mercredi 21 juin 2023

Le code de Katharina (Jørn Lier Horst)

[...] Le code de Katharina était resté une énigme.

    L'auteur, le livre (464 pages, 2021, 2017 en VO) :

On se répète, mais c'est toujours un grand plaisir que de retrouver le norvégien Jørn Lier Horst, son écriture fluide et agréable, ses intrigues pas trop stressantes et ses personnages devenus familiers, le flic William Wisting et sa fille journaliste Line. 
Au fil des épisodes, cet auteur fait preuve d'une belle régularité et c'est finalement assez rare pour être souligné (et répété !) d'autant que le rayon trop à la mode des polars nordiques ne recèle pas que des pépites.
Voici donc le mystère du Code de Katharina.

    On aime beaucoup :

❤️ Des personnages devenus familiers, William Wisting, le veuf tranquille et patient, Line sa fille journaliste, qui mènent leurs enquêtes chacun à leur manière.
❤️ Un auteur qui prend son temps pour détailler le laborieux et ingrat travail d'enquête, un travail d'autant plus difficile qu'il s'agit ici de "cold case" qui datent de vingt-cinq ans. Rien d'extraordinaire ni de spectaculaire comme d'habitude mais un moment de la vie norvégienne et toujours la description soignée d'un méticuleux et laborieux travail d'enquête.
❤️ Un polar soigné, sans péripéties spectaculaires, au cœur de la vie norvégienne dans la région des fjords du Vestfold au sud d'Oslo.

      L'intrigue :

Wisting reste obsédé par la disparition non élucidée de Katharina Haugen, il y a près de vingt-cinq ans. Son mari disposait d'un bon alibi. Elle avait laissé quelques chiffres sur un mystérieux papier abandonné sur la table ...
[...] Le code de Katharina. Wisting observa la photocopie du document les yeux mi-clos. Une série de nombres répartis sur trois lignes verticales. Jusqu'ici personne n'avait réussi à en comprendre la signification.
[...] Le code de Katharina était resté une énigme pendant vingt-quatre ans.
Mais voilà que le mari, Martin Haugen, devient soudain suspect ... dans une autre affaire de disparition, survenue deux ans avant celle de sa femme !
[...] Nous allons aussi nous intéresser à l'une des affaires d'enlèvement les plus célèbres de l'histoire criminelle norvégienne. Celui de Nadia Krogh, dix-sept ans, en 1987. Ses ravisseurs, jamais identifiés, réclamaient trois millions de couronnes de rançon. L'argent a été déposé à l'endroit convenu, mais personne n'est jamais venu le chercher, et on n'a jamais revu Nadia.
Double disparition, double cold case ...
Et même, double voire triple enquête puisque Jørn Lier Horst nous concocte un montage bien tordu : un inspecteur de Kripos (la "crim" norvégienne) débarque d'Oslo pour rouvrir le cold case de la disparition de Nadia Krogh et embarque Wisting et sa fille, la journaliste Line, dans une machiavélique manipulation pour faire craquer le suspect ! 
Tous les trois vont devoir coopérer, chacun selon ses méthodes, pour fouiller le passé et mettre au jour la vérité.
[...] La pelleteuse trembla, vibra puis s'arrêta. Une exclamation rompit le silence. « Il y a quelque chose ! »

Pour celles et ceux qui aiment les flics et les journalistes.
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vendredi 9 juin 2023

Celui qui n'était pas un meurtrier (Michael Hjorth et Hans Rosenfeldt)

[...] Tout était allé de travers dans cette affaire.

    Les auteurs, le livre (513 pages, 2014 puis 2022, 2011 en VO) :

C'est avec pas mal de retard qu'on découvre un duo d'auteurs suédois : Michael Hjorth et Hans Rosenfeldt, tous deux scénaristes, et il va nous falloir remonter au tout début d'une série policière avec Celui qui n'était pas un meurtrier, adaptée en série télé.
Hans Rosenfeldt est d'ailleurs le créateur de la très remarquable série télé Bron.
Leur roman était déjà paru en français sous le titre Dark secrets, il s'agit d'une réédition chez Actes Sud.

    On aime bien :

❤️ Des auteurs qui préfèrent prendre leur temps pour camper tous leurs personnages, quitte à laisser piétiner l'intrigue et les enquêteurs pendant quelques chapitres : cela nous donne une belle galerie de portraits, tous bien dessinés, enquêteurs, victimes et autres qui se débattent dans leur solitude et leurs problèmes de couples en perdition. 
[...] — Vous feriez peut-être mieux de ne pas rester seule en ce moment. 
— Mais c’est ce que je suis pourtant. Je suis seule maintenant.
❤️ L'exécrable personnage de Sebastian, le psycho-profileur, un véritable mufle qui ne devrait plus exister à notre époque #MeToo, [Un insupportable marginal avec qui personne ne voulait travailler], mais voilà c'est aussi [Une pointure dans son domaine].
[...] Dès qu’il ouvrait la bouche, il était soit grossier, soit sexiste, soit critique, soit tout simplement désagréable. Tant qu’il se taisait, il ne vexait personne.

      L'intrigue :

À Västerås, non loin de Stockholm, on retrouve dans les marais, le cadavre d'un adolescent dont un homme vient de se débarrasser. Un homme qui ne se considérait pas lui-même comme un meurtrier ... 
Mais l'enquête policière démarre plutôt mal : [Tout était allé de travers dans cette affaire de disparition. Absolument tout. Il fallait mettre fin à cette série d’erreurs.] 
Mais tout ne va pas vraiment pour le mieux dans cette grosse ville de Suède qui se donne des airs bourgeois, et après avoir pris le temps de camper soigneusement tous leurs personnages, les auteurs ne seront avares ni de fausses pistes ni de rebondissements. 
On tient là le premier épisode de ce qui s'annonce comme une très bonne série : on y reviendra !

Pour celles et ceux qui aiment les profileurs, même s'ils sont désagréables.
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lundi 29 mai 2023

Tous les membres de ma famille ... (Benjamin Stevenson)

[...] Vous avez déjà lu ce genre de livres.

    L'auteur, le livre (418 pages, 2023, 2022 en VO) :

Benjamin Stevenson est un humoriste australien qui n'en n'est pas à son premier roman, mais Tous les membres de ma famille ont déjà tué quelqu'un est son premier traduit en français.
On pouvait craindre un peu ce roman dont tout le monde parle, écrit par un transfuge du "stand-up" et packagé pour faire le buzz mais non, Stevenson est bien un pro de la scène et justement il connait de bonnes histoires et son métier est de bien les raconter : après le succès à l'oral, ce sera donc une bonne note à l'épreuve écrite.
[...] Je réunis pratiquement tous les ingrédients d’un roman policier réussi.

    On aime un peu :

❤️ La verve débridée de l'auteur-humoriste qui n'hésite pas à interpeller son lecteur et même son éditeur !
[...] J’ai été réveillé par une série de violents coups à la porte. Évidemment. Vous avez déjà lu ce genre de livres.
❤️ L'intrigue rocambolesque aux multiples chutes et rebondissements : évidemment avec un titre pareil, la réunion de famille promet d'être riche en surprises et en découvertes de nombreux cadavres tout frais ou bien conservés en terre, ... il y en aura pour tous les goûts. On n'y croit pas une seconde mais l'auteur ne se prend pas au sérieux et le lecteur s'amuse autant que lui.
[...] Enfin, nous étions tous des tueurs, comme vous le savez déjà. Mais un seul d'entre nous venait de récidiver.

      Le contexte :

Avec cet amusant pastiche, l'auteur fait explicitement référence aux romans policiers à la manière d'Agatha Christie, jusqu'aux explications finales qui seront dévoilées ... dans la bibliothèque !
[...] Si nous sortons d’ici assez vivants pour vendre notre histoire à Hollywood, ils risquent d’être contrariés si nous n’utilisons pas la bibliothèque, tu ne crois pas ?
Benjamin Stenvenson se réfère également au Décalogue du britannique Robert Knox, les dix commandements à respecter pour un polar réussi !
[...] Ai-je moi-même tué quelqu’un ? Affirmatif. Qui était-ce ? 
Assez discuté, commençons.

