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lundi 2 février 2026

La proie (Yrsa Sigurdardottir)

[...]  Le mystère reste entier.


Sur le plus grand glacier d'Islande, une randonnée tourne mal. Vraiment mal. Ni les sauveteurs, ni le lecteur, ne sont au bout de leurs surprises avec ce thriller à énigmes glacé.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteure, le livre (320 pages, février 2026, 2020 en VO) :

Yrsa Sigurðardóttir est une auteure islandaise qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme Lilja Sigurðardóttir. Toutes deux filles de papas Sigurður.
S'agit pas de se tromper devant le rayon polars nordiques de la librairie !
Lilja on l'avait aperçue, sans s'y attarder, avec Piégée (chez Métailié), un thriller qui ne venait pas bouleverser le paysage islandais.
Aujourd'hui, on découvre donc Yrsa avec La proie paru chez Actes Sud.

Le pitch et les personnages :

Dans un polar islandais, on sait bien qu'il vaut mieux ne pas s'embarquer dans une randonnée au pied du gigantesque glacier Vatnajökull : ça finit forcément très mal.
Une semaine après la disparition des randonneurs, les secours sont sur place et sondent la neige.
L'une des femmes est bientôt retrouvée gelée ... à moitié nue.
« C’est sans aucun doute une des femmes du groupe qu’on recherche. Les vêtements qu’on a trouvés dans le chalet sont probablement les siens. Quant à savoir pourquoi elle s’est déshabillée avant de sortir dans la neige, le mystère reste entier. »
L'amateur de polars islandais imagine un cas de « déshabillage paradoxal » quand en plein blizzard glacé, une victime d'hypothermie enlève soudain tous ses vêtements chauds.
La rando a mal tourné, ça d'accord on s'en doutait, mais que s'est-il réellement passé ?
Le livre va alterner les chapitres entre les recherches des sauveteurs qui vont de surprise en surprise (mauvaises, les surprises, hein) et une semaine plus tôt, l'équipée des randonneurs imprudents.
« Mon Dieu ! J’espère quand même qu’il ne reste plus de cadavres là-haut ! »
« On ne comptait plus le nombre de disparus qu’on n’avait jamais retrouvés dans ces hautes terres. »
Dans le même temps, deux frères se découvrent bien tardivement une petite soeur, Salvör, morte mystérieusement quand ils étaient petits, une soeur totalement effacée de leur histoire familiale - les parents n'en parlaient jamais, les photos ont été retirées des albums. Là aussi, que s'est-il passé, qu'est-il arrivé à Salvör ?  
L'un des frères travaille à la « station radar de Stokksnes », abandonnée par les américains et reprise par l'Otan. C'est tout près du glacier fatal aux randonneurs et le gars commence à avoir des sortes d'hallucinations et entend un chat gratter à la porte ...
« - J’ai cru entendre une femme dans la cuisine. Ça m’a fait un choc quand j’ai vu qu’il n’y avait personne. Je sais, c’est n’importe quoi. Peut-être que je n’arrive pas à m’habituer au silence. Peut-être que j’invente des bruits pour compenser. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. »
Non loin de la station, l'une des femmes de l'équipe de sauvetage commence à entendre des voix ...
L'amateur de polars islandais sait bien que « l’hypothermie peut entraîner un état de confusion, c’est bien connu. On réagit de manière inappropriée dans ces cas-là »
Mais quel peut bien être le rapport entre l'histoire familiale d'une petite soeur trop tôt disparue et la randonnée catastrophique dans le blizzard ?

♥ On aime :

 Ah les fameuses disparitions dans les polars islandais ! Comment se fait-il que tous ces écrivains soient obsédés par ces histoires ? Peu importe finalement, du moment que le lecteur y trouve son compte ! Et dans ce bouquin de Yrsa Sigurðardóttir, on est vraiment gâté !
« Chaque fois qu’elle entendait parler de chasseurs de perdrix, de conducteurs de motoneige ou de randonneurs égarés, la vieille femme murmurait : “Mais qu’est -ce qu’ils ont dans la tête, ces gens-là ? Pourquoi ils ne restent pas tout bonnement chez eux ?” Ces propos sonnaient particulièrement juste en cet instant. »
 Ce roman rappelle beaucoup le thriller psychologique Sarek du suédois Ulf Kvensler. La géographie de ces grands espaces naturels et sauvages n'est pas exactement la même, mais dans les deux cas on tient une rando périlleuse qui tourne mal, sans qu'on sache exactement pourquoi, des secours tardifs qui vont découvrir peu à peu le fin mot de l'énigme, et surtout le froid qui s'infiltre jusqu'en nous, pauvre lecteur manipulé par un écrivain diabolique, ...
L'islandaise rajoute ici ses propres assaisonnements à la recette avec quelques disparitions mystérieuses et quelques hallucinations. Le fantôme de la petite Salvör est-il le seul à roder dans la neige ?
Le lecteur frigorifié, halluciné, manipulé, ... devra attendre les toutes dernières pages pour que Yrsa Sigurðardóttir veuille bien lui dévoiler toutes les clés et lui expliquer d'où vient le chat. 
Un vrai trousseau car elles sont nombreuses, ces clés, pour relier tous ces mystères entre eux !

