsemées d'un grain de folie et mettant en scène tantôt la solitude des êtres (des femmes souvent), tantôt des rencontres incertaines dont on ne sait trop ce qu'elles vont donner.

[...] Je t'ai essuyée, d'abord tout le corps, et puis les cheveux en frottant vite et fort parce que c'est comme ça qu'on fait sécher les cheveux.

Une écriture fluide et agréable mais pleine d'étrangeté, qui saisit les êtres dans des instants improbables.
Sans doute le bouquin le plus «japonais» qu'on ait lu en dehors du pays du soleil levant.
On regrette cependant que ces nouvelles trop courtes ne laissent finalement qu'une fugitive impression.


Zulma édite ces 146 pages traduites de l'islandais par Catherine Eyjòlfsson.
Pour celles et ceux qui aiment leurs prochains.
Cathulu en parle.

jeudi 22 mai 2008

La forêt des renards pendus (Arto Paasilinna)

Amusant et rusé renard.

Depuis Le lièvre de Vatanen, nous suivons Arto Paasilinna et ses animaux dans ses promenades parmi les sapins lapons.
La recette est un peu toujours la même : quelques personnages hauts en couleurs se perdent en pleine nature nordique, ce qui fournit prétexte à leçons de vie, d'humour et de philosophie.
Cette fois c'est dans La forêt des renards pendus.
Mais la recette sent désormais un peu le réchauffé : on est loin de la fraîcheur du Lièvre ou du western ("northern" ?) d'Un homme heureux.
Les deux personnages en fuite au fond de la forêt des renards sont finalement assez peu crédibles : un gangster qui a chipé les lingots à ses complices et un major de l'armée défroqué.
Il faudra attendre la moitié du bouquin pour que les rejoignent une vieille grand-mère Skolte qui refuse l'hospice et deux jeunes femmes de peu de vertu venues de Stockholm.
L'arrivée de cette gente féminine fait que l'histoire décolle enfin et que la sauce aux myrtilles arrive à prendre.
Saluons quand même au passage l'humour de Paasilinna qui, entre autres facéties, parsème tous ses bouquins (voir aussi Un homme heureux) d'allusions au Lièvre, un peu comme le père Hitchcock s'amusait à traverser discrètement ses propres films :

[...] Ce qui semblait le plus étrange était qu'elle était accompagnée d'un chat.
D'habitude, les gens ne voyagent pas avec des animaux domestiques, pas même les Skolts, sans doute. La femme se rappelait bien avoir entendu parler d'un homme qui s'était baladé à travers tout le pays en compagnie d'un lièvre, mais cette fois, il s'agissait bien d'autre chose.
« Un lièvre, ça peut encore se comprendre, mais un chat ! »


Folio édite en poche ces 262 pages traduites du finnois par Anne Colin du Terrail.
Pour celles et ceux qui aiment la vie dans les sapins.
D'autres avis sur Critiques Libres et celui d'InFolio.

lundi 12 mai 2008

L’autobus (Eugenia Almeida)


En regardant passer les trains.

Un livre étrange venu d'Argentine.
L'autobus de Eugenia Almeida.
Dans un petit village perdu loin de Buenos Aires, l'autobus qui habituellement dessert le village tous les soirs ne s'arrête plus ... un soir, le lendemain, trois soirs ...
Le passage à niveau reste fermé et le train ne passe plus ...
Que se passe-t-il donc ?
En fait peu importe, l'essentiel est dans les répercussions de ces évènements d'apparence anodins sur les comportements des habitants.
Ces perturbations du train-train (ah !) forcent les langues à se délier, les secrets à se dévoiler, tout doucement, peu à peu.
Dans une ambiance proche du Rapport de Brodeck même si le contexte est tout différent.

[...] - Tu as vu que cela fait deux soirs que l'autobus ne s'arrête pas ?
Les hommes s'attardent au bar, à un coin de rue où ils fument une cigarette, à la sortie de l'usine, de la coopérative. Tous disent la même chose.
- Tu as vu que cela fait deux soirs que l'autobus ne s'arrête pas ?
La chose parvient jusqu'à l'école. Les élèves du cours moyen discutent, étendus par terre sur le petit terrain de sport.
- Mon père dit que l'autobus ne s'arrêtera plus jamais.
- Il faudra bien qu'il s'arrête quand il n'aura plus d'essence.
- Mais non, idiot, c'est dans le village qu'il ne s'arrêtera plus jamais.
- Et alors ? De toute façon, nous on ne va jamais nulle part.