      L'intrigue :

Une réunion de famille à la montagne : les Cunningham se retrouvent à la neige pour fêter la libération d'un des leurs, emprisonné il y a quelques années pour ... pour meurtre bien sûr ! Il avait été dénoncé par le témoignage accusateur ... de son frère ! Ambiance garantie pour ces retrouvailles chaleureuses dans les chalets de montagne !
Et ce n'est que le début : les cadavres vont s'aligner au fil des pages, certains seront tout frais, d'autres enterrés depuis belle lurette, d'autres arriveront couverts de cendre (ah, le supplice perse raffiné de la tour de cendre !).
Un amusant bon moment passé en compagnie de la famille Cunningham parce que l'auteur maîtrise parfaitement le dosage de sa recette qui mélange habilement intrigue policière et humour sans prise de tête.

Pour celles et ceux qui aiment les whodunit à la manière d'Agatha Christie.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio - livre lu grâce à Netgalley et aux éditions Sonatine (SP).
Chronique reprise par 20 Minutes.

vendredi 26 mai 2023

Le sacrifice du roi (Livie Hoemmel)

[...] La mise à mort du plus grand joueur d’échecs.

    L'auteur(e), le livre (448 pages, 2023) :

Un bouquin qui vient secouer le petit monde discret des échecs. Avec Le sacrifice du roi, l'auteur(e) qui se cache soigneusement derrière un pseudo (Livie Hoemmel anagramme de Le Vieil Homme) s'attaque au mythe du plus grand joueur : Bobby Fischer, champion des US à quatorze ans, il n'aura même pas trente ans lorsqu'en 1972, il battra le soviétique Boris Spassky lors du match du siècle, le fameux tournoi de la guerre froide en Islande (cf. le film Le Prodige). Il fut rien moins que le [plus grand pousseur de bois de tous les temps], [bien plus qu'un grand joueur, il était aux échecs ce que Mozart est à la musique].

    On aime un peu :

❤️ S'enthousiasmer pour l'ascension du jeune Bobby, gosse miséreux de Brooklyn, qui en misant sur ses parties blitz à Central Park voulait juste se faire un peu d'argent pour rapporter à sa maman. 
❤️ Partager la passion de Bobby pour le noble jeu des rois et frémir lors des tournois chaque fois que notre champion monte sur le ring.
[...] Aux échecs, l’intensité de la réflexion peut soumettre le corps à une pression telle que ses capacités sensorielles en sont momentanément altérées  : la vision à plus d’un mètre se brouille, les oreilles bourdonnent. D’autres manifestations ahurissantes témoignent de la violence de cette joute intellectuelle, comparable, dans son ampleur, à un match de boxe  : la température corporelle augmente, le rythme cardiaque ralentit. On est proche de l’embolie cérébrale. Au cours d’un affrontement de cinq heures, un joueur peut perdre jusqu’à quatre kilos sans avoir quasiment fait aucun mouvement.
❤️ Se laisser mener par le bout du nez par l'énigmatique Livie Hoemmel qui nous mystifie avec un redoutable mélange de fausses révélations et de véritables anecdotes ! D'autant plus que la dernière partie du livre prend le lecteur à revers pour transformer le mystère échiquéen en nouvelle énigme littéraire et emmener le lecteur d'un complot façon Da Vinci Code à un autre façon Émile Ajar.

      Le contexte :

Après le retentissement mondial de la défaite surprise de 1972, l'empire contre-attaque et entreprend de déstabiliser Bobby Fischer (une personnalité tourmentée à l'esprit déjà bien fragile !) avant le prochain tournoi qui devra l'opposer en 1975 à Anatoli Karpov.
[...] Mon rôle n'est pas d'écrire une biographie de Robert James Fischer. Il est de vous raconter l'histoire incroyable qui eut lieu entre 1972 et 1975.
L'auteur imagine un manuscrit rédigé par un soi disant ami de Fischer, une histoire dans l'Histoire qui viendrait expliquer la chute de Robert James Fischer, sa longue descente aux enfers et finalement son abandon de la compétition par forfait : [Quand vous aurez terminé votre lecture, vous vous interrogerez  : est-ce une fiction ou la terrible réalité ? Les échecs sont-ils un jeu ou un art ?].
Serait-ce donc la solution d'une énigme qui agite le petit monde des échecs depuis cinquante ans, [l’histoire de la mise à mort du plus grand joueur d’échecs par les services secrets russes] ?
Un auteur mystérieux, une histoire d'espionnage autour d'un échiquier, un soi disant manuscrit dans le livre, un teasing habile qui mêle fausses révélations et véritables anecdotes : aucune doute, le plan marketing est efficace !

      L'intrigue :

Après la victoire US de 72, il est clair qu'aucun prétendant soviétique n'a la moindre chance de reprendre le titre à Fischer : le Kremlin réalise [l’incapacité des Russes à repousser la menace d’une nouvelle défaite. Bobby était au sommet de son art, il allait écraser le prétendant au titre].
Il faut donc trouver [une faille dans l’armure Fischer], un autre moyen de déstabiliser une personnalité déjà bien fragile qui ne demande qu'à basculer du côté obscur : [une belle dose de paranoïa doublée d’un ego surdimensionné, diront certains ; les prémices d’une forme de démence, penseront d’autres].
C'est là qu'entre en scène Olga, une surdouée tendance Asperger : on assiste à la longue éducation et ascension de la jeune Olga qui va grandir dans les griffes du Kremlin entre orphelinat et asile psychiatrique - on se croirait presque dans un remake de Nikita (le film de Besson). 
Tout cela est bien écrit et la lecture reste fluide, mais bon avouons que cette première partie est un peu longuette, le lecteur a bien vite compris qu'Olga la surdouée, va devenir une version Prix Nobel de Lara Croft et on piaffe d'impatience dans l'attente de la voir rencontrer enfin notre Bobby et son échiquier de soixante-quatre cases pour la partie finale où va se déployer le stratagème de la brillante Olga. 
Un piège diabolique qui est bien à la hauteur du génie tourmenté de Bobby et qui viendra donner tout son sens au titre du bouquin ...

Pour celles et ceux qui aiment les échecs et les espions.
D'autres avis sur Bibliosurf, livre lu grâce à Netgalley et aux éditions Plon.
Chronique reprise par 20 Minutes.

mardi 23 mai 2023

Le monde sans fin (Jancovici & Blain)


[...] C'est la fin du monde, Jean-Marc ?

    Les auteurs, l'album (152 pages, 2021) :

Il nous aura donc fallu du temps pour céder aux sirènes et lire enfin Le monde sans fin, un des livres les plus lus en France, véritable phénomène de librairie, avec Christophe Blain aux dessins et Jean-Marc Jancovici à la vulgarisation scientifique.

    On aime bien :

❤️ Le travail soigné de vulgarisation : un véritable régal pour les yeux et l'esprit, un peu dans l'esprit de Davodeau, même si le style est bien différent.
❤️ Le courage de s'attaquer de manière simple et accessible à un sujet épineux, difficile et polémique : un sujet dérangeant que l'on se garde généralement bien de regarder en face. Que l'on soit d'accord ou pas avec les différentes thèses présentées, on est bien obligé de reconnaître que cet album a au moins le mérite de toucher le plus grand nombre.

