[...] Un autre garçon a disparu.
Un polar allemand apparemment horrifique qui s'avère finalement une lecture bien savoureuse !
L'auteur, le livre (336 pages, mars 2025, 2024 en VO) :
On a trop rarement l'occasion de découvrir des polars allemands pour laisser passer cette histoire à faire peur de Ivar Leon Menger : Dans la forêt du croque-mitaine.L'auteur (né en 1973) est également scénariste et réalisateur et signe là une histoire d'enfants disparus qui peut faire penser à celle, lu récemment, de sa compatriote Vera Buck et ses enfants-loups.
La traduction de l'allemand est signée Justine Coquel.
Le canevas :
Nous voici à Katzenbrunn, un village perdu en Forêt Noire, "comme si ce lieu ne figurait sur aucune carte", en lisière de la forêt d'Odenwald, ombreuse et inquiétante : "Katzenbrunn, ça veut dire fontaine aux chats". Sur la place du village, "la sculpture en bronze représente un gigantesque sac de farine dont s’échappent sept chatons en panique. De l’eau jaillit de leurs gueules hurlantes".
Le village est réputé pour son asile psychiatrique, "la clinique Waldfrieden", le "Palais noir", et son centre de cure pour alcooliques : "heureusement que les fous de l’asile qui fait la célébrité de Katzenbrunn ne circulent pas librement".
Voilà pour le décor ! Ça va ? Vous êtes toujours là ou bien déjà cachés sous la couette ?!
Dans les années 70, quelques enfants ont disparu : enlevés par celui que la presse avait surnommé le croque-mitaine mais que la police n'avait jamais attrapé.
Nous sommes maintenant en 1986, l'année du nuage radioactif de Tchernobyl, quand "une pluie radioactive accompagne le vent d’est".
Hans Stahl, commandant de police à la retraite, toujours tourmenté par cette affaire, revient au village après une nouvelle disparition d'enfant, celle de Nikolaus Kämmerer 13 ans : "voilà que c’était de nouveau arrivé, dix ans après. Le croque-mitaine est de retour. Un autre garçon a disparu".
Les personnages :
Il y a là le commandant Hans Jörg Stahl, soixante-douze ans, policier à la retraite qui va avoir bien du mal à déterrer les secrets des habitants du village qui semblent eux-mêmes échappés de l'asile de fous.
Il y a là Hildegard Kord qui passe son temps à brosser ses longs cheveux. C'est la mère du photographe récemment décédé - il s'est pendu.
Il y a là Annegret Bergmann, infirmière de la clinique psy, dont le mari, un représentant de commerce souvent absent, bricole mystérieusement dans la cave.
Le docteur Krumbiegl, le chef de la clinique psy, qui semble avoir des pratiques peu orthodoxes avec ses patientes.
Et puis Gisela et Günther Kulka, un jeune couple qui souhaite s'installer au village. Non mais, quelle idée !
Même le pasteur Kaltbach n'est pas clair : "ne devait-on pas d’abord pécher pour obtenir le pardon ?".
La plus 'normale' semble être Gerlinde Elmenreich, surnommée Geli, l'aubergiste qui est très attirée par notre commandant Stahl.
Ouf ![...] Il n’y a pas d’enfants à Katzenbrunn. Ce n’est pas un village, mais un cimetière peuplé d’une trentaine de morts-vivants. Les pluies radioactives n’y changeront plus rien.
[...] — Un enfant ? À Katzenbrunn ? Quel âge ?— Dix, onze ans.
Stahl se redresse.
— Je pensais qu’il n’y avait plus d’enfants ici. Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompé ?
♥ On aime beaucoup :
➔ Avouons qu'au début, on est un peu surpris par cette véritable histoire de fous. Ivar Leon Menger en fait vraiment des tonnes : l'asile, le village perdu, les caves, la forêt, les disparitions d'enfants, on se croirait dans un film d'horreur, n'en jetez plus !
Mais c'est plutôt très bien écrit, alors on continue, surtout qu'il y a ce sympathique commandant à la retraite, une sorte de Colombo germanique (il roule en 404 Peugeot !) et sa gentillette romance avec l'aubergiste.
➔ Le lecteur passe d'un personnage à un autre, chaque chapitre apportant un point de vue différent sur les péripéties de l'intrigue. Jusqu'à mi-parcours où l'auteur fait enfin tomber les masques : ça y'est on a compris, il nous a mené par le bout du nez ! (même si, à la réflexion, on réalise qu'il avait semé de nombreux indices sur notre chemin).
Mais c'est plutôt très bien écrit, alors on continue, surtout qu'il y a ce sympathique commandant à la retraite, une sorte de Colombo germanique (il roule en 404 Peugeot !) et sa gentillette romance avec l'aubergiste.
➔ Le lecteur passe d'un personnage à un autre, chaque chapitre apportant un point de vue différent sur les péripéties de l'intrigue. Jusqu'à mi-parcours où l'auteur fait enfin tomber les masques : ça y'est on a compris, il nous a mené par le bout du nez ! (même si, à la réflexion, on réalise qu'il avait semé de nombreux indices sur notre chemin).
Mais le lecteur n'est pas pour autant au bout de ses peines car tout va se compliquer inexorablement : Ivar Leon Menger a construit une mécanique infernale dont les rouages sont actionnés par les habitants du village, tous plus givrés les uns que les autres ! "Incroyable. Tous les habitants de Katzenbrunn semblent vraiment avoir un grain. Sauf Geli, bien sûr".
➔ Cette histoire qui semblait horrifique s'avère finalement une lecture bien réjouissante car à chaque page, on ressent tout le plaisir que Ivar Leon Menger a pris à l'écrire.