Dans ce village où la voie de chemin de fer sépare les nantis des autres, dans ce pays où se succèdent les régimes militaires, la lâcheté des uns fait écho à l'aveuglement des autres.
Finalement, l'Argentine n'est peut-être pas si loin du pays de Brodeck ...


Métailié édite ces 125 pages traduites de l'espagnol par René Solis.
Pour celles et ceux qui aiment attendre l'autobus.
Les avis de Cuné, Clarabel, de Flo et du Cerisier.

lundi 28 avril 2008

Fleur de nuit (Shani Mootoo)

Moiteur tropicale.

Pioché dans le bac d'un bouquiniste du quartier Saint-Michel, voici un étrange bouquin : Fleur de nuit de Shani Mootoo, une indienne qui s'est établie au Canada après avoir vécu à Trinidad.
Fleur de nuit (Cereus blooms at night en VO - le cereus est un cactus tropical qui fleurit la nuit) met en scène des immigrés indiens dans une île des Caraïbes.
Sous la plume expressive de Shani Mootoo, ce roman nous distille un parfum étrange et une puissante ambiance.
Avec une histoire forte déjà, celle d'une drôle de famille : la mère est partie avec une amie, le père se console avec l'une des deux filles, Mala.
Elle finit à l'asile auprès d'un infirmier efféminé qui s'amourache du fils de l'ami d'enfance de Mala ... le ton est donné !

[...] ... une femme que son père avait manifestement confondue avec son épouse et dont la propre mère avait manifestement confondu une autre femme avec son époux ...

Traumatisée par tous ces secrets de famille, Mala se réfugie dans la connaissance des secrets de la nature, à moitié fofolle, à moitié sorcière selon les ragots du village.

[...] Si tu protèges un escargot vivant, à sa mort il se souviendra de toi. [...] Après sa mort, son âme, qui est invisible, veut retrouver sa vieille maison. [...] Attends de trouver des coquilles qui se sont vidées naturellement, mon chou. Ensuite, voilà ce que tu fais : tu les alignes pour que les âmes flottantes des escargots qui les occupaient autrefois puissent les repérer facilement. [...] Alors toi, [...] et tous ceux que tu aimes bénéficierez de la protection des forces bienveillantes de l'univers.

L'an passé on avait découvert avec la suédoise Kerstin Ekman, un roman habité par la physique des corps.
À l'opposé géographique, celui de Shani Mootoo est peuplé des parfums, des odeurs et des senteurs de la nature tropicale.
Une nature envahissante, souvent pourrissante puisque la vie se nourrit de la mort.

[...] Quelques pas plus loin, une autre odeur indéfinissable l'assaillit. Chaque bouffée apportée par la brise qui soufflait entre les pilotis le faisait hoqueter. On aurait dit l'épaisse puanteur des latrines débordantes. [...] Dans les rêves où il rencontrait Mala, il respirait des parfums d'herbes, de pots-pourris et de baumes, bref aucune odeur aussi oppressante que celle qui le suffoquait à présent.

Le premier chapitre voit la vieille Mala arriver à l'asile et tout le roman, habilement construit, nous ramène sur les traces de son effroyable passé.

[...] Seigneur ! Par où commencer ? Même les débuts ont leur propre début. C'est une rude tâche.

Car dans la maison de la vieille folle on n'a pas retrouvé que des coquilles vides d'escargots ...


10/18 édite en poche ces 283 pages traduites de l'anglais par Lisa Rosenbaum.
Pour celles et ceux qui aiment la touffeur des serres tropicales.

mercredi 23 avril 2008

Les belles endormies (Yasunari Kawabata)

Éros et Thanatos.