      La BD :

L'album peut se découper en plusieurs grands chapitres. 
Le premier est absolument passionnant et nous emmène revisiter quelques décennies de croissance outrancière et de surconsommation énergétique hyperbolique : les graphiques simplifiés de Blain, les explications vulgarisées de Jancovici sont autant de lumières allumées dans nos petites têtes. C'est bluffant, souvent surprenant et donc bigrement intéressant.
Le chapitre sur le réchauffement climatique fait froid dans le dos : les chiffres sont effarants et l'on voit mal, on ne veut pas voir, ce qui nous attend. Un sujet inquiétant, alors on tourne les pages un peu plus vite.
Le chapitre sur le nucléaire est bien sûr, plus douteux : c'est lui qui a suscité autant de polémiques depuis la sortie du bouquin. Sans aller jusqu'à soupçonner les auteurs d'être à la solde du puissant lobby nucléaire français, on se doute bien que le plaidoyer de Jancovici ne prend pas en compte tous les paramètres, dans sa hâte bienveillante de nous sortir de son chapeau une solution pour amortir la décroissance énergétique qui nous attend.
Et puis voilà c'est tout : on vient de réaliser un peu mieux que le monde n'est pas sans fin, que les citoyens de nos sociétés de croissance sont dans le déni le plus complet, bref, que c'est mal barré.
Et ce ne sont pas les dernières pages sur les "solutions" à envisager qui vont nous rassurer : on voit trop bien le temps qu'il faudrait pour changer les mentalités de terriens qui n'ont aucune envie de changer de mentalités et qui ne peuvent évidemment pas s'en remettre à leurs dirigeants élus pour les y aider. C'est bien sûr le chapitre le moins convaincant et donc ce n'est finalement pas très rassurant.
Alors on referme bien vite le gros album en regrettant finalement que Blain et Jancovici ne se soient pas contentés du premier chapitre : c'était quand même bien plus cool d'analyser le passé de notre Histoire énergétique plutôt que de chercher à ouvrir les yeux sur un avenir bien sombre.

Pour celles et ceux qui aiment les kilowattheures.
D'autres avis sur Babelio.

lundi 22 mai 2023

Les sentiers de la vérité (Francis Van Gured)

[...] Dépassé par les événements.

      L'auteur, le livre (523 pages, 2022) :

Un nouvel auteur, Francis Van Gured (sans doute un pseudo), découvert grâce à Netgalley et Librinova avec son premier roman : Les sentiers de la vérité.

      On n'aime pas du tout :

▼ Il nous aura fallu beaucoup de persévérance pour venir à bout de ce gros pavé indigeste : chaque soir le livre nous tombait des mains mais, vaillamment, nous remettions l'ouvrage en train, par respect pour Netgalley et l'éditeur Librinova qui nous l'avaient confié.
La faute à une syntaxe hasardeuse truffée d'approximations langagières et d'un vocabulaire surprenant qui sent très fort le dictionnaire de synonymes exploré de A à Z.
Bien souvent, on a l'impression de déchiffrer une mauvaise traduction de Gougoule.
Ah, le mot est lâché et nous voici tout au bord d'un précipice que nous ne franchirons pas pour ne pas céder aux sirènes médiatiques du moment : de l'autre côté du gouffre, les avatars des IA nous narguent en ricanant. On espère finalement qu'elles sauront mieux faire.
On veut bien concéder qu'il s'agissait peut-être d'une épreuve attendant les relectures mais on frémit à l'idée des souffrances de l'armée de correcteurs qui auront mission d'expurger le texte.
Bon d'accord, c'est illisible, mais l'intrigue ?

      L'intrigue :

Hélas l'intrigue ne vaut guère mieux : une rocambolesque succession de péripéties invraisemblables façon Da Vinci Code avec moult sociétés secrètes, complots mystérieux, rébus sibyllins, jeux de piste planétaires et messages codés. On n'y croit pas une seconde et on n'arrive pas à s'y intéresser vraiment, d'autant plus que les personnages, insipides et peu épais, n'emportent guère notre adhésion. 
À commencer par le héros, tout autant balloté que le lecteur et les quelques flics de l'histoire, un héros dont on ne saura jamais si c'est un parfait imbécile manipulé par de diaboliques complotistes ou un très très haut potentiel surdoué des rébus et des échecs (il sera beaucoup question d'échecs dans ce livre).
[...] Quelle combinaison d’aventures avait bien pu le mener dans cet étrange endroit, à jouer une partie d’échecs en compagnie de gens à l’identité douteuse.
[...] Très vite, les policiers décelèrent quelque chose d’antipathique chez Davenport. Son refus de coopérer les rendit de plus en plus nerveux.
[...] L’homme qu’ils avaient en face d’eux donnait l’impression d’être totalement déboussolé, comme dépassé par les événements. À moins qu’il ne les fasse tourner en rond.
Bref, nous sommes passés complètement à côté de ce bouquin : espérons que quelqu'un d'autre y trouvera de l'intérêt.

Pour celles et ceux qui aiment les échecs.
D’autres avis sur Babelio - livre lu grâce à Netgalley et Librinova.

mardi 9 mai 2023

Une exécution (Danya Kukafka)

[...] Ce n'est pas difficile d'être malfaisant.

    L'auteure, le livre (370 pages, 2023) :

Une fois n'est pas coutume, c'est un article de Télérama (défense de rire et de fuir !) qui nous a attiré vers le second roman de l'américaine Danya Kukafka : Une exécution [un polar féministe impressionnant pour démythifier les tueurs en série].

    On aime un peu :

❤️ La mise en parallèle d'une vie qui se termine, celle du tueur qui va être exécuté, avec d'autres vies qui ont été brisées net, celles de ses victimes.
❤️ Le questionnement de notre culture où l'on montre plus d'intérêt fasciné pour le tueur en série que pour ses victimes : Danya Kukafka tente de rectifier les poids dans la balance.

      Le contexte :

Le couloir de la mort aux États-Unis, état de New York. Les derniers moments d'un serial-killer féminicide surnommé par la presse [le tueur de gamines], et les histoires de ses victimes.

      L'intrigue :

Ansel Packer, matricule 999631, se trouve dans le couloir de la mort. L'horloge du bouquin va rythmer ses derniers instants : au premier chapitre il lui reste 12 heures à vivre avant son exécution.
Chacun de ces chapitres permet de revenir sur le passé de Ansel, avec les explications trop classiques sur une vie cabossée : abandonné par ses parents, il sera retrouvé par les services sociaux avec son petit frère mort d'inanition dans ses bras. 
Les hurlements du petit résonnent toujours dans sa tête ... qu'il essaye d'apaiser en tuant des jeunes femmes.
[...] Les hurlements du bébé se sont tus et, assis au bord de ton lit, tu t'efforces de contrôler ta respiration en te répétant : le bébé est mort.
[...] En vérité, les hurlements avaient recommencé.
[...] Tu n'es pas idiot. Tu sais manipuler les femmes, et aussi certains types d'hommes.
[...] La seule chose dont tu es certain à propos des femmes. Elles t'abandonnent toujours.
Un tueur dépourvu d'empathie, [peut-être pas capable de ressentir de l'amour], qui s'est construit toute une théorie pour justifier son absence de morale : [Faire ou ne pas faire. Où est la différence ? Où est le choix ?].
[...] Tu crois aux univers parallèles. À  la possibilité d'éternité qu'ils offrent. Il existe une autre version de toi dans ces dimensions. Un enfant qui n'a jamais été abandonné.
[...] Mais la version la plus déroutante pour toi, celle qui échappe à ton entendement, est celle d'un Ansel Packer qui a agi exactement de la même manière et ne s'est jamais fait prendre.
Les autres chapitres évoquent d'autres vies brisées : celles de sa mère, de la fliquette de service et surtout celles des victimes qui ont croisé le destin du tueur, un angle de vue qui résonne dans notre époque qui cherche à modifier notre regard sur le féminicide.
Même si la messe semble avoir déjà été dite, l'auteure nous ménage malgré tout un peu de suspense : Ansel a encore réussi à manipuler une dernière femme trop fragile (une gardienne de prison) et prépare son évasion in extremis, alors que les cris du bébé hurlent toujours dans sa tête : pourquoi ne cessent-ils pas ? Et surtout, que veulent-ils dire ?
Les amateurs de polar auront même le plaisir de revenir sur la fin de l'enquête et la capture du tueur, du point de vue d'une enquêtrice de la police : un livre résolument écrit au féminin. 