Pour celles et ceux qui aiment la randonnée.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Actes Sud (SP).
Ma chronique dans les revues BenzineCulturAdvisor et ActuaLitté.  

vendredi 4 juillet 2025

Sarek (Ulf Kvensler)


[...] Quel enfer, cette putain de montagne !

Dans ce thriller psychologique, on sait dès le début que cette stupide randonnée dans un parc national de Suède va très mal finir. Mais bon public, on écoute Anna nous raconter comment tout cela s'est (mal) goupillé et comment les catastrophes sont arrivées l'une après l'autre.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (504 pages, 2023, 2023 en VO) :

Le suédois Ulf Kvensler vient du monde des séries télé et s'est lancé dans l'écriture de thrillers psychologiques.
On avait commencé par son second roman, Au nom du père, qu'on n'avait pas trop aimé.
On lui laisse aujourd'hui une seconde chance avec son premier bouquin : Sarek, du nom d'un massif montagneux du nord de la Suède.
Un bouquin qui devrait être conseillé comme lecture salutaire par temps de canicule puisque le Sarek semble nous dire : « Bienvenus ici. Mais attendez-vous à avoir froid comme vous n’avez jamais eu froid. »
La traduction est signée Rémi Cassaigne.

Le canevas et les personnages :

Trois amis de la bonne et chic société suédoise (des avocats, ...) décident de partir en rando dans le parc national du Sarek, là-haut, tout au nord de la Suède, près de la Norvège.
Le couple d'Henrik et Anna bat un peu de l'aile. Et au dernier moment Milena, l'amie de Anna, invite une pièce rapportée, Jacob, son nouveau petit ami. Finalement tous quatre prennent leurs sacs à dos et partent pour le Norrland.
Dès le début, on sait que la rando va très mal se terminer parce que le récit est construit sur des flash-back au rythme de chapitres qui alternent l'après et l'avant. 
Après, c'est la police qui interroge Anna que les secours viennent de retrouver, salement amochée, au retour de cette rando catastrophique. Que s'est-il passé ? Que sont devenus les trois autres ?
Avant, c'est Anna qui revient sur ces événements pour raconter comment tout cela s'est organisé et faire part de ses doutes quant à la trouble personnalité de ce fameux Jacob qui semble tout avoir du pervers narcissique.
« [...] De nouveaux sommets. Et derrière, encore d’autres montagnes. Le Sarek était si terriblement vaste, et si terriblement silencieux. Terrible, au sens propre : qui inspire la terreur. Et nous allions continuer à nous enfoncer dans ces terres sauvages. »

On aime un peu :

 Ces thrillers psychologiques fonctionnent souvent de la même façon : on a envie de hurler au personnage principal, mais bon sang, arrête ! fais demi-tour ! tu vois pas où ça va te mener ? laisse tomber ! 
Et puis bientôt - assez vite en fait ! - on a envie de lui filer des baffes tellement son entêtement, son aveuglement nous fait criser.
Mais voilà on est bon public alors on la suit, cette Anna, sur les chemins dangereux du Sarek et on accuse le coup à chaque erreur commise : « C’était une mauvaise décision, nous aurions dû tout de suite redescendre ensemble. Mais il est facile d’avoir raison après coup. »
Jusqu'à ce qu'un refrain lancinant vienne bientôt scander chaque nouvelle catastrophe : « Quel enfer, cette putain de montagne ! ».
 Alors oui, il est question de grands espaces naturels et sauvages mais c'est pas de la grande littérature et on n'est assez loin de ce qu'auraient pu nous donner un Ian Manook, un Olivier Norek ou même un Franck Thilliez pour ne citer que des lectures récentes dans la neige. 
Mais ça marche quand même, il faut bien le reconnaître et l'on suit cette stupide équipée, on se laisse prendre, pour bientôt tourner les pages de plus en plus vite et savoir enfin ce que nous a réservé le suédois.
Et on ne sera pas déçus : ils sont partis tous les quatre ... mais est-ce que l'énigmatique Jacob était vraiment le plus dangereux de toute l'équipe ?
Finalement ce premier roman nous aura paru plus abouti que le suivant (Au nom du père), avec quelques degrés en moins dans le "too much". 
Et puis la neige, la pluie, le vent, la glace, c'est rafraîchissant !

Pour celles et ceux qui aiment la rando.
D’autres avis sur Babelio et Bibliosurf.
Ma chronique dans le revue Actualitté.

mardi 22 avril 2025

Débâcle (Ian Manook)


[...] Ni camarades ni chamanes.

Ian Manook est de retour en Asie centrale avec cette équipée sauvage au fin fond de la Sibérie. Un véritable récit d'aventures en compagnie d'une petite troupe bigarrée de personnages singuliers et attachants.

