[...] Qui que vous soyez, entrez donc.
Dans le comté de Mayo où il a grandit, l'irlandais Colin Barrett pose un regard bienveillant sur l'humanité de ses compatriotes, et nous livre un recueil de nouvelles d'une remarquable unité de ton, très rural, très social.
- Quelques belles nouvelles venues de l'ouest de l'Irlande
- Une remarquable unité de ton, très rural, très social
- Un regard bienveillant sur l'humanité des personnages
- Une nouvelle plume montante de la littérature irlandaise
L'auteur, le livre (250 pages, mai 2026, 2021 en VO) :
Colin Barrett est l'une des voix montantes de la littérature irlandaise. Deux de ses ouvrages ont déjà eu pas mal d'échos (Jeunes loups, des nouvelles publiées en VF en 2016 et Fils prodigues, son premier roman sorti l'an passé), mais on va faire sa connaissance avec son recueil de nouvelles récemment traduit : Le mal du pays.
La traduction de l'anglais (Irlande) est signée par Zacharie Boissau et Charles Bonnot.
Le pitch et les personnages :
Une fusillade sans réelle gravité, deux orphelins sous la garde de leur frère aîné (il sera souvent question de fratrie), une scène de bar avec les frères Alpes, une autre scène de bar (il y en aura plusieurs, on est en Irlande ! ), un anniversaire, une réception après des obsèques, ...
Dans la fusillade il y aura un blessé, moitié par accident, moitié par bêtise, un « de ces petits escrocs prolifiques et irrémédiablement minables qui possédaient un authentique instinct criminel mais aucun talent pour la chose ». Quant aux frères Alpes accoudés au bar, « ils faisaient la peinture, l’électricité, le carrelage, mais leur domaine d’expertise restait de remuer la terre : creuser des trous, reboucher des trous. Des trous de circonférences et de profondeurs diverses. Les trous, c’était leur truc ».
Et quand la vie d'Eileen croise celle de Murt c'est parce qu'ils se sont rencontrés « quand la bande de filles avec qui traînait Eileen était tombée sur la bande de gars avec qui traînait Murt ».
♥ On aime :
➔ Colin Barrett a grandi dans le comté de Mayo dans l'ouest de l'Irlande. On n'est pas très loin à l'ouest de chez nous, mais certaines nouvelles sentent presque le Far West. C'est du rural et du social.
Si les histoires n'ont pas pas de véritable lien entre elles, la remarquable unité de ton fait que l'on passe d'un groupe de personnages à un autre, en ayant l'impression de s'inviter de maison en maison, de frapper à la porte de chacun de nos voisins même s'il n'est pas vraiment besoin de toquer puisque l'une des nouvelles s'intitule très justement : « qui que vous soyez, entrez donc ».
➔ Dans l'Irlande de Barrett, les gars ont « cette hygiène de vie sans vergogne », ils ont vieilli prématurément, mangent trop de repas à emporter, dorment mal et ne passent « pas un week-end sans descendre des fûts entiers de Guinness ».
Quant aux quelques rares filles, elles sont « de celles qui, malgré leur beauté, se maquillent à la truelle ».
Les nouvelles de Colin Barrett racontent crûment mais sans aucun misérabilisme, des familles éclatées, des existences au bord de la rupture, des hommes comme perdus entre deux eaux, celle de l'océan, celle des rivières, mais « à qui il ne serait jamais venu à l’idée de partir vivre ailleurs ».
Des hommes pas toujours à l'aise avec les femmes, « le style d’hommes à aller à pied au supermarché, faire les courses pour sa maman, tous les jours religieusement pendant des années, jusqu’à ce que l’un des deux casse sa pipe ».
➔ Dans une interview à Libé, l'auteur explique l'importance du concept de limite dans le comté de Mayo : on y est à la limite de l'océan, à la limite de l'Irlande et même de l'Europe. Cette idée d'un monde arrivé au bout, un peu en panne, vient nourrir ses écrits.
Ce ne sont pas des nouvelles qu'on appelle "à chute" mais plutôt de celles qui se terminent en ellipse, comme suspendues. Des fragments volés, des moments de vie comme on dit. L'écriture épurée est presque parfaite, soigneusement travaillée sans que cela paraisse, mais il n'y a là ni message, ni morale, seul compte le regard bienveillant de Colin Barrett posé sur ses compatriotes, très attentif à leur humanité. C'est peut-être pourquoi il m'a manqué un petit quelque chose, comme un courant de force qui aurait traversé ces nouvelles, pour m'attacher définitivement dans ce comté de Mayo, au nord de Galway.
Pour celles et ceux qui aiment les vrais gens.
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Livre lu grâce aux éditions Payot/Rivages (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.