     On aime moins :

 Un montage un peu confus où différentes voix à différentes époques ne rendent pas la lecture très fluide.
▼ Une renommée et une originalité un peu surfaite dans l'ombre du bouquin de Norman Mailer, Le chant du bourreau, un monument de la littérature US (Pulitzer 1980) et de la non-fiction (c'est l'histoire vraie du tueur Gary Gilmore) : à vrai lire, la fiction romancée de Danya Kukafka souffre un peu de la comparaison.
▼ Par ailleurs, le récit peine un peu à se mettre en place et durant plusieurs chapitres, l'auteure semble se laisser prendre à son propre piège puisque les victimes ont des voix qui sonnent un peu creux et des portraits un peu superficiels : le personnage le mieux traité reste bien celui du tueur en série - maudite fascination pour les affreux qui entraîne Danya Kukafka tout comme ses lecteurs. Il faut attendre la seconde partie du bouquin pour que quelques femmes prennent enfin de l'épaisseur et de la consistance : la fliquette Saffy, la sœur d'une des victimes Hazel, la mère Lavander et une autre encore - ce sont elles qui donneront du poids et du sens à ce roman.

Pour celles et ceux qui aiment un peu trop les serial-killer.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio. #NetGalley

Septentryon (André Houot)


[...] Incursion dans le secteur sept.

    L'auteur, les albums (2001-2004) :

On découvre ici André Houot un auteur de BD plus connu pour ses illustrations historiques et même préhistoriques.
Mais le voici avec Septentryon dans une toute autre faille spatio-temporelle puisqu'il nous emmène sur Antéden, une terre post-apocalyptique dont une grande partie est constituée d'un désert interdit et contaminé.
La série est courte et se compose de 4 albums d'une cinquantaine de pages chacun où l'auteur signe scénario et dessins.

    On aime un peu :

❤️ Une histoire de S-F à l'ancienne, classique et solide, qui reprend les standards du genre.
❤️ Des dialogues bien tournés où l'humour voisine avec le second degré.
[...] Ils n'ont pas de propergol, mais ils ont des idées.

    La BD :

Chronover, le personnage principal, s'échappe d'un monde trop policé et s'aventure dans le désert interdit. 
[...] - Qui veut échapper à la contamination doit obéir aux conseils des autorités sanitaires.
[...] - La zone contaminée s'étend sur près d'un septième de la surface totale de la planète ... Toute incursion dans le secteur sept conduit irrémédiablement à la mort !
- Mensonges ... balivernes ... foutaises ! N'écoutez pas le "prêt-à-penser" de ces distributeurs à mensonges !
Au gré des rencontres (le désert d'Antéden ne l'est donc pas tant que cela !), le mystère qui entoure Chronover et son passé s'épaissit : au fil des albums et de ses aventures, le héros nous livre peu à peu quelques bribes d'information sur ce monde décidément aussi mystérieux que complexe.

    On aime moins :

 Les ellipses d'un récit un peu touffu où l'on a parfois du mal à repérer ou distinguer les groupes de personnages les uns des autres : visiblement André Houot et Antéden entendent bien veiller jalousement sur leurs mystères !

Pour celles et ceux qui aiment partir ailleurs.
D’autres avis sur Babelio.

jeudi 27 avril 2023

Lemon (Kwon Yeo-sun)

[...] L’affaire du meurtre de la belle lycéenne.

    L'auteure, le livre (160 pages, 2023) :

C'est un article de Slate qui nous avait alerté sur ce roman de la sud-coréenne Kwon Yeo-sun, connue jusqu'ici plutôt pour ses nouvelles.
Un très court roman, à peine plus qu'une nouvelle, qui se donne des allures de polar pour décrire une société coréenne pas tendre avec les femmes.

    On aime un peu :

❤️ Comme chez la japonaise Yoko Ogawa, une situation banale et quotidienne qui prend très vite des allures inquiétantes, sans que l'on sache trop où cela va nous mener.
❤️ Un dépaysement 100% coréen (et 100% féminin) qui prend souvent le lecteur occidental au dépourvu et laisse un goût aussi acide que le citron du titre.

      L'intrigue :

Une jeune (et très belle) étudiante est retrouvée morte, le crâne fracassé. Un ou deux suspects dans son entourage mais pas de coupable. Une quinzaine d'années après, la sœur de la victime se remémore le long chemin du deuil et des questionnements.
[...] Elle est partie. Ses longs cheveux et sa robe jaune, son sac et ses chaussures blanches. Je les ai regardés disparaître puis, restée seule, j’ai fini mon café froid.
[...] Pendant plus de seize ans, j’ai réfléchi, interrogé et travaillé sur chaque détail de ce qu’on a appelé « l’affaire du meurtre de la belle lycéenne ».
[...] Elle avait changé elle-même le nom de ma sœur, par ses propres moyens. Maman avait sorti tous les manuels scolaires, les livres, les cahiers et carnets ayant appartenu à ma sœur et avait corrigé le nom sur chacune des couvertures.
[...] Maintenant, je sais –  non pas qui est le meurtrier de ma sœur, mais qui ne l’est pas. Non, c’est faux. Je sais qui est l’assassin.

     On aime moins :

Un livre dans lequel il est bien difficile d'entrer : Kwon Yeo-sun ne nous laisse que peu d'indices pour pénétrer dans son univers et j'ai dû le relire une seconde fois. 
Une construction du bouquin qui ne nous aide guère non plus où chaque chapitre expose le point de vue d'un personnage ... alors qu'il nous faut plusieurs pages pour deviner l'identité de qui parle (la sœur, une amie, une autre camarade, ...), d'autant plus que les patronymes coréens sont opaques pour nous qui ne savons même pas trop s'il s'agit d'une femme ou d'un homme et que l'auteure joue avec les mots et ces noms : il faut bien avouer que toutes ces acrobaties nous échappent un peu malgré les notes du traducteur.

Pour celles et ceux qui aiment le pays du matin calme.
D’autres avis sur Babelio, livre lu grâce à Netgalley.

dimanche 16 avril 2023

Les irascibles (Cédric Bru)

[...] Une nouvelle peinture, appelée « expressionnisme abstrait ».

    L'auteur, le livre (384 pages, 2023) :

C'est une lecture pas facile mais enrichissante que nous propose Cédric Bru journaliste, écrivain, et chroniqueur de diverses revues (dont Rock&Folk), avec Les irascibles : un livre bourré de culture qui mêle fiction et quasi-biographies pour nous dépeindre la naissance d'un mouvement artistique à New-York dans les années 50, quand prenait forme l'expressionisme abstrait sous les pinceaux des Pollock, Rothko, de Kooning et consorts à qui l'on pouvait acheter une toile pour quelques centaines de dollars (aujourd'hui certaines toiles de Pollock valent plusieurs centaines de millions de dollars).

    On aime ... ou pas :

C'est un peu comme si Cédric Bru nous invitait à un vernissage dans une galerie d'art de la 57e rue  mais oubliait un peu de faire les présentations et nous laissait en plan, un verre à la main. Tout autour de nous [quelques habitués bien éméchés, un couple ou deux], chaque invité ressemble à un [intellectuel reconnu, juif farouchement new-yorkais]. Il y a bien quelques figures que l'on connait : Peggy Guggenheim qui passe là-bas près du buffet, Mark Rothko et Willem de Kooning qui discourent sur la terrasse, et n'est-ce pas Jackson Pollock là-bas qui s'agite, un peu ivre ? 
Mais qui sont donc tous les autres invités que l'on ne connait pas : ce Robert Motherwell dont tout le monde parle, ce Barnett Newman autour de qui tournent ces dames, et ce Clyfford Still, et ces galeristes, et ces critiques d'art, et Arshile Gorky et Adolph Gottlieb, ... ?
Ouf, on n'en peut plus, vexé de notre ignorance crasse de ce petit milieu de l'art moderne new-yorkais, et on finit donc par sortir notre smartphone et pêcher sur le web quelques images des œuvres de l'un et de l'autre, comme pour participer au jeu de qui a peint quoi ?
Après quelques verres et quelques chapitres bien déroutants, on finira par s'habituer au style elliptique de l'auteur, à sa chronologie chahutée, à ses portraits esquissés peu à peu, quelques touches ici sur de Kooning, quelques couleurs là-bas sur Pollock, la silhouette de Motherwell, et revenons à de Kooning, et puis Pollock encore, et puis ... 
Finalement, c'est un véritable traité de l'histoire de la peinture moderne que l'on tient entre les mains et notre persévérance sera bientôt récompensée : découvrir ce mouvement en train de naître sous nos yeux, cette [nouvelle peinture, communément appelée « expressionnisme abstrait »][une peinture moderne américaine dégagée du cubisme analytique ou du surréalisme].