On a déjà eu l'occasion de croiser ici Yasunari Kawabata, l'un des deux prix Nobel nippons de littérature (rien que ça), avec l'excellent Pays de neige.
Revoici cette belle écriture venue d'extrême-orient avec Les belles endormies.
Moins accessibles que le Pays de neige, encore plus japonaises, Ces belles endormies nous proposent une bien étrange visite.
Celle d'une maison de «passe». Une maison où l'on «passe» la nuit aux côtés d'une belle.
Aux côtés d'une belle endormie.
Une maison où quelques vieillards avisés, mais plus tout à fait en mesure d'honorer une belle (des «vieillards de tout repos» !), passent une nuit paisible auprès d'une belle, endormie artificiellement.
[...] Et pourtant, pouvait-il exister chose plus horrible qu'un vieillard qui se disposait à coucher une nuit entière aux côtés d'une fille que l'on avait endormie pour tout ce temps et qui n'ouvrait pas l'oeil ?
Comble de l'horreur ou comble du bonheur ?
[...] ... le vieux Kiga, celui qui avait introduit Eguchi, avait dit que c'était comme si «l'on couchait avec un Bouddha caché».
Un bien étrange rituel, très loin de nos fantasmes occidentaux, très proche du shinjû, le double suicide amoureux de l'imaginaire nippon. Car du sommeil tout court au sommeil éternel, il n'y a qu'un pas. Un pas de deux.
En contrepoint des rêveries d'Eguchi, le client que nous suivons au fil des nuits, on savoure les réparties sans réplique de la maîtresse des lieux qui tient sa maison d'une main ferme  :
[...] - De nos clients, aucun ne fait jamais rien. Nous ne recevons que des clients de tout repos.
Ou encore, le lendemain matin :
[...] - Ne pourriez-vous me permettre de rester ici jusqu'à son réveil ? 
- Ça ! cela ne peut se faire ici ! dit la femme d'un ton un peu plus précipité. Même nos clients les plus fidèles ne font pas cela.
Et après une autre nuit :
[...] - J'aurais voulu avoir de la même drogue que la fille. J'avais envie de dormir d'un sommeil pareil au sien. 
- Ça, c'est interdit ! Et d'abord, ce serait dangereux à votre âge ! 
- J'ai le coeur solide rassurez-vous ! Et si par hasard, je m'étais endormi pour l'éternité, ce n'est pas moi qui m'en serais plaint !
Oui, car au-delà de la fascination pour les corps délicats de ces jeunesses endormies, Eguchi le vieillard, est tout autant obsédé par leur sommeil que rien ne vient réveiller. Un sommeil que l'on pourrait croire éternel.
Un sommeil qui sera bientôt le sien, vu son âge avancé.
Dix ans après avoir écrit Les belles endormies, Kawabata se suicidera, un an après le seppuku de son ami Mishima.
Voir aussi Le grondement de la montagne.

Le Livre de Poche édite ces 124 pages traduites du japonais par René Sieffert. 
Pour celles et ceux qui aiment la jeunesse. 
Vaovan en parle (qu'on a découvert grâce à LsF), Jeanne (Nuages et vent) aussi. 
D'autres avis sur Critiques Libres.

jeudi 17 avril 2008

Une simple chute (Michèle Lesbre)

Faux polar mais vrai roman.