❤️❤️❤️🤍🤍

L'auteur, le livre (373 pages, mars 2025) :

Ian Manook : revoici notre écrivain globe-trotter préféré, c'est celui qui, il y a dix ans, avait signé Yeruldelgger dans les steppes mongoles et qui relançait le genre dit du polar ethnique.
Ian Manook c'est l'un des nombreux pseudos de Patrick Manoukian, journaliste au look de Commandant Cousteau (il écrit notamment sous le nom de Roy Braverman pour des trucs plus américains).
Après quelques escapades en Islande (avec le Krummavisur notamment), Ian Manook est de retour en Asie centrale avec cette Débâcle.

Une Débâcle qui sera peut-être bien l'occasion de (re)découvrir un autre récit qui semble sorti du même tonneau mais qui était un peu passé en-dessous de nos radars : Ravage
C'était en 2023 chez Paulsen également et ça se passait au Canada.

Le canevas :

Mais revenons en Russie pour ce noël 1991 : le Soviet Suprême dissout l'Union Soviétique. Les différentes républiques gagnent leur indépendance mais c'est le chaos qui règne à l'heure de la débâcle de l'empire.
Au milieu du chaos, de la confusion et de l'incertitude, Piotr, un ancien agent kagébiste, se voit confier une mission dans les profondeurs de la Sibérie, à Oïmiakon, pour « effacer les traces » (autrement dit : le dernier témoin) d'une ancienne déportation au goulag, celle de Boris Poliakov.
[...] - Oïmiakon ?
- Sibérie. Cinq mille kilomètres à l’est de Moscou, sept cent cinquante kilomètres au nord de Iakoutsk, aux portes du cercle polaire. Le cul-de-basse-fosse de l’empire. Moins soixante-sept degrés les mauvais jours d’hiver, trente-cinq en été, et sous un mètre de neige deux cents jours par an. 
Piotr va donc atterrir au fin fond de nulle part, un trou perdu à des milliers de kilomètres de tout, en pleine débâcle, mais cette fois c'est bien celle des fleuves glacés qui se dégèlent et inondent tout.
Avec quelques âmes perdues, dont une jeune femme qui va lui servir de guide, il part plus encore vers le nord, à la recherche de celui qu'on lui a désigné comme cible.
Et nous voici partis pour une équipée sauvage à travers les plaines glacées de Sibérie.
Pourquoi Piotr ? Pourquoi Boris ? ... Manook et la taïga nous réservent évidemment quelques surprises.

Les personnages :

Il y a donc là Piotr chargé d'éliminer le zek dénommé Boris Poliakov, sur l'ordre d'un mystérieux et dangereux Vladimir Platov que l'on ne rencontrera pas (vaut mieux pas) mais dont l'ombre plane sur la forêt. 
En Sibérie, Piotr fera la rencontre de l'inoubliable Liouba. Elle n'est âgée que de quinze ans. Enfin, quinze ans et trois ours pour être précis. Avec ce personnage, Manook a déniché une pépite dans le permafrost et c'est elle qui nous servira de guide pour traverser la taïga qu'elle connait comme sa propre main.
Il y aura là aussi, Vassili le pilote d'hélico, et même un enfant Sacha, ainsi que la trop jeune Yuliana qui n'est hélas, déjà plus une enfant.
Ah j'allais oublier Jaune, le chien jaune.
C'est cette bande hétéroclite, cet équipage improbable que nous allons accompagner dans les forêts glacées et "cette marche ne sera pas une promenade de santé", on s'en doute.
En chemin nous ferons la connaissance de Fiodor qui, comme beaucoup d'autres, vit quasiment en ermite au fin fond de cette dangereuse taïga. 
Quelque part entre écologie, décroissance et survivalisme, Fiodor et Liouba, en harmonie avec leur milieu naturel, sont à l'opposé de Piotr, le fonctionnaire venu de la ville.
[...] — La taïga est un monde à part, reprend Fiodor. Tu y trouves l’avant-garde de l’avidité géologique, minière et pétrolière soviétique au complet. Tu y croises aussi des pêcheurs, des chasseurs , des braconniers, des fugitifs, des autochtones, des vieux-croyants, des ermites.

♥ On aime :