      Le contexte :

L'effervescence d'une bande d'artistes [supposément communistes, ou tout au moins proches de ces idées progressistes], même si [depuis un certain temps, il n’était plus vraiment question d’engagement politique parmi les peintres] : [ville monde, ville monstre, New York, désormais, donnait le la de l’art moderne, reléguant Paris au niveau d’une belle ville secondaire.] 
Par [le foisonnement hypercréatif de leurs peintures gestuelles], les américains [étaient en train de surmonter le complexe d’infériorité qu’ils nourrissaient de longue date à l’égard des artistes européens]. [Il n’y avait qu’à Paris qu’on finissait les toiles. Ici, on remettait son sort entre les griffes de l’œuvre, qui décidait ou non si elle avait tout dit].
Mais ce sont les années 50, celles de la guerre froide qui paralyse le monde, celles du maccarthysme qui empoisonne les États-Unis et à NY, deux musées s'opposent : à ma gauche, Rockefeller et son MoMA [qui à l’inverse du Met accueillait depuis longtemps déjà des œuvres de Pollock, Gorky ou De Kooning]. À ma droite, le MET, le Metropolitan Museum of Art, et ses dirigeants [bien décidés à mener, et contre l’air du temps, ce qui apparaissait désormais comme un combat d’arrière-garde]

      L'intrigue :

Les boires (beaucoup de boire !) et les déboires de ces artistes (typiques du milieu intellectuel juif new-yorkais) qui dans les années 40-50 peinaient à atteindre la reconnaissance et la célébrité jusqu'à ce que l'instable génie Jackson Pollock brise enfin la glace et consacre une nouvelle peinture abstraite qui voulait s'affranchir du cubisme et du surréalisme, son héritage européen.
La fronde contestataire des fameux "Irascibles", leur lettre ouverte au MET et la photo de couverture n'occupent finalement qu'une petite part du bouquin plutôt consacré à la carrière de Pollock et de ses collègues.

      On aime moins :

Une construction plutôt déroutante avec de nombreux allers-retours entre les personnages ou les années qui provoquent longueurs et répétitions. C'est une lecture difficile, exigeante où il faut vraiment avoir soif de connaissance et être passionné de peinture pour persévérer et profiter ainsi de la grande culture de Cédric Bru qui nous fera mieux comprendre et apprécier le travail de ces peintres.

Pour celles et ceux qui aiment l'histoire de la peinture moderne.
D’autres avis sur Babelio. Livre lu grâce à Netgalley.
Chronique reprise par 20 Minutes.

samedi 8 avril 2023

Tunnel 29 (Helena Merriman)

[...] Les murs sont à la mode.

    L'auteure, le livre (416 pages, 2023, 2022 en VO) :

Helena Merriman est une journaliste de la BBC qui, avec Tunnel 29, nous a dégotté une excellente histoire (véridique), racontée comme on les aime, avec minutie : celle d'un tunnel creusé en 1962 sous le Mur qui coupait Berlin en deux et par lequel se sont enfuis 29 personnes.

    On aime bien :

❤️ Se laisser emporter par cette histoire incroyable, [une histoire impressionnante. Presque trop, et Joachim ne sait pas s'il faut y croire]. Comme disait Mark Twain, la réalité dépasse la fiction, du moins lorsqu'un bon auteur sait la raconter.
❤️ Réviser notre histoire avec notre guide, Helena Merriman, qui nous ramène jusqu'en 1945 lorsque les troupes russes arrivent à Berlin avant tout le monde, et cela pour mieux comprendre la création de la RDA, l'apparition de la Stasi, la fermeture des frontières avec Berlin ouest et enfin la construction du fameux Mur. Un passé aux échos malheureusement très actuels puisque dans notre monde d'après, [les murs sont à la mode; dans plus de soixante-dix pays (un tiers du monde), il existe une forme de barrière ou de clôture. [...] Beaucoup s’inspirent du mur par excellence  : celui construit à Berlin pendant l’été 1961]. Et la leçon d'Histoire se poursuivra jusqu'à la chute du Mur en 1989 et même un peu après avec un épilogue en forme de "que sont-ils devenus".
❤️ Partager les boires et déboires de l'équipe qui creuse sous le Mur, redouter le pire, les dénonciations à la Stasi, l'effondrement du tunnel, les infiltrations d'eau, ...
❤️ Savourer les extraits des archives de la Stasi : une matière première inestimable pour un écrivain !

      Le contexte :

En pleine guerre froide, les communistes de Berlin Est se retranchent derrière le fameux Mur : la fermeture de la frontière laisse certaines familles et couples éclatés de part et d'autre. 
Les américains tardent un peu à réagir. 
De nombreuses tentatives d'évasions auront lieu, certaines avec une issue heureuse, d'autres plus dramatiques.
Pour traquer les dissidents, les espions de la Stasi ont infiltré toute la société est-allemande et même Berlin Ouest.
[...] Si le Mur symbolise l'échec du communisme, le tunnel symbolise le perpétuel besoin de liberté du genre humain.

      L'intrigue :

Quelques jeunes gens entreprennent de creuser un tunnel d'ouest en est (sur 120 mètres) pour faire évader quelques personnes : qui un conjoint, qui un parent ou un ami, laissés seuls du mauvais côté du Mur.
Nous sommes au tout début de la télévision et une équipe de NBC entreprend de filmer (et de financer !) toute l'affaire en grand secret, depuis les premiers coups de pelle jusqu'à l'évasion finale de 29 personnes : de la téléréalité bien avant l'heure. Cette "intervention" américaine fera grand bruit quand NBC voudra sortir son film en pleine crise des missiles à Cuba.

      On aime moins :

C'est un gros pavé avec quelques longueurs tant est grand le souci de véracité, ce qui nous vaut une abondance de détails minutieux.
La première partie du bouquin dénote un anticommunisme un peu primaire : certes l'auteure est britannique, certes la russophobie est de bon ton aujourd'hui mais cela n'excuse pas tout et cela nuit un peu à la puissance de l'histoire et de plus c'est tout à fait inutile - qui a encore besoin aujourd'hui qu'on lui sur-explique les motivations des "Ossis" déterminés à passer du côté libre ?

Pour celles et ceux qui aiment l'Histoire et Berlin.
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vendredi 31 mars 2023

Le gardien de Téhéran (Stéphanie Perez)

[...] Mais l'Iran danse sur un volcan.

    L'auteure, le livre (240 pages, 2023) :

Stéphanie Perez est une journaliste, née avec le choc pétrolier de 1973 (le destin ?), une de ces grands reporters qui ont couvert les conflits du Moyen-Orient : elle connait donc bien l'Iran. C'est son premier roman, plutôt convaincant.
Son Gardien de Téhéran n'est pas un Gardien de la Révolution, loin s'en faut, mais plus modestement le gardien du musée d'art moderne de la capitale iranienne, un musée créé par Farah Diba, l'épouse du Shah, juste avant la révolution des mollahs guidés par Khomeini.

    On aime beaucoup :

❤️ réviser notre histoire contemporaine avec notre guide, Stéphanie Perez, qui nous brosse un tableau éclairant de ces quelques années (des années que l'on idéalise aujourd'hui, mais qui avaient leur face sombre elles-aussi)
❤️ partager l'enthousiasme de Cyrus, le gardien du musée, lorsqu'arrivent les tableaux achetés grâce à l'argent du pétrole, partager sa fébrilité avant la cérémonie d'ouverture, partager son admiration pour la belle et jeune impératrice
❤️ plus tard, déambuler avec lui dans les sous-sols déserts du musée et partager sa crainte de voir les intégristes détruire ces tableaux jugés "décadents".