On s'était à peine relevé du Canapé rouge, roman enchanteur, que l'on découvre à nouveau le nom de Michèle Lesbre sur d'autres bouquins de poche au rayon ... polars de la Fnac !
Étrange coïncidence (sans doute dûe au succès du Canapé qui permet de rééditer les bouquins de la dame en poche).
Alors que fait donc Une simple chute au rayon polars ?
Ah oui, dans les dernières pages il y a bien la police qui débarque chez le héros, après un crime peut-être, peut-être ...
Les polars ne sont pas d'un genre mineur (loin de nous cette affreuse pensée !), mais, lecteurs peu curieux, ne vous laisser pas rebuter par cette étiquette sous peine de passer à côté de ce qui sera peut-être bien l'auteure de l'année (enfin, découverte cette année).
Inversement les amateurs de polars pourront ainsi apprécier une très très belle plume.
Mais reprenons la transition avec Le canapé rouge, puisque cette autre histoire, cette autre rencontre, se passe à nouveau ... dans un train !
Certes on ne voyage pas si loin cette fois, puisqu'il s'agit d'un train de province bien de chez nous.
Le voyage en train, parenthèse dans la vie, est décidément un prétexte à de singulières rencontres.
Ici le héros prêtera l'oreille à une étrange dame qui semble bien partie pour lui raconter sa vie.
Ulysse qui écoute le chant d'une sirène ... et comme chacun sait (sauf notre héros) il ne faut pas écouter la sirène ...
[...] J'ai failli la prendre dans mes bras, mas j'avais peur qu'elle ne comprenne pas pourquoi. L'émotion me rend toujours maladroit.
Elle avait tué un homme. J'avais beau me répéter ces mots, je ne parvenais pas à leur donner autant d'importance qu'il aurait fallu.
Cela ne changeait rien, j'avais envie de la connaître d'avantage. Je ne m'étais jamais senti aussi proche de quelqu'un, aussi complice.
Roman à suspense donc (plutôt que véritable polar, il n'y a pas d'enquête) que l'on dévore parce qu'on est curieux, parce que, bien confortablement assis dans notre canapé (rouge ou pas), on peut écouter sans danger le chant de la sirène ...
L'écriture de Michèle Lesbre fait le reste.
Tout en douceurs, en confidences, rare moment.
Ce bouquin (en format poche) est peut-être plus facile d'accès que Le canapé rouge et offre une belle porte d'entrée dans l'univers de cette auteure.

Pour celles et ceux qui aiment (encore) voyager en train.

mardi 15 avril 2008

Fahrenheit 451 (Ray Bradbury)

Au feu les pompiers !

Notre teenageuse maison est à l'âge de découvrir la Fantasy et la SF, et c'est l'occasion pour nous de redécouvrir le classique de Ray Bradbury : Fahrenheit 451.
Un roman qui, ma foi, a plutôt bien vieilli, empreint de philosophie plutôt que d'anticipation technologique.
Cela ne l'empêche pas d'épingler quelques travers de notre temps comme la télé-réalité ou les oreillettes qui nous évitent d'avoir à écouter nos voisins.
Ou encore la sur-information :
[...] Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de «faits», qu'ils se sentent gavés, mais absolument «brillants» côté information. Ils auront l'impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place.

Mais Bradbury a écrit cette histoire en 1953 pendant les sombres années de la Guerre Froide à la grande époque du maccarthisme, des listes noires et de la chasse aux sorcières, à un moment où le fracas des bombes de la guerre résonnait encore.
Il nous décrit un monde où les bombardiers survolent les villes en rugissant pendant que les pompiers recyclés brûlent les livres et pourchassent les rêveurs.
[...] - Qu'est-ce qui s'est passé ?
- On a brûlé un millier de livres. On a brûlé une femme.
- Et alors ?
...
- Tu n'étais pas là, tu ne l'as pas
vue. Il doit y avoir quelque chose dans les livres, des choses que nous ne pouvons pas imaginer, pour amener une femme à rester dans une maison en flammes; oui, il doit y avoir quelque chose. On n'agit pas comme ça pour rien.
L'occasion de rappeler une nouvelle fois (après notre billet sur Balzac et la petite tailleuse chinoise) une belle phrase qui date de 1820, celle du poète allemand Heinrich Heine (qui serait resté méconnu si les national-socialistes allemands, fervents adeptes des autodafés, ne s'en étaient pris à ces bouquins plus de cent ans après) :
Là où l’on brûle les livres, on finit par brûler les hommes.
Le bouquin de Bradbury se termine en apocalypse, seule façon semble-t-il de détruire tout ce qu'il y a de mauvais avant qu'une humanité meilleure ne renaisse de ses cendres.
Une note sombre qui résonnait différemment dans les années 60 puisqu'aujourd'hui le spectre de l'apocalypse nucléaire s'est éloigné avec le réchauffement de la planète et la fin de la guerre froide.
D'autres peurs, biologiques ou terroristes, sont venus changer notre perception de la fin de notre monde.


Pour celles et ceux qui aiment les livres.
D'autres avis sur Critiques Libres. Valeriane en parle aussi.

vendredi 11 avril 2008

Le canapé rouge (Michèle Lesbre)

Transsibérien.