 Cette histoire est un roman d'aventures à part entière, une virée sauvage au sein d'une nature grandiose et spectaculaire. 
On oublie assez vite le contexte soviétique, point de départ de cette aventure, pourtant l'ombre du goulag se cache derrière chaque arbre de cette odyssée.
Nous voici au cœur de la forêt de tous les dangers : l'ours bien sûr, c'est son royaume. 
Mais dès qu'elle en repère un, Liouba veille sur nous : "fais le mort, sinon tu le seras bientôt".
D'autres dangers encore : la débâcle et les eaux qui bouillonnent d'être enfin libérées, les terribles incendies qui avancent beaucoup trop vite, la sournoise dermite des apiacées qui brûle la peau, et même les fous de dieux qui ne sont pas les moins dangereux.
 Le récit est également imprégné d'un léger parfum de chamanisme, un mélange savoureux qui reste parfaitement maîtrisé. Les rêves qui viennent hanter les personnages sont utilisés pour faire avancer l'intrigue ou en expliquer certaines parts cachées. C'est la part spirituelle de ce récit.
 Et puis Manook est un gourmand de notre langue savoureuse et là, il s'est un peu lâché ! 
L'équipée est le prétexte pour nous faire découvrir tout un riche vocabulaire. On pourra souffrir d'anhédonie ou même d'alexithymie, subir la prépotence, rencontrer le maral, découvrir une diffluence. Tout cela va nous sabouler intelligemment l'esprit et l'encyclopédie devra rester à portée de main !
L'écrivain reprend d'ailleurs un truc utilisé dans le Krummavisur (son roman précédent, rappelez-vous l'impayable inspecteur Ari) avec ici encore des proverbes à la noix débités cette fois par Vassili, le pilote d'hélico :
[...] Poulaga dans la taïga agace le renégat.
Hommes à vodka, hommes à tracas.
L’homme fatigué ne passera pas le gué !
L’homme fourbu est un héros vaincu.
La chance sourit aux chanceux.
Sagesse de vieux n’est que vieille sagesse.
Et il y en aura bien d'autres encore, comme le poétique "Quidam ou chamane, donne de la petite marie-jeanne à ton âme".
Et pour faire bonne mesure, le lecteur aura droit également aux règles de survie dans la taïga, édictées par la jeune Liouba :
[...] Règle taïga : mieux vaut suivre qu’être suivi.
Règle taïga : tout prédateur devient un jour la proie d’un autre. 
Règle taïga : chaque proie rend le chasseur plus intelligent.
Règle taïga : nos bruits renseignent les autres.
Règle taïga : ne souille pas le feu qui te chauffe et te nourrit.
Et pour conclure ce florilège : "Dans la taïga, ne pense qu'à la taïga" !
À savourer sans modération.

La curiosité du jour :

Au cours de cette randonnée sauvage, le lecteur curieux fera également la rencontre d'un curieux coléoptère pyrophile.
Un insecte qui n'annonce rien de bon pour nous parce que ce gros bourdon détecte les incendies de forêt et fonce à tout allure au cœur du brasier (nous, on file de l'autre côté et vite fait) : "On dit que le mangeur de feu détecte un incendie à plus de cent kilomètres.
Cette espèce de scarabée recherche les feux de forêt parce qu’elle pond ses œufs dans du bois tout juste brûlé et encore chaud." 

Pour celles et ceux qui aiment les randonnées en forêt.
D’autres avis sur Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Paulsen (SP).
Ma chronique dans les revues ActuaLitté et Benzine.

dimanche 18 août 2024

Les enfants loups (Vera Buck)


[...] Je sais que des loups vivent dans cette région.

Cette puissante histoire, prenante, particulièrement bien racontée est un coup de cœur de la rentrée littéraire 2024

L'auteure, le livre (480 pages, août 2024, 2023 en VO) :

Vera Buck est une auteure allemande qui nous vient de Rhénanie-du-nord-Westphalie, le land le plus urbanisé du pays, celui de la Ruhr. 
Son premier roman, Runa, avait reçu plusieurs prix mais n'a pas encore été traduit. 
Les enfants loups est le premier traduit en français. Un "rural noir" si on veut lui coller une étiquette.

Le canevas :

Suivons Vera Buck jusqu'au fin fond d'une vallée de montagne, jusqu'au village perdu d'Almenen. 
Ce n'est pas "un village où beaucoup de gens viennent s'installer, car il est situé au bout d'une longue vallée bien trop étroite où il n'y a pratiquement pas de soleil l'hiver. C'est pourquoi, quand les propriétaires d'une maison meurent, la maison meurt à son tour très rapidement".
Allez encore un effort, montons un peu plus haut en altitude, dans le hameau dit de Jakobsleiter, où vivent ensauvagés les membres taiseux d'une communauté baptiste refermée sur elle-même sous la férule d'un prêtre un peu trop passionné, et nous voici "encerclés par des sommets de deux mille mètres", au pied des éboulis d'un glacier noir.
C'est dans cette région qu'une ado de Jakobsleiter, Rebekka, disparaît un beau jour. 
Une disparition qui résonne comme un écho à la disparition de la jeune Juli, c'était il y a dix ans.
Ce roman choral est fait de courts chapitres qui nous font découvrir peu à peu, un à un, les différents personnages de cette histoire complexe. 

Les acteurs :

Il y a là Laura, la nouvelle institutrice, qui voudrait bien que les rares enfants de Jakobsleiter aient une éducation.
Smilla, la journaliste de la ville qui voulait être détective, toujours obsédée par la disparition de Juli, son amie d'enfance il y a une dizaine d'années.
Martin, le flic bienveillant qui est le fils du maire d'Almenen. Un maire qui protège jalousement les secrets des habitants de Jakobsleiter.
Et bien sûr, les enfants loups de Jakobsleiter, Jesse l'ami de Rebekka, celle qui a disparu, Edith une petite sauvageonne mutique mais beaucoup plus futée qu'il n'y parait.