      Le contexte :

Quelle histoire incroyable que celle de cette collection de tableaux ! 
Après la crise économique et énergétique des années 70, l'argent du pétrole coule à flots en Iran et la Shahbanou dispose de fonds illimités pour offrir à son pays une vitrine sur ce que l'art occidental compte de meilleur : Monet, Gauguin, Picasso, Warhol, Rothko, Pollock, ... rien n'est assez beau, rien n'est trop cher, c'est [une chasse aux trésors effrénée, vertigineuse, sans limites de budget. C'est l'argent du pétrole qui paie].
L'inauguration du musée en 1977 est l'événement où se presse tout ce qui compte (aux sens propre et figuré) dans le monde de l'art et la jet-set occidentale, un succès retentissant qui consacre l'entrée du pays dans la cour des grands et dans le monde occidental, la jeune et belle Farah Diba est vite surnommée [l'impératrice des arts].
Mais [les folies précèdent toujours les grandes catastrophes] et bientôt, le peuple ne supporte plus ni l'absolutisme de l'empereur Reza Pahlavi, ni les exactions de sa police secrète (la SAVAK), ni les dérives de l'occidentalisation forcée de la société iranienne, ni l'arrogance décadente des classes aisées, ni l'absence de "ruissellement" de la manne pétrolière : les mollahs chiites prennent le pouvoir en 1979 et brûlent tout ce qui rappelle l'occident : [la collection de l'impératrice, unique au Moyen-Orient, est considérée comme impie aux yeux des nouveaux maîtres du pays].

      L'intrigue :

C'est l'histoire du gardien du musée qui nous est contée, une histoire qui épouse celle du pays : un jeune et modeste chauffeur (son nom a été changé pour le roman mais Stéphanie Perez l'a bel et bien rencontré), qui ne sait rien de l'Art mais qui va connaître un destin incroyable puisqu'il va veiller durant toutes les sombres années de l'intégrisme chiite sur une collection exceptionnelle qui vaudra bientôt plusieurs milliards de dollars (oui, vous avez bien lu).

      On aime moins :

 Le ton un peu "nunuche" utilisé pour nous décrire la vie personnelle du gardien dans son quartier et sa famille : c'est la partie romancée du bouquin (le reste est rigoureusement vrai), un volet nécessaire pour nous faire vivre ce que traverse la société iranienne. On se demande même comment ce bonhomme a bien pu faire pour survivre à tout cela dans la vraie vie, mais dans le bouquin, c'est un peu Oui-Oui au pays des mollahs (bon d'accord, on est un peu sévère).

Pour celles et ceux qui aiment l'histoire de l'art.
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Chronique reprise par 20 Minutes

lundi 27 mars 2023

Péché mortel (Carlo Lucarelli)

[...] Ce sont des temps difficiles, mon garçon.

    L'auteur, le livre (256 pages, 2023, 2018 en VO) :

On a visiblement de la chance de découvrir Carlo Lucarelli, auteur italien de polars, avec cet excellent Péché mortel qui bénéficie d'une traduction soignée par Serge Quadruppani comme pour d'autres polars italiens.
On commence par le dernier volume de la série publié cette année mais le hasard faisant bien les choses, on est tombé sur le premier épisode chronologique (1943) puisque l'auteur a voulu revenir sur les débuts difficiles de son héros, le commissaire De Luca, dans une Italie confuse et agitée à la fin de la guerre.

    On aime bien :

❤️ Dévaler les rues de Bologne en vélo, la jeune fiancée en amazone sur le guidon, quelques images, quelques pages suffisent, une perquisition de nuit, une baignade du dimanche, et nous voici dans un vieux film italien.
❤️ Le contexte historique de l'Italie de 1943, période incertaine où le pouvoir change de mains. Et plusieurs fois.
❤️ La romance entre la jeune et jolie pharmacienne et le commissaire obsédé par son enquête au point de délaisser sa fiancée : mais tout le monde sait que c'est hélas le lot de celles qui tombent amoureuses d'un bon flic.

      Le contexte :

Été 43, Bologne : les drapeaux rouges ont été ressortis, le fascisme italien est en train de vaciller face aux avancées des Alliés, le pouvoir change de mains. 
Et un petit refrain revient au fil des pages : Ce sont des temps difficiles, et tout peut arriver.
Dans les rues, sur les places, les statues de Mussolini sont abattues et décapitées.

      L'intrigue :

Mais il n'y a pas que la tête du Duce qui roule : lors d'une perquisition nocturne, le commissaire De Luca trébuche sur un corps sans tête. 
[...] - Allez, dit-il, au point où on en est, jetons un coup d’œil. Cherchons une hache et une veste. Et une tête.
Ils ne trouvèrent rien, ni hache, ni veste, ni tête.
Plus tard, De Luca trouvera bien une tête non loin de là ... mais ce ne sera pas la bonne et le voici avec un corps sans tête et une tête sans corps.
Marché noir, drogue, trafics en temps de guerre, alertes aux bombardements, corruption des milices fascistes, revanche des rouges, ... ce sont des temps difficiles pour mener une enquête criminelle tout en naviguant entre les différentes factions, surtout si on s'attaque à de gros poissons.

Pour celles et ceux qui aiment l'Italie.
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jeudi 23 mars 2023

Les garçons qui brûlent (Eva Björg Aegisdottir)

[...] C’était si difficile de se débarrasser d’un cadavre.

    L'auteure, le livre (404 pages, 2023, 2020 en VO) :

L'an passé avec Elma on avait découvert Eva Björg Aegisdóttir, une jeune auteure qui fait partie de la relève du polar islandais après le phénomène Indridason.
Voici Les garçons qui brûlent, le troisième épisode des aventures d'Elma. 

    On aime bien :

❤️ La description de la vie ordinaire des islandais d'aujourd'hui.
❤️ Une écriture fluide et agréable, une fliquette attachante, une intrigue solide et sans violence : un polar classique qui ne bouleverse pas le genre mais qui devrait plaire au plus grand nombre.
❤️ Un montage captivant qui, jusqu'à la toute fin (un peu rapide), sème les doutes par petites touches, de ce côté-ci, de ce côté-là, si bien que peu à peu les différents personnages perdent leur vernis initial.
[...] Quelqu’un leur avait menti. Et sans doute plus d'un ...

      Le contexte :

Une petite bourgade au nord de Reykjavik : le charme provincial d'une Islande paisible ... jusqu'à ce que les polars d'Eva Björg Aegisdóttir viennent troubler la petite cité d'Akranes.
Après Elma, c'est le troisième épisode des enquêtes de la jeune fliquette Elma dans sa petite ville d'Akranes (où est née l'auteure) puisqu'on a zappé le second tome : Les filles qui mentent.

      L'intrigue :

Un jeune ado meurent dans l'incendie de la maison (les parents étaient absents) : accident, suicide, incendie criminel, ...
[...] – Est‑ce qu’il pourrait s’agir d’un accident, voire d’une mort naturelle ? suggéra Elma. Puisqu’il n’y a pas de traces de blessure.
Bientôt une disparition mystérieuse et un autre cadavre.
[...] – Deux cadavres en une semaine, c’est pas croyable. Qu’est‑ce qui vous arrive à Akranes, en ce moment ?
Il n'en fallait pas tant pour chambouler la communauté jusqu'ici paisible de la petite bourgade où officient Elma et ses collègues. Ils vont devoir remuer le passé et dévoiler quelques secrets qui sommeillaient enfouis sous les non-dits : histoires de famille, rancœurs de couple, intrigues de voisinage, ...
[...] À vrai dire, Elma était à peu près certaine qu’ils avaient déjà croisé ce garçon mystère au cours de leur enquête. Et que quelqu’un leur avait menti.
Une auteure attachante dont l'écriture gagne en maturité au fil des épisodes.

Pour celles et ceux qui aiment les gens du nord.
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mardi 21 mars 2023

Le chemin de sel (Raynor Winn)

[...] Ce pas, le suivant, et le suivant encore.