Après notre voyage en Asie de l'été 2006 on ne pouvait bien évidemment pas laisser passer cette histoire qui met en scène le transsibérien.
Avec Le canapé rouge, Michèle Lesbre nous conte l'histoire d'une femme qui se met en quête d'un amour perdu ... à Irkoustk en pleine Sibérie, au bord du lac Baïkal et du fleuve Angara (nos photos sont ici !).
Cette quête, c'est celle du désir des choses perdues : un amour qui s'en est allé, un idéal (politique) qui ne s'est pas réalisé, un enfant qu'on n'a pas eu, ...
Comme tous les voyages, ce n'est pas tant la distance parcourue qui compte que le cheminement de l'esprit (le plus grand voyageur est celui qui a su faire une fois le tour de lui-même, disait Confucius) et Michèle Lesbre sait bien rendre cela.
Le voyage en train est comme une vie suspendue, une parenthèse, on s'en va mais c'est pour être plus proche de ce qu'on croit avoir laissé.
[...] Je terminais un voyage dont je rêvais depuis longtemps, un train qui n'en finirait pas de m'emmener toujours plus loin, jusqu'à ce lac qui me paraissait inaccessible, juste une légende, un mythe.
On partageait pas mal de points communs avec Michèle Lesbre à commencer par la fascination de cette Sibérie et de son train, depuis Michel Strogoff sans doute.
Les chapitres alternent entre la vaine quête de l'héroïne arrivée sur les rives du lac Baïkal (à ce stade elle ne croit même plus trop à ce qu'elle était venue plus ou moins chercher sans grande conviction) et les souvenirs des conversations avec une vieille dame laissée à Paris sur son canapé rouge.
Toutes les deux se souviennent d'un amour perdu.
Toutes les deux ont attendu trop longtemps que "leur vie commence enfin", comme des petites filles qui auraient oublié de grandir. Beaucoup trop longtemps.
[...] C'est peut-être parce qu'il est mort que je continue à attendre que la vie commence, je crois que je l'ai toujours attendue cette vie-là, je veux dire la vie avec lui. L'autre, celle que j'ai vécue, c'était autre chose, c'était en attendant... Maintenant je suis une très vieille petite fille. Vous il me semble que vous avez grandi, je me trompe ?
Une très très belle écriture que celle de Michèle Lesbre.  Sans esbroufe, intime, pleine de sens et d'émotion.
Une prose qui vaut vraiment le détour, même par la lointaine Irkoustk (qui était surnommée d'ailleurs, le petit Paris de la Sibérie ! Le canapé rouge n'est peut-être donc pas si loin même si Irkoutsk est plus proche de Pékin que de Paris).
Une auteure à ne pas manquer, un bouquin vraiment excellent qui mérite de monter sur le podium 2008 si ce n'est ... que nous avons, depuis, lu un autre roman de Michèle Lesbre qui nous a paru tout aussi bon !

Pour celles et ceux qui voudraient poursuivre la traversée de l'Asie en train : La Chine à petite vapeur de Paul Théroux.

Pour celles et ceux qui aiment voyager en train.
Les billets de Chimère, Papillon, Lily, Bellesahi, et surtout Sylvie qui y a vu (et bien vu !) beaucoup d'eau ...
D'autres avis sur Critiques Libres.

lundi 7 avril 2008

L'homme du lac (Arnaldur Indridason)

La vie des autres.