♥♥♥ On aime vraiment beaucoup :

 On apprécie que Vera Buck prenne tout son temps pour monter soigneusement son décor de montagne et ses différents personnages, pour nous imprégner de cette ambiance pesante. 
Jusqu'à mi-chemin de la randonnée où tout bascule et s'accélère soudain, comme dans tout bon roman noir.
Quels sont les secrets du hameau de Jakobsleiter ? 
Qui sont les loups qui ont élevé ces enfants ?
[...] J'ai le pressentiment que ce village et le hameau dans la montagne ont bien plus à cacher.
 Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises et se retrouve bien vite happé par cette très bonne histoire, racontée avec une grande maîtrise. Les chapitres alternent les différents points de vue de chacun des personnages (tous soigneusement dessinés) et donnent l'occasion d'en découvrir un peu plus à chaque tour de roue ... alors que dans le même mouvement le mystère s'épaissit.
Même les enfants sont suffisamment atypiques (et c'est rien de le dire !) pour éviter le ton mièvre ou puéril auquel on a souvent droit. 
 Les lieux et les personnages imprègnent fortement le lecteur qui croit bientôt crapahuter lui-même à la rencontre des habitants de ce hameau perdu. Une captivante randonnée parmi les loups.

Pour celles et ceux qui aiment les enfants et les loups.
D’autres avis sur Bibliosurf et Babelio.
Livre lu grâce aux éditions Gallmeister (SP).
Mon billet dans les magazines Benzine et Actualitté et le journal 20 Minutes.

dimanche 12 mars 2023

Le droit du sol (Etienne Davodeau)


[...] Tout ça est peut-être une idée à la con.

    L'auteur, l'album (210 pages, 2021) :

Etienne Davodeau est un peu notre dessinateur fétiche et l'on ne pouvait manquer son dernier album : Le droit du sol, un journal de voyage où il raconte et dessine son périple (à pied) depuis la grotte préhistorique de Pech Merle dans le Lot jusqu'au site d'enfouissement des déchets nucléaires de Bure dans la Meuse.

    On aime beaucoup :

❤️ L'humilité de l'auteur, dans ses dessins comme dans ses textes, sa modestie, son autodérision, tout ce qui cache son humanité, sa généreuse culture et son engagement.
Son talent de scénariste et dessinateur.

      Le contexte :

Le voyage de Davodeau est le prétexte à quelques rencontres et à de nombreuses réflexions sur l'espèce Homo Sapiens. 
Une sorte de chemin de Compostelle à rebours ...
[...] Les pèlerins qui descendent vers Saint-Jacques-de-Compostelle. [...] Que cherchent-ils sur ce chemin ? Pourquoi marche-t-on ? Sans doute est-il important de ne pas tenter de répondre à ces questions. 
Les Sapiens du Paléolithique (dessinateurs eux aussi) ont laissé dans la grotte un magnifique héritage rupestre à leurs descendants. 
Au fond du site de Bure, que vont léguer les Sapiens du XXI° siècle à leur descendance ?
Les curieux d'images animées pourront jeter un œil sur le premier épisode (le reste de la série n'est guère intéressant) de la série suédoise White Wall (le vrai site se trouve à Forsmark au nord de Stockholm) ; cela donne un aperçu de ces fameux sites d'enfouissement (et de leurs enjeux économiques).

      La BD :

Quelle idée saugrenue de dessiner un album à partir d'une marche depuis une grotte préhistorique jusqu'à la ZAD de Bure !! ??
[...] Et je me dis surtout que tout ça est peut-être une idée à la con.
Mais c'est compter sans les talents de dessinateur et de scénariste de l'auteur qui réussit là un de ses meilleurs albums et une histoire passionnante, oui.
L'astuce de Davodeau consiste à "convoquer" dans ses dessins, tout au long de sa randonnée, des professeurs, des chercheurs, qu'il a réellement rencontrés mais avant ou après son voyage : ces accompagnateurs virtuels sont l'occasion d'éclairer le chemin, un peu sur les Sapiens du Paléolithique mais surtout sur ce qui se prépare à Bure sous haute tension policière.
On remarquera entre autres le personnage édifiant de Bernard Laponche, ancien syndicaliste CFDT (vous avez dit syndicat ?) du CEA.
[...] Ce récit , au fond, c'est une tentative d'évoquer notre absolue dépendance à cette planète et à son sol.

Pour celles et ceux qui aiment réfléchir en marchant.
D’autres avis sur Babelio.

samedi 8 janvier 2022

La félicité du loup (Paolo Cognetti)

[...] Tu sais que les loups sont de retour ?

