[...] Les Indiens sont sur le sentier de la guerre.
Avec ce néo-western très sombre, voire désespéré, l'écrivain globe trotter nous emmène cette fois chez les indiens des plaines, sur qui plane toujours l'ombre des massacres de la colonisation de l'Ouest.
- un néo-western chez les indiens des plaines
- une histoire violente de trafic d'êtres humains et de règlement de comptes
- sur fond des massacres qui ont ensanglanté la conquête de l'Ouest
- mais un récit empreint de la poésie et de la sagesse indiennes.
L'auteur, le livre (432 pages, 13 août 2026) :
Voici ma première lecture de cette rentrée littéraire 2026 : un roman noir de Caryl Férey, l'un de nos écrivains-voyageurs préférés, qui nous emmène chez les indiens des plaines, ceux des tribus Lakota.
Le (néo-)western est décidément très à la mode en ce moment et nous voici partis pour le Montana, le Wyoming et le Dakota.
Le pitch et les personnages :
Winona est une métisse au teint clair : elle s'occupe des enfants déshérités des mauvais quartiers de Minneapolis. Son frère, Duane, est un as du rodéo.
Le récit polyphonique alterne les voix de la soeur et du frère.
Les réserves indiennes ressemblent à des villages de zombis bouffés par la drogue et il semble qu'on soit fasse à une série de disparitions, une véritable « épidémie de disparitions dans le Grand Ouest ».
Ces enlèvements de femmes, d'indiennes, la police blanche s'en fiche éperdument et il ne faut pas compter sur les autorités tribales, bien trop corrompues.
« — Des femmes disparaissent depuis des mois, toutes indiennes, dit Two Bears d’une voix moins avenante. Et trop nombreuses pour que ce soit l’œuvre d’un tueur en série. On pense plutôt à des enlèvements, organisés à grande échelle.Au moins une centaine depuis un an, sans doute beaucoup plus. Et la police de Rapid City ne fait rien. »
Le père de Winona et de Duane était sans doute sur la piste des ravisseurs, des trafiquants de chair humaine : visiblement on l'a tué pour ça.
Winona et Duane vont reprendre le sentier de la guerre, aidés par quelques activistes de NDN (pour indian), pour faire la lumière sur la mort de leur père et ces disparitions trop nombreuses.
À leurs côtés ils pourront compter également sur « Shane White Eagle ; c’est un hotamitano, un soldat-chien de la nation cheyenne, une société de guerriers emblématiques qui n’a pas tout à fait disparu ».
♥ On aime :
➔ Caryl Férey, on le suit depuis longtemps et on sait que c'est un bavard. Dès ses premiers thrillers très politiques (Zulu, Paz, ...), il en faisait déjà un petit peu trop. Depuis quelques temps, le voici passé du côté du roman noir, très ethnique, très engagé dans la protection écologique des minorités opprimées et de la nature exploitée (ou l'inverse, ça marche aussi), mais son verbe reste tout aussi prolixe.
Après la réserve du Kavango, après les baleines de Grindadráp, le sort des indiens nord-américains ne pouvait pas le laisser insensible et dans son nouveau roman, il exprime toute son indignation et déploie une profonde empathie envers les peuples opprimés.
➔ Ses digressions sur ce génocide nous emmèneront des Sioux de Wounded Knee jusqu'aux Cheyennes de Sand Creek (tiens, Patrick Prugne nous en parlait il y a peu) et c'est un véritable défilé de tous les massacres qui ont jalonné la colonisation sanglante de l'ouest américain.
Le parti pris est clairement assumé et si les portraits indiens sont richement fouillés, les méchants cow-boys sont plutôt des caricatures d'affreux trumpistes bas du front.
Caryl Férey ne cache pas sa sympathie pour la culture et la sagesse indiennes, et son récit, empreint de chamanisme, m'a beaucoup rappelé certains accents d'un auteur découvert il y a quelques années : Joseph Boyden, une plume très forte qui nous avait emmenés chez les indiens crees.
➔ Même si j'ai trouvé ce récit un peu bavard, un peu long, il finit par s'en dégager une certaine poésie, pétrie de chamanisme et sagesse indienne, ponctuée par ce leitmotiv qui revient régulièrement :
« [...] Des petits rubans flottent, aux couleurs des quatre directions d’un monde en poussière.[...] Des rubans colorés sont accrochées aux arbustes, symboles des quatre directions du monde. »
Une légende indienne évoque la septième génération d'entre eux, celle qui arrive aujourd'hui à l'âge adulte, « celle qui, d’après l’ancien oracle, verra la fin du monde des Blancs … ».
Au vu de ce qui se passe aujourd'hui dans notre monde, j'avoue hésiter un peu avant d'affirmer haut et fort que je ne crois pas à cet oracle.
➔ Et puis à mi-parcours, comme dans tout bon roman noir, on se dit que ça y'est, enfin, tout a été mis en place pour que ça parte en vrille et que ça finisse vraiment très mal.
« [...] Les chants lakota commencent et c’est comme si la terre se mettait à trembler sous les sabots d’une harde de bisons ; ils ne sont que trois hommes à élever la voix, avec tambours et sifflet, mais ils semblent être trois cents.[...] Ehawee observe la scène qui se déroule devant la maison, impassible.— On dirait bien que les Indiens sont sur le sentier de la guerre, dit-elle, les mains sagement croisées sur son châle.— On dirait, j’opine.— On va encore perdre.— Ça nous arrive souvent, hum. »
Alors oui, c'est parti pour un final violent et sanglant à la Ok Corral, un véritable règlement de comptes transgénérationnel, comme dans « un western de pacotille ».
Un roman noir bien sombre même si Caryl Férey essaie timidement de nous convaincre que « les Lakota sont connus pour leur sens de l’humour qui préserve du désespoir ».
Pour celles et ceux qui aiment les indiens et pas trop les cow-boys.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Gallimard (SP).
Ma chronique dans les revues Benzine et ActuaLitté.