Les avis étaient unanimes sur les blogs ici ou , mais on a essayé de résister un peu, beaucoup, ... pas du tout, à l'achat compulsif du dernier Arnaldur Indridason.
  On avait déjà lu tous les précédents opus, déjà tous excellentissimes, mais un de plus, ça pouvait attendre, un peu, beaucoup, ... pas du tout.
Finalement, valait mieux pas tergiverser : c'est trop bien.
Il suffit à Indridason de quelques pages, d'un seul chapitre pour vous emporter loin d'ici.
Un premier chapitre tellement bon qu'on vous le propose en version intégrale ici-même.
Alors nous voici donc embarqués de nouveau pour la lointaine et exotique Islande aux côtés de l'impossible inspecteur Erlendur, celui qui vit sur une île où la nuit dure 6 mois ...
[...] Erlendur était plongé dans sa lecture quand le téléphone sonna. Il essayait de se protéger de la clarté du soleil de mai, fidèle à son habitude. Les épais rideaux étaient tirés devant les fenêtres de son salon, il avait fermé la porte de la cuisine où il n'y avaient pas de rideaux dignes de ce nom. Il parvenait ainsi à maintenir une obscurité suffisante pour se permettre d'allumer la lampe placée à côté de son fauteuil.
Erlendur toujours obsédé par les disparitions, depuis celle de son jeune frère lors d'une randonnée tragique dans les mystérieuses montagnes islandaises.
[...]  ... cette affaire n'a donné lieu à aucune enquête criminelle. On n'en mène généralement pas sur les disparitions parce que en Islande, on ne voit rien d'étonnant à ce que les gens disparaissent. Peut-être à cause du climat capricieux. Peut-être par paresse.
Car il s'agit de nouveau d'une disparition.
Ou plus exactement d'une ré-apparition : celle d'un squelette qui dormait au fond d'un lac depuis 60 ans et qui refait surface.
 Et avec lui tout un pan de l'Histoire : celle de la guerre froide, quand les jeunes étudiants islandais aux idéaux socialistes partaient étudier en RDA et, une fois passé le rideau de fer, découvraient le communisme ... et la Stasi. La vie des autres, quoi.
Une alternance de chapitres entre la lente et laborieuse enquête d'Erlendur et ses acolytes autour du squelette remonté du lac ficelé à un vieux poste radio et ce qui s'est passé à Leipzig en ce temps là, au temps où la Stasi régnait sur les consciences.
Car ce qui intéresse Indridason ce n'est jamais le côté criminel du polar, ce sont «les gens», leurs pensées, leurs rapports aux uns et aux autres, leurs rêves ... et leurs cauchemars aussi.

Pour celles et ceux qui aiment voyager en classe polar. 
Les avis d'Essel et Jean-Marc.

vendredi 4 avril 2008

Pour qui te prends-tu ? (Chi Li)

Conseil de famille.

Après Triste vie, et Tu es une rivière, revoici à nouveau Chi Li avec Pour qui te prends-tu ?
On reste toujours dans le néo-réalisme chinois dont cette auteure s'est faite le porte-drapeau.
Mais c'est beaucoup plus drôle que les deux précédents opus, plutôt sordides.
Ici, on est plus dans le registre ironique des Secrets d'un petit monde, dont on vient juste de parler également.
Avec la description des transformations sociales, familiales et humaines de la société moderne chinoise d'aujourd'hui : divorce, affaires, ... au travers d'une tranche de la vie de Wuqiao, héritier d'une famille d'ouvriers déchus.

[...] Le nom de mon grand-père est inscrit à tout jamais dans l'histoire de la grande grève du 7 février. Pour le Parti, pour le peuple, nous avons conduit des machines agricoles toute notre vie, et j'en suis fier ! Comme le disait le président Mao, la classe ouvrière est la classe dirigeante. Nous devons en être fiers ! Actuellement, certes ... C'est pas la joie !
- Ça suffit ! coupa Wuqiao. Tu te crois encore à la tribune.

Le pauvre Wuqiao doit consoler ses parents désœuvrés, réconforter sa sœur en passe de divorcer et remettre sur le droit chemin son frère qui menace de tourner délinquant.
Instructive et amusante incursion chez des chinois d'aujourd'hui, même si l'on devine que beaucoup de traits d'humour échappent à nos yeux occidentaux.
De ces trois petits bouquins, Tu es une rivière reste le plus passionnant.


Pour celles et ceux qui aiment jeter un oeil chez les voisins.
Allie en parle.

jeudi 3 avril 2008

Les morts du karst (Veit Heinichen)

Paris-Trieste en classe polar.