On avait tenté une première incursion dans l'univers montagnard de l'italien Paolo Cognetti  avec Les Huit Montagnes.
La randonnée, trop autobiographique, s'était révélée un peu décevante.
On a quand même décidé de remettre cela avec La félicité du loup.
Nous voici donc repartis pour le massif du Mont Rose où l'on retrouve le grand air de la montagne, les saisons qui passent, la prose simple mais élégante de Cognetti, ses tranquilles descriptions de la vie en altitude pour des citadins en rupture de ban qui ont trouvé là-haut un "refuge".
L'auteur ne se renouvelle guère mais cette fois le trait est plus sûr, le pinceau plus maîtrisé, la peinture moins nombriliste et Cognetti nous donne sa version transalpine des vues du Mont Fuji.
Quelques personnages se croisent sur les pentes du Mont Rose, quelques saisons passent, et le lecteur partage quelques moments de leurs vies, avec ceux qui montent, ceux qui repartent, ceux qui restent ou qui reviennent, comme les loups qui vont de vallée en vallée.
[...] Plus tard ils firent l'amour de la façon qu'ils étaient en train d'apprendre, et qui allaient devenir la leur.
[...] Tu ne te lasses jamais de cuisiner ?
Non, au contraire. C'est quelque chose qui me détend beaucoup.
[...] Il dit : Tu sais que les loups sont de retour ?
Alors c'est vrai ?
Oui, et ils sont même nombreux.
Ma foi, ils peuvent bien le reprendre cet endroit, tu crois pas ? De toute façon, il n'y a plus personne.
Quelques pages pour une courte échappée en montagne, un moment zen, épuré : la référence à Hokusai n'est pas usurpée.

Pour celles et ceux qui aiment la montagne.
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vendredi 5 novembre 2021

Denali (Patrice Gain)

[...] La nuit s'était posée sur la rivière.

On continue de parcourir les aventures racontées par Patrice Gain qui cette fois, nous emmène aux US au pied du Denali.
Le Denali c'est le McKinley, 6200 mètres et plus haut sommet d'Amérique du nord, un sommet qui a repris son nom indigène il y a quelques années.
À quinze ans, le jeune Matt se retrouve quasi orphelin : son père est décédé dans l'ascension du Denali, sa mère ne s'en remet pas et se retrouve internée en psychiatrie, son frère bascule dans la délinquance et, pour faire bonne mesure, sa grand-mère qui l'avait pris en charge vient de passer l'arme à gauche. 
Pas cool, la vie de Matt perdu dans un chalet au pied des Bitterroots mountains.
Et justement on trouve que l'auteur en a fait un petit peu trop dans le registre du pauvre orphelin pris dans l'engrenage terrible d'une vie impitoyable.
Il reste quand même un bel exercice de style auquel Patrice Gain excelle : le frenchy sait faire du nature-writing comme les meilleurs américains.
[...] J'ai cherché une zone facilement accessible et je me suis installé. J'ai fait un trou dans la glace, allumé un feu à côté, puis j'ai monté une mouche sur une soie que j'ai laissée flotter à la surface de l'eau. La nuit s'était posée sur la rivière. Seules les cîmes étaient encore baignées d'une pâle lumière rose. Les truites sont venues se positionner sous le halo du feu et en une demi-heure j'avais effectué trois belles prises. Je les ai fait cuire en écoutant la nuit et le craquement du bois. Des oies cherchant un abri s'étaient présentées dans l'axe de la rivière à basse altitude. J'étais apaisé et pleinement conscient de ce que je vivais. La rivière.
Roman noir, roman d'apprentissage, pêche à la mouche et randonnée, mauvaises fréquentations, secrets de famille, ... l'auteur ratisse large mais tout comme Le décevant Scorpion, c'est loin d'être le meilleur bouquin de Patrice Gain.

Pour celles et ceux qui aiment la pêche à la mouche.
D’autres avis sur Bibliosurf.


lundi 10 mars 2014

Ce qui n’est pas écrit (Rafael Reig)

Mortelle randonnée.

Déception que ce livre de l'espagnol Rafael ReigCe qui n'est pas écrit.On avait fait confiance aux éditions Métailié et à de bonnes critiques lues ici ou , mais la paella hispanique n'était finalement pas à notre goût.Tout cela partait pourtant d'une bonne idée assez originale puisque l’auteur fait s'entrecroiser trois histoires dans son bouquin.
Carlos et Carmen ont divorcé il y a quelques temps et ne sont plus en bons termes.
Carmen a cependant consenti (un peu à contre cœur) à ce que son ex-mari emmène leur fils en week-end pour une rando en montagne.

[…] – Je veux te voir content, fiston. Ton bonheur est la seule chose qui compte pour moi. Il voulait juste que son fils soit heureux, ce gamin harassé et effrayé qui buvait son jus de fruit à grandes gorgées, ce garçon qui avait du mal à décoller les yeux du sol et à soutenir son regard, et qui nettoya ses lèvres avec le dos de sa main sans que son père puisse s’empêcher de dire : – Prends une serviette, je t’en prie, je te l’ai dit mille fois ! – Pardon, papa. Il voulait que Jorge redevienne à nouveau son fils. Occupe-toi bien de mon fils, c’est ce que sa mère avait dit. Elle avait raison, maintenant il était à elle : elle le lui avait enlevé. Carmen et son avocate avaient kidnappé le petit avec de fausses accusations, mais maintenant il avait une chance de le récupérer. Il demanda un troisième whisky, abasourdi par ce désastre qu’il avait fait de sa vie.