      L'auteure, le livre (400 pages, 2023, 2018 en VO) :

Il était une fois Raynor Winn et son mari Moth, qui vivaient au Pays de Galles et qui se retrouvèrent ruinés, les huissiers à la porte, au moment même où ils apprenaient que Moth était atteint d'une maladie cérébrale dégénérative incurable (oui, la cata).
Ils prirent de vieux sacs à dos, une tente d'occasion, quelques rares euros en poche et partirent ... marcher.
Marcher le long du fameux Sentier Littoral du Sud-Ouest des Cornouailles [clic] sans trop connaître, heureusement, sa longueur réelle (un peu plus de 1.000 km). Mais peu importe la destination ... on le sait bien !
[...] Il s’agissait surtout de trouver l’énergie de faire ce premier pas. Impatients, effrayés, sans-abri, menacés par l’embonpoint et la maladie, mais au moins, si nous nous décidions, nous aurions quelque part où aller, nous aurions un but. Et de fait, qu’avions-nous de mieux à faire ce jeudi après-midi-là que de nous lancer dans une marche de mille kilomètres ?
Au bout du voyage, un livre Le chemin de sel, le succès et accessoirement, la rémission de Moth.
C'est un article de L'Obs qui nous a donné envie de lire cette belle histoire, espérant que le bouquin soit à la hauteur du bel argumentaire de vente.

      On aime bien :

❤️ Un récit vrai, les ampoules aux pieds, bien loin des feel good stories habituelles.

      Le récit :

C'est bien là une lecture prenante et éprouvante : souci de vérité oblige, Ray n'épargne rien au lecteur, ni le froid, ni la pluie, ni la maladie, ni les douleurs, ni les ampoules, ni la faim, ni la sueur, ni la crasse, ni surtout le manque d'argent pour ne serait-ce que pour s'acheter une barquette de frites.
[...] La faim était toujours présente, mais tout comme les articulations douloureuses et les ampoules qui durcissaient, c’était davantage un phénomène à observer qu’une sensation à éprouver.
Mal équipés, mal préparés, Ray et son compagnon Moth, vacillent sans cesse sur la ligne jaune qui sépare à peine le Routard Désargenté du Clochard SDF, sur un sentier qui prend souvent des allures de chemin de croix.
[...] On est SDF. On a perdu notre maison et on n’a nulle part où aller, alors marcher droit devant nous a semblé être une bonne idée. » C’était sorti de ma bouche sans que j’y réfléchisse. La vérité. Mais quand j’ai vu le type tendre la main pour rapprocher son gamin de lui et sa femme froncer les sourcils et détourner le regard, j’ai décidé qu’on ne m’y prendrait plus. Il a demandé l’addition et, deux secondes plus tard, ils avaient disparu.
[...] Nous pouvions soit être sans abri – parce que nous avions vendu notre maison et placé l’argent à la banque – et susciter admiration et envie ; soit être sans abri – parce que nous avions perdu notre maison et nous étions retrouvés sur la paille – et devenir des parias de la société. Nous avons choisi la première version. Plus facile à caser dans une petite conversation au passage. Plus facile pour eux, plus facile pour nous.
Mais bien entendu, c'est aussi un récit de marche, de pas, de pieds, l'un devant l'autre, encore et encore.
Et donc des pensées qui accompagnent ce rythme lent et répétitif.
[...] Le Sentier nous avait appris que les kilomètres à pied ne sont pas comme les autres. On connaissait la distance, l’espace à franchir d’un arrêt à l’autre, d’une gorgée d’eau à la suivante, on l’éprouvait dans nos os, comme la crécelle la mesure dans le vent et la souris l’évalue de son regard. Dans une voiture ou un car, les kilomètres ne sont pas affaire de distance. Seulement une question de temps.

      On aime moins :

 Trop long et trop répétitif : bien sûr la marche sur le sentier est à ce prix, longue et répétitive, oui certes, mais l'accumulation finit tout de même par nous décrocher peu à peu du texte, c'est bien dommage, et l'on se surprend à attendre la fin du périple, une fin heureuse on le sait puisqu'on la tient entre les mains.

Pour celles et ceux qui aiment marcher.
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vendredi 17 mars 2023

Je suis le châtiment (Giancarlo de Cataldo)

[...] Il est le crime. Je suis le châtiment.

      L'auteur, le livre (240 pages, 2023, 2020 en VO) :

On connait Giancarlo de Cataldo depuis longtemps, depuis le célèbre Romanzo Criminale, un auteur qu'on a également apprécié dans le monumental Suburra, bref un coutumier des best-sellers adaptés au cinéma.
Avec Je suis le châtiment, le magistrat inaugure une nouvelle série qui met en scène un procureur atypique Manrico Spinori, grand amateur d'opéras (et d'autres bonnes choses).

      On aime bien :

❤️ La saveur gourmande de cet aimable divertissement : avec ce polar, Giancarlo de Cataldo s'est visiblement amusé comme à la récré.
❤️ Des personnages bien dessinés qui promettent une belle série, à suivre.

      Le contexte :

Rome bien sûr. Un procureur mène l'enquête assisté d'une équipe au féminin.

      L'intrigue :

Le procureur est un beau personnage : un aristocrate déchu (on le surnomme Le petit comte), un amateur de jolies femmes, de chocolat, de whisky ... et de musique qui voit dans les opéras l'explication des crimes et des passions.
[...] Nul n'échappe pas à son destin. Manrico Leopoldo Costante Severo Fruttuoso Spinori della Rocca des comtes d'Albis et Santa Gioconda... allez tenter de vivre avec un nom aussi encombrant.
[...] Son credo était implacable: il n'existe pas d'expérience humaine - crime compris - qui n'ait pas déjà été racontée dans un opéra lyrique. Il suffit de trouver lequel. Et remettre le mélodrame de la réalité au centre de la scène. L'opéra de référence pour la mort de Mario Brans pouvait-il donc être le Don Giovanni ? Et si c'était le cas, y avait-il un Commandeur ?
Le procureur Manrico mène l'enquête sur la mort d'une vedette de la télé, façon StarAcc, accompagné par une équipe de fliquettes, façon Charlie et ses drôles de dames.
Mais si cette fine équipe est affutée, l'enquête tourne bientôt en rond ...
[...] L'enquête ne menait nulle part. Ils avaient mis la main sur une bande d'individus avides et mesquins mais ils ne pouvaient encore accuser aucun d'entre eux d'être un assassin. Ça se passait plutôt mal.
[...] - Je ne suis pas sûr d'aller à l'audience.
- Là tu es fatigué. Mais tu changeras d'avis.
-Je ne suis pas sûr qu'il soit coupable.
- Nous sommes tous coupables et tôt ou tard nous paierons tous pour quelque chose.
C'est Verdi qui délivrera finalement la clé du mystère avec son Rigoletto quand il déclare : Il est le crime. Je suis le châtiment. Mais dans cette affaire, qui donc tient le rôle du châtiment ?

      On aime moins :

 Les amateurs d'intrigues policières alambiquées seront peut-être déçus : le roman se savoure plutôt comme le chocolat dont est friand le procureur, une douceur qui fond tout simplement dans la bouche.
Ce premier carré de chocolat est trop vite dégusté, il faudra y revenir !

Pour celles et ceux qui aiment l'opéra.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio (livre lu grâce à Babelio - Masse Critique).

jeudi 16 mars 2023

Mollesse (Franck Mignot)

[...] Ce qui m’arrivait était grave.

    L'auteur, le livre (144 pages, 2023) :

Il faut oser pour, comme Franck Mignot, sortir un premier roman intitulé Mollesse où le médiocre et la lâcheté le disputent à la banalité et à l'affligeante désolation, rien que ça.
Franck Mignot est jurassien et vit en Bretagne, mais cela n'explique pas tout. Il est psychologue aussi, ça c'est peut-être une piste.
On pense beaucoup à un autre auteur français, Yves Ravey : même région d'origine, même petit format des bouquins et humour grinçant pour mettre en quelques pages la folie ordinaire.

    On aime bien :

❤️ L'amertume du ton désabusé employé pour décrire la médiocrité (et la mollesse donc) d'une vie banale et ordinaire.

      Le contexte :

La vie ordinaire de parisiens exilés en Bretagne. L'histoire d'un adultère qui tourne mal, très mal.
Autant dire que la classe moyenne de province en général et les hommes en particulier ne ressortent pas grandis de ce petit bouquin amer et grinçant. Dérangeant.