Petite leçon d'histoire récente chez nos voisins transalpins.
Plus précisément en Istrie, cette péninsule coincée entre Italie et ex-Yougoslavie (la Croatie et la Slovénie désormais).
Là où Trieste fait face à Venise.
Une région malmenée pendant ce dernier siècle, ballotée entre les fascistes de Mussolini, les nazis d'Hitler et les communistes de Tito.
[...] Comme on le dit si bien : dans cette région on ne sait jamais quel passeport on aura le lendemain.
De cette histoire mouvementée subsistent des traces dans la mémoire des habitants : celles des massacres au cours desquels des milliers de personnes furent pourchassées et massacrées, tantôt par un camp, tantôt par un autre.
Le relief karstique de l'arrière-pays recèle, comme le Vercors ou la Chartreuse chez nous, de nombreuses failles : les foibe en patois local. Et les pratiques de cette époque sauvage voulurent que les indésirables y soient précipités, bon débarras. Que ce soit les croates pour les fascistes ou, plus tard, les italiens pour les communistes, prémices des nettoyages ethniques modernes.
Ce passé douloureux sert de toile de fond au polar de Veit Heinichen, un allemand qui vit à Trieste : Les morts de karst, on ne peut être plus clair.
[...] La seule chose qui rappelait aujourd'hui cette période, c'étaient des polémiques et, de temps à autre,  l'affreuse découverte d'une foiba encore inconnue dans laquelle avaient fini les victimes : on les y jetait mortes ou vivantes, puis on lançait des grenades et, le plus souvent, un chien noir censé incarner le mal. Rares étaient ceux qui survivaient au massacre. Jusqu'à présent on avait recensé trente foibe en Istrie et sur le karst triestin. Le nombre supposé des morts allait de cinq cents à vingt mille. Aussi bien des italiens que des croates et des slovènes.
Comme dans beaucoup de polars modernes, les évènements du passé ont encore des échos dans les drames actuels. Et c'est dans ce contexte que le commissaire Proteo Laurenti va mener son enquête.
Encore un flic plus à l'aise dans ses investigations professionnelles que dans sa vie privée, largué par sa femme comme par son fils.
[...] Dans la rue il pesta à voix haute. Sa femme enlevée par un agent d'assurances, son fils fréquentant un bistrot de fascistes. Et puis quoi encore ? On ne pouvait vraiment pas dire qu'il était dans une bonne phase.
On n'a pas été tout à fait convaincu par le personnage de Laurenti, une sorte de version italienne à mi-chemin entre l'Adamsberg de Fred Vargas et le Wallander de Henning Mankell, mais ce bouquin a l'évident mérite de nous dévoiler tout un pan d'histoire-géo méconnu et peu enseigné (ou alors on dormait près du radiateur).
Ça mérite un second épisode.

Pour celles et ceux qui aiment réviser leur Histoire.

mercredi 2 avril 2008

Les secrets d’un petit monde (Ye Mang)

L’élégance du hérisson … pékinois.

Ye Mang est le pseudonyme de Peng Xingguo, un auteur chinois contemporain connu pour ses peintures satiriques des travers de la société chinoise : corruption, favoritisme, détournements de fonds, mercantilisme, ...
Avec Les secrets d'un petit monde nous voici plongés dans le quotidien des habitants d'un immeuble de Beijing, le Grand Pavillon jaune (ironique référence au célèbre Pavillon rouge, celui du rêve), à la suite de Wang Yongle, l'homme à tout faire chargé de l'entretien de l'ascenseur défectueux, des fuites des salles de bain, et de tout ce qui fait défaut après que le promoteur se soit sucré sur le coût de la construction.
Wang Yongle a donc l'occasion de s'introduire régulièrement chez les habitants, dont un écrivain qui doit beaucoup ressembler à Ye Mang lui-même.

[...] - À propos, qu'est-ce que vous faites dans la vie ? Pour être franc, vous me semblez un peu pédant.
Quand je lui eus appris mon métier, il éclata de rire.
- Alors comme ça, monsieur est écrivain ! Pas étonnant que vous soyez toujours fourré à la maison ! Vraiment, on est au grand complet au Grand Pavillon jaune : des rédacteurs, des traducteurs, des journalistes et pour couronner le tout, un écrivain. [...] Si jamais il y a une coupure d'eau ou de courant, c'est vous que je chargerai d'écrire l'avis.
J'éclatai de rire à mon tour.

Car l'ami Wang Yongle a la langue bien pendue et, véritable moulin à paroles, il ne mâche pas ses mots et remet très vite chacun à sa place.
Ce concierge pékinois serait un peu comme un lointain cousin asiatique de Renée, la concierge de Muriel Barbery.
On suit donc toute cette petite population pendant une centaine de pages très rapidement lues, avec même une presqu'intrigue policière, lorsque la toute nouvelle voiture d'une concubine de politicien véreux, dont l'antivol hurle toutes les nuits, se voit écrabouillée par un mystérieux projectile.
Bien sûr on aura compris que les secrets ici dévoilés ne sont pas tant ceux du Grand Pavillon jaune que ceux de la société moderne pékinoise.


Pour celles et ceux qui aiment les voyages par les livres.

vendredi 28 mars 2008

À coups redoublés (Kenneth Cook)

L’assommoir.

Kenneth Cook nous retourne la tête en bas, chez nos voisins des antipodes, en Australie, le pays «down under» comme on dit là-bas.
Avec son troisième roman traduit en français, À coups redoublés, plutôt que tête en bas, c'est plutôt tête en vrac.
Tout se joue dans un pub-resto-pub-hôtel-pub-bordel-pub de la lointaine banlieue de Sydney entre quelques personnages : Mick le tenancier obèse du pub-resto-pub-... qui frelate discrètement ses doses de whisky aux côtés de sa grosse femme et de son gros chat, Peter un jeune gringalet qui espère bien séduire ce soir une jeune fille facile avec sa chemise et sa moto et John qui travaille du merlin à l'abattoir avant de venir se soûler au pub-resto-pub-... de Mick.
Chaque chapitre de ce petit bouquin (à peine plus de 100 pages) s'ouvre sur les minutes d'un procès. Car procès il y aura. Puisque victime il y aura.
Et chaque chapitre nous replonge dans ce qui s'est passé ce soir-là.
Pour décrire la beuverie du samedi soir quand tout le monde vient au pub-resto-pub-... de Mick écluser bières sur bières et autres alcools. Draguer et baisouiller. Castagner un peu aussi.
Sauf que ce soir-là, ça a mal tourné.
Ça ne pouvait que mal tourner. On le comprend dès les premières pages du bouquin. Quand Mick empoigne sa batte de base-ball dès qu'un client s'échauffe un peu. Quand John rentre de l'abattoir déjà ivre du plaisir qu'il a pris à assommer ses bœufs au merlin. Chronique annoncée d'une bagarre qui va mal finir.
Mais il faudra attendre la toute dernière page pour savoir qui a pris le coup fatal et ce bouquin pourrait bien figurer au rayon polars.
Sauf qu'il s'agit d'une étude de mœurs. L'étude sans concession de la profonde noirceur des mœurs des compatriotes de Kenneth Cook qui nous plonge la tête en bas dans un abime de bêtise, dans un gouffre de beaufitude.
L'immensité des territoires australiens et l'immensité du vide des vies de ces gens-là semblent propices à l'épanouissement de l'immensité de la bêtise la plus crasse. C'est noir et c'est froid.
Précisément, ce froid c'est aussi celui de l'écriture de K. Cook qui nous raconte tout cela du ton détaché de l'entomologiste qui vous montre la mouche qui tourne en rond dans son bocal jusqu'à se péter la figure sur le verre (de bière). Plus aucune humanité dans les personnages (tout est parti dans les chiottes en pissant la bière) mais plus d'humanité non plus dans l'écriture.

[...] Comme deux chiens qui s'entretuent pour établir leur suprématie, puis, une fois le vainqueur désigné, réalisent qu'ils n'ont plus besoin de se battre. Le chien dominant garderait toujours un air de supériorité envers le vaincu et resterait mal disposé à son égard, allant même jusqu'à lui montrer les dents à l'occasion, mais ils ne se battraient plus et cette certitude provoquait un certain réconfort chez les deux bêtes.

C'est noir, c'est froid et c'est terriblement désabusé.
Ce manque d'humanité résonne de façon glaciale dans l'immensité australienne.
Paradoxalement, l'écriture déshumanisée nous éloigne un peu plus de ces personnages lointains. Et ça nous touche moins.
Reste un pamphlet à distribuer gratuitement dans les débits de boisson ...


Pour celles et ceux qui aiment le noir et la bière.
Pitou en parle très bien, Cathe aussi.