Carlos qui se pique d'être écrivain, lui a laissé un manuscrit à lire (Carmen travaille dans une maison d'édition). Et nous voici embarqués avec trois romans pour le prix d'un : l'histoire de la virée calamiteuse de Carlos et son fils, l'histoire écrite par Carlos (un polar qui pastiche les Orchidées de Miss Blandish) et l'histoire de Carmen qui lit l'histoire de Carlos.
Dès les premières pages on se doute que tout cela va très mal finir : Carlos carbure au whisky et la rando avec son fils fait immédiatement penser au roman de David Vann (une ombre qui pèse d'ailleurs lourdement sur le bouquin de Rafael Reig).
Le faux roman inclus dans le vrai ressemble fort à une lettre vengeresse de Carlos à son ex-femme et dès les premières pages, cette dernière commence à regretter d'avoir laissé son fils partir avec son père.

[…] Alors son portable sonna. Quand elle le sortit de sa poche, l’appel s’était interrompu. Un appel en absence. C’était son fils. Elle appela, mais le téléphone était “déconnecté ou hors réseau”. Elle regarda sa montre : il était huit heures vingt. Elle décida de ne pas avoir peur, de ne pas y penser et de continuer à lire.
[…] Mais pour elle, il n’était pas si facile de continuer à lire : elle en savait trop. Elle en lisait trop, plus que ce qu’il y avait dans la page : elle lisait ce qui n’était pas écrit. Peut-être que c’était ça, l’obstacle : elle cherchait quelque chose entre les lignes et ça l’empêchait de voir ce qu’elle avait sous les yeux.

Après une mise en route laborieuse on se dit soudain que, ça y'est, on tient le bon bout quand le faux polar de Carlos (écrit forcément il y a quelques temps) commence à décrire des faits qui ressemblent étrangement à ce qui se passe aujourd'hui même dans la vie de Carmen ...
Mais non, Rafael Reig ne réussit malheureusement pas à tirer tout le parti de sa bonne idée et chacune des histoires imbriquées se terminera aussi laborieusement qu'elle a commencé.
Les personnages sont à la limite de la caricature : un Carlos alcoolique et intransigeant, un fils faible et veule et une Carmen versatile et insignifiante.
Finalement, on en vient à penser avec sévérité (sans doute trop de sévérité) que le bouquin de Rafael Reig ressemble au faux polar de Carlos : pesant et glauque, maladroitement imbibé de whisky et inutilement épicé de sexe.

[…] De quoi il parle, ce roman ?
– C’est un roman noir, un enlèvement. Une bande kidnappe une fille. Il y a de la violence et du sexe vulgaire, tout est un peu désagréable. Ça ne casse pas des briques, ça peut se lire, mais guère plus.

Ce qui n'est pas écrit n'aurait peut-être pas dû l'être ...


Pour celles et ceux qui aiment les histoires tordues.
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Sandrine, Velda, CannibalesLecteurs en parlent aussi.

vendredi 21 janvier 2011

Le signal (Ron Carlson)

GR.