      L'intrigue :

L'anti-héros coule une vie monotone et ordinaire entre un chien, quelques enfants et une femme qu'il ne touche plus depuis longtemps.
[...] Les disputes sont comme les rapports sexuels : sans raison ni motif, sans réelle fin, sans commencement. Elle et moi n’avions jamais fait l’amour après une dispute. Jamais. Et ça n’arriverait jamais. Jamais. On ne se disputait pas pour pouvoir faire l’amour. Nous ne faisions plus l’amour.
Sa principale distraction, si l'on peut dire, c'est le moment des parents à la sortie de l'école.
[...] Je regardais les hommes et les femmes qui accompagnaient leurs enfants comme autant d’hommes frustrés et de femmes insatisfaites qui se lorgnaient l’air de rien.
[...] Je tournais en rond sur ma frustration en parlant de celle des autres.
Jusqu'au jour où il croise une nouvelle maman qui semble bien seule, elle aussi.
Et bien sûr il arrive ce qui devait arriver.
[...] Je sentais dans le fond du fond ce qui m’animait. J’avais envie de la baiser. C’est tout.
[...] Ce qui m’arrivait était grave. J’étais tombé dans un traquenard, un piège, et rien ne me disait que j’allais en sortir.
[...] Aujourd’hui, même si ce n’est pas agréable, je vais raconter cette histoire jusqu’au bout.
Un auteur à suivre de près ...

Pour celles et ceux qui aiment les couples ordinaires.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

Le baiser (Sophie Brocas)

[...] Cette race de femmes qui finiront mal puisqu'elles pensent trop.

      L'auteure, le livre (306 pages, 2019) :

Un imbroglio juridique (histoire vraie) à propos d'une sculpture de Brancusi, Le baiser, qui orne une tombe du cimetière Montparnasse ?
[...] Franchement, dans toute ma carrière, je n'ai jamais vu personne vouloir récupérer la sculpture d'une tombe. Je ne sais vraiment pas quoi en penser.
Il n'en fallait pas plus pour nous embarquer dans le bouquin de Sophie Brocas qui, entre deux romans, est ... préfète ! 
D'autant que l'histoire nous promet de faire revivre la grande, la belle époque du quartier Montparnasse au début du XX° quand s'y retrouvaient artistes et exilé(e)s russes.

      On aime un peu :

❤️ (Re-)découvrir l'exilé roumain Brancusi, un sculpteur mieux apprécié outre-Atlantique qu'en France, son pays d'accueil pourtant, et apprendre tout plein de choses sur l'art et le droit.

      Le contexte :

De nos jours, quelqu'un veut récupérer la sculpture de Brancusi qui orne une tombe du cimetière Montparnasse (une histoire vraie qui sert de prétexte au roman), la sépulture d'une jeune exilée russe qui, en 1910, fuyait la Russie du czar et qui aurait été la maîtresse du sculpteur.

      L'intrigue :

Le roman est double et alterne les chapitres entre l'histoire d'une avocate qui prend en main cette étrange affaire de sculpture funéraire et le journal intime de l'exilée russe qui arrive à Paris en 1910 au moment de la grande crue de la Seine.
Tatiana était une jeune fille de bonne famille aristocratique mais qui rêvait de liberté et d'indépendance.
Camille est une executive woman, avocate moderne, qui se prend de passion pour la sculpture et la mystérieuse jeune femme enterrée à Montparnasse.
[...] À la Sorbonne comme à la faculté de médecine, les étrangères sont les plus nombreuses. Beaucoup de Russes, de Roumaines, souvent riches ou nobles. Je m'en suis étonnée l'autre jour auprès de mon amie Vera. Pour elle, à coup sûr, ce sont les mesures antijuives adoptées par le czar et le numerus clausus des universités russes qui auraient poussé tant de jeunes aristocrates à se réfugier ici.
[...] Je veux être libre comme un homme, aller où bon me semble comme un homme, apprendre comme un homme, travailler comme un homme. Vous ne me réduirez pas à une femme que l'on vend. Jamais !
À Montparnasse, Tatiana aura eu la chance non seulement d'être la muse de Brancusi mais aussi de croiser Man Ray, Erick Satie, le Douanier Rousseau, Soutine ou Modigliani, ... excusez du peu !
On apprendra aussi qu'en 1927, un surprenant procès oppose Brancusi aux autorités des États-Unis à propos de droits de douane concernant une œuvre d'art ... ou pas une œuvre d'art ?
[...] Le procès historique de l'art. Brancusi contre États-Unis. Ça a de la gueule ! songea Camille. Et cela acheva de la séduire. Que Brancusi, simple paysan des Carpates, ait défié la loi américaine au nom de l'art l'enthousiasma. C'était en 1927. Brancusi préparait une exposition à la galerie Brummer de New York. [...] Le 26 novembre 1928, le verdict tomba. Le juge américain reconnaissait qu'une école d'art dite « moderne » s'était développée, dont les tenants tentaient de représenter des idées abstraites plutôt que d'imiter des objets naturels.
Il existe même une BD sur ce procès ubuesque, un album de Arnaud Nebbache.

      On aime moins :

Le ton un peu naïf donné au journal intime de l'exilée russe qui découvre la vie, dans un style young-adult sans doute pour faire "époque", et quelques longueurs qui font même que l'on délaisse peu à peu ce journal pour s'intéresser plutôt aux démêlés artistico-juridiques contemporains de Camille. 

Pour celles et ceux qui aiment la Belle Époque, la sculpture et les artistes.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.

dimanche 12 mars 2023

Le droit du sol (Etienne Davodeau)


[...] Tout ça est peut-être une idée à la con.

    L'auteur, l'album (210 pages, 2021) :

Etienne Davodeau est un peu notre dessinateur fétiche et l'on ne pouvait manquer son dernier album : Le droit du sol, un journal de voyage où il raconte et dessine son périple (à pied) depuis la grotte préhistorique de Pech Merle dans le Lot jusqu'au site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure dans la Meuse.

    On aime beaucoup :

❤️ L'humilité de l'auteur, dans ses dessins comme dans ses textes, sa modestie, son autodérision, tout ce qui cache son humanité, sa généreuse culture et son engagement.
Son talent de scénariste et dessinateur.

      Le contexte :

Le voyage de Davodeau est le prétexte à quelques rencontres et à de nombreuses réflexions sur l'espèce Homo Sapiens. 
Une sorte de chemin de Compostelle à rebours ...
[...] Les pèlerins qui descendent vers Saint-Jacques-de-Compostelle. [...] Que cherchent-ils sur ce chemin ? Pourquoi marche-t-on ? Sans doute est-il important de ne pas tenter de répondre à ces questions. 
Les Sapiens du Paléolithique (dessinateurs eux aussi) ont laissé dans la grotte un magnifique héritage rupestre à leurs descendants. 
Au fond du site de Bure, que vont léguer les Sapiens du XXI° siècle à leur descendance ?
Les curieux d'images animées pourront jeter un œil sur le premier épisode (le reste de la série n'est guère intéressant) de la série suédoise White Wall (le vrai site se trouve à Forsmark au nord de Stockholm) ; cela donne un aperçu de ces fameux sites d'enfouissement (et de leurs enjeux économiques).

      La BD :

Quelle idée saugrenue de dessiner un album à partir d'une marche depuis une grotte préhistorique jusqu'à la ZAD de Bure !! ??
[...] Et je me dis surtout que tout ça est peut-être une idée à la con.
Mais c'est compter sans les talents de dessinateur et de scénariste de l'auteur qui réussit là un de ses meilleurs albums et une histoire passionnante, oui.
L'astuce de Davodeau consiste à "convoquer" dans ses dessins, tout au long de sa randonnée, des professeurs, des chercheurs, qu'il a réellement rencontrés mais avant ou après son voyage : ces accompagnateurs virtuels sont l'occasion d'éclairer le chemin, un peu sur les Sapiens du Paléolithique mais surtout sur ce qui se prépare à Bure sous haute tension policière.
On remarquera entre autres le personnage édifiant de Bernard Laponche, ancien syndicaliste CFDT (vous avez dit syndicat ?) du CEA.
[...] Ce récit , au fond, c'est une tentative d'évoquer notre absolue dépendance à cette planète et à son sol.

Pour celles et ceux qui aiment réfléchir en marchant.
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