C'est le Père Noël (déguisé en Véro) qui nous aura amené le dernier né de la collection nature writing des éditions Gallmeister, “LA” maison d'édition qui fait parler d'elle depuis quelques temps.
Une boutique dont est devenu inconditionnels depuis sa série "Noire" qui nous aura fait découvrir des auteurs comme Craig Johnson ou William G. Tapply.
Avec Le signal, le Père Noël, tout comme Olivier Gallmeister ont fait, à nouveau, un bon choix !
Prévoyez deux ou trois bonnes et longues soirées avant d'ouvrir ce bouquin : il suffit d'une vingtaine de pages à Ron Carlson pour nous accrocher définitivement avec cette histoire qu'on ne veut plus lâcher.
Et pourtant ce n'est pas un polar(1), il n'y a pas vraiment d'intrigue, peut-être un suspense diffus, on en reparlera.
Et pourtant il ne se passe pas grand chose : c'est juste l'histoire d'une randonnée dans les montagnes du Wyoming.
Et pourtant il n'y a pas foule de personnages (forcément dans ces montagnes ...), deux randonneurs, à peine quelques personnages très secondaires, quelques autres plus importants sont évoqués mais on ne les verra jamais.
Alors ? Qu'est-ce qui fait qu'on ne veut plus lâcher ce bouquin ?
Mack et Vonnie se sont connus dans le Wyoming. Ils ont vécu une dizaine d'années ensemble, partagé l'amour des chevaux et des montagnes, crapahuté sac au dos avec leur matériel pour la pêche à la mouche(2).
Mais comme dans toute belle bonne histoire qui se respecte, Mack, peu à peu, a tout fait foiré. Son ranch était un gouffre financier (déjà du temps de papa), il s'est mis à picoler et à faire connerie sur connerie, de plus en plus grosses les conneries, il traficotait même avec de mystérieux agents façon CIA.
Alors Vonnie s'en est allée. Avec un avocat de la ville.
Mais tout ça c'est du passé, le bouquin commence en fait dix ans plus tard : Mack sort de prison après une connerie de plus(3) et se met en tête de partir en montagne une dernière fois sur les traces du bon vieux temps. Il a invité Vonnie à se joindre à lui.
Elle est finalement venue.
En tout bien tout honneur, pour aider une dernière fois Mack à remonter la pente(4), en souvenir du bon vieux temps.
Et les voici crapahutant avec leurs sacs à dos, évoquant les souvenirs, sachant bien tous deux que rien ne sera plus pareil, sachant bien que leur histoire est écrite au passé et que leur amour est derrière eux.
Et nous on est bien accrochés dans les sacs à dos, partageant l'intimité de ce couple qui n'est plus, la difficulté de ces retrouvailles ambigües, la richesse des souvenirs qui affluent. Grâce à la puissance d'évocation de l'écriture de Ron Carlson, après quelques pages on est devenus les meilleurs amis du monde.
http://carnot69.free.fr/images/Ron Carlson.jpg
[...] On lui avait dit qu'il ne restait plus que quelques endroits dans le pays où une personne pouvait encore s'éloigner à huit kilomètres de la route, et, pour lui, cela restait la pire nouvelle qu'il ait jamais entendue.
Et cette simple balade dans les grandioses paysages du Wyoming s'épaissie au fil des pages, faisant revivre les histoires que l'on se raconte à la chaleur d'un feu de bois et les souvenirs qui ressurgissent au détour d'un chemin ...
Concocté par Ron Carlson, ce subtil mélange d'un passé, tantôt amoureux, tantôt galère, et d'un présent, souvent désabusé, est un élixir dont ne se lasse pas.
Mais voilà ... on sent que ça ne va pas durer. Forcément cette balade va mal tourner. Forcément Mack va encore tout faire foirer. D'ailleurs il a pas trouvé mieux que de profiter de cette rando pour aller chercher une espèce de balise ou de boîte noire mystérieuse(5) qu'un des coquins mystérieux qu'il fréquente lui a demandé de retrouver, moyennant quelques milliers de dollars qui l'aideraient bien à renflouer les caisses du ranch.
Et c'est peut-être ça qui nous rend accros : l'histoire de cet ex-couple est superbement écrite, on ne voudrait jamais les quitter, on voudrait continuer à les suivre au bout du Wyoming, mais les paysages défilent, les pages tournent, et le petit gps de Mack fait bip-bip, et on sait qu'on approche de la fin, inexorablement, zut, zut, allez je relis encore une fois ce chapitre.
Oui, voilà, on voudrait lire ce bouquin à reculons, on voudrait que nos deux randonneurs soient en moins bonne forme, qu'ils fassent deux pas en avant et surtout un en arrière ... histoire de faire durer le plaisir.
Tout le monde sait que d'habitude la fin d'une rando, le retour, est toujours un moment délicieux.
[...] Le retour est toujours un moment délicieux. Sales et fatigués, ils parlaient, discutaient des poissons qu'ils avaient attrapés, de la randonnée. Ces jours-là, son père disait toujours : “Être sale, comme avoir faim, ce sont des choses magnifiques qui se méritent. Nous l'avons bien mérité, alors allons nous laver et manger.” Il avait appris à Mack à ne jamais mépriser la faim mais à s'en servir comme d'un instrument, et ils avaient mangé d'excellents steaks dans les gros relais routiers à la lisière des villes de l'Ouest quand ils descendaient des montagnes. “Servons de nous de ça comme il faut.” - Mack avait dit ça à Vonnie chaque année; ils savaient tous les deux qu'ils mangeraient des steaks et boiraient des boissons fraîches sorties de la glacière qu'ils avaient gardée de côté : une célébration et une dernière nuit à camper près des voitures au-dessus du monde.
Mais cette fois-ci, on sait que le retour ne sera pas un moment délicieux.
Un peu dommage que la suite du bouquin ne soit pas tout à fait à la hauteur des attentes éveillées par la magistrale première partie : une fin un peu convenue où le viril Mack zigouille les méchants qui ont osé toucher à son ex-chérie qu'il aime encore au fond de son cœur. D'autant que Ron Carlson disposait de tous les ingrédients dans son sac à dos pour laisser son histoire se poursuivre en demi-teinte et se terminer en queue de poisson ... pêché dans un lac de montagne.
Que cela ne vous empêche pas de partir sans hésiter pour une très belle balade, sur les traces de Mack et Vonnie, un très beau couple.
(1) : le bouquin est d'ailleurs publié dans la collection Nature Writing et pas dans la collection Noire, ce qui compense un peu une 4° de couv' qui évoque, tout à fait hors de propos, "un suspense capable de nous mener au paroxysme de l'angoisse". 
(2) : d'Autriche aux US, on est cernés par les pêcheurs à la mouche ... commencent à nous gonfler ces américains avec leurs mouches, vous nous voyez pêcher dans la Seine avec ça ? vous nous voyez pêcher tout court d'ailleurs ? 
(3) : bon, là, rien à lui reprocher pour une fois : il a juste fracassé le Hummer de l'avocat de Vonnie. 
(4) : oui, je sais, celui-là est excellent 
(5) : un MacGuffin dirait Sir Alfred

Pour celles et ceux qui aiment la randonnée en montagne et les histoires d'amour même quand elles sont finies. 
Les éditions Gallmeister éditent ces 223 pages parues en 2009 en VO et traduites de l'américain par Sophie Aslanides. 
Hécate, Nathalia, Hannibal et Laurent en parlent. D'autres avis sur